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L'émissaire de M. Annan apporte son soutien à un accord de paix en Angola

Nations Unies, New York -- Après le décès du chef des rebelles, Jonas Savimbi, les efforts diplomatiques visant à mettre fin à plusieurs décennies de guerre civile en Angola ont redoublé avec l'arrivée à Luanda d'Ibrahim Gambari, Conseiller spécial pour l'Afrique du Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. Ce vétéran de la diplomatie est arrivé dans la capitale angolaise 72 heures après que le gouvernement et les rebelles de l'UNITA ont signé un cessez-le-feu et accepté de reprendre les négociations relatives à la mise en uvre du plan de paix de 1994, connu sous le nom de "Protocole de Lusaka". Il a assisté à la signature d'une trêve officielle entre les deux camps, le 4 avril, et a remis au Président angolais, Eduardo dos Santos, un message personnel de M. Annan.

Au cours d'un entretien exclusif accordé à Afrique Relance, M. Gambari a expliqué que ses deux principales responsabilités consistaient à "premièrement, déterminer exactement comment la situation évolue, et, deuxièmement, être à la disposition du Gouvernement et des autres parties concernées, dans le rôle de médiateur qui incombe maintenant [à l'ONU] dans le cadre du processus de paix". Bien que les accords de Lusaka demeurent le seul fondement d'un règlement final du conflit, a-t-il ajouté, la situation politique et militaire a considérablement évolué en Angola : "Lorsque les accords de Lusaka ont été signés, l'UNITA contrôlait une grande partie du territoire au moyen de forces conventionnelles." Mais depuis que les offensives du Gouvernement ont fait reculer les rebelles à l'intérieur du pays et ont quasiment anéanti les capacités militaires de l'UNITA, "ce n'est plus le cas et [les négociations] doivent être modifiées en conséquence de façon à tenir compte de la position relative des deux camps, sur le plan militaire et politique".

Le Conseil de sécurité de l'ONU a également entrepris de s'adapter à l'évolution récente des événements. Depuis 1993, le Conseil a pris à l'encontre des rebelles des sanctions financières et leur a imposé un embargo sur les armes et les combustibles tout en leur interdisant de se déplacer, rappelle M. Gambari, "non pour les punir, mais pour les persuader de renoncer à la violence et de participer aux négociations politiques", en affaiblissant les capacités militaires de l'UNITA. Le problème aujourd'hui, fait-il remarquer, est que l'UNITA risque d'être trop faible pour faire la paix. "En gros, il existe quatre UNITA : l'UNITA des généraux qui se trouvent dans la brousse, l'aile extérieure de l'UNITA dirigée par [Isaias] Samakuva en France. Ensuite, l'UNITA des parlementaires ­ dont une branche est UNITA Renovada, qui a tendance à se ranger aux côtés du Gouvernement et des parlementaires soi-disant proches de feu M. Savimbi. La question est de savoir comment réunir ces différentes UNITA afin d'envisager un nouveau pouvoir qui serait un interlocuteur et un partenaire fiable pour la paix en Angola."

Les sanctions "ne devraient pas être un obstacle"

L'une des possibilités envisagées, explique M. Gambari, est de lever certaines des sanctions, afin de permettre à l'UNITA de se réorganiser. "L'interdiction de se déplacer, que le Conseil de sécurité maintient, suscite maintenant beaucoup d'attention." Si l'UNITA renonce sans équivoque à la violence et se rallie aux accords de Lusaka, "alors, l'ONU ne devrait pas faire obstacle à son rassemblement." Le Conseil de sécurité n'a pas décidé d'assouplir les sanctions, prévient-il, "mais je ne vois pas comment la communauté internationale pourrait souhaiter que l'UNITA s'exprime d'une seule voix tout en lui faisant obstacle, en maintenant l'interdiction de se déplacer. Je ne crois pas que ce sera le cas." Le Gouvernement angolais souhaite aussi vivement que l'UNITA se réunisse, affirme-t-il. "Ou du moins, nous l'espérons. Il est dans l'intérêt de tous que l'UNITA s'exprime d'une seule et même voix. Les autres cas de figure compromettraient terriblement les perspectives de paix nationale."

Du côté du Gouvernement, poursuit-il, les autorités comprennent que la mort de M. Savimbi ouvre "de nouvelles possibilités" de paix qu'il faut saisir. "Le Gouvernement sait qu'il est maintenant tenu, entre autres par la société civile, de passer d'une économie de guerre à une économie de paix. Ils ont besoin des 'dividendes de la paix'."

L'émergence de la société civile sur l'échiquier politique, dit-il, a été l'un des changements les plus importants et les plus positifs qu'ait connus l'Angola. "Les membres de la société civile ont été extrêmement actifs A l'initiative de l'église, ils organisent des défilés, des séminaires, des rassemblements en faveur de la paix, auxquels participent des milliers de personnes. Leur influence a été très positive et a contribué à amener les deux camps à négocier." Bien que le Gouvernement ait décidé de ne pas inclure les groupes religieux lors des prochains pourparlers, poursuit M. Gambari, la société civile participera directement à la reconstruction et à la réconciliation nationale de l'après-guerre. "Le Gouvernement et l'UNITA estimaient que la société civile était sans importance, mais depuis un an, je pense que tout le monde s'accorde à reconnaître qu'elle ne peut plus être mise à l'écart."

Appel à la réconciliation nationale

Maintenant qu'un cessez-le-feu a été mis en place et que l'UNITA n'a plus la force de déclarer de nouveau la guerre, dit M. Gambari, le Gouvernement peut faire preuve de magnanimité dans les pourparlers à venir. "Regardez comment la guerre civile s'est terminée [aux Etats-Unis] : le Président Lincoln a proclamé qu'il n'y avait 'ni vainqueurs, ni vaincus, aucune malice envers personne et la charité pour tous'." De même, au terme de la violente guerre civile du Nigéria, un chef d'Etat, le Général Gowon, a profité de l'occasion pour lancer un appel à la réconciliation nationale et s'est montré magnanime envers les vaincus". Maintenant que les combats ont pris fin, conclut-il, "il est tout aussi important de gagner la paix, c'est-à-dire de rallier à notre cause ceux qui ont soutenu l'autre camp. Le Gouvernement n'est pas en situation d'infériorité."



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