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Conseil
de sécurité
J'ai l'honneur de vous faire tenir ci-joint le texte du
rapport de la Commission spéciale créée en application
du paragraphe 9 b) i) de la résolution 687 (1991) du Conseil de
sécurité sur les travaux de sa session d'urgence. Cette session,
vous vous en souviendrez, a été convoquée à
la demande du Conseil afin d'examiner les moyens de renforcer l'efficacité
des travaux de la Commission spéciale et de soumettre des propositions
à cet effet à l'approbation du Conseil.
Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter ce
rapport, qui contient les propositions demandées, à l'attention
des membres du Conseil de sécurité.
(Signé) Richard BUTLER
1. Les membres de la Commission spéciale ont tenu
une session d'urgence le 21 novembre 1997, à la demande du Conseil
de sécurité, pour examiner, entres autres questions importantes,
les moyens de renforcer l'efficacité des travaux de la Commission
spéciale, sur la base des résolutions du Conseil de sécurité,
et faire des recommandations à cet égard. Les membres de
la Commission rappellent qu'ils s'étaient réunis à
New York du 27 au 31 octobre 1997, qu'ils avaient alors été
informés en détail des activités entreprises par la
Commission et qu'ils les avaient approuvées de même que les
conclusions formulées dans le rapport du Président exécutif
(S/1997/774) en date du 6 octobre 1997. À la session d'urgence,
les membres ont été mis au courant des derniers faits nouveaux
survenus depuis la réunion d'octobre 1997 en ce qui concerne chaque
catégorie d'armement.
2. Les membres de la Commission rappellent que l'efficacité
et la rapidité avec lesquelles la Commission peut s'acquitter de
ses responsabilités dépendent avant tout de la mesure dans
laquelle le Gouvernement iraquien est disposé à divulguer
pleinement l'étendue et l'emplacement de ses programmes interdits
et à laisser la Commission avoir accès sans entraves aux
sites, documents et dossiers qu'elle souhaite inspecter, ainsi qu'aux personnes
qu'elle souhaite entendre, afin d'exécuter le mandat qui lui est
confié par les résolutions du Conseil de sécurité.
À cet égard, les membres de la Commission ont pris note du
fait que les équipes d'inspection de la Commission spéciale
et de l'Agence internationale de l'énergie atomique étaient
retournées en Iraq le 21 novembre 1997 au complet.
3. Les membres de la Commission notent que les gouvernements
peuvent beaucoup contribuer aux travaux de la Commission spéciale,
non seulement en fournissant des experts, du matériel et des services,
mais aussi en communiquant des informations, en particulier des informations
de fournisseurs concernant les programmes interdits de l'Iraq. Le Conseil
voudra peut-être encourager les gouvernements qui ne l'ont pas encore
fait à contribuer de cette façon aux travaux de la Commission.
4. Les membres de la Commission ont examiné chacune
des catégories d'armes interdites visées à la section
C de la résolution 687 (1991) et ont formulé des recommandations
concernant chacune d'elles; ils ont aussi recommandé des mesures
de caractère général destinées à améliorer
l'exécution du mandat de la Commission spéciale et de l'AIEA.
Armes nucléaires
5. Les membres de la Commission ont noté que, dans
son dernier rapport (S/1997/779), en date du 8 octobre 1997, le Directeur
général de l'AIEA déclare notamment que rien n'indique
qu'il reste en Iraq des matières nucléaires de qualité
militaire et que les activités de contrôle et de vérification
entreprises par l'Agence n'ont rien révélé qui établirait
la présence en Iraq de matières et d'équipement prohibés
ou l'existence d'activités interdites. Toutefois, pour pouvoir se
prononcer sur les questions restant à régler, le Conseil
voudra peut-être demander à l'Iraq, en priorité, de
donner rapidement des explications détaillées sur les cinq
questions formulées par le Directeur général de l'AIEA
au paragraphe 75 de son rapport. Les membres de la Commission encouragent
l'AIEA à utiliser, comme elle en a l'intention, de nouvelles technologies
pour ses activités de contrôle et de vérification continus,
en particulier dans le domaine de la surveillance de l'environnement, et
le Conseil voudra peut-être recommander aux gouvernements de mettre
les technologies requises à la disposition de l'Agence. Les membres
de la Commission ont noté avec satisfaction que l'AIEA a l'intention
de consacrer l'essentiel de ses ressources à l'exécution
et au renforcement technique de son plan d'activités de contrôle
et de vérification continus, ce qui suppose une augmentation du
nombre des inspecteurs en poste en Iraq.
6. Les membres de la Commission croient comprendre, d'après
l'exposé fait par l'AIEA, que si l'Iraq fournit de façon
satisfaisante les quelques éclaircissements qui lui sont demandés
au paragraphe 75 du rapport de l'AIEA et s'il coopère à l'utilisation
d'avions sur son territoire à des fins de surveillance, l'AIEA serait
alors fondée à soumettre prochainement un rapport favorable
au Conseil de sécurité.
Missiles interdits
7. Les membres de la Commission considèrent que
817 des 819 missiles interdits importés par l'IRAQ ont été
effectivement inventoriés.
8. Toutefois, il faut en priorité tirer au clair
et expliquer la production locale de missiles interdits, dont sept missiles
qui seraient destinés à la formation, ainsi que d'ogives
conventionnelles et d'ogives pour agents biologiques et chimiques et d'importantes
pièces détachées pour missiles.
9. Il est instamment demandé au Conseil de sécurité
d'exhorter l'Iraq à répondre rapidement et complètement
aux questions de la Commission à cet égard.
10. Les membres de la Commission notent aussi le caractère
interdépendant des questions restant à régler à
propos des ogives non inventoriées, qui sont intrinsèquement
importantes en ce qui concerne la catégorie des missiles ainsi que
celle des armes chimiques et biologiques, parce que les ogives sont remplies
d'agents chimiques et biologiques.
11. En prenant rapidement des mesures constructives dans
ces domaines, l'Iraq faciliterait la transition vers des activités
de contrôle et de vérification continus.
Armes chimiques
12. Les membres de la Commission notent les progrès
importants faits par la Commission dans ce domaine. Des quantités
considérables d'armes chimiques, de composants et de matériel
lié à leur fabrication ont été détruites
par l'Iraq et la Commission, agissant en coopération.
13. Toutefois, il reste un certain nombre de questions
à régler et les membres de la Commission sont d'avis qu'il
faudrait s'attacher en priorité :
a) À inventorier les ogives spéciales (chimiques
et biologiques) destinées aux missiles Al Hussein;
b) À déterminer dans quelle mesure l'Iraq
s'efforce de produire l'agent chimique VX et de le mettre au point à
des fins d'armement;
c) À établir le bilan -- matières
des munitions chimiques dont l'Iraq a déclaré qu'elles avaient
été détruites pendant la guerre du Golfe;
d) À établir le bilan -- matières
du matériel de production que l'Iraq a acquis en vue de fabriquer
des armes chimiques.
14. La Commission devrait continuer à utiliser,
le cas échéant, la méthode des séminaires scientifiques,
avec la participation de l'Iraq, pour parvenir à régler ces
questions.
Armes biologiques
15. Les armes biologiques sont le domaine dans lequel
l'Iraq a le plus gravement et avec le plus de constance fait fi de ses
obligations envers l'Organisation des Nations Unies. Les membres de la
Commission notent que s'il y a eu peu de progrès, c'est en grande
partie parce que l'Iraq a nié jusqu'en juin 1995 l'existence d'un
programme dans ce domaine.
16. Les membres de la Commission notent en outre que l'état
détaillé, complet et définitif présenté
par l'Iraq en septembre 1997 n'est pas sensiblement différent quant
à sa teneur de ceux qui avaient été fournis précédemment
et jugés inacceptables, et qu'il n'est toujours pas étayé
par des éléments ou des pièces justificatives vérifiables.
Ces constatations ont été approuvées par un groupe
international d'experts.
17. Le Conseil de sécurité est instamment
prié de demander à l'Iraq de remédier à ces
lacunes.
Dissimulation
18. Les membres de la Commission prennent note des activités
que mène systématiquement l'Iraq pour dissimuler les catégories
d'armes prohibées, activités qui ont des incidences directes
sur l'aptitude de la Commission à s'acquitter de son mandat.
Accès
19. Les membres de la Commission soulignent que l'accès
-- immédiat, inconditionnel et sans entrave -- est absolument indispensable
pour permettre à la Commission de s'acquitter des tâches qui
lui incombent. La Commission respecte les préoccupations légitimes
de l'Iraq quant à sa sécurité, sa souveraineté
et sa dignité nationales. L'Iraq a l'obligation d'assurer cet accès,
comme le demandent les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité
et selon les modalités qui y sont définies. En ne se conformant
pas à ces résolutions et en ne permettant pas cet accès,
l'Iraq a entravé le processus de désarmement et empêché
la Commission d'effectuer d'autres aspects de son travail. Les membres
de la Commission estiment qu'il est nécessaire que ces divers droits
soient conciliés de manière plus claire et que le mandat
confié à la Commission par le Conseil de sécurité
puisse être exécuté concrètement et intégralement.
Ils prient instamment le Président exécutif d'obtenir les
éclaircissement voulus auprès des autorités iraquiennes,
lors des entretiens qu'il aura avec elles dans un proche avenir.
Éléments tendant à prouver que
l'Iraq fait fi de ses obligations envers la Commission
20. Les membres de la Commission suggèrent que
le personnel de la Commission continue à réunir des éléments
de preuve étayant tous les cas dans lesquels l'Iraq a tenté
d'entraver ses travaux en recourant à la dissimulation, à
l'obstruction, aux restrictions d'accès ou à d'autres moyens
encore, afin que le Conseil de sécurité puisse en être
informé.
Continuité
21. Les membres de la Commission suggèrent que
le Président exécutif détermine dans quelle mesure
la cessation temporaire des opérations de la Commission, provoquée
par les décisions de l'Iraq, l'a rendue moins à même
de mener à bien son mandat, et consigne clairement dans son prochain
rapport au Conseil de sécurité les résultats de l'évaluation
qu'il aura effectuée.
Recommandations opérationnelles applicables
à tous les domaines d'activité de la Commission spéciale
Inspections
22. Les membres de la Commission recommandent que le Président
exécutif et son personnel entreprennent un examen du matériel
supplémentaire, y compris les détecteurs, dispositifs d'appui
et autre matériel, qui pourrait faciliter ses activités d'inspection.
Au cas où il apparaîtrait que ce matériel serait nécessaire,
le Président exécutif devrait demander à des gouvernement
de le mettre à la disposition de la Commission.
23. On a fait observer qu'une surveillance aérienne
renforcée, s'appuyant sur un plus grand nombre d'appareils, y compris
une surveillance de nuit, si possible, accroîtrait l'efficacité
de la Commission.
24. Les membres de la Commission recommandent que les
gouvernements, sollicités sur une base géographique aussi
large que possible, soient encouragés à donner une suite
favorable aux demandes que le Président exécutif leur soumet
régulièrement pour obtenir les services d'inspecteurs possédant
les qualifications techniques voulues.
Opérations aériennes
25. Les membres de la Commission notent qu'en vertu des
résolutions du Conseil de sécurité, la Commission
a le droit, dans l'exercice de son mandat, d'utiliser des avions et des
hélicoptères sur l'ensemble du territoire iraquien et d'atterrir
sur les aérodromes de son choix. Les membres de la Commission estiment
que le Conseil de sécurité devrait insister pour que ce droit
puisse être pleinement exercé.
26. En particulier, les membres de la Commission notent
que les opérations aériennes gagneraient en efficacité
si ses avions pouvaient avoir comme point de départ la base aérienne
de Rasheed, où ses hélicoptères sont déjà
stationnés, et si la Commission pouvait utiliser ses avions pour
transporter les équipes d'inspection à l'aéroport
international de Bassorah et en d'autres lieux éloignés de
Bagdad, car il en résulterait un gain de temps pour les inspections.
27. Les membres de la Commission recommandent que le Président
exécutif et le Gouvernement iraquien entreprennent un nouvel examen
des modalités relatives à la notification et à la
conduite des opérations aériennes en territoire iraquien,
afin de les simplifier et de les accélérer au moyen par exemple
des plans de vol standard de l'OACI, qui pourraient remplacer le système
actuel du "quadrillage", qui est soumis le soir précédant
l'opération aérienne projetée.
Amélioration de l'efficacité du système
de contrôle et de vérification continus
Experts
28. Les membres de la Commission recommandent au Conseil
d'encourager les gouvernements à mettre des experts à la
disposition de la Commission pour les missions de contrôle, afin
d'élargir la composition multinationale des équipes d'inspection
et d'accroître l'efficacité des inspections de contrôle
et de vérification continus.
Programme de formation uniforme pour les experts
29. Les membres de la Commission recommandent au Président
exécutif qu'un programme de formation uniforme soit élaboré
à l'intention de l'ensemble du personnel chargé des activités
de contrôle, programme qui serait complété, en fonction
des besoins, par des réunions d'information, des directives et des
procédures techniques adaptées à la catégorie
considérée, et qui serait mis en oeuvre au Centre de contrôle
et de vérification de Bagdad. Le Président exécutif
devrait établir un document qui contiendrait les informations essentielles
concernant la Commission et qui serait envoyé aux gouvernements
pour distribution à leurs experts.
Simplification des formulaires et déclarations
aux fins du contrôle et de la vérification continus
30. Les membres de la Commission notent que le système
de contrôle comporte un grand nombre de documents. Or, ceux-ci ne
présentent pas toujours une image claire et accessible de ce système
ni des responsabilités respectives de l'Iraq et de la Commission
spéciale.
31. Les membres de la Commission recommandent au Président
exécutif d'examiner les moyens de rationaliser et de simplifier
les nombreux documents portant sur le système de contrôle.
En outre, il conviendrait de revoir le format des déclarations semi-annuelles
présentées par l'Iraq, en veillant à ce qu'elles suivent
les annexes du plan de contrôle et de vérification; elles
pourraient être présentées sous forme électronique,
ce qui réduirait la masse de papier à manipuler, tant pour
l'Iraq que pour la Commission spéciale, et en faciliterait la consultation
par les contrôleurs au Siège et au Centre de contrôle
et de vérification de Bagdad.
Mesures propres à accroître l'efficacité
du mécanisme de contrôle des exportations et des importations
32. Les membres de la Commission notent qu'à l'heure
actuelle, les gouvernements ne comprennent pas tous quels sont les articles
qui doivent être notifiés, selon le mécanisme de contrôle
des exportations et des importations, et que les notifications ne sont
pas toujours reçues à temps, ni accompagnées des pièces
nécessaires. Ces lacunes font qu'il est difficile aux experts de
confirmer si les articles considérés doivent ou non faire
l'objet d'une notification et d'effectuer les contrôles matériels
voulus en Iraq même.
33. Les membres de la Commission recommandent au Président
exécutif qu'un programme de formation soit mis en place au siège
de la Commission et que les gouvernements, en particulier ceux qui auront
vraisemblablement des relations commerciales étoffées avec
l'Iraq, soient encouragés à envoyer du personnel pour participer
à un tel programme de formation. Les membres de la Commission recommandent
également que les annexes révisées au plan de contrôle
et de vérification continus soient revues et modifiées, compte
tenu de l'expérience, afin qu'elles soient adéquates et prévoient
la présentation de données techniques clefs. Il conviendrait
de les simplifier de manière à en exclure certains articles
qui sont utilisés si communément qu'il n'est pas possible
d'en contrôler l'utilisation.
Matériel technique
34. Les membres de la Commission recommandent au Président
exécutif de voir quel matériel supplémentaire pourrait
être mis à la disposition du Centre de contrôle et de
vérification de Bagdad (en particulier du matériel de laboratoire)
et du Siège à New York, pour accélérer leurs
travaux, par exemple, un système de communication et de présentation
vidéo, qui faciliterait l'examen des enregistrements de la Commission
et leur transmission entre le Siège et le terrain. Le Président
exécutif est invité à demander aux gouvernements qui
disposent d'un tel matériel de le mettre à la disposition
de la Commission.
Prochaine réunion plénière de
la Commission spéciale
35. Les membres de la Commission se sont déclarés
disposés à se réunir avant la prochaine réunion
ordinaire, prévue pour le mois d'avril 1998, si cela était
jugé utile.