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Un gazoduc aux bénéfices partagés

Par Itai Madamombe

C’était un problème dont la solution était évidente mais coûteuse. Le Mozambique possède environ 85 milliards de mètres cubes de gaz naturel, mais n'avait ni la capacité technique ni le marché intérieur pour l'exploiter. L'Afrique du Sud, à sa frontière occidentale, faisait face à une croissance effrénée de sa demande en électricité, mais n'a pas le gaz permettant d'en produire. La solution a été trouvée en 2003 quand un accord entre les deux pays et un investissement de 1,2 milliard de dollars effectué par Sasol, une société sud-africaine de production de carburant synthétique, a abouti à la construction d'un gazoduc de 865 kilomètres qui lie offre et demande d'une manière qui bénéficie aux deux pays.

On prévoit que ce gazoduc fera progresser considérablement une économie mozambicaine déjà en pleine expansion. Le gouvernement touchera quelque 2 milliards de dollars en redevances sur les 25 ans de la durée du projet. En dépit de sa croissance récente, les taux de  chômage et de pauvreté y restent élevés.

Cette collaboration assurera à l'Afrique du Sud un approvisionnement fiable et une source d'énergie propre permettant et à ses industries de satisfaire aux exigences mondiales concernant l'environnement. Sasol estime que ce gaz mozambicain remplacera ainsi quelques 5 millions de tonnes du charbon qu'elle brûle chaque année.

Sasol est la seule société à avoir investi dans le gazoduc. Les deux gouvernements ont l'option d'acquérir une part combinée de 50 % dans le projet, a expliqué à Afrique Renouveau le directeur des relations publiques de Sasol, Johann van Rheede. Au départ, la totalité du gaz sera exportée vers l'Afrique du Sud. Le Gouvernement mozambicain a droit à une partie de ce gaz naturel, mais sa part sera probablement vendue en attendant que le gouvernement ait développé des usages de ce gaz. Le gaz peut être utilisé pour fournir de l'énergie aux communautés situées sur le parcours du gazoduc et offre la possibilité de stimuler les petites entreprises rurales en leur fournissant du gaz pour le chauffage ou l'éclairage ou pour leurs activités de production. Le gaz servira aussi à alimenter les alumineries et autres usines de transformation métallurgiques.

Avantages à court terme et à long terme

“Ce gazoduc est le bienvenu,” déclare Arsenio Mabote, le président de l'Instituto Nacional de Petróleo,  l'office de réglementation de l'industrie pétrolière et gazière du Mozambique. “Il stimulera les efforts de lutte contre la pauvreté du Mozambique.”

“Le projet, à sa plus forte période d'activité, a apporté 2400 emplois au Mozambique,” rappelle M. van Rheede. Les Mozambicains occupent la plupart des 238 postes permanents créés par le projet. Il ajoute que Sasol a investi 5 millions de dollars pour améliorer le bien-être des communautés situées sur le parcours du  gazoduc — forant des puits pour leur fournir de l'eau potable et rénovant écoles et dispensaires. Zefanias Tovela, un agriculteur mozambicain qui a bénéficié d'un programme de pulvérisation d'insecticide pour ses cajoutiers explique “nous avons des surplus de maïs et d'arachides car il a bien plu, et avec l'aide supplémentaire de Sasol, la famine est loin.”

Le NEPAD  ‘Trace une nouvelle voie’

Le gazoduc démontre aussi les avantages d'une meilleure intégration économique régionale. Beaucoup de pays ne peuvent pas supporter les coûts de la mise en place d'infrastructures pour leur petit marché national. La Banque africaine de développement (BAD) explique que la mise en commun de leurs ressources permet à ces pays de partager les coûts, chacun y trouvant son avantage. En juillet 2001, les dirigeants africains ont adopté le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) qui fournit un cadre permettant à leurs pays de tisser de solides liens économiques et de stimuler leur croissance.

Le Président sud-africain Thabo Mbeki, l'un des architectes du NEPAD, souligne que les deux pays, malgré leurs  ressources limitées, font face au défi commun d'apporter développement et prospérité à leurs citoyens. “Avec le NEPAD, affirme M. Mbeki, nous traçons une nouvelle voie pour la régénération de notre continent, en veillant à mettre à profit nos compétences, nos talents, nos ressources et nos richesses naturelles pour assurer une vie meilleure à tous les Africains.” “Le NEPAD a contribué à la conclusion de l'accord, note M. M. van Rheede. Sasol est fière d'apporter sa contribution à la vision d'avenir du NEPAD.”

L'ex-Président mozambicain, Joaquim Chissano, rejette les critiques qui pensent que l'accord favorise l'Afrique du Sud : “les deux gouvernements se sont engagés envers l'intégration de l'Afrique, nous ne craignons donc pas d'hégémonie et nous considérons qu'il s'agit de la politique du secteur privé des deux pays. Il n'y a pas d'esprit d'hégémonie, mais un esprit de collaboration. ”

Alimenter une économie régionale

Ce partenariat a été conclu à un moment important de l'histoire du Mozambique. Une guerre civile qui a duré 16 ans a fait de ce pays l'un des plus pauvres du monde. Mais, depuis la fin de la guerre en 1992, l'économie du Mozambique connaît une des croissances les plus rapides du monde, croissance soutenue par l'aide internationale à la reconstruction du pays et les investissements étrangers dans des projets d'exploitation des ressources naturelles dont une grande partie provient d'Afrique du Sud.

Globalement, selon des estimations officielles du Gouvernement sud-africain, ce pays a investi environ 4 milliards de dollars au Mozambique et est le principal partenaire économique de ce pays. Cinquante-sept pour cent des importations mozambicaines proviennent d'Afrique du Sud (et constituent environ 18 % du total des exportations sud-africaines vers l'Afrique). Approximativement 26 % des exportations du Mozambique vont aux consommateurs sud-africains.