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Les " héros méconnus "
Le dialogue ne connaît pas de frontières géographiques, culturelles ni sociales. Même lorsque des différends insurmontables opposent les individus, ils sont souvent capables, à force de détermination et de clairvoyance, de renouer le dialogue. L'un des objectifs de l'Année des Nations Unies pour le dialogue entre les civilisations est précisément d'entretenir cette flamme.
A cette fin, l'ONU a tenu à honorer plusieurs héros méconnus qui, par leur courage, sont parvenus, dans l'adversité et en dépit d'obstacles culturels, sociaux, économiques et raciaux, à régler des différends grâce au dialogue. Sept messages de 60 secondes ont été produits, qui montrent chacun de quelle manière un individu a persuadé des ennemis de se tendre la main. Toutes les chaînes de télévision qui en feront la demande pourront diffuser ces messages d'information d'intérêt public, qui pourront être traduits en plusieurs langues.
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Jack Beetson Crossing the divide
(Australie)Jack Beetson, éducateur australien autochtone, invite chaque année les populations d'origine locale et non autochtones à rencontrer " l'autre " dans sa Linga Longa Aboriginal Philosophy Farm, en milieu rural. Ils partagent le même camp, posent des questions et partent à la découverte d'autres cultures et identités. C'est une occasion rare pour deux cultures différentes de transcender leurs divisions et d'aller à la rencontre l'une de l'autre dans un environnement amical et informel.
Jack est également président-directeur général de la coopérative Tranby pour les aborigènes, où ces derniers enseignent leur culture à des étudiants d'origine locale ou non. Ces programmes de " renaissance culturelle ", qui dispensent un enseignement professionnel culturellement approprié, ont en outre aidé les aborigènes arrachés à leurs familles quand ils étaient enfants à reconstituer leur identité et à retrouver dignité et fierté. En découvrant qui étaient les aborigènes et quelles étaient leurs relations avec la terre avant que les Blancs ne s'installent en Australie il y a seulement deux siècles, les étudiants non autochtones comprennent mieux leur propre identité et jettent un regard nouveau sur cette terre unique qu'ils habitent. L'ambition de Jack consiste à faire respecter non seulement les droits des populations autochtones, mais aussi l'ensemble des droits de l'homme.
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Margaret Gibney Lives with conflict in Northern Ireland
(Belfast, Irlande du Nord)Le " Mur de la paix ", projet du Mount Gilbert Community College (Belfast), a vu le jour lorsque des enfants ont écrit à des personnalités importantes du monde entier en leur demandant d'envoyer des messages de paix. Margaret Gibney, alors âgée de 14 ans, a écrit au premier ministre britannique Tony Blair que, dans toute sa vie, elle n'avait connu qu'une année de paix. Le Premier Ministre a été tellement touché par sa requête et par l'idée d'un Mur de la paix qu'il a mentionné sa lettre lors d'une apparition à la télévision américaine. C'est la raison pour laquelle Hillary Clinton, de passage à Belfast en 1997, a demandé à rendre visite à Margaret.
Depuis, les efforts de Margaret en faveur de la paix lui ont valu plusieurs récompenses, dont le prix Enfants champions (Champion Children Award), et elle a voyagé à travers le monde en qualité de jeune ambassadeur de l'UNICEF. En juillet 1998, Margaret s'est rendue à New York pour participer au Forum pour le rayonnement de la jeunesse (Youth Leadership Forum) ainsi qu'aux " Jeux de la bonne volonté " ("Goodwill Games"), initiative de Ted Turner. Elle comptait parmi 36 jeunes originaires du monde entier, réunis à l'occasion de l'ouverture de ces Jeux. Margaret comptait aussi parmi les trois jeunes ambassadeurs qui ont pris part à la couverture télévisuelle en direct des Jeux et elle a été interviewée au sujet de son rôle dans le processus de paix en Irlande du Nord et dans le cadre du projet consacré au Mur de la paix.
Sultan Somjee, Ph.D Kenya - East Africa Sultan Somjee Heals Tribal Conflict
(Nairobi, Kenya)L'ethnographe kényen Sultan Somjee est chef du Département d'ethnographie du Musée national du Kenya à Nairobi. Il est aussi à l'origine du projet de Musée africain de la paix. Il possède une connaissance approfondie de la culture et des traditions pacifiques des nations pastorales du Kenya, qui est le fruit de 25 ans d'études. Somjee s'emploie à encourager les communautés autochtones à faire connaître leurs traditions. Les représentants de ces cultures, analphabètes, ne construisent pas de monuments, n'écrivent pas, mais transmettent leurs connaissances au moyen de traditions orales et visuelles. Ils ont érigé des sites de paix, reconnus par l'ensemble de la communauté. Somjee est un musulman ismaélite; ses grands-parents sont arrivés au Kenya au tournant du siècle, en
provenance du sous-continent indien.
Dr. Salahuddin Ramez Humanitarian hero who died treating the victims of conflict
(Afghanistan)Il faut être particulièrement courageux pour s'envoler vers une zone de conflit afin de soigner les blessés et d'offrir espoir et secours au cur de la tourmente. Le docteur Salahuddin Ramez possède cette forme de courage, et, en tant que chirurgien du Comité international de la Croix-Rouge, il a quitté son pays natal, l'Afghanistan, pour aller soigner les victimes de conflits dans le monde entier.
Après des études en Afghanistan et en Allemagne, c'est en 1995 qu'il est devenu membre du Comité international de la Croix-Rouge. Il s'est d'abord rendu au Pakistan, puis au Soudan, au Timor oriental et, enfin, en mission en Sierra Leone. C'est là que le docteur Ramez a contracté la fièvre de Lassa et qu'il a trouvé la mort, tragiquement, le 25 juillet 2000. Ce message est l'occasion de rendre un hommage trop longtemps différé au docteur Ramez et à son engagement sur le terrain de l'aide humanitaire, au-delà des clivages religieux et culturels.
Sydney Possuelo Three decades spent protecting indigenous people in Amazonia from the shock of the new
(Brésil)Sydney Possuelo est responsable du Département des tribus inconnues au sein de la Fondation nationale indienne du Gouvernement brésilien. C'est l'un des " sertanistas " (spécialiste de la culture indienne) brésiliens les plus expérimentés. Il a passé plus de 30 ans à prodiguer des soins aux groupes autochtones, principalement en Amazonie : les effets du développement et du déboisement se font sentir de plus en plus avant dans la jungle où ils ont vu le jour. Celle-ci est envahie par des prospecteurs, des exploitants forestiers et des contrebandiers, qui n'hésitent pas à tirer sur les Indiens qui leur barrent la route. Sydney Possuelo et la Fondation nationale indienne contribuent à la protection des droits de ces populations vulnérables.
Dans le passé, la Fondation nationale indienne estimait que la meilleure option consistait à établir le contact avec les tribus inconnues. Mais, au cours de la dernière décennie, Sydney s'est fixé un objectif inverse, dans le but de les laisser en paix aussi longtemps que possible. Cependant, dans certaines circonstances, il n'y a pas d'autre solution que d'établir le contact. Lorsqu'il le fait, Sydney Possuelo entame le dialogue avec délicatesse. C'est un processus qui peut prendre des années et s'avérer très dangereux; un certain nombre de membres des équipes de Sydney ont été tués ou blessés par des Indiens. Dans le passé, Sydney a été contraint d'établir le contact avec plus d'une demi-douzaine de groupes autochtones inconnus, vivant au cur d'une forêt ombrophile qui ne cesse de s'amenuiser.
Zlata Filipovic Survivor of the horrors of a war continues the work to keep the peace through reconciliation
(Bosnie)Zlata Filipovic a commencé à tenir son journal de Sarajevo en 1991, juste avant de célébrer son onzième anniversaire. Chaque jour, elle a consigné les activités auxquelles elle se livrait avec ferveur, qu'il s'agisse de se rendre à l'école, de prendre des leçons de piano, de skier, de participer à des fêtes avec ses amis, ou de regarder ses programmes télévisés préférés. C'est alors que le chaos et la terreur engendrés par la guerre ont brisé son existence. Pourtant, en dépit de cette immense tragédie et des privations subies, Zlata a poursuivi avec lucidité la rédaction de son journal, chronique méticuleuse de la claustrophobie, de l'ennui, de la résignation, de la colère, du désespoir et de la peur associés à la guerre. Avec une précision et une clairvoyance qui démentent son âge, Zlata a écrit que " la situation politique est marquée au sceau de la stupidité ". Le journal de Zlata rend compte de la situation à Sarajevo mieux qu'aucun reportage ne l'a jamais fait. Depuis la fin de la guerre, le journal de Zlata a été publié par l'UNICEF, puis en France, avec un grand succès critique et Newsweek en a acquis les droits de reproduction pour les Etats-Unis.
Après avoir côtoyé la guerre de si près, Zlata utilise maintenant son temps libre au service de la paix et contribue à favoriser la communication entre différentes populations. Elle a participé à la publication des rapports de l'UNICEF sur les conséquences des conflits armés sur les enfants, et elle a été membre d'un jury international de l'UNESCO chargé de désigner le lauréat d'un prix récompensant l'auteur d'une uvre destinée aux enfants ou aux jeunes qui prône la tolérance. Zlata étudie actuellement les sciences humaines au St. John's College d'Oxford.
Faouzi Skali Using the joy of music to bring cultures together
(Maroc)Chaque année, un festival très particulier a lieu à Fès, au Maroc. Manifestation unique en son genre, il réunit des participants originaires de toutes les régions du monde et constitue un pont entre différentes cultures, nations, traditions, langues, voire époques. Le Festival de Fès des musiques sacrées du monde utilise pour ce faire le langage universel de la musique. C'est son directeur général, Faouzi Skali, qui a eu l'idée de ce festival.
Selon M. Skali, les peuples peuvent surmonter leurs différences grâce au pouvoir de la musique. Chaque année, il invite des musiciens du monde entier à faire connaître des uvres musicales qu'ils considèrent comme sacrées. Dans un monde où la technologie fait tomber si rapidement les obstacles au commerce et à la communication, l'objectif principal du festival est de donner libre cours à l'expression de la dignité et de la spiritualité humaines, et de faire disparaître les divisions afin de permettre à des représentants de toutes les cultures de faire acte de bonne volonté et de célébrer la diversité des opinions et des croyances religieuses.