Perspective de Poznań
par Dan Shepard
Samedi 13 décembre 2008
À propos de vendredi soir
Quelques pays développés, comme les Etats-Unis, ont clairement dit que tout accord doit contenir des engagements de pays gros émetteurs de gaz à effet de serre, comme la Chine et le Brésil. Tout au long de la conférence de Poznań, il est devenu évident que même si les positions n'ont pas changé au niveau des négociations, des pays comme le Brésil et la Chine ont pris d'importantes mesures pour lutter contre le changement climatique.

Le Ministre bésilien de l'environnement, S.E. M. Carlos Minc,
explique
que les pays en développement
sont sur la bonne voie
« Tout le monde attend que l'autre fasse le premier pas, regrette le Ministre de l'environnement brésilien, S.E. M. Carlos Minc. Mais cela mène à une impasse. »
Au lieu de cela, a-t-il annoncé, le Brésil s'apprête à prendre des mesures. « Nous n'avions pas de plan. Maintenant, nous en avons un. Nous n'avions pas de cibles. Maintenant, nous en avons. » Ce plan comprend, entre autres détails, une réduction de 70 % de la déforestation en Amazonie.
Et même si le pays ne renonce pas à son programme de biocarburant, la production d'éthanol « ne dérobera pas un hectare de terre aux peuples autochtones ni aux régions vivrières. »
« Nous allons montrer que les pays en développement feront leur devoir », a dit S.E. M. Carlos Minc, en ajoutant qu'ils ne peuvent rester à attendre que les gros émetteurs se décident à agir. « Nous pouvons faire beaucoup avant Copenhague. »
Conclusion
Les délégués applaudissent à la fin de la Conférence.
Prochaine étape : Copenhague.
La Conférence sur les changements climatiques de Poznań est terminée. Elle s'est conclue peu après 3 h du matin. Même à cette heure indue, 60 à 70 reporters étaient encore là pour la dernière conférence de presse.
Celle-ci n'a pas annoncé d'impressionnants accords ou des avancées importantes, mais a plutôt évoqué les discussions techniques et les décisions qui formeront l'ossature de la rude année de négociations qui s'annonce pour 2009.
Le Secrétaire général de l'ONU, M. Ban Ki-moon nous a rappelé que l'objectif de la réunion n'était pas d'arriver à une décision finale, « mais plutôt de tomber d'accord sur un plan de travail pour les intenses négociations prévues pour 2009. Les parties ont fait un important pas en avant. » M. Yvo de Boer a décrit Poznań comme une conférence « ouvrière » : « C'est une conférence où il fallait s'atteler à la tâche, ce n'est pas une conférence destinée à produire des avancées spectaculaires. »
Ce qui se passe maintenant, c'est que la locomotive est lancée pour Copenhague. Les pays sont d'accord pour qu'un texte de négociation soit prêt pour les négociations de juin à Bonn, une étape nécessaire. La question reste posée de ce qui sera – ou pourra être – adopté à Copenhague, mais tout le monde a le sentiment que l'accord qui sera conclu l'an prochain contiendra les principaux éléments d'un traité global, tout en reportant certains éléments techniques à plus tard. Comme il y a deux pistes de négociation – l'une sur une nouvelle période d'engagement pour le Protocole de Kyoto et l'autre sur un nouvel accord – certains pays en développement rejettent l'idée qu'il puisse y avoir un accord ratifiable à Copenhague, car ce serait « préjuger des résultats ».
M. Al Gore, lauréat du Prix Nobel de la paix, qui a pris la parole le dernier jour de la conférence, a imploré les participants de ne pas prêter attention à ceux qui pensent qu'on ne pourra arriver à un accord à Copenhague en décembre prochain. Pour résumer, il a dit au public de Poznań qu'il apportait à titre privé un message du peuple américain : « Oui, nous le pouvons. »
Les pays en développement se sont dit frustrés de ce qu'au cours des quinze jours qu'a duré la conférence, les débats se soient éloignés des principes de base, notamment l'équité et le principe des responsabilités communes mais différentiées, qui veut que tous les pays doivent agir en fonction de leur situation et de leurs ressources. Les petits États insulaires ont rappelé à toutes les délégations que c'étaient eux qui risquaient de souffrir le plus des changements climatiques, puisque leurs pays allaient être inondés.
On a avancé sur un certain nombre de questions, notamment la façon de rendre le Fonds d'adaptation opérationnel. Outre les sommes qui seront prélevées grâce à une taxe sur les transactions du Mécanisme de développement propre, la Suède a offert 500 millions de dollars qui s'étaleront sur les trois prochaines années. Des accords ont également été conclu sur les transferts de technologie, le financement et l'amélioration des opérations du Fonds d'adaptation. Les pays en développement ont été particulièrement déçus qu'on ne soit pas arrivé à un accord sur un système de partage du produit des systèmes d'échanges de quotas d'émissions à des fins d'adaptation.
