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Conseil
de sécurité
Comme j'en avais exprimé l'intention au Conseil
de sécurité, je me suis rendu à Bagdad du 19 au 21
janvier 1998.
Immédiatement avant cette visite, le Conseil avait
exprimé, dans une déclaration de son président (S/PRST/1998/1),
en date du 14 janvier 1998, son plein appui à la Commission spéciale
et à son président exécutif, s'agissant notamment
de la visite que celui-ci doit faire prochainement en Iraq afin d'y poursuivre
avec les autorités iraquiennes les discussions visant à assurer
la pleine et entière application des résolutions pertinentes
et à améliorer l'efficacité et l'efficience des travaux
de la Commission spéciale à cet effet.
Cette déclaration a bénéficié
de l'appui unanime des membres du Conseil. Elle faisait suite au refus
de l'Iraq de permettre à l'une des équipes de la Commission
de s'acquitter de son mandat en inspectant certains sites. J'avais rapporté
ces faits dans une lettre adressée au Président du Conseil
le 12 janvier 1998 (S/1998/27).
Pendant cette visite à Bagdad, j'étais accompagné
de mon adjoint, M. Charles Duelfer, et de trois commissaires, M. Ron Cleminson
(Canada), M. Zhou Fei (Chine) et le lieutenant-colonel Gianpiero Perrone
(Italie), ainsi que de hauts fonctionnaires appartenant aux effectifs permanents
de la Commission à New York.
La partie iraquienne était conduite par le Vice-Premier
Ministre, M. Tariq Aziz, qui était secondé par des ministres
ainsi que par des officiers supérieurs et des hauts fonctionnaires.
Trois réunions plénières ont eu lieu,
l'une le 19 janvier et les deux autres le 20 janvier. Elles ont duré
au total huit heures et demie. En outre, M. Tariq Aziz m'a invité
à une réunion en tête-à-tête le 21 janvier,
immédiatement avant mon départ de Bagdad.
Les discussions étaient le prolongement de celles
qui avaient eu lieu lors des réunions tenues les 14 et 15 décembre
1997 à Bagdad. J'ai rendu compte des faits nouveaux intervenus depuis
ces réunions, tant au Conseil de sécurité que pendant
les travaux de la Commission.
En ce qui concerne la question de l'accès aux sites
(voir S/1997/987), j'ai appelé l'attention sur la déclaration
du Président du Conseil, en date du 22 décembre 1997 (S/PRST/1997/56),
dans laquelle le conseil soulignait que tout refus du Gouvernement iraquien
de permettre à la Commission spéciale d'accéder immédiatement
et inconditionnellement à des sites ou catégories de sites
était inacceptable et constituait une claire violation des résolutions
pertinentes. J'ai indiqué que le Conseil m'avait demandé
d'obtenir du Gouvernement iraquien l'assurance qu'il se conformerait aux
conditions posées par le Conseil, et en particulier qu'aucun site
ne serait soustrait à l'inspection. On trouvera dans le rapport
ci-joint la réponse du Gouvernement iraquien, donnée par
le Vice-Premier Ministre.
J'ai également appelé l'attention sur la
déclaration du Président du Conseil, en date du 14 janvier
1998, dans laquelle le Conseil avait une nouvelle fois exigé que
l'Iraq coopère pleinement, immédiatement et inconditionnellement
et sans restriction avec la Commission spéciale, conformément
aux résolutions pertinentes, qui établissent les critères
permettant de juger du respect par l'Iraq des obligations. Il n'était
par conséquent pas question que l'Iraq puisse chercher à
dicter les conditions dans lesquelles il s'acquitterait de l'obligation
qui lui était faite de coopérer avec la Commission spéciale
en ce qui concerne notamment la composition des équipes d'inspection
de la Commission. Le Vice-Premier Ministre n'a manifesté aucun désaccord
avec cette position, bien qu'il ait indiqué les préférences
de l'Iraq quant à la nationalité ou aux origines ethniques
des membres des équipes.
En ce qui concerne les travaux de la Commission, j'ai
informé le Vice-Premier Ministre des mesures qui avaient été
ou étaient actuellement prises pour appliquer les recommandations
qui avaient été faites à la session d'urgence de la
Commission, tenue en novembre 1997, en vue d'accroître l'efficacité
de la Commission. Le Vice-Premier Ministre s'est félicité
de ces mesures.
Dans la déclaration du Président du Conseil
de sécurité, en date du 14 janvier 1998, le Conseil demandait
que le Président exécutif lui fasse un compte rendu circonstancié
de ses discussions dès qu'elles auraient eu lieu, de façon
qu'il puisse décider si nécessaire de la suite qu'il y aurait
lieu d'y donner sur la base des résolutions pertinentes.
En réponse à cette demande, je transmets
ci-joint un rapport sur les discussions qui ont eu lieu à Bagdad
cette semaine. Je vous serais obligé de bien vouloir porter le texte
de la présente lettre et du rapport qui y est annexé à
l'attention des membres du Conseil de sécurité.
(Signé) Richard BUTLER
1. Les discussions se sont déroulées en
trois séances plénières et une brève réunion
privée entre le Vice-Premier Ministre et le Président exécutif.
Elles ont été pour l'essentiel consacrées aux questions
de politique générale, en particulier l'accès à
tous les sites en Iraq que la Commission souhaitait inspecter dans l'exercice
de son mandat. Toutefois, les modalités pratiques de l'organisation
des prochaines réunions d'évaluation technique à consacrer
aux différentes catégories d'armes ont fait l'objet de nouvelles
discussions et d'un accord. D'autres questions opérationnelles,
parmi lesquelles l'utilisation des nouveaux moyens supplémentaires
de surveillance aérienne, ont également été
abordées et discutées brièvement.
2. Sur l'invitation du Vice-Premier Ministre, le Président
exécutif a ouvert les discussions. Il a commencé par rappeler
qu'à l'issue des réunions de décembre 1997, les deux
parties étaient convenues de se rencontrer à nouveau au bout
d'un mois pour un certain nombre de raisons précises. Il s'agissait
tout d'abord d'évaluer si les modifications pratiques, décidées
d'un commun accord en décembre, à apporter aux modalités
d'inspection des sites sensibles fonctionnaient dans les faits. Ensuite,
en décembre, la partie iraquienne avait déterminé
cinq catégories de sites en Iraq en rapport avec les inspections
à mener par la Commission. Dans l'une de ces catégories entraient
"les sites présidentiels et relevant de la souveraineté nationale"
auxquels le Vice-Premier Ministre avait précisé que la Commission
n'aurait absolument pas accès. Le Président exécutif
avait alors indiqué qu'il ne pouvait prévoir exactement la
manière dont le Conseil de sécurité réagirait
à cette exclusion. Le Président exécutif a appelé
l'attention sur la déclaration publiée au nom du Conseil
de sécurité par son Président, le 22 décembre
(S/PRST/1997/56), dans laquelle le Conseil rejetait la position de l'Iraq.
3. Le Président exécutif a fait savoir que
l'organisation des réunions d'évaluation technique qui avaient
été décidées au cours des entretiens de décembre
se poursuivait de façon satisfaisante. La première de ces
réunions s'ouvrirait à Bagdad le 1er février 1998.
Il a également mentionné les mesures prises au sein de la
Commission pour appliquer les recommandations de la session d'urgence que
celle-ci avait tenue en novembre 1997 pour étudier les mesures qui
permettraient d'accroître l'efficacité de ses travaux. Il
s'agissait notamment des mesures en rapport avec l'effectif de la Commission
et de nouvelles offres concernant des avions de surveillance.
4. Le Président exécutif a ensuite appelé
l'attention sur la grave préoccupation que suscitaient au sein de
la Commission les événements de la semaine précédente,
lorsque l'Iraq avait empêché la 227e équipe de la CSNU
de procéder aux inspections prévues. Ces événements
avaient conduit le Président du Conseil de sécurité
à publier une nouvelle déclaration le 14 janvier 1998 (S/PRST/1998/1).
Le Président exécutif a également noté que
le récent discours du Président iraquien contenait des remarques
sur les relations avec le Conseil de sécurité et laissait
entendre que les sanctions devraient être levées dans un délai
de six mois. Le Président exécutif a dit qu'il aimerait obtenir
des précisions sur ce point.
5. Le Président exécutif a ensuite déclaré
que les questions qu'il venait de présenter pourraient constituer
l'ordre du jour des réunions en cours, à savoir :
a) Modalités d'inspection des sites sensibles;
b) Réunions d'évaluation technique;
c) Discours du Président iraquien en date du 17
janvier 1998;
d) Accès aux sites présidentiels et relevant
de la souveraineté nationale;
e) Autres questions opérationnelles :
i) Rapport de situation en matière de surveillance;
ii) Opérations héliportées;
iii) Utilisation de la base aérienne Rasheed;
iv) Attaque à la grenade à tube lancée
contre le bâtiment des Nations Unies, dans lequel se trouve le Centre
de contrôle et de vérification de Bagdad de la Commission;
v) 227e équipe de la CSNU.
6. Le Vice-Premier Ministre a estimé que le Président
exécutif avait décrit les questions fondamentales à
discuter.
7. Le Président exécutif a dit que la mise
en oeuvre des modalités révisées d'inspection des
sites sensibles avait dans un premier temps font apparaître certaines
améliorations indiscutables. Il avait rendu compte au Conseil de
sécurité, en décembre 1997, des modalités proposées,
en particulier l'augmentation éventuelle du nombre d'inspecteurs
autorisés à se rendre sur un site sensible et les mesures
à prendre pour accélérer les autorisations d'accès.
Le Conseil a décidé que les nouvelles mesures devaient être
mises à l'essai. Depuis la dernière visite du Président
à Bagdad, l'inspecteur principal de l'équipe chargée
de l'inspection a proposé à plusieurs reprises, et l'Iraq
a accepté, de faire entrer plus de quatre inspecteurs sur un site
que l'Iraq avait déclaré sensible. On a également
assisté à une réduction des délais nécessaires
pour obtenir l'autorisation d'entrer sur ces sites.
8. Toutefois, le Président exécutif a dit
que des problèmes avaient surgi. Une fois l'accès à
un site obtenu, la coopération iraquienne n'avait parfois pas été
satisfaisante. Les interlocuteurs iraquiens avaient fait subir aux inspecteurs
principaux de véritables interrogatoires : ils voulaient obtenir
des renseignements sur les autres inspecteurs, notamment leur nationalité
et leur spécialité, et sur ce qu'ils étaient venus
chercher. Ces interrogatoires ont retardé les inspections. L'Iraq
semblait d'ailleurs laisser entendre qu'il était dans son droit,
ayant notamment le droit de s'opposer à la présence de telle
ou telle personne ou de contester la raison de l'inspection. Or, ces questions
sont du ressort exclusif de la Commission. Par ailleurs, on a parfois vu,
lors de l'inspection d'un site, le personnel iraquien précéder
les inspecteurs, peut-être pour "nettoyer" le site en question. Le
Président exécutif a demandé que des ordres soient
donnés pour qu'il soit mis fin à ces pratiques, contraires
à tout esprit de coopération et pouvant faire avorter une
inspection donnée.
9. Le Vice-Premier Ministre a indiqué que le Directeur
de la Direction nationale du contrôle lui avait signalé que
ses contacts entre l'inspecteur principal et les gardes du corps iraquiens
n'avaient pas un caractère officiel. Certains interlocuteurs iraquiens
avaient posé des questions en se prévalant du fait qu'ils
connaissaient depuis longtemps certains des inspecteurs de la Commission
et qu'ils s'intéressaient à l'objet de l'inspection. Les
inspections se poursuivaient depuis sept ans et il était naturel
qu'ils veuillent savoir pourquoi elles continuaient. Les inspecteurs pouvaient
soit refuser de répondre aux questions, soit donner une réponse
qui favoriserait la coopération. Au plan officiel, l'Iraq avait
le droit, qu'il avait exercé, de demander pourquoi l'inspecteur
principal proposait d'augmenter le nombre des inspecteurs pouvant être
autorisés à se rendre sur un site donné. Ces questions
ne retardaient pas l'entrée sur le site. Si l'Iraq envisageait de
s'opposer à une inspection, il le faisait, politiquement, et en
assumait les conséquences.
10. Le Vice-Premier Ministre a indiqué qu'il était
personnellement intervenu pour accélérer l'accès aux
sites sensibles en donnant ordre au Directeur de la Direction nationale
du contrôle d'accompagner les équipes d'inspection dont on
s'attendait qu'elles souhaitent obtenir le droit d'entrer dans des sites
sensibles. Le Directeur était accompagné de deux personnes
habilitées à demander qu'un site sensible soit immédiatement
accessible.
11. Le Président exécutif a répété
que l'autorisation d'accès, que l'Iraq était tenu d'accorder,
pouvait être rendu inopérante par des mesures prises à
l'intérieur du site qui iraient à l'encontre des buts de
l'inspection.
12. Le Vice-Premier Ministre a présenté,
selon l'idée qu'il s'en faisait, les propositions se rapportant
aux réunions d'évaluation technique à venir.
13. Le Président exécutif a répondu
en présentant les modalités en cours d'élaboration
pour les deux premières réunions d'évaluation technique
et a examiné les propositions présentées par le Vice-Premier
Ministre :
a) Ces réunions porteraient sur les domaines des
missiles et des armes chimiques et aborderaient la question des ogives
spéciales et de l'agent chimique VX, respectivement;
b) Elles se tiendraient à Bagdad au début
de février 1998;
c) L'Iraq ferait un exposé et participerait à
toutes les discussions. L'équipe de la Commission, dont feraient
partie les experts indépendants recrutés pour la réunion
considérée, examinerait avec la partie iraquienne les grandes
lignes des conclusions dégagées;
d) Les équipes initiales travailleraient pendant
cinq jours chacune, mais on ferait preuve de souplesse à cet égard
si l'on s'apercevait qu'elles avaient besoin de plus de temps. S'il s'avérait
que certaines questions avaient besoin d'être approfondies, la réunion
en question pourrait être reconvoquée dans un délai
relativement court;
e) Les réunions concernant les ogives spéciales
et l'agent VX devraient s'achever dans le courant de février 1998.
14. Le Président exécutif a expliqué
que la réunion consacrée au domaine des armes biologiques
était plus complexe, essentiellement parce qu'elle aborderait l'ensemble
du dossier biologique. La programmation de cette réunion dépendrait
en partie de la possibilité de faire appel à des experts
extérieurs, dont un grand nombre était occupés dans
le cadre d'une importante conférence sur les armes biologiques qui
se tiendrait à Genève en février 1998.
15. Le Vice-Premier Ministre a demandé s'il serait
possible de convoquer la réunion avant la Conférence de Genève,
en faisant valoir que la réunion d'évaluation technique pouvait
être une réunion plus importante que la Conférence
de Genève. Cette réunion pourrait être reconvoquée,
en cas de besoin après la Conférence de Genève pour
terminer ses travaux. Il a dit espérer que la réunion d'évaluation
technique rendrait compte de ses travaux en mars. Le Président exécutif
s'est engagé à étudier plus avant les modalités
pratiques d'une convocation de la réunion se rapportant aux armes
biologiques.
16. Répondant à une demande du Vice-Premier
Ministre, le Président exécutif a indiqué que la Commission
s'efforcerait de mettre à la disposition de l'Iraq les traductions
officieuses en anglais qu'elle avait fait établir des documents
que ce pays avait fournis dans le cadre de l'état définitif
et complet dans les domaines se rapportant aux sujets abordés lors
des réunions d'évaluation technique.
17. Le Vice-Premier Ministre a réitéré
la demande iraquienne selon laquelle la Commission devrait mettre fin aux
vols des U-2 et remplacer ces appareils par d'autres avions de type approprié
provenant d'autres pays. Il croyait comprendre que d'autres offres concernant
ce type d'avion avaient été formulées, en particulier
par la Fédération de Russie. Quelle était la situation
à cet égard? L'Iraq considérait que les U-2, c'est-à-dire
des avions appartenant aux États-Unis pilotés par des Américains,
étaient utiles aux États-Unis dans leurs visées anti-iraquiennes,
et non à la Commission. Leurs vols constituaient une menace pour
la sécurité de l'Iraq, vu que les États-Unis avaient
souvent menacé le pays d'une intervention militaire. On pouvait
trouver d'autres pays dotés eux aussi d'avions appropriés
mais dont les intentions ne soient pas aussi hostiles envers l'Iraq.
18. Le Président exécutif a affirmé
que les U-2 étaient utilisés au-dessus de l'Iraq en tant
qu'avions de la Commission, exécutant des missions de surveillance
aérienne définies par celle-ci. Ils constituaient une plate-forme
unique en son genre dotée de capacités très particulières.
La Commission continuerait à y avoir recours.
19. Se référant à une recommandation
formulée par la Commission lorsqu'elle s'était réunie
d'urgence en novembre 1997, le Président exécutif a dit qu'il
étudiait la possibilité de se procurer des moyens aériens
provenant d'autres pays, afin d'accroître l'efficacité opérationnelle
de la Commission. La Fédération de Russie avait fait une
offre ferme, et une équipe de la Commission allait se rendre à
Moscou sous peu pour s'y entretenir des questions soulevées par
cette offre, notamment sur les plans logistique et financier et sur celui
des missions à effectuer. Il se pouvait également que la
France fasse une offre, et la Commission y donnerait suite de la même
manière.
20. Le Vice-Premier Ministre s'est félicité
de l'éventuelle utilisation d'avions ne provenant pas des États-Unis,
mais il a répété que selon lui il faudrait considérer
que ces appareils remplacent les U-2 et non qu'ils viennent s'ajouter aux
moyens dont dispose la Commission pour ses activités de surveillance
aérienne.
21. Le Président exécutif a réaffirmé
la position de la Commission, qui considère que la plate-forme des
U-2 est nécessaire, et il a dit que la Commission envisageait avec
une grande satisfaction la perspective d'être dotée de moyens
de surveillance aérienne supplémentaires, ce qui renforcerait
l'efficacité de son action.
22. Le Président exécutif a demandé
au Vice-Premier Ministre des éclaircissements sur certaines des
observations formulées par le Président iraquien dans son
discours du 17 janvier 1998, qui semblaient avoir une incidence sur l'accès
aux sites présidentiels et sur la coopération de l'Iraq avec
le Conseil de sécurité. Il a rappelé que ce dernier
avait exigé à maintes reprises que le Gouvernement iraquien
permette à la Commission, immédiatement et sans condition,
d'accéder à tout site présentant un intérêt
pour l'exécution de son mandat. Le Conseil avait aussi exigé
que l'Iraq coopère pleinement avec la Commission. Dans son discours,
le Président avait pourtant semblé poser des conditions au
fait que l'Iraq continue de se montrer coopérant avec la Commission.
Aussi le Président exécutif demandait-il au Vice-Premier
Ministre de lui fournir des explications sur la teneur et la signification
des observations du Président. Le Vice-Premier Ministre s'est employé
à apporter une réponse sur cette question à un stade
ultérieur des entretiens.
23. Lors de la première réunion du lendemain,
le 20 janvier 1998, le Vice-Premier Ministre a remis au Président
exécutif le texte en anglais du discours du Président.
24. Dans le passage sur les relations entre le Gouvernement
iraquien et le Conseil de sécurité, on y lisait ceci :
"Si le Conseil de sécurité ne prend pas
une décision pour s'acquitter de ses obligations à l'égard
de l'Iraq telles qu'elles sont édictées dans les résolutions
iniques qu'il a adoptées unilatéralement et sans que la participation
de l'Iraq en fasse des engagements réciproques, l'Iraq est décidé
à prendre une décision conforme aux recommandations des représentants
du peuple à l'Assemblée nationale et à en assumer
la pleine responsabilité, puisqu'en fait c'est la seule possibilité
qui s'offre à elle."
25. Lors de la deuxième réunion du 20 janvier,
pour clarifier les observations du Président, le Vice-Premier Ministre
a dit que le Conseil de sécurité devait honorer ses engagements
concernant la levée des sanctions, étant donné que
l'Iraq s'était acquitté de toutes ses obligations en matière
de désarmement. Il a ajouté que les observations du Président
visaient les relations de l'Iraq avec le Conseil de sécurité
et non avec la Commission. Cependant, il a dit que celle-ci n'avait pas
fait ce qu'elle devait, en classant les dossiers sur les questions de désarmement.
Le Gouvernement iraquien ne tolérerait pas que les sanctions dont
il faisait l'objet perdurent injustement. C'était à cause
de la position adoptée par les États-Unis au Conseil de sécurité
que les sanctions n'avaient pas été levées. Dans son
discours, le Président n'avait fait que répéter ce
que le gouvernement avait toujours affirmé, à savoir qu'il
fallait qu'il vienne un moment où les sanctions devraient raisonnablement
être levées. Or les États-Unis menaçaient l'Iraq,
et l'Iraq devait être paré contre toute éventualité.
Depuis septembre 1997, le Gouvernement américain, et dans certains
cas le Gouvernement du Royaume-Uni aussi, s'en était pris activement
au Gouvernement iraquien, ce dont la presse s'était largement fait
l'écho.
26. Sur la question de l'accès aux sites présidentiels
et relevant de la souveraineté nationale, le Président exécutif
a rappelé qu'il avait dit, lors des entretiens de décembre
1997, qu'il doutait que le Conseil de sécurité accepte la
position catégorique de l'Iraq selon laquelle ces sites ne pourraient
jamais être inspectés par la Commission. Depuis, le Conseil
s'était prononcé deux fois sur la question, récusant
la thèse iraquienne et exigeant un accès sans restriction
à tous les sites situés en Iraq. Néanmoins, certains
membres du Conseil avaient exprimé l'espoir qu'une solution pourrait
être trouvée pour permettre l'inspection des sites présidentiels
et relevant de la souveraineté nationale, en tenant compte des préoccupations
légitimes de l'Iraq sur le plan de sa dignité, de sa souveraineté
et de sa sécurité tout en répondant aux besoins de
la Commission en matière d'inspection.
27. Le Vice-Premier Ministre a dit qu'il n'était
fait mention de l'accès à ces sites, parmi lesquels figuraient
les sites présidentiels et les sièges des ministères,
dans aucun des documents du Conseil de sécurité. Les résolutions
de celui-ci ne mentionnaient l'accès à des sites qu'en désignant
ceux-ci en termes généraux. Aux yeux du Vice-Premier Ministre,
l'accès aux sites présidentiels et relevant de la souveraineté
nationale relevait d'une nouvelle interprétation, de la part de
la Commission, des résolutions du Conseil, interprétation
qui entraînait la Commission au-delà des limites de son mandat
relatif au désarmement. La Commission essayait d'étendre
ses droits afin de "faire tout ce qu'elle voudrait en Iraq". Mais elle
n'était pas une force d'occupation. Croyait-elle réellement
que l'Iraq cacherait des armes de destruction massive, anthrax ou agent
VX par exemple, dans les résidences du Président? Même
en supposant que l'Iraq l'ait fait, la Commission ne pensait-elle pas qu'il
aurait déplacé ces armes, vu le tourbillon que soulevaient
actuellement ces sites?
28. Le Président exécutif a rejeté
toute comparaison de la Commission à une force d'occupation, et
il a réaffirmé qu'elle n'était guidée que par
le mandat que lui avait confié le Conseil de sécurité,
qui lui donnait notamment le droit de pénétrer tout site
iraquien présentant un intérêt pour la conduite de
ses activités et qui faisait obligation à l'Iraq de se montrer
coopérant.
29. S'agissant en particulier de l'accès aux sites
présidentiels et relevant de la souveraineté nationale, le
Président exécutif a demandé des précisions
au Vice-Premier Ministre sur le nombre et la taille des sites en question.
Il a de nouveau demandé qu'on lui remette une carte indiquant leur
emplacement, car il importait que le Conseil de sécurité
sache exactement de quoi il s'agissait et ait une idée de la gravité
du problème. Le Vice-Premier Ministre a répondu qu'il existait
huit sites présidentiels en Iraq, situés dans quatre provinces.
Il a donné leur nom et fourni une description générale
de leur emplacement et de leur importance. Il a déclaré qu'il
ne donnerait pas de carte des sites car celle-ci pourrait être utilisée
par des ennemis de l'Iraq à des fins militaires.
30. Le Président exécutif a souligné
une nouvelle fois qu'il devait savoir si le refus de l'Iraq d'autoriser
l'inspection des sites s'appliquait seulement aux palais présidentiels,
à savoir les bâtiments dans lesquels le Président résidait
et travaillait, ou à l'ensemble des terrains entourant ces palais,
y compris les autres bâtiments (entrepôts, installations de
sécurité, etc.). Le Vice-Premier Ministre a précisé
que l'Iraq considérait les palais comme des sites ou complexes présidentiels,
y compris les multiples bâtiments et terrains situés à
l'intérieur de leur enceinte. Il a expliqué qu'il n'était
pas exact de les qualifier de palais présidentiels, car il n'y avait
qu'un seul palais présidentiel en Iraq, celui situé dans
la capitale, Bagdad. Les sites relevant de la souveraineté nationale
désignent uniquement les huit sites présidentiels et les
sièges de ministères.
31. Le Président exécutif a dit qu'il était
possible d'avancer si l'on parvenait à dissocier les résidences
présidentielles des bâtiments et des terrains qui les entourent,
bien que ceux-ci soient définis comme faisant partie des sites présidentiels
et des sites relevant de la souveraineté nationale. Si l'Iraq reconnaissait
à la Commission le droit d'inspecter ces sites, la Commission pourrait
appliquer des modalités particulières à l'inspection
des bâtiments où réside et travaille le Président,
tout en préservant les objectifs et l'efficacité de l'inspection.
L'inspection des terrains et autres bâtiments entourant les résidences
présidentielles se ferait conformément aux dispositions qui
s'appliquent à l'inspection des sites sensibles.
32. Le Vice-Premier Ministre a fait alors la proposition
ci-après, qui constitue la réponse officielle du Gouvernement
iraquien à la question de l'accès aux sites présidentiels
et relevant de la souveraineté nationale.
33. La Commission et l'Iraq tiendraient des réunions
d'évaluation technique concernant les trois catégories d'armes.
Les deux parties devraient attendre les conclusions des réunions
et examiner la façon dont la Commission les présenterait
au Conseil de sécurité dans son rapport d'avril 1998. Le
Vice-Premier Ministre a poursuivi en ces termes :
"Si le rapport indique que, au point de vue de la Commission
spéciale, les questions en suspens ont été réglées
et les obligations de l'Iraq en matière de désarmement ont
été pleinement honorées, les sanctions seraient alors
levées, cela dégagerait l'atmosphère des relations
entre l'Iraq, la Commission spéciale et le Conseil de sécurité
et l'on pourrait se concentrer sur les activités courantes de contrôle
et de vérification. Si ce n'est pas le cas en avril et si l'accès
aux sites en question est la seule question qui fasse obstacle à
la levée des sanctions, nous pourrions alors nous rencontrer pour
étudier ce que nous pourrions y faire. Je ne promets rien, mais
je suis disposé à débattre encore une fois de cette
question avec vous au mois d'avril. J'espère que vous accepterez
l'idée que je vous propose et que vous n'y susciterez aucune réaction
négative d'ici au mois d'avril."
34. Pour essayer de mieux comprendre la proposition du
Vice-Premier Ministre, le Président exécutif lui a demandé
si dans son esprit la question des missiles serait définitivement
réglée si la réunion d'évaluation technique
concernant les ogives de missile parvenait à des conclusions satisfaisantes.
35. Le Vice-Premier Ministre a dit que c'était
ce qu'il supposait, puisque la question des ogives était la seule
à continuer de poser problème dans le domaine des missiles.
Le Président exécutif a répondu qu'il y avait d'autres
questions en suspens dans ce domaine, comme la capacité de l'Iraq
de produire de façon autonome des missiles interdits, l'inventaire
des agents propulseurs de missiles et les activités d'essai de missiles.
Aussi ne suffirait-il pas pour que ce dossier soit bouclé que la
réunion concernant les ogives donne des résultats satisfaisants.
36. Le Président exécutif a demandé
au Vice-Premier Ministre si dans son esprit la question des armes chimiques
serait entièrement réglée si la réunion d'évaluation
technique concernant l'agent VX donnait des résultats satisfaisants.
37. Le Vice-Premier Ministre a répondu que c'était
bien ce qu'il supposait. Le Président exécutif lui a objecté
qu'il y avait d'autres questions en suspens dans le domaines des armes
chimiques, tout en reconnaissant que si la réunion d'évaluation
technique donnait des résultats sans équivoque concernant
l'agent VX ce serait un pas en avant vers la phase des contrôles
à long terme.
38. Le Président exécutif a également
demandé au Vice-Premier Ministre s'il considérait que la
réunion d'évaluation technique sur les armes biologiques
pouvait traiter et régler toutes les questions relevant de ce domaine.
Le Vice-Premier Ministre a répondu par l'affirmative et a indiqué
que l'Iraq était disposé à fournir toutes les précisions
nécessaires en réponse aux questions qui seraient posées
par les experts lors de la réunion. Si cela s'avérait insuffisant,
une deuxième réunion pourrait être tenue.
39. Le Président exécutif a indiqué
que la Commission avait, à maintes reprises, précisé
que, pour assurer le succès de ces réunions, l'Iraq devait
fournir davantage de documents relatifs notamment au domaine biologique,
car sa déclaration concernant les armes biologiques était
incomplète et peu crédible. Or le Vice-Premier Ministre avait
réaffirmé que l'Iraq ne fournirait aucun nouveau document
aux réunions, ce qui laissait présager que les prochaines
réunions n'aboutiraient pas à des résultats aussi
positifs que ce dernier semblait l'escompter.
40. Le Président exécutif a alors demandé
si la proposition iraquienne impliquait que les discussions sur l'accès
aux sites présidentiels et aux sites relevant de la souveraineté
nationale devaient être reportées et que la Commission ne
devait pas inspecter ces sites. Le Vice-Premier Ministre a indiqué
qu'il proposait au Président exécutif de reporter toutes
nouvelles discussions sur cette question et de ne procéder à
aucune inspection des sites présidentiels et des sites relevant
de la souveraineté nationale jusqu'au mois d'avril.
41. Le Vice-Premier Ministre a poursuivi en déclarant
que, si la Commission souhaitait effectuer des inspections sur des sites
considérés par l'Iraq comme "normaux" ou "sensibles", ce
dernier ne s'y opposerait pas.
42. Le Président exécutif a déclaré
qu'il ferait part de la proposition de l'Iraq au Conseil de sécurité
tout en précisant qu'il était d'ores et déjà
en mesure de faire certaines observations.
43. Tout d'abord, en tant que Président exécutif
de la Commission, il ne pouvait et ne voulait pas s'engager, sans avoir
reçu de nouvelles directives du Conseil de sécurité,
à accepter que l'inspection des sites que l'Iraq pourrait considérer
comme étant des sites présidentiels ou des sites relevant
de la souveraineté nationale. L'Iraq lui demandait de suspendre
une partie importante de travail de la Commission, chose que seul le Conseil
pouvait ordonner.
44. Ensuite, le Conseil de sécurité statuerait
sur la proposition de l'Iraq, mais le Président exécutif
se sentait obligé, quant à lui, de souligner que celle-ci
allait à l'encontre des exigences du Conseil. Si le Conseil lui
demandait son avis, il dirait que la proposition était un moyen
pour l'Iraq de se soustraire à son obligation d'offrir un accès
inconditionnel aux sites. Il a indiqué qu'il déplorait que
le Gouvernement iraquien réponde par cette proposition aux décisions
du Conseil.
45. En réponse à une question du Vice-Premier
Ministre, le Président exécutif a de nouveau déclaré
qu'il se réservait le droit de procéder à des inspections
de tous les sites en Iraq, y compris les sites présidentiels et
les sites relevant de la souveraineté nationale, dans le cadre du
mandat de la Commission, en attendant que son rapport ait été
remis au Conseil et tant que celui-ci ne lui aurait pas donné d'instructions
contraires.
46. En réponse, le Vice-Premier Ministre s'est
déclaré pleinement conscient des décisions du Conseil
de sécurité. Les dispositions relatives à l'accès
aux sites se retrouvaient dans plusieurs résolutions adoptées
par le Conseil depuis 1991. Toutefois, jusqu'en septembre 1996, la Commission
n'avait pas essayé d'inspecter des sites présidentiels ou
des sites relevant de la souveraineté nationale. Le Vice-Premier
Ministre était d'avis qu'il était possible de clôturer
les dossiers relatifs au désarmement en mettant en oeuvre des moyens
scientifiques et techniques sans avoir à recourir à des inspections
de sites présidentiels ou de sites relevant de la souveraineté
nationale. L'Iraq était disposé à donner suite à
toutes les demandes du Conseil de sécurité relatives au désarmement.
47. Le Vice-Premier Ministre a réaffirmé
que le Gouvernement iraquien ne possédait pas d'armes de destruction
massive, ni de composants majeurs, et ne cherchait pas à produire
des armes prohibées. Les questions en suspens pourraient être
traitées dans le cadre du processus de surveillance en cours. Le
Vice-Premier Ministre a également déclaré que le Gouvernement
iraquien collaborait avec la Commission pour obtenir la levée des
sanctions. Si celle-ci n'était pas envisagée, le Gouvernement
iraquien n'avait pas l'intention de poursuivre cette collaboration. L'Iraq
était prêt à assumer les conséquences, y compris
la guerre. Le Président exécutif devrait le faire savoir
au Conseil de sécurité.
Rapport de situation sur les activités de surveillance
48. Le Président exécutif a confirmé
que la Commission était à présent en mesure d'affirmer
que l'évaluation initiale qu'elle avait faite en décembre,
à savoir qu'elle n'avait trouvé aucune preuve d'utilisation
prohibée de matériel à double usage durant la période
pendant laquelle les équipes d'inspection de la Commission n'étaient
pas présentes en Iraq, c'est-à-dire en novembre et décembre
1997. Cela étant, durant cette période, du matériel
à double usage avait été retiré des installations
soumises à surveillance, et ce en contravention des dispositions
pertinentes du plan de surveillance et de vérification continus.
Opérations héliportées
49. Le Vice-Premier Ministre s'est plaint qu'au cours
des mois écoulés, les hélicoptères de la Commission
avaient parfois survolé des zones résidentielles ou des zones
proches de sites présidentiels en dépit des mises en garde
des pilotes iraquiens accompagnateurs contre les graves risques que cela
pouvait comporter. Dans les zones résidentielles, il était
toujours possible que des personnes hostiles à l'Iraq -- des Iraniens,
des Israéliens ou des Américains, par exemple -- tirent sur
un hélicoptère pour créer un incident entre la Commission
spéciale et l'Iraq. Il a ajouté qu'il ne pouvait garantir
la sécurité des vols au-dessus de ces zones.
50. Le Président exécutif a réaffirmé
qu'il faisait totalement confiance aux pilotes d'hélicoptère
de la Commission détachés par l'armée de l'air chilienne
qui étaient les seuls habilités, dans le cadres des vols
de la Commission spéciale, à déterminer les mesures
à prendre pour assurer leur propre sécurité ainsi
que celle de l'appareil et des autres personnes à bord. Il ferait
toutefois part à ces derniers de la remarque du Vice-Premier Ministre.
Utilisation de la base aérienne de Rasheed
51. Lors des réunions de septembre et décembre
1997, à Bagdad, le Président exécutif avait soulevé
avec le Vice-Premier Ministre la question du droit de la Commission d'utiliser
la base aérienne de Rasheed -- d'où étaient organisées
ses opérations héliportées -- pour ses avions. Il
avait souligné à cet égard que cela faciliterait considérablement
les opérations de la Commission en réduisant considérablement
la durée du trajet entre le Centre de surveillance et de vérification
de Bagdad et l'aéroport à l'arrivée et au départ
des équipes de la Commission et de l'Agence internationale de l'énergie
atomique (AIEA). En septembre, le Vice-Premier Ministre avait refusé
de mettre à la disposition de la Commission la base aérienne
de Rasheed, et en décembre, lorsque cette question avait de nouveau
été soulevée, il avait déclaré qu'il
l'aborderait lors de la prochaine réunion prévue en janvier
1998.
52. À sa session d'urgence, en novembre 1997, la
Commission avait demandé à l'Iraq de mettre la base aérienne
de Rasheed à la disposition des avions de la Commission.
53. Lorsque le Président exécutif a de nouveau
soulevé la question, le Vice-Premier Ministre a répondu que
sa position n'avait pas changé. Les installations de Habbaniyeh
répondaient aux besoins de la Commission. Elles étaient à
bonne distance de Bagdad et l'Iraq y avait mis en place le dispositif voulu
pour l'entrée et la sortie des équipes d'inspection.
Attaque à la roquette contre le Centre des Nations
Unies à Bagdad
54. Dans ses observations liminaires, le Président
exécutif a appelé l'attention sur l'attaque à la roquette
contre le bâtiment du bureau des Nations Unies qui abrite le Centre
de surveillance et de vérification de Bagdad. Heureusement, mais
peut-être involontairement, cette attaque n'avait pas provoqué
de gros dommages, mais elle avait suscité de sérieuses inquiétudes
sur le plan de la sécurité.
55. Le Vice-Premier Ministre a déclaré que
cette attaque avait été perpétrée par des groupes
dissidents opposés au Gouvernement iraquien.
56. À la fin des discussions, il a été
décidé que le Président exécutif se rendrait
de nouveau à Bagdad au cours de la première semaine de mars,
c'est-à-dire une fois que les réunions d'évaluation
technique auraient été achevées.
57. Dans les observations ci-après, le Président
exécutif aborde essentiellement la teneur des discussions qui viennent
de se tenir à Bagdad et le sens des décisions et des attitudes
adoptées par l'Iraq pendant les discussions eu égard au mandat
confié à la Commission en sa qualité d'organe du Conseil
de sécurité.
58. En décembre, j'ai informé le Conseil
de sécurité, en réponse aux questions que m'avaient
posées des membres du Conseil, que les discussions qui avaient eu
lieu à cette période à Bagdad s'étaient déroulées
dans un esprit courtois et positif et n'étaient pas caractérisées
par l'hostilité qui avait marqué la période de crise
qui les avait immédiatement précédées.
59. Les discussions actuelles ont eu lieu dans un climat
très différent. Celles-ci ont été caractérisées,
dès le départ, par de longues déclarations faites
par la partie iraquienne qui ne sollicitait, n'acceptait, ni apparemment
ne souhaitait recevoir aucune réponse d'importance un tant soit
peu comparable; par des moments où la Commission spéciale
et ses fonctionnaires ont été insultés et discrédités;
par des efforts visant littéralement à rendre la Commission
entièrement responsable, hier comme aujourd'hui, du fait que le
désarmement n'ait pas été mené à son
terme et que les sanctions contre l'Iraq soient maintenues.
60. Les représentants de la Commission aux discussions
ont trouvé déplorable et décevant que l'Iraq se soit
comporté de cette manière à la réunion. Mais
les motivations profondes de cette attitude sont encore plus édifiantes.
61. Tout d'abord, la partie iraquienne a présenté
d'une façon bien particulière l'historique des relations
entre les deux parties. Le Vice-Premier Ministre a fait un long exposé
dans lequel il a indiqué que l'Iraq s'était débarrassé,
depuis longtemps, de toutes ses armes de destruction massive, de leurs
composants et des moyens de les produire. Il a affirmé que la Commission
était sur le point de reconnaître ce fait au milieu de 1995
mais s'était ravisée lorsqu'une personne qu'il a qualifiée
d'"idiot", le général de corps d'armée Hussein Kamel,
aujourd'hui décédé, avait fait défection en
laissant derrière lui une importante cache de documents sur les
programmes d'armements interdits de l'Iraq, dont la Commission a pris possession
en août 1995.
62. Cet événement a en fait procuré
un sentiment de soulagement à la Commission et au Conseil, qui ont
ainsi pu éviter de tirer des conclusions qui se seraient révélées
prématurées.
63. Le Vice-Premier Ministre a laissé entendre
que l'Iraq en avait tiré la conclusion opposée, à
savoir qu'il était dans une certaine mesure très injuste
que la révélation d'informations importantes sur ses programmes
interdits, ayant donné lieu d'ailleurs à des déclarations
qui se sont révélées à bien des égards
erronées, ait privé l'Iraq de ce qu'il pensait être
la fin du processus de désarmement.
64. Il importe au plus haut point de noter que l'Iraq
ne met aucunement en doute le contenu des documents que la Commission a
récupérés en août 1995 et qui lui ont été
utiles dans ses enquêtes et ses vérifications. Les informations
fournies directement par Hussein Kamel sur les programmes interdits, qui
avaient été placés sous sa surveillance et son contrôle
directs, ont également beaucoup contribué aux enquêtes.
65. Lorsque le Vice-Premier Ministre présente,
comme il l'a fait pendant les consultations que nous avons eues en privé
mais aussi de plus en plus souvent en public, les 29 derniers mois comme
étant, dans une certaine mesure, une période caractérisée
par des retards inutiles et des atermoiements de la part de la Commission,
il s'agit en fait de la période qui s'est écoulée
depuis les révélations d'août 1995 dont l'Iraq semblait
déterminé à faire fi.
66. Outre cette version de l'historique des relations
entre la Commission spéciale et l'Iraq, qui pour la Commission est
très erronée, il y a eu des occasions où des efforts
ont été spécifiquement déployés pour
égarer la Commission et le Conseil de sécurité. Ces
efforts continuent d'influer sur les travaux de la Commission, y compris
quand elle doit procéder à des inspections afin de découvrir
ce qui pourrait être caché ou a été soustrait
à la Commission en violation des conditions imposées par
le Conseil.
67. Deux exemples devraient suffire à illustrer
ce point :
68. En premier lieu, entre 1991 et 1995, l'Iraq a catégoriquement
refusé d'admettre qu'il disposait d'un programme d'armes biologiques
offensives, ce qui était entièrement faux.
69. En deuxième lieu, jusqu'en 1995, l'Iraq a nié
avoir produit du VX. Après des enquêtes menées par
la Commission, l'Iraq a déclaré qu'il n'avait produit que
260 litres de VX. Aujourd'hui, nous savons qu'il a produit au moins 3,9
tonnes de cet agent chimique.
70. Toujours sur ce premier point essentiel, à
savoir la version iraquienne de la genèse des événements,
qu'il espère faire accepter au Conseil et qu'il diffuse à
travers le monde, je rappelle que le 20 janvier 1998, pendant les discussions
à Bagdad, j'ai posé au Vice-Premier Ministre, de façon
qu'il en soit pris acte, les questions ci-après : voulez-vous dire
que l'Iraq ne détient aucune arme de destruction massive ni les
moyens d'en produire; que vous avez fourni à la Commission tous
les éléments pertinents; qu'il n'y a plus rien à fournir
et qu'il n'y aura plus rien? Par ailleurs, voulez-vous dire que si ces
faits ne sont pas reconnus et si le démantèlement des armes
de destruction massive de l'Iraq n'a pas été déclaré
achevé, c'est uniquement parce que la Commission a refusé
de reconnaître ces faits et de faire la déclaration voulue?
Le Vice-Premier Ministre a répondu "oui" à chaque question.
71. Ces déclarations de l'Iraq ne sont rien de
plus que des déclarations. Il est regrettable que l'Iraq ne soit
pas disposé à permettre à la Commission de vérifier
ces affirmations en apportant des preuves, en collaborant aux enquêtes
de la Commission, en lui permettant d'avoir pleinement accès aux
sites, y compris pour des inspections, conformément aux conditions
définies par le Conseil.
72. Le Conseil se souviendra que dans mon rapport du 17
décembre 1997 (S/1997/987, par. 31), j'ai indiqué que les
représentants de l'Iraq avaient, lors des réunions de décembre,
donné lecture de quatre déclarations qui reprenaient l'argument
dont il est fait état au paragraphe 70 ci-dessus.
73. Depuis les réunions de décembre qui
avaient suivi la crise créée par l'Iraq le 29 octobre 1997,
et à la lumière des conversations qui viennent de s'achever
à Bagdad, on a fortement l'impression que l'Iraq est déterminé
à ne plus fournir aucune information complémentaire ou nouvelle
à la Commission et cherche à nous empêcher à
les découvrir par nous-mêmes si nous devions être amenés
pour cela à effectuer des inspections d'une certaine nature.
74. Je suis obligé de déclarer que si l'Iraq
réussit à éviter de répondre aux questions
que nous lui soumettons depuis un certain temps sur les problèmes
de désarmement non réglés et/ou nous empêche
de toutes autres manières de découvrir ces réponses,
on peut sérieusement douter de notre capacité de vérifier
la véracité des dires de l'Iraq quand il prétend avoir
rempli en matière de désarmement les obligations qui lui
ont été imposées par le Conseil de sécurité,
ce qui aurait des répercussions négatives graves sur les
opérations de contrôle et de vérification continus
de la CSNU.
75. Nous en arrivons naturellement au deuxième
grand sujet, celui des réunions d'évaluation technique à
venir.
76. L'Iraq a accepté la structure et les modalités
que j'ai proposées pour la tenue des réunions d'évaluation
technique. La décision de créer ce nouveau mécanisme
a été prise essentiellement pour faire un geste à
l'égard de l'Iraq. En outre, les réunions pourraient offrir
à la Commission un instrument nouveau et utile de vérification.
77. Il est déplorable que dans des déclarations
publiques récentes, l'Iraq ait cherché à donner une
idée erronée du mandat et de la composition des réunions
d'évaluation technique en les présentant comme une opération
consistant pour les experts fournis par les membres permanents du Conseil
de sécurité à se prononcer sur les questions en jeu.
Ce n'est pas là la nature ni l'objet de ces réunions, comme
il ressort de la correspondance que j'ai eue avec le Vice-Premier Ministre.
La Commission est un organe compétent et honnête qui peut
accomplir les tâches de vérification qui lui ont été
confiées. Il suffit pour s'en convaincre d'examiner son activité
passée.
78. La Commission espère que le processus des réunions
d'évaluation technique s'avérera utile et fera progresser
les travaux qu'elle mène avec l'Iraq sur les questions de désarmement
non réglées.
79. Ces observations débouchent naturellement sur
la question essentielle discutée au cours de cette semaine : l'obligation
imposée à l'Iraq par le Conseil d'autoriser un accès
sans conditions.
80. Comme il ressort du présent rapport, l'Iraq
n'a pas accédé à la demande du Conseil sur la question
de l'accès, en proposant en revanche ce qui suit :
-- Reporter l'examen de la question jusqu'à l'engagement
du processus des réunions d'évaluation technique, dont l'aboutissement,
selon l'Iraq, mettra fin à ses obligations en matière de
désarmement, sans qu'il contribue à ce processus en fournissant
de nouveaux documents;
-- Poursuivre la discussion engagée entre M. Tariq
Aziz et moi-même sur la question de l'accès peu avant la présentation
en avril du rapport de la Commission au Conseil;
-- En fait, cette discussion elle-même, a annoncé
M. Aziz, pourrait n'avoir aucun résultat et elle n'aurait lieu que
si la question de l'accès de la Commission aux "sites présidentiels
et relevant de la souveraineté nationale" était la seule
question empêchant la levée des sanctions (ce qui, naturellement,
suppose que les tâches de désarmement soient achevées).
81. À mon avis, la série de postulats sur
lesquels reposent les propositions susvisées poussent les choses
très loin. En outre, il est difficile d'expliquer le lien que l'Iraq
a établi entre le processus des réunions d'évaluation
technique et la suspension, éventuellement indéfinie, d'une
partie importante des activités de la Commission sur le terrain.
82. En conclusion, je dois rappeler au Conseil de sécurité
que l'accès total est exigé non seulement aux fins de désarmement,
mais aussi au titre du processus de contrôle et de vérification
continus. Si l'on renonçait à l'accès aujourd'hui,
celui-ci pourrait être crucial à l'avenir.
83. Enfin, je déplore d'avoir à signaler
au Conseil que je m'inscris en faux contre les allégations que l'Iraq
a cru bon de faire en public et selon lesquelles les responsables de la
Commission ont cherché à retarder la fin des travaux sur
les questions de désarmement afin de pouvoir conserver leurs emplois
et leurs revenus. Ces allégations sont aussi erronées que
déplaisantes.