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Conseil
de sécurité
Ainsi que j'en avais exprimé l'intention au Conseil
de sécurité, lequel m'avait donné son approbation,
je me suis rendu à Bagdad du 22 au 26 mars 1998. Comme vous le savez,
la Commission spéciale doit soumettre son rapport semestriel au
Conseil de sécurité le 11 avril 1998. Le présent rapport
est donc un bref compte rendu de ma dernière visite à Bagdad.
Ce fut ma première visite à Bagdad depuis
la signature du mémorandum d'accord entre le Secrétaire général
de l'Organisation des Nations Unies et la République d'Iraq, le
23 février 1998, mettant fin à la crise au sujet des inspections
de sites présidentiels en Iraq.
Au cours de cette visite j'étais accompagné
de trois membres de la Commission : le professeur Marjatta Rautio (Finlande),
le lieutenant-colonel GianPiero Perrone (Italie) et le général
de division Hideyo Kurata (Japon) -- ainsi que de plusieurs hauts fonctionnaires
du personnel permanent de la Commission à New York.
La partie iraquienne était représentée
par le Vice-Premier Ministre, M. Tariq Aziz, accompagné de plusieurs
ministres et hautes personnalités civiles et militaires.
Nous avons tenu deux réunions plénières,
le 23 et le 24 mars 1998. De plus, les 23 et 25 mars, deux réunions
distinctes, consacrées aux questions techniques, ont eu lieu avec
le général Amer Rashid, Ministre du pétrole et responsable
également des questions relatives aux armes chimiques et aux missiles.
Le 24 mars, je me suis également rendu à Nibai, à
une trentaine de kilomètres au sud de Bagdad, avec le général
Amer Rashid, où une équipe de la Commission spéciale
des Nations Unies (CSNU) et la partie iraquienne s'emploient actuellement
à dégager les restes d'ogives de missile spéciales
détruites unilatéralement.
Les discussions étaient axées sur les résultats
des réunions d'évaluation technique consacrées à
la comptabilité des ogives de missile spéciales et à
l'agent de guerre chimique VX, qui s'étaient tenues à Bagdad
au début de février 1998.
Nous avons également examiné les relations
entre la CSNU et l'Iraq, notamment dans le contexte des faits nouveaux
concernant l'inspection des sites sensibles et certains aspects du système
de contrôle et vérification continus. De plus, nous avons
évoqué les mesures à prendre et les travaux concrets
nécessaires dans les deux cas pour régler les questions en
suspens dans différents domaines d'armements.
Je vous communique ci-joint un bref rapport sur les discussions
qui ont eu lieu à Bagdad cette semaine (voir annexe). Je vous serais
obligé de bien vouloir faire porter le texte de la présente
lettre et de son annexe à l'attention des membres du Conseil de
sécurité.
(Signé) Richard BUTLER
1. Les discussions entre le Vice-Premier Ministre et le
Président exécutif se sont déroulées au cours
de deux réunions plénières. De plus, deux réunions
distinctes, consacrées aux questions techniques, ont eu lieu avec
le Ministre du pétrole, le général Amer Rashid.
2. Les discussions étaient pour l'essentiel axées
sur les questions techniques, notamment les résultats des réunions
d'évaluation technique sur les ogives de missiles spéciaux
et l'agent de guerre chimique VX, et sur les relations entre la CSNU et
l'Iraq. D'autres questions pratiques, notamment l'utilisation des terrains
d'aviation en Iraq, ont également été abordées
et examinées brièvement.
3. Les deux parties ont reconnu que la réunion
d'évaluation technique avait sensiblement contribué à
clarifier les questions de comptabilité des ogives spéciales,
même s'il restait du travail à faire. Le Vice-Premier Ministre
a souligné la grande importance que l'Iraq attachait aux réunions
d'évaluation technique qui devaient se dérouler, à
son avis, dans un esprit de transparence, d'efficacité et de professionnalisme.
4. Les deux parties ont présenté des exposés
techniques sur leur évaluation de l'état actuel de la comptabilité
des ogives spéciales. Le général Amer Rashid a apporté
des éclaircissements au sujet du diagramme qu'il avait remis au
Président exécutif sur cette question. Il a également
évoqué l'état d'avancement des travaux effectués
par les deux parties pour dégager des restes d'ogives unilatéralement
détruites par l'Iraq en été 1991.
5. Les spécialistes de la Commission ont exposé
oralement leurs préoccupations au sujet des écarts qui subsistaient
dans la comptabilité des ogives spéciales. Ils ont fait état
des divergences qui paraissaient exister quant au déroulement de
la destruction unilatérale et des méthodes suivies, d'autant
plus que l'Iraq avait révélé en 1997 l'existence d'un
autre site de destruction à Nibai.
6. À la demande du Président exécutif,
le général Amer Rashid a fait un exposé oral sur le
déroulement de la destruction unilatérale des ogives spéciales
(biologiques et chimiques) entreprise par l'Iraq en été 1991.
Il a également remis au Président exécutif une déclaration
écrite. Selon cette déclaration, il n'y a pas eu de destruction
d'ogives spéciales en dehors de la période allant du 9 juillet
au 11 juillet 1991. Le général Amer Rashid a également
fait un exposé oral sur les méthodes de destruction utilisées
à Nibai. Ces questions avaient déjà été
soulevées par la Commission au cours de la réunion d'évaluation
technique sur les ogives spéciales, sans que l'Iraq apporte de réponse
satisfaisante.
7. Le Président exécutif a dit que cette
information nouvelle devrait faciliter le travail de vérification
et de comptabilité des ogives spéciales de la Commission
spéciale.
8. Sur la question des missiles dans son ensemble, répondant
aux questions soulevées par M. Tariq Aziz, le Président exécutif
a réaffirmé que certains problèmes importants n'étaient
pas encore réglés, tels que la production sur place de moteurs
de missile et la comptabilité des propergols.
9. Il a été décidé que ces
questions devraient également être abordées à
une nouvelle réunion d'évaluation technique sur les ogives
de missile, si possible à la fin d'avril. Parallèlement,
la Commission poursuivait son travail de vérification des déclarations
de l'Iraq sur ces questions, en procédant à des inspections,
entretiens et autres activités.
10. Le débat est ensuite passé à
la deuxième question, l'agent chimique VX. La Commission spéciale
essayait encore de vérifier si, comme l'affirmait l'Iraq, cet agent
n'avait pas été produit à échelle industrielle
et n'avait pas été utilisé pour fabriquer des armes
en Iraq. Toutefois, la réunion d'évaluation technique sur
cette question avait conclu que l'Iraq avait la capacité de produire
et d'utiliser de grandes quantités de VX pour fabriquer des armes.
C'est pourquoi, l'Iraq devait fournir d'autres renseignements et documents.
11. Le Vice-Premier Ministre a contesté la méthode
utilisée par la Commission pour parvenir à cette conclusion.
Il ne pouvait pas accepter l'idée que, puisque l'Iraq avait disposé
du matériel nécessaire et atteint un haut niveau de technicité
dans la fabrication d'autres armes chimiques, ceci impliquait nécessairement
que ceci soit vrai également pour l'agent VX. L'Iraq était
un pays en développement et réussissait dans certains domaines
et pas dans d'autres. Il a réaffirmé que l'Iraq n'avait pas
produit de VX à l'échelle industrielle et ne l'avait pas
utilisé pour fabriquer des armes. L'Iraq avait certes acheté
de grandes quantités de précurseurs, mais n'avait pas réussi
à les utiliser pour produire du VX à l'échelle nécessaire
pour les utilisations militaires.
12. Le Président exécutif a dit qu'il ne
s'agissait pas d'une simple extrapolation de la Commission spéciale,
qui utilisait la totalité des renseignements dont elle disposait
pour vérifier les déclarations faites par l'Iraq. Le Vice-Premier
Ministre a proposé qu'une nouvelle réunion d'évaluation
technique soit consacrée à toute la question du VX dans un
proche avenir. Le Président exécutif a accepté de
tenir une telle réunion, si possible au début du mois de
mai.
13. Le Président exécutif a réaffirmé
cependant qu'il restait encore d'autres questions importantes en suspens
dans le domaine chimique, par exemple le bilan-matières de toutes
les munitions chimiques et tout le matériel de fabrication d'armes
chimiques. Il a proposé de les aborder dans le cadre de la poursuite
des travaux sur la question du VX, ce qui serait le plus efficace.
14. Le Vice-Premier Ministre préférait dans
un premier temps concentrer tous les efforts sur la question du VX et passer
ensuite aux autres questions. Selon lui, les questions restantes pourraient
être traitées dans le contexte de la vérification,
puisque la Commission pouvait aller partout et vérifier chaque article
dans les usines chimiques de l'Iraq.
15. Le Président exécutif a accepté
qu'une prochaine réunion d'évaluation technique soit limitée
à la question du VX, précisant cependant que la Commission
procéderait entre-temps aux inspections et autres activités
ayant trait aux autres aspects des armes chimiques. La partie iraquienne
a accepté cette formule.
16. Il a été décidé de ne
pas aborder cette question tant que la réunion d'évaluation
technique actuellement en cours à Vienne n'avait pas achevé
ses travaux.
17. Aux réunions tenues à Bagdad en septembre
et décembre 1997 et en janvier 1998, le Président exécutif
a soulevé avec le Vice-Premier Ministre la question de la possibilité,
pour la Commission, d'utiliser aussi pour ses avions la base aérienne
de Rasheed, où étaient basées ses opérations
héliportées, et d'utiliser d'autres terrains d'aviation dans
tout l'Iraq, notamment à Basrah.
18. Le Vice-Premier Ministre a dit qu'il était
encore difficile d'autoriser l'atterrissage d'avions de la Commission à
la base aérienne de Rasheed. L'Iraq souffrait encore des effets
des sanctions et ne voulait donc pas laisser à la Commission la
possibilité d'utiliser cette base aérienne pour ses avions.
Pour des raisons de sécurité, l'aéroport de Basrah
demeurait fermé. Le Vice-Premier Ministre a dit cependant qu'il
serait possible de revenir sur cette question ultérieurement.
19. Le Vice-Premier Ministre a ensuite demandé
au Président exécutif s'il serait possible de donner à
l'Iraq, pour la Direction nationale du contrôle, certains des véhicules
usagés de la Commission, qui avaient été remplacés.
Les véhicules de la Direction étaient en si mauvais état
qu'il lui était difficile d'assurer l'appui voulu aux activités
de la Commission. Le Président exécutif a dit qu'il étudierait
la question.
20. Le Président exécutif a abordé
avec le Vice-Premier Ministre en général, et avec le Amer
Rashid en particulier, les problèmes liés à l'utilisation
par l'Iraq de composantes de missiles Volga pour la fabrication de ses
missiles Al-Samoud, problèmes qui affectaient le rôle de la
Commission en matière de vérification et contrôle et
la possibilité de modifier la capacité des missiles Volga.
La partie iraquienne n'acceptait pas les arguments de la Commission. Ces
questions seront examinées plus avant.
21. Le Président exécutif s'est déclaré
satisfait du nouvel esprit de coopération entre les deux parties,
qui était manifeste depuis la signature du Mémorandum d'accord
du 23 février 1998. Il se référait en particulier
aux inspections effectuées au début de mars 1998, dans lesquelles
une équipe de la CSNU avait procédé à une série
d'inspections de sites que l'Iraq avait déclaré sensibles.
Les modalités révisées d'inspection des sites sensibles,
en date du 22 juin 1996, avaient été suivies correctement.
L'équipe de la CSNU a pu avoir accès à tous les sites,
y compris le Ministère de la défense de l'Iraq et l'équipe
avait été renforcée. Le Président exécutif
a formulé l'espoir que ce degré de coopération de
la part de l'Iraq subsisterait lors des inspections futures puisqu'il créait
un climat propice à la conduite et à l'achèvement
des tâches de désarmement.
22. Le Vice-Premier Ministre a dit que l'inspection de
sites sensibles évoquée par le Président exécutif
avait été menée par la CSNU correctement et avec professionnalisme
et que l'Iraq avait apporté coopération et entière
liberté d'accès. Les arrangements futurs seraient déterminés
au cas par cas.
23. À propos de la première visite des huit
sites présidentiels, le Président exécutif et le Vice-Premier
Ministre ont déclaré que les deux parties étaient
prêtes à mettre en oeuvre, dès que possible, le Mémorandum
d'accord signé entre le Secrétaire général
et la République de l'Iraq le 23 février 1998 et à
s'acquitter de leurs obligations respectives.
24. Ayant convenu d'attendre les résultats de la
réunion d'évaluation technique sur les armes biologiques
avant de décider quelles nouvelles mesures pourraient être
nécessaires, le Président exécutif et le Vice-Premier
Ministre ont convenu que la tenue d'une autre réunion d'évaluation
technique, dans un proche avenir, pourrait être une de ces mesures.
25. À l'issue des discussions, il a été
convenu que le Président exécutif se rendrait à Bagdad
de nouveau au début de juin 1998 pour examiner l'état d'avancement
des travaux dans les divers domaines d'armement.