Raogo Abel, cultivateur du village d’Ipelcé, et Tamboura Hamadou, éleveur de la zone de Sapouy, ne parlent pas de changements climatiques mais ils voient bien les dangers de l’appauvrissement des sols, de l’assèchement des cours d’eau et autres changements de leur environnement – et ils demandent des solutions urgentes et concrètes.
Les températures plus élevées au Burkina Faso et ailleurs en Afrique provoquent une évaporation plus forte, dégradent les sols, contribuent à la propagation d’espèces nuisibles, font baisser les rendements agricoles et réduisent la biodiversité. Pluies moins abondantes et températures plus élevées contribuent également à l'ensablement et à l’envasement des lacs et des rivières et au déclin à long terme des réserves d’eau.
Une étude de 2006 du Conseil National pour l’Environnement et le Développement Durable (CONEDD), un organe interministériel, a identifié les quatre secteurs les plus vulnérables : eau, agriculture, élevage et foresterie. On estime que 30 % des terres du Burkina souffrent d'une sérieuse dégradation.
Les effets des changements climatiques sont évidents dans tout le Burkina Faso. Les régions de l'Est et du Sud-ouest, bénéficiant généralement de conditions climatiques plus favorables, sont de plus en plus touchées par les températures élevées et des poches de sécheresse. Les activités humaines — déboisement par la récolte de bois de chauffage, surpâturage et cultures plus intensives — contribuent également à la dégradation de l'environnement. Dans l'Est, “nous constatons les prémices d'une pression grandissante sur la terre,” note Ouédraogo Antoinette, présidente d'une association de développement féminine et membre d'un groupe d'experts sur les changements climatiques. Ces pressions comprennent défrichement incontrôlé, braconnage de la faune et migration des pasteurs du Nord à la recherche de nouveaux pâturages. Ces pratiques nuisibles aggravent la situation.
Le Nord, qui a habituellement les précipitations les plus basses du Burkina Faso, a connu au cours des années récentes des pluies très fortes complètement inattendues alors que les tempêtes de sable, qui le frappent normalement, sont apparues dans d'autres régions.
Fin 2006, un groupe interdisciplinaire de spécialistes sous l'autorité du Ministère de l'environnement a dressé un Plan d'Action National d'Adaptation aux changements climatiques (PANA). Il identifie les besoins et les projets les plus urgents pour aider les communautés et a été adopté par le gouvernement, un des premiers signataires de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques de 1992.
“Même si la situation au Burkina n’est pas aujourd’hui catastrophique, il y a lieu de se préoccuper,” explique Honadia Mamadou, membre du PANA. On pense que les températures connaîtront une hausse de 0,8% à l’horizon 2025 et de 1,7% à l’horizon 2050. La pluviométrie connaîtra une diminution de -3,4% en 2025 et de -7,3% en 2050.
“La satisfaction des besoins en eau des populations, du bétail et des cultures, connaîtra des difficultés car les disponibilités en eau seront faibles,” avertit le PANA. Contrer ces effets négatifs demandera l'implication de tous les acteurs nationaux, du gouvernement aux communautés locales ainsi qu'une aide suffisante de la communauté internationale.
Dans un discours récent, le Premier ministre Paramanga Ernest Yonli a cité les mesures prises au cours de la dernière année : développement de projets d'irrigation à petite échelle sur 26 000 hectares et formation de milliers d'agriculteurs aux techniques d'irrigation et à la gestion de l'eau dans le cadre d'un plan décennal de promotion de l'agriculture irriguée ; début ou fin des travaux de construction de plus de deux douzaines de barrages et de réservoirs de taille moyenne ; “adaptation aux changements climatiques” par la prolongation d'un projet expérimental, le Programme Saaga, pour ensemencer les nuages dans les zones sahéliennes arides ; production de plus de 8 millions de plants d'arbre pour reboiser 13 000 hectares ; mise en place de plus de 1660 kilomètres de “haies vives ” pour constituer des coupe-vents ; réhabilitation d'environ 4000 hectares de terres dégradées ; fixation de près de 350 hectares de dunes dans le Sahel ; encouragement aux agriculteurs pour adopter des variétés de semences nouvelles, améliorées et plus résistantes demandant moins d'eau, comme un manioc à haut-rendement et le Nouveau riz pour l'Afrique (NERICA).
Société civile et ONG sont actives au Burkina Faso et aident à former les agriculteurs à la conservation de l'eau, de la couche arable du sol et de la végétation; ils introduisent des pratiques qui préservent l'environnement tout en augmentant les rendements. L'association Ragussi présidée par Ouédraogo un groupe de 60 femmes productrices de beurre de karité, cherche à sensibiliser les femmes aux risques du déboisement anarchique et aux dangers de certains types de pesticides et d'engrais chimiques.
Ces groupes forment le Réseau des ONG et associations de protection de l’environnement et de lutte contre la pauvreté (ROPAPE). Paul Bayili, son coordonnateur, croit que la société civile a un rôle clé à jouer pour sensibiliser la population aux changements climatiques et pour trouver des solutions. “Le ROAPE se fixe comme défi avec l’appui de l’Etat de populariser le concept ” déclare-t-il à Afrique Renouveau.
En mars, le ROAPE a organisé un atelier régional sur les changements climatiques où les participants ont reconnu l’importance de sensibiliser non seulement le grand public, mais aussi les élus, les décideurs, les gestionnaires des zones urbaines et des réserves forestières.
M. Honadia déclare à Afrique Renouveau.que des partenariats avec le gouvernement, les ONG, des experts techniques, les producteurs ruraux et les organismes d’aide au développement sont essentiels pour faire aux défis environnementaux du Burkina.
“Il faut un dialogue où l’on pourra capitaliser les projets qui ont permis d’avoir de l’expérience sur le terrain, en vue d’impliquer tous les acteurs et permettre de travailler sur des bases où personne ne sera rangé à la périphérie du processus et où tout le monde s’accordera à avancer.”