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Conseil
de sécurité
Le 16 juin 1998, j'ai adressé une lettre au Président
du Conseil de sécurité (S/1998/529), communiquant un rapport
sur la visite que j'ai effectuée à Bagdad du 11 au 15 juin.
Dans ce rapport, j'indiquais qu'un calendrier des travaux avait été
convenu avec le Vice-Premier Ministre iraquien. Ce calendrier avait été
établi pour essayer de résoudre, dans les deux mois qui suivaient,
la plupart des questions prioritaires en suspens relatives au désarmement
de l'Iraq qui étaient du ressort de la Commission spéciale.
Dans mon rapport de juin, j'ai indiqué que les
résultats des travaux menés selon ce calendrier seraient
évalués par le Vice-Premier Ministre et moi-même au
cours de la série suivante de pourparlers qui se dérouleraient
au début du mois d'août 1998. On espérait qu'en fonction
de l'issue de ces pourparlers, les deux parties pourraient convenir de
la suite des travaux, le cas échéant, avant la présentation
du prochain rapport semestriel de la Commission au Conseil en octobre 1998.
Cette série de pourparlers a eu lieu à Bagdad
le 3 août 1998. Au cours de ces pourparlers, j'ai fait au nom de
la Commission le bilan des importants progrès réalisés
depuis juin et des tâches qu'il restait à accomplir. J'ai
proposé d'aborder, en vue de leur trouver une solution, les questions
de fond relatives au désarmement qui n'étaient pas inscrites
au calendrier des travaux établi en juin, telles que l'agent chimique
VX, la dissimulation du document récemment découvert qui
a trait à la vérification dans le domaine des armes chimiques
et ses incidences. J'ai également proposé un nouveau programme
de travail pour l'avenir immédiat en vue d'achever l'examen des
questions en suspens dans le domaine des missiles et des armes chimiques.
Le Vice-Premier Ministre a rejeté ces deux propositions.
Il tenait à ce que je fasse immédiatement rapport au Conseil
de sécurité pour l'informer qu'il n'existait plus d'armes
ni de matériels connexes interdits en Iraq. J'ai indiqué
que je n'étais malheureusement pas en mesure de faire un tel rapport.
Pour des raisons bien connues du Vice-Premier Ministre, la Commission ne
disposait pas encore des éléments nécessaires pour
confirmer que l'Iraq avait pris toutes les mesures prévues dans
les paragraphes de la résolution 687 (1991) relatifs au désarmement
de ce pays. Un rapport de ma part contenant des conclusions non vérifiées
sur l'application de ladite résolution par l'Iraq ne serait pas
crédible et n'aiderait donc pas l'Iraq à atteindre son objectif
qui est de convaincre le Conseil de lever l'embargo pétrolier et
les autres sanctions. Dans sa réponse, le Vice-Premier Ministre
a déclaré qu'il ne voyait pas en quoi il serait utile de
poursuivre les travaux avec la Commission sur ces questions.
J'ai demandé si nous allions nous rencontrer le
lendemain. Le Vice-Premier Ministre a fait observer qu'une telle rencontre
n'aurait de sens que si j'étais prêt à accepter d'informer
le Conseil que l'Iraq ne détenait pas d'armes ni de matériels
connexes interdits. J'ai déclaré une fois encore que je n'étais
pas en mesure de satisfaire à cette exigence.
Dans ces conditions, j'ai jugé que le mieux était
de faire rapport immédiatement au Conseil. J'ai donné au
Vice-Premier Ministre l'assurance que je rendrais fidèlement compte
de la position de l'Iraq dans mon rapport.
Vous trouverez ci-joint un rapport sur ces pourparlers
(voir annexe). Je vous serais très reconnaissant de bien vouloir
porter le texte de la présente lettre et de son annexe à
l'attention des membres du Conseil de sécurité.
Je reste à votre disposition et à celle
du Conseil pour de plus amples informations après mon retour à
New York.
Je pense que le Conseil doit se pencher une nouvelle fois
sur cette question. Je demeure convaincu que si l'Iraq livrait toutes les
informations et coopérait avec honnêteté, la Commission
serait à brefs délais en mesure de s'acquitter intégralement
de ses obligations en matière de désarmement.
(Signé) Richard BUTLER
1. Le Président exécutif de la Commission
spéciale des Nations Unies a séjourné à Bagdad
du 2 au 4 août 1998. Il était accompagné du Vice-Président
exécutif, M. Charles Duelfer, et de trois commissaires : M. Pål
Aas (Norvège), M. Jack Ooms (Pays-Bas) et M. Zhou Fei (Chine), ainsi
que d'une équipe de hauts fonctionnaires techniques et politiques
du Bureau exécutif de la Commission à New York.
2. Deux séances plénières ont été
tenues le 3 août. La délégation iraquienne était
conduite tout au long de ces pourparlers par le Vice-Premier Ministre,
M. Tariq Aziz, qui était secondé par M. Muhammed Saeed Al-Sahaf,
Ministre des affaires étrangères, M. Abdel Diaf Taiwiesh,
Directeur de la Société des industries militaires, le général
de corps d'armée Amer Rashid, Ministre du pétrole, M. Ahmed
Mutharda, Ministre des transports et des communications, le général
de corps d'armée Amer Al Sa'adi, Conseiller à la présidence,
le général Hossam Amin, Chef de la Direction nationale iraquienne
de contrôle, M. Ryiadh Al-Qaysi, Sous-Secrétaire au Ministère
des affaires étrangères, S. E. M. Nizar Hamdoon, Ambassadeur
et Représentant permanent de l'Iraq auprès de l'Organisation
des Nations Unies, ainsi que d'autres collaborateurs.
3. À la première réunion plénière,
tenue dans la matinée du 3 août, le Président exécutif,
à l'invitation du Vice-Premier Ministre, a fait, au nom de la Commission,
le bilan des travaux menés selon le calendrier établi en
juin 1998 (voir S/1998/529, appendice II) des résultats obtenus
au cours des deux derniers mois et des tâches qu'il restait à
accomplir. Des propositions concrètes touchant la suite des opérations
ont également été présentées. Après
l'intervention du Président, le Vice-Premier Ministre a exposé
la position de l'Iraq. La séance a ensuite été levée.
Dans le courant de la soirée, le Vice-Premier Ministre et le Président
exécutif ont procédé à de nouveaux échanges
de vues.
4. Dans ses observations préliminaires, le Président
exécutif a indiqué que la Commission s'était acquittée
de toutes les tâches qui lui avaient été confiées
dans le calendrier des travaux. Bien que ces tâches aient été
entreprises en coopération avec l'Iraq, ce pays n'avait malheureusement
pas fourni tous les nouveaux éléments d'information et documents
que la Commission lui avait demandés et qui auraient grandement
facilité les efforts tendant à régler définitivement
toutes les questions de désarmement.
5. Pour chacun des types d'armes, le Président
a fait le point de l'exécution des activités prévues
dans le calendrier des travaux.
Missiles
6. Le Président exécutif a déclaré
que d'importants progrès avaient été réalisés
dans le domaine des ogives de missile depuis les réunions tenues
en juin. Un bilan et un inventaire définitifs avaient commencé.
7. La Commission a pu établir la destruction de
43 à 45 des 45 ogives opérationnelles spéciales dont
l'Iraq avait déclaré qu'elles avaient été unilatéralement
détruites en 1991. Il s'agissait là d'un progrès important.
8. Toutefois, il convient de noter que la découverte
de produits provenant de la dégradation de l'agent VX sur certains
débris d'ogives spéciales pourrait influer sur l'inventaire
des ogives spéciales. La question de l'agent VX devait être
réglée pour que la Commission soit en mesure de déterminer
si l'inventaire actuel des ogives spéciales était suffisant
pour vérifier intégralement la production déclarée
d'ogives spéciales interdites et leur destruction unilatérale.
9. Des progrès considérables ont également
été accomplis dans la comptabilisation des ogives classiques
interdites, à la fois importées et produites localement par
l'Iraq. L'Iraq a été prié d'indiquer si l'inventaire
actuel était définitif ou si la poursuite des travaux permettrait
de combler les lacunes. Il n'a pas répondu à cette requête.
10. Une équipe d'experts de la Commission spéciale
a procédé à un examen approfondi de diverses questions
concernant l'état de la production locale de missiles, le bilan
matières de certains principaux composants et leur destruction unilatérale.
Ces experts poursuivaient toujours leurs travaux en Iraq le 3 août
lorsque la première réunion plénière a eu lieu.
11. Des progrès considérables ont été
réalisés dans l'établissement d'un bilan matières
préliminaire des composants nécessaires à la fabrication
de moteurs. En conséquence, le Président exécutif
s'est déclaré satisfait des résultats des activités
prévues dans ce domaine dans le calendrier des travaux.
12. Pour pouvoir affirmer avec certitude que toutes les
armes interdites produites ou acquises par l'Iraq ont été
détruites, la Commission devait être en mesure de vérifier
les éléments pertinents des déclarations faites par
l'Iraq. Dans ce contexte, les activités de destruction unilatérale
dont l'Iraq a fait état ne correspondent pas toujours aux éléments
d'information dont dispose la Commission. C'est le cas des ogives spéciales
et de certains composants de la production locale.
13. Il restait encore à l'Iraq à fournir
la preuve que les propergols interdits avaient été détruits
unilatéralement. La Commission a renouvelé son offre qui
consistait à communiquer les documents existants pour apporter une
réponse rapide et exacte à cette question.
14. Malheureusement, la partie iraquienne a mis fin à
un effort encourageant visant à éclaircir certains points
concernant les mesures prises par l'Iraq en 1991 pour dissimuler des ogives
interdites en refusant de poursuivre l'examen de cette question, juste
avant la visite du Président exécutif.
15. Le Président exécutif a présenté
au Vice-Premier Ministre un projet de programme de travail accéléré
pour les semaines précédant la présentation en octobre
du rapport de la Commission au Conseil. Ce programme prévoyait la
fourniture par l'Iraq d'éclaircissements sur les questions en suspens
relatives aux ogives, une réunion d'experts à ce sujet, une
inspection permettant de vérifier les aspects du bilan matières
dont il fallait rendre compte et la destruction unilatérale des
principaux composants destinés à la production locale.
Armes chimiques
16. Une réunion d'experts a eu lieu à la
mi-juillet à Bagdad pour examiner avec l'Iraq les résultats
de l'analyse chimique ayant permis d'identifier des produits provenant
de la dégradation de l'agent chimique VX dans des échantillons
de débris d'ogives spéciales unilatéralement détruites
par l'Iraq. Après examen, les experts internationaux ont jugé
à l'unanimité que les résultats de l'analyse étaient
valables.
17. Lors de la réunion, l'Iraq n'a fourni aucune
explication technique sur la source des produits provenant de la dégradation
de l'agent VX découverts dans les échantillons. Il a continué
d'affirmer qu'il n'avait jamais utilisé d'agent VX à des
fins militaires.
18. L'Iraq a fini par dire qu'il lui serait possible d'expliquer
la présence de ces produits mais que "cette explication ne plairait
pas à la Commission". Toutefois, aucune explication n'a été
fournie.
19. L'Iraq n'a pas communiqué un état définitif
des obus de 155 mm remplis d'ypérite qui manquaient. Il a présenté
oralement un rapport intérimaire sur l'enquête qu'il avait
menée pour localiser les débris de munitions qui avaient
été censément perdues après la guerre du Golfe.
Les experts sont convenus des nouvelles mesures nécessaires pour
établir une comptabilité relativement exacte de ces munitions.
20. S'agissant de l'inventaire des bombes aériennes
R-400, l'Iraq a communiqué en juillet de nouveaux documents sur
l'élimination des principaux composants de ces armes et apporté
quelques éclaircissements à ce sujet. Ces documents ont été
examinés par la Commission qui les a jugés satisfaisants.
En conséquence, elle a conclu qu'une nouvelle inspection pourrait
permettre de dresser un inventaire définitif. Pour que cela soit
possible, il faudrait que l'Iraq fournisse des données permettant
à la Commission spéciale de résoudre le problème
de la répartition des agents de guerre chimiques et biologiques
dans ce type de bombe aérienne.
21. S'agissant des mouvements de matériel de fabrication
d'armes chimiques, l'Iraq a fourni des explications sur les faits visés
par l'enquête. Il importe d'expliquer les mouvements de matériel
interdit découvert et détruit en 1997 pour lever l'incertitude
qui pèse sur les opérations de dissimulation d'armes chimiques.
Pour permettre à la Commission de vérifier cette information
et de régler ainsi rapidement le problème, l'Iraq a été
prié de communiquer des pièces justificatives concernant
ces mouvements.
Armes biologiques
22. Conformément au calendrier de travail, des
experts internationaux et de la Commission spéciale se sont réunis
en juillet 1998 à Bagdad avec leurs homologues iraquiens pour examiner
l'état définitif et complet présenté par l'Iraq
sur son programme d'armement biologique interdit. C'était là
le troisième examen de ce type auquel avaient procédé
les experts internationaux depuis septembre 1997, date à laquelle
l'Iraq a présenté l'actuel état définitif et
complet.
23. L'Iraq n'a pas présenté d'élément
nouveau à cette réunion. Bien qu'ayant suivi une méthode
différente cette fois-ci, les experts ont découvert une fois
de plus que l'état définitif et complet de l'Iraq ne donnait
pas suffisamment d'éléments pour que l'on puisse procéder
à une vérification crédible. Cette constatation valait
pour les armes, la production d'agents de guerre biologiques et les milieux
de culture.
24. Les experts ont énoncé les constatations
suivantes :
a) Les armes :
-- Dans le bilan matières des bombes aériennes
R-400 (production, remplissage ou destruction de bombes remplies ou non
remplies), aucune des sous-composantes n'a pu être vérifiée;
-- Dans le bilan matières des ogives Al-Hussein
remplies d'agents biologiques (production, remplissage ou destruction),
aucune des sous-composantes n'a pu être vérifiée;
-- La comptabilisation des réservoirs largables
et de ce qu'on appelle le pulvérisateur "Zubaidi" n'a pas pu être
vérifiée.
b) La production d'agents :
-- Dans le bilan matières de la toxine botulique
Clostridium (production, remplissage, perte ou destruction), aucune des
sous-composantes n'a pu être vérifiée;
-- Dans le bilan matières des spores du Bacillus
anthracis (production, remplissage, perte ou destruction), aucune des
sous-composantes n'a pu être vérifiée;
-- Dans le bilan matières de l'aflatoxine (production,
remplissage, perte ou destruction), aucune des sous-composantes n'a pu
être vérifiée;
-- Dans le bilan matières du charbon des feuilles
du blé (production, perte ou destruction), aucune des sous-composantes
n'a pu être vérifiée;
c) Les milieux de croissance :
-- Dans le bilan matières des milieux de croissance
(acquisition/achat, utilisation, perte ou destruction), aucune des sous-composantes
n'a pu être vérifiée.
25. Bien que n'ayant pu vérifier aucune des sous-composantes
du bilan matières, les experts ont pu confirmer quelques éléments
limités de l'état présenté par l'Iraq. La partie
iraquienne n'a toutefois présenté aucune matière nouvelle.
26. Il est manifeste que, à moins que l'Iraq ne
présente des preuves supplémentaires à l'appui de
ses déclarations sur toutes les questions en suspens, les experts
internationaux ne voient aucune solution aux problèmes très
graves et fondamentaux que pose la vérification de l'état
définitif et complet actuel de l'Iraq.
27. Les experts ont recommandé de n'organiser aucune
autre opération de vérification ou d'évaluation de
l'état définitif et complet des armes biologiques de l'Iraq
tant que l'Iraq ne se sera pas engagé à fournir de nouvelles
informations de fond. À leur avis, toute autre approche serait une
perte de temps.
28. Le Président exécutif a dit que, au
cours des entretiens de juin 1998, lorsqu'on avait établi le calendrier
de travail, on avait laissé de côté certaines questions
que l'on examinerait plus tard.
29. Parmi ces questions importantes on peut citer le programme
iraquien de production de l'agent de guerre chimique VX. Le Président
pensait que l'on pourrait aborder cette question lors des discussions en
cours, ou le faire plus tard lorsque l'on disposerait des résultats
des tests menés dans des laboratoires français et suisses.
Il a laissé à l'Iraq le soin de décider si l'on abordait
la question immédiatement ou plus tard.
30. La comptabilisation des quantités manquantes
de propergol pour missiles Scud est l'une des autres questions. Il serait
utile de l'examiner aux réunions en cours.
31. Le Président exécutif a fait observer
qu'on n'avait pas encore abordé la question de la dissimulation.
32. M. Tariq Aziz a dit qu'il importait au plus haut point
de faire la distinction entre les questions d'importance majeure, qu'il
fallait donc résoudre avant de pouvoir déclarer avoir rempli
les conditions concernant le désarmement énoncées
par le Conseil de sécurité dans sa résolution 687
(1991), et les questions mineures, que l'on pourrait résoudre pendant
la phase de contrôle des opérations de la Commission.
33. En fait, à son avis, il ne restait plus à
répondre qu'à deux questions avant que le Conseil puisse
lever l'embargo pétrolier conformément au paragraphe 22 de
la résolution 687 (1991).
34. Il s'agissait des questions suivantes : l'Iraq avait-il
conservé des armes de destruction massive, y compris des missiles
de grande portée, et avait-il gardé la capacité d'en
produire?
35. D'après M. Tariq Aziz, la réponse à
ces deux questions était manifestement "non". Cela avait été
établi depuis longtemps. En outre, tout matériel à
double fin conservé en Iraq se trouvait sous contrôle rigoureux
et intrusif.
36. Le Vice-Premier Ministre a déclaré,
à maintes et maintes reprises, que la Commission avait délibérément
instauré une confusion artificielle entre les questions d'importance
majeure et les questions mineures, et ce pour retarder la levée
des sanctions.
37. M. Tariq Aziz a déclaré que la Commission
et ses experts n'avaient été ni rapides ni honnêtes
dans leur travail de vérification. En demandant avec insistance
une reconstitution des faits de la destruction unilatérale par l'Iraq
des armes et matières interdites au cours du second semestre de
1991, la Commission jouait une comédie visant à retarder
la clôture des dossiers du désarmement. De même, ses
demandes incessantes de documents faisaient partie de cette comédie
sans fin.
38. Selon M. Tariq Aziz, la façon dont la Commission
envisageait quant au fond et dans son ensemble la question de la vérification
des déclarations et états présentés par l'Iraq
était la raison principale de ces retards incessants.
39. Quant à la question de l'agent de guerre chimique
VX, M. Tariq Aziz s'est contenté de faire valoir qu'il était
illogique que l'Iraq ne déclare pas les ogives remplies de VX alors
qu'il avait déjà déclaré des ogives remplies
d'anthrax bien plus dangereuses. En tout état de cause, la question
du VX concernait les armes détruites. Les experts iraquiens pourraient
trouver une explication "chimique", M. Aziz en était sûr.
Il n'en discuterait pas davantage avec la Commission, mais présenterait
sa version des faits concernant le VX à la communauté internationale.
40. Lors des réunions d'experts internationaux
tenues récemment pour évaluer la déclaration de l'Iraq
dans le domaine des armes biologiques, M. Tariq Aziz a accusé la
Commission d'avoir "lavé le cerveau" des experts internationaux
"dans une atmosphère sinistre".
41. La méthode adoptée par la Commission
pour vérifier la déclaration iraquienne sur les armes biologiques
était tout à fait erronée, fondée sur une approche
et des normes occidentales. L'Iraq était un pays en développement,
et c'était sous cet angle-là qu'il fallait le juger.
42. M. Tariq Aziz a répété l'affirmation
de l'Iraq selon laquelle son programme d'armement biologique avait été
totalement démantelé en 1991. Qui plus est, l'Iraq n'avait
jamais utilisé d'armes biologiques. Selon lui, les experts de la
Commission avaient constamment passé outre la question de la dégradation
des agents biologiques produits il y avait plus de huit ans, qui faisait
que ces agents étaient à présent totalement inutilisables.
En outre, pour ce qui était de la production et des stocks d'agents
biologiques par l'Iraq, la Commission n'avait fait aucun cas des documents
"de première classe" que l'Iraq lui avait fournis.
43. Le Vice-Premier Ministre a demandé pourquoi
la Commission avait détruit l'installation d'Al-Hakam si, comme
elle l'affirmait, la déclaration de l'Iraq sur son programme d'armement
biologique était invérifiable?
44. Selon lui, la méthode utilisée par la
Commission répondait au voeu des États-Unis d'Amérique
et du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord qui souhaitaient
maintenir les sanctions en place. Le Président exécutif a
rejeté ces assertions.
45. Dans le domaine des missiles, le Vice-Premier Ministre
a déclaré que la Commission éternisait le processus
en posant des questions sans importance et sans rapport avec le sujet et
en exigeant qu'on lui présente des documents sur des problèmes
insignifiants et sans intérêt. Il a par la suite montré
une bande vidéo éditée d'un inspecteur posant ce qu'il
estimait être des exemples de questions oiseuses.
46. Le Vice-Premier Ministre rejetait également
l'affirmation du Président exécutif selon laquelle il fallait
aborder dès à présent la question des quantités
manquantes de propergol pour missiles interdit. C'était à
son avis une question d'importance mineure sur laquelle on pourrait se
pencher à un stade ultérieur pendant l'étape de contrôle.
47. Résumant sa position, le Vice-Premier Ministre
a demandé avec insistance au Président exécutif de
dire "la vérité" au Conseil de sécurité --
à savoir que l'Iraq ne possédait ni armes ni capacités
interdites dans aucun des domaines relevant du mandat de la Commission.
Selon lui, le Président ne devrait pas se laisser influencer par
ses experts, car ceux-ci manquaient totalement d'objectivité.
48. Le Président exécutif, répondant
aux observations de M. Tariq Aziz, a déclaré en substance
qu'il n'appartenait pas à l'Iraq de déterminer ce qui était
important et ce qui ne l'était pas, ni ce qui était nécessaire
pour satisfaire aux conditions posées par le Conseil de sécurité.
L'intention de ce dernier avait toujours été que l'Iraq déclare
la totalité de ses armes et programmes interdits afin que la Commission
puisse les vérifier et en superviser l'élimination. Il avait
été prévu que l'ensemble prendrait 90 jours.
49. Le Président exécutif a précisé
que la Commission continuerait de s'acquitter de son mandat tel que stipulé
par le Conseil. Elle ne pouvait le faire qu'avec la coopération
de l'Iraq, mais le Conseil de sécurité était seul
habilité à diriger ses travaux. Le Président exécutif
a rejeté les accusations de mauvaise foi, de lenteur et de confusion
délibérée lancées contre la Commission et ses
experts. Les causes des retards se trouvaient ailleurs, comme le prouvaient
quelques faits déterminants :
-- Dès le tout début, en avril 1991, l'Iraq
avait pris la décision fondamentale de ne pas satisfaire aux conditions
posées par le Conseil, en adoptant une politique de dissimulation;
-- Depuis 1991, ses déclarations n'avaient jamais
été ni exhaustives, ni finales ni complètes;
-- L'Iraq avait compliqué énormément
l'ensemble du processus de vérification en procédant unilatéralement
à des destructions, en violation des conditions posées par
le Conseil.
50. À titre d'exemple de la façon dont la
politique et les pratiques de l'Iraq avaient retardé l'achèvement
des tâches confiées à la Commission dans le domaine
du désarmement, le Président a rappelé la destruction
d'Al-Hakam dont avait fait état le Vice-Premier Ministre :
-- Jusqu'en juillet 1995, l'Iraq avait nié -- sur
instruction du Vice-Premier Ministre, selon ses propres déclarations
-- avoir poursuivi un programme offensif d'armes biologiques. L'Iraq avait
également nié à maintes reprises qu'Al-Hakam était
un centre de production d'armes de guerre biologiques;
-- La Commission en était venue à considérer
qu'Al-Hakam avait joué un rôle déterminant dans le
domaine des armes biologiques interdites après avoir procédé
à des vérifications rigoureuses. Il avait fallu établir
des balances matières des composants, y compris des milieux de culture,
et procéder à des analyses techniques et à l'évaluation
des matériels acquis par l'Iraq, de même qu'à des consultations
avec des experts internationaux de la production des armes, à des
inspections sur place en Iraq et à des entretiens avec des personnels
iraquiens. Ces différents moyens d'inspection et de vérification
s'étaient révélés précieux, permettant
d'obtenir des conclusions solides et correctes. Ils avaient été
utilisés à la fois pour Al-Hakam et pour l'ensemble des programmes
de guerre biologique de l'Iraq, bien que celui-ci n'ait cessé de
faire valoir que la Commission s'arrêtait sur des questions futiles
et d'importance secondaire, qu'elle négligeait les faits essentiels,
qu'elle se montrait trop intrusive, enfin que les experts de la Commission
manquaient de compétences et étaient de mauvaise foi.
51. Le Président a rejeté les attaques personnelles
qui avaient été dirigées contre les experts et les
membres de la Commission. Ces attaques étaient indignes. Elles mettaient
en cause le professionnalisme et l'intégrité des experts
et des autres responsables concernés.
52. S'agissant des documents demandés par la Commission,
le Président exécutif a indiqué que, s'efforçant
de se faire dans les plus brefs délais une idée complète
des programmes interdits poursuivis par l'Iraq, la Commission avait souvent
demandé, mais s'était vu refuser, des documents dont elle
savait qu'ils existaient. Ces documents étaient en possession du
Gouvernement iraquien et pouvaient accélérer énormément
le travail de vérification. Ils n'avaient rien de futile.
53. L'exemple le plus récent des difficultés
rencontrées était cité dans la lettre adressée
le 22 juillet 1998 au Président du Conseil de sécurité
par le Président exécutif, qui avait été portée
de façon officieuse à l'attention des membres du Conseil.
Dans le cas considéré, l'Iraq avait refusé de fournir
comme le lui demandait un inspecteur principal copie d'un document particulièrement
utile pour établir un bilan matières vérifiable des
munitions iraquiennes remplies d'agents chimiques ou biologiques. Ce document
avait été placé sous scellé en attendant que
le Président exécutif se rende à Bagdad. Le Président
du Conseil avait prié le Représentant permanent de l'Iraq
de demander au Gouvernement iraquien de remettre ce document à la
Commission. Le Président exécutif avait demandé que
ce document, ou une copie faisant foi, lui soit communiqué.
54. M. Tariq Aziz ayant exigé du Président
exécutif qu'il informe le Conseil que l'Iraq ne possédait
plus d'armes ou de capacités interdites, le Président avait
répondu qu'il n'était pas en mesure de le faire sur la base
des vérifications effectuées jusqu'alors. Le faire serait
incompatible avec son mandat et avec les conditions posées par le
Conseil de sécurité. Il n'était pas autorisé
à constater le désarmement sur déclaration. Il devait
étayer ses conclusions par des preuves crédibles et solides,
sinon les membres du Conseil contesteraient son affirmation que l'Iraq
ne possédait plus d'armes ou de capacités interdites. Il
lui fallait des pièces justificatives, que seul l'Iraq pouvait fournir.
55. Toutefois, le Président s'était engagé
à informer le Conseil que l'Iraq lui avait demandé d'annoncer
immédiatement qu'il ne possédait plus d'armes ni de capacités
interdites, et à lui rapporter aussi sa propre réponse au
Vice-Premier Ministre.
56. Pour le temps restant de la visite, le Président
exécutif a proposé à M. Tariq Aziz d'entamer sans
tarder l'un et l'autre un examen sérieux de certaines questions
de fond, qui pourrait contribuer à clarifier les points en suspens
et à définir un schéma de solution aux problèmes
restant à régler, à savoir le dossier du VX et la
destruction unilatérale des ogives spéciales. Le Président
exécutif a également demandé qu'un exemplaire du document
sur la consommation de munitions spéciales, que l'Iraq avait gardé,
soit rendu à la Commission, et que l'une et l'autre partie étudient
les incidences des données qui y figurent sur les vérifications
dans le domaine des armes chimiques.
57. Le Président exécutif a également
proposé que les deux parties élaborent ensuite un programme
de travail intensif pour les quatre à cinq semaines suivantes, c'est-à-dire
avant la présentation en octobre du rapport semestriel de la Commission
au Conseil de sécurité. Il envisageait des réunions
et des inspections bien précises ainsi que la communication de documents
sur plusieurs points en rapport avec les missiles et les armes chimiques.
58. Le Vice-Premier Ministre n'a pas accepté ces
propositions. Il a également rejeté la demande du Président
exécutif visant la communication d'un exemplaire faisant foi du
document relatif aux dépenses engagées par l'Iraq pour des
munitions spéciales pendant la guerre entre l'Iran et l'Iraq. Il
a déclaré que ce document était sans intérêt
pour le travail de la Commission, qui ne portait que sur le point de l'ordre
du jour du Conseil relatif à la situation entre l'Iraq et le Koweït,
et ne s'étendait pas au problème entre l'Iraq et l'Iran.
L'Iraq, a-t-il déclaré, ne remettrait jamais ce document
à la Commission.
59. M. Tariq Aziz a déclaré qu'il n'y avait
plus en Iraq ni armes ni matières interdites. Il a demandé
au Président exécutif de le faire savoir, à moins
de disposer d'éléments prouvant le contraire, qu'il devrait
dans ce cas révéler à l'Iraq.
60. Le Vice-Premier Ministre a déclaré que
si le Président exécutif n'était pas prêt à
faire savoir sur le champ que l'Iraq se conformait aux conditions posées
et à proclamer ainsi la vérité, il n'y avait aucune
raison de croire qu'il le ferait en octobre. Le Vice-Premier Ministre se
demandait donc pourquoi il devrait continuer à travailler avec le
Président exécutif ou les experts de la CSNU. Il ne poursuivrait
pas d'autre programme de travail avec eux, car c'était "totalement
inutile".
61. Le Vice-Premier Ministre a déclaré que,
le Président exécutif n'étant pas prêt à
rendre compte au Conseil dans les termes qu'il avait proposés, à
savoir que l'Iraq ne disposait pas d'armes ni de capacités de destruction
massive, il ne servait à rien d'organiser de nouvelles réunions,
ni à l'échelon politique ni à celui des experts.
62. Le Président exécutif a demandé
si M. Tariq Aziz suggérait également de mettre fin à
la coopération avec la Commission pour ce qui concernait ses opérations
de contrôle. Le Vice-Premier Ministre a déclaré qu'il
n'était pas prêt à répondre à cette question.
Il rendrait compte de l'issue de ses entretiens avec le Président
exécutif aux dirigeants iraquiens, qui prendraient les décisions
voulues.
63. En réponse à une question du Président
exécutif, le Vice-Premier Ministre a déclaré qu'il
n'y avait aucune raison de se revoir le jour suivant, comme cela avait
été prévu, à moins que le Président
exécutif ne soit prêt à accepter la position iraquienne.
En conséquence, il n'y a pas eu de nouvelle réunion le 4
août.