Africa Renewal Logo

La lutte des femmes contre le sida

Par Michael Fleshman

En nommant Mme Elisabeth Mataka au poste d’Envoyée spéciale pour le VIH et le sida en Afrique, le Secrétaire général de l'ONU, M. Ban-Ki-moon, a choisi une militante respectée aux idées bien arrêtées sur la manière de combattre cette maladie mortelle : “A moins de donner plus de pouvoir aux femmes, nous n'aurons que des succès très limités”, a-t-elle déclaré à Afrique renouveau. “C'est une urgence vitale. Nous devons renforcer nos capacités et le rôle des femmes afin qu'elles puissent prendre le contrôle des programmes qui sont conçus pour leurs besoins.”

Elle parle d'expérience. Citoyenne du Botswana, elle est Directrice générale du Réseau national sur le sida de Zambie et Vice-présidente du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme qui fournit des milliards de dollars aux pays en développement pour combattre ces trois maladies.

Elle pense qu'un grand nombre des premiers programmes sur le sida pour les femmes n'ont pas pris en compte leurs vrais besoins. Se contenter de les intégrer dans les programmes existants n’a rien donné en l’absence des objectifs chiffrés et des calendriers qui ont permis de multiplier le nombre d’Africains sous antirétroviraux. “Nous devons avoir le même résultat avec le renforcement du pouvoir des femmes, argumente-t-elle. Nous devons avoir des programmes bien définis pour que les femmes soient soutenues.”

La féminisation du sida

Les chiffres lui donnent raison. Sur près de 25 millions d'Africains touchés aujourd'hui par le VIH/sida, presque 60 % sont des femmes et près de la moitié adultes séropositifs dans le monde sont des femmes. Le Dr. Peter Piot, Directeur d'ONUSIDA, a déclaré en juillet : “Le moment est venu de faire le lien entre le sida et l'égalité entre les sexes,” ajoutant que la “féminisation” du sida était l'évolution la plus marquante de cette pandémie mondiale. “La première question que nous devons poser à propos de toute activité concernant le sida est... ‘Est-elle adaptée aux femmes ?’”

Les causes de la vulnérabilité particulière des femmes au VIH, qui est transmis par les rapports sexuels et le contact avec du sang contaminé, sont complexes et variées. Les agressions sexuelles et d'autres formes de violence contre les femmes constituent un facteur important. Cette susceptibilité a aussi des raisons biologiques.

Nécessaire solidarité mutuelle des femmes

Mais selon elle les principaux facteurs sont de nature économique, sociale et politique. “Regardez la situation économique des femmes, dit-elle. La plupart des femmes sont totalement dépendantes de leur partenaire masculin. Cela tend à limiter leur pouvoir de négociation en termes de rapports sexuels protégés.”

Elle ajoute : “Dans certaines des cultures que nous avons ici, on apprend aux femmes dès le berceau à rester soumises et obéissantes”. Une telle éducation jointe à la dépendance économique fait que les femmes éprouvent des difficultés à se protéger de l'infection, ou à se faire tester et traiter. “Combien de femmes, si elle allaient se faire tester, pourraient revenir à la maison annoncer qu'elles étaient séropositives et espérer rester dans leur foyer ? Et si elles sont jetées à la rue, quels choix ont-elles ? Où peuvent-elles aller ?”

Même les femmes qui ont décidé de sortir d’une relation dangereuse ou violente peuvent se retrouver isolées et piégées. “Il y a une véritable pression sur les femmes pour qu'elles restent mariées. La plupart du temps, la société ne soutiendra pas une femme qui a décidé de divorcer parce qu'elle pense que son mariage est dangereux, explique Mme Mataka. Elles ont besoin de soutien pour échapper à des situations à risques.” affirme-t-elle, et c'est aux femmes de fournir ce soutien.

Des progrès malgré les échecs

En dépit d'une multiplication par trente des sommes consacrées aux programmes contre le sida dans le monde depuis 1996, le nombre de nouvelles infections et de décès progresse toujours. Les dépenses de prévention, de soins et de traitement du VIH/sida devraient atteindre 10 milliards de dollars en 2007, mais c'est là moins de la moitié de la somme nécessaire.

Les antirétroviraux qui combattent le virus sont maintenant accessibles à 2 millions de personnes dans les pays en développement, dont 1 million en Afrique. C'est cependant moins d'un quart des personnes qui ont besoin de ces médicaments, et le nombre de nouvelles infections augmente plus vite que celui des programmes. Seulement 11 % des femmes enceintes reçoivent le traitement pour prévenir la transmission du virus à leurs nouveau-nés, et dans certains des pays africains, seule une femme sur 10 a accès aux tests de dépistage du VIH.

Un nouvel espoir pour l’Afrique

Mais selon Mme Mataka, “Le fatalisme que je sentais il y a peut-être cinq ou six ans recule sans aucun doute. Les gens pensent que la solution est entre leurs mains et qu'ils peuvent faire quelque chose.” Il y a d'autres modestes signes de progrès. Bien que les taux d'infection stagnent ou augmentent dans la plupart des pays africains, le taux de progression a commencé à se ralentir chez les jeunes de certains pays, signe que des années de prévention commencent à avoir un effet.

“Un nouvel espoir se lève en Afrique, conclut Mme Mataka. Les gens mettent en place des programmes de prévention et de traitement sur les lieux de travail, s'attaquent aux questions d'exclusion et de défense des droits des personnes atteintes du VIH/sida”... ce problème doit trouver une solution africaine... l'Afrique doit réaliser que si elle ne traite pas la question des femmes, on ne fera pas de progrès pour enrayer l'épidémie de VIH/sida.”