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Appel des dirigeants africains: malgré la crise iraquienne, n'oubliez pas l'Afrique Par Gumisai Mutume Les dirigeants africains invitent la communauté internationale à veiller à ce que l'énormité de la tâche de reconstruction de l'Iraq de l'après-guerre ne mette pas "en veilleuse" une nouvelle fois les besoins du continent, selon l'expression du Président sud-africain Thabo Mbeki. "Il est certain que l'Iraq accapare toute l'attention en ce moment", a affirmé le Ministre des finances du Lesotho, Timothy Thahane, lors des sessions annuelles du printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) qui se sont tenues à Washington en avril. "Hier, c'étaient le Kosovo et l'Europe de l'Est", a-t-il rappelé. Bien qu'elle n'ait pas figuré à l'ordre du jour officiel, la question iraquienne a dominé les débats dans la capitale américaine, les Etats-Unis ayant vivement encouragé les deux institutions à reprendre leurs opérations en Iraq dans les meilleurs délais. De leur côté, les ministres des finances africains ont exhorté les donateurs à ne pas réduire les ressources affectées aux crises humanitaires, sociales et économiques qui frappent le continent. Pourtant "ce risque existe", a reconnu l'économiste en chef de la Banque mondiale, Nicholas Stern, la crise iraquienne pouvant détourner l'attention et les ressources financières des efforts plus généraux consentis par la Banque en vue de luter contre la pauvreté. "C'est à nous de veiller à ce que le cap soit maintenu", a-t-il souligné.
La réponse des donateurs a suscité de vives réactions de la part du Directeur général du Programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM), James Morris. A une réunion du Conseil de sécurité en avril, M. Morris a accusé les donateurs internationaux de pratiquer la politique des deux poids, deux mesures. Pourquoi est-ce que "nous acceptons systématiquement que les souffrances et le désespoir en Afrique prennent des proportions qu'on jugerait inacceptables partout ailleurs dans le monde?", s'est-il demandé. Pourquoi les donateurs "acceptent-ils systématiquement que les souffrances et le désespoir en Afrique prennent des proportions qu'ils jugeraient intolérables partout ailleurs dans le monde?", s'interroge James Morris, Directeur général du Programme alimentaire mondial (ici au cours de sa récente visite en Afrique australe). Photo : ©PAM / Brenda Barton En effet, quelque 40 millions d'habitants du continent ont besoin d'une aide humanitaire d'urgence cette année, d'une valeur totale de 1,8 milliard de dollars. Les annonces de contributions sont à ce jour inférieures d'un milliard de dollars au montant de l'appel, et M. Morris a exhorté les donateurs à combler ce déficit. Pour sa part, le PAM constate une diminution globale de l'aide alimentaire, dont le volume est passé de 15 millions de tonnes en 1999 à moins de 10 millions de tonnes en 2002. Ce repli a entraîné de graves pénuries en matière d'aide aux pays en développement. Cette année, par exemple, la Mauritanie, le Cap Vert, la Gambie, le Sénégal et le Mali ne reçoivent que 40 % de l'aide alimentaire extérieure dont ils ont besoin. Il est à noter que l'appel lancé par James Morris en vue de l'affectation de ressources supplémentaires à l'Afrique intervient au moment où la communauté internationale a chargé le PAM de lancer en Iraq une opération alimentaire humanitaire de 1,3 milliard de dollars, qui serait l'aide la plus importante jamais accordée à un seul pays par le PAM. Pourtant, cette opération ne représente qu'un volet de l'appel total de 2,2 milliards de dollars lancé par l'ONU pour une aide d'urgence à l'Iraq. Pour sa part, Ian Wallace, de l'organisme de secours Tearfund International, espère que les montants envisagés pour l'Iraq viendront de contributions nouvelles et ne seront pas défalqués du financement déjà prévu pour répondre aux autres situations de crise. « Il n'y a pas de solutions simples lorsque plusieurs catastrophes massives se produisent simultanément », note-il. Pourtant, remarque-t-il, la «dimension politique de la crise iraquienne et la large couverture médiatique dont elle fait l'objet » risquent de faire oublier les autres crises. Volonté politique D'aucuns prétendent qu'il ne s'agit pas seulement d'une question de ressources limitées à affecter aux multiples crises qui secouent la planète, mais aussi de volonté politique. "La rapidité avec laquelle il a été possible de mobiliser la volonté politique et les ressources financières nécessaires pour envahir, bombarder et éventuellement reconstruire l'Iraq tranche singulièrement avec l'empressement des pays riches à vouloir s'attaquer au problème de la pauvreté en Afrique", constate Phil Twyford, responsable des activités de sensibilisation d'Oxfam International. C'est ainsi que le Congrès américain a consenti en avril une enveloppe de 79 milliards de dollars pour couvrir les premières dépenses militaires et de reconstruction de l'Iraq. Un tel montant aurait suffi pour financer les programmes de prévention et de traitement du VIH/sida dans les pays à faible et moyen revenus pendant une dizaine d'années, selon les calculs de l'ONU. Pourtant, le Fonds mondial de lutte contre le VIH/sida, la tuberculose, et le paludisme n'a recueilli que deux milliards depuis sa constitution en 2001. D'autres observateurs dénoncent le traitement de faveur consenti à l'Iraq en matière d'allégement de la dette. En effet, les autorités américaines se prononcent de plus en plus en faveur de l'annulation de la dette extérieure de ce pays, estimée entre 62 et 130 milliards de dollars. "Le peuple iraquien n'est pas en mesure d'assumer un tel fardeau d'endettement", a affirmé en avril le Secrétaire américain au Trésor, John Snow, exhortant les pays industrialisés à annuler ces créances. "Après avoir poursuivi une guerre pratiquement unilatérale pour prendre le contrôle d'un pays ravagé et endetté, voilà que les autorités américaines découvrent d'un seul coup le mérite d'éliminer les dettes infondées", note pour sa part Mme Njoki Njoroge Njehu, membre du réseau non gouvernemental 50 Years Is Enough. Elle estime que les pays créanciers devraient annuler à leur tour la dette des pays les plus pauvres d'Afrique. Cette position est partagée par certains pays développés.
"Il est évident que l'Iraq doit retenir notre attention",
affirme de son côté le Ministre des finances français,
Francis Mer. "De même que le Niger", s'empresse-t-il
d'ajouter, faisant ainsi référence à l'un
des nombreux pays démunis d'Afrique, incapables de se
débarrasser du fardeau de la dette. [ Accueil ] [ Actualités ] [ Magazine ] [ Index / Recherche ] [ A propos d'Afrique Relance ] [ Accueil - ONU ] [ Nouvelles - ONU ] [ Grand rapports de l'ONU ] [ Liens de l'ONU pour l'Afrique ] Afrique Relance Site Web : www.africarecovery.org |