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Les populations autochtones déplorent
l'exclusion dont elles font l'objet
Massacre des Pygmées d'Afrique
centrale par des factions en guerre
Par John Nyamu
Les rumeurs d'inaction du gouvernement, de discrimination, d'intimidation,
de violence ainsi que d'autres violations des droits de l'homme,
des droits civils et politiques allaient bon train lorsque les
représentants des populations autochtones marginalisées
du monde se sont réunis en mai au siège de l'ONU.
«L'Etat ne s'intéresse pas à nous»
a déclaré Mme Adolphine Muley, membre des Pygmées
Batwa qui vivent en République démocratique du
Congo (RDC). S'adressant à l'Instance permanente sur les
questions autochtones qui s'est réunie du 12 au 23 mai,
elle a déclaré que «la situation a même
empiré» en raison de la guerre qui se livre dans
le pays.
La situation tragique des Batwa et d'autres Pygmées d'Afrique
ne constitue qu'un exemple des problèmes auxquels sont
confrontées les populations autochtones des Amériques,
d'Asie, d'Afrique et du Pacifique. En Afrique, ces populations
se composent surtout d'éleveurs nomades, de chasseurs-cueilleurs
et d'autres groupes marginalisés. En général,
les droits de l'homme, les droits fonciers et les droits patrimoniaux
de même que d'autres droits des populations autochtones
du monde sont bien plus précaires que ceux des populations
plus établies.
Africain participant
à une réunion de l'Instance permanente sur les
questions autochtones au Siège de l'ONU: les populations
autochtones du monde sont souvent victimes de discrimination,
de marginalisation et de violations des droits de l'homme.
Photo : ©United Nations / Evan Schneider
Toutefois, la situation à laquelle les Pygmées
sont confrontés en RDC est particulièrement difficile.
Selon Mme Muley, on ne les laisse absolument pas participer aux
élections ni à l'administration publique; en outre,
ils ne peuvent même pas déclarer la naissance de
leurs enfants. Comme ils ont été dépossédés
de leurs terres et de leur économie, qui reposait sur
les forêts, ils survivent en mendiant et ils sont souvent
exploités par d'autres groupes. La plupart des Batwa ne
savent ni lire ni écrire et n'ont pratiquement pas accès
à des soins de santé.
Des massacres
Pire encore, Mme Muley a noté qu'en raison de la guerre
dans le nord-est de la RDC, les Pygmées des forêts
d'Ituri ont été traqués, violés et
massacrés. "Ils se font tuer par l'une ou l'autre
des factions armées simplement parce qu'ils ne possèdent
pas de carte d'identité," a-t-elle constaté.
Mme Muley a également fait état de rumeurs selon
lesquelles les Batwa seraient victimes de cannibalisme. Cette
accusation a été étayée par M. Sinafasi
Makelo, représentant de Support Action for the Protection
of the Rights of Minorities (Soutenez l'action en faveur de la
protection des droits des minorités) en Afrique centrale
et en RDC. Répétant ce qu'avaient dit des témoins
oculaires, il a indiqué que dans la forêt de Mambasa
située dans le district d'Ituri, on tuait les Mbuti, un
autre groupe de Pygmées, et qu'on les mangeait. De tels
actes sont l'expression d'une discrimination profonde à
l'encontre des Pygmées, a-t-il déclaré.
«Ce cannibalisme, en raison de son caractère sélectif,
équivaut à un acte de génocide. »
L'assujettissement du peuple pygmée par d'autres groupes
ethniques a été appuyé et même légalisé
par les autorités coloniales a déclaré M.
Makelo. «Nous avons été contraints malgré
nous à nous intégrer aux tribus dominantes qui
revendiquaient nos terres et qui nous ont asservis à leur
tour. Cette situation a été maintenue et même
imposée par les gouvernements post-coloniaux et elle continue
de l'être. »
Selon Mme Njuma Ekundanayo, représentante du gouvernement
de la RDC auprès de l'Instance et spécialiste des
questions relatives aux Pygmées, les autres Congolais
considèrent les Pygmées comme des sous- hommes.
«Aujourd'hui, l'armée a notamment recours au viol,
à l'enterrement vivant et au cannibalisme dans le but
d'exterminer les Pygmées afin de pouvoir mettre la main
sur leurs minéraux et leur bois-d'oeuvre. »
Exclusion et exploitation
La session du mois de mai, qui était la première
à se tenir depuis la création de l'Instance l'année
dernière, a attiré 1 500 participants venus des
quatre coins du monde et elle a eu pour thème, «Les
enfants et les jeunes autochtones » afin d'attirer l'attention
sur le lien qui existe entre la santé physique et la santé
mentale des enfants autochtones et la survie des populations
autochtones de même que leur prospérité.
Si l'on n'assure pas la formation des enfants en ce qui concerne
les langues, les cultures et les valeurs autochtones, il sera
impossible aux populations et aux cultures autochtones de survivre
dans un monde d'interdépendance croissante a constaté
la conférence.
Des millions d'enfants autochtones dans les sociétés
africaines - qui déjà connaissent des taux d'analphabétisme
allant de 50 à 70% - se trouvent en situation d'exclusion
en raison d'une absence de diversité dans les écoles,
a indiqué M. Hassan Id Balkassim, membre du Comité
de coordination des populations autochtones d'Afrique. Les politiques
pratiquées par le gouvernement en matière d'information
accentuent cette exclusion car elles ne laissent aucune place
aux langues autochtones dans les programmes de télévision,
a-t-il ajouté.
D'autres intervenants ont mis en évidence la menace que
la dépendance économique, le chômage et la
méconnaissance des droits autochtones font peser sur les
jeunes autochtones. De plus, étant donné qu'ils
représentent l'avenir des populations autochtones, les
jeunes sont souvent ciblés par la violence et la discrimination;
il arrive aussi que les enfants soient enrôlés dans
l'armée ou enlevés par des groupes hostiles.
Les délégués auprès de l'Instance
premier organe officiel de l'ONU où les populations
autochtones désignent leurs propres représentants
ont également manifesté leur inquiétude
devant la disparition des plantes médicinales et du savoir
propre aux autochtones en raison de l'exploitation des ressources
naturelles qui, non seulement dégrade les habitats, mais
ne profite pas non plus aux autochtones. Selon M. Alfred Ilenre,
l'un des chefs du peuple Edo du Delta du Niger, les études
qui ont été menées parmi les populations
autochtones de toute l'Afrique montrent qu'il y a une tendance
commune vers l'inaction économique et la dégradation
de l'environnement. Le Delta du Niger, par exemple, produit plus
de 90% des recettes en devises du Nigéria, mais l'environnement
a été dévasté à cause de l'ampleur
de l'exploration et de l'extraction pétrolières
et le gouvernement fédéral est accusé de
n'avoir dispensé aucun service aux populations de la région,
pas même des services de base.
De même, Nana Akuoko Sarpong, directeur régional
du Partenariat pour l'environnement des populations autochtones,
a indiqué que dans la région de l'Agogo au Ghana,
terre de traditions dont il est le chef, la forêt pluviale
a été transformée en herbages à cause
de l'exploitation par des sociétés multinationales
des ressources en bois-d'oeuvre qui se poursuit depuis 50 ans.
Les bois tropicaux, qui mettent parfois 200 ans à parvenir
à maturité, sont abattus à grands coups
de tronçonneuse mais la population locale n'en retire
que des bénéfices négligeables.
L'Instance a notamment pour tâche de faire part au Conseil
économique et social de l'ONU de ses avis et de ses recommandations
en ce qui concerne le développement économique
et social, la culture, les droits de l'homme, l'environnement,
l'éducation et la santé.
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