Selon le Rapport mondial sur le développement humain 1996, si les pays d'Afrique espèrent accélérer leur croissance économique dans les années à venir, il leur faut investir sérieusement dans le développement humain - en encourageant l'éducation, la nutrition, la santé et la planification familiale. Sans quoi le continent africain, où se trouvent 37 des 48 pays du globe classés "à faible développement humain", restera bloqué dans un cercle vicieux : l'insuffisance de la santé, de l'éducation et de la nutrition continuera à ralentir les progrès de la croissance sans laquelle, il n'y aura toujours pas assez de ressources à investir dans le développement humain.
Etude indépendante commandée chaque année par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le rapport de 1996 est axé sur le lien qui existe entre la croissance économique et le développement humain et qui, comme le constate l'administrateur du PNUD James Gustave Speth dans l'introduction du rapport, "n'est pas automatique", mais doit être forgé "avec politique et détermination". Pour traduire la croissance en développement humain, notamment en opportunités d'emploi, il faut adopter une série mixte de mesures privées et gouvernementales .
Dans le cas de l'Afrique, il faut que les ressources soient réaffectées à des priorités qui améliorent la vie de la majorité des Africains. En Afrique subsaharienne, région où 216 millions de personnes vivent dans la pauvreté, les dépenses militaires se chiffrent aujourd'hui à 8 milliards de dollars. Mais, l'UNICEF estime que pour faire face aux besoins de base de toute la population de la région en matière de santé, d'éducation et de nutrition, il faudrait dépenser environ 9 milliards de dollars de plus par an.
Outre une réorientation des politiques intérieures qui permettra un "essor considérable" de l'éducation et des soins de santé de base, selon le rapport, il faudra aussi que les pays d'Afrique bénéficient d'un nouvel allégement de la dette, d'une meilleure concentration de l'aide financière, et de l'ouverture de marchés d'exportation pour accélérer le développement.
Le rapport note que même les gouvernements bien intentionnés sont paralysés dans leurs efforts par des exigences externes telles que le service de la dette qui, entre 1990 et 1993, a coûté à l'Afrique subsaharienne plus de 13 milliards de dollars par an, "bien plus qu'elle n'a dépensé sur l'éducation et la santé réunies".
Le rapport note qu'au cours des années 80 la majorité des pays d'Afrique subsaharienne ont connu un "échec de la croissance", malgré des progrès sociaux et économiques des années 60 à la moitié des années 70. En termes humains, ceci a donné une situation inégale se caractérisant par des progrès et des revers.
Malgré de nombreuses tentatives de réformes, 20 pays d'Afrique continuent d'avoir un revenu par habitant inférieur à ce qu'il était il y a 20 ans. Le rapport avertit qu'à l'allure actuelle des progrès, il faudra à de nombreux pays d'Afrique un siècle ou plus pour parvenir au niveau de développement humain du monde industrialisé.
Le rapport introduit "l'indicateur de pénurie de capacités" (IPC), qui permet de signaler le pourcentage de personnes auxquelles font défaut trois capacités humaines de base minimales et essentielles : à savoir, être bien nourri et bien portant, pouvoir se reproduire, et être instruit et bien informé. Les pays africains qui ont connu une croissance rapide, comme le Botswana et Maurice, n'ont pas donné la preuve de réussites correspondantes au niveau de leurs capacités, alors que le Congo, le Gabon, la Guinée et le Sénégal sont au nombre de ceux qui réussissent le moins à convertir leurs revenus en développement humain. Cependant, pour la plupart de l'Afrique, la faiblesse des revenus demeure si répandue qu'elle dépasse souvent le potentiel pauvreté.
Pressions sur l'emploi
Selon le rapport, un moyen de subsistance sûr est un élément critique du développement humain, mais dans de nombreux pays d'Afrique, on manque d'emplois parce que la croissance est trop lent pour en créer ou parce que l'ajustement structurel a engendré des pressions tendant à la récession. Le Ghana offre un exemple frappant : son PIB a augmenté de 4,8 % entre 1986 et 1991, mais son niveau d'emploi a baissé de plus de 13 % pendant la même période.
Le rapport indique que les économies qui progressent assez rapidement sont en mesure d'améliorer le développement humain, à condition que le gouvernement prenne les mesures qui s'imposent.
En 1960 par exemple, le Botswana et le Kenya avaient à peu près le même PIB par habitant, et durant les trois décennies suivantes ont tous deux dépensé une moyenne de 9 % de leur PIB pour la santé et l'éducation. Mais en 1992, le taux de croissance du Botswana a atteint 6,5 %, alors que celui du Kenya a été de 1,6 %; donc le Botswana a pu dépenser cinq fois plus par personne pour la santé et l'éducation.
Pour que la croissance économique puisse se traduire en développement humain, le rapport recommande qu'elle s'accompagne d'une hausse de la participation populaire et de la démocratie, car en gouvernant de façon plus ouverte et plus transparente on peut réduire la corruption et le contrôle arbitraire. L'Afrique est en progrès à cet égard : plus de la moitié des Etats africains ont entrepris des réformes démocratiques depuis le début des années 90.