| Nations Unies | S |
Conseil
de sécurité
1. Le Secrétaire général a l'honneur
de transmettre au Conseil de sécurité le rapport ci-joint,
présenté par le Président exécutif de la Commission
spéciale constituée conformément au paragraphe 9 b)
i) de la résolution 687 (1991) du Conseil.
2. Il s'agit du dixième rapport établi comme
suite au paragraphe 9 b) i) de la résolution 687 (1991) et du paragraphe
3 de la résolution 699 (1991). Il porte sur la période allant
du 17 juin au 17 décembre 1995 et fait suite aux rapports parus
sous les cotes S/23165, S/23268, S/24108 et Corr.1, S/24984, S/25977, S/26910,
S/1994/750, S/1994/1422 et Add.1 et S/1995/494.
3. En outre, huit rapports ont été présentés
au Conseil en application du paragraphe 8 de la résolution 715 (1991).
Ces rapports sont parus sous les cotes S/23801, S/24661, S/25620, S/26684,
S/1994/489, S/1994/1138 et Corr.1, S/1995/284 et S/1995/864.
1. Pendant la période considérée,
qui va du 17 juin au 17 décembre 1995, les travaux de la Commission
spéciale ont porté sur toute la gamme des activités
envisagées à la section C de la résolution 687 (1991)
du Conseil. On trouvera d'autres informations concernant les événements
survenus depuis le dernier rapport présenté en application
de la résolution 699 (1991) dans le rapport daté du 11 octobre
1995 (S/1995/864), le huitième rapport présenté au
Conseil de sécurité en application du paragraphe 8 de la
résolution 715 (1991).
2. Depuis son rapport du mois d'octobre, la Commission
a intensifié les activités qu'elle mène pour étudier
et chercher à vérifier les très nombreuses informations
nouvelles qu'elle continue d'obtenir depuis août 1995 concernant
les programmes interdits de l'Iraq. Mue par une préoccupation croissante,
elle a aussi étudié les activités menées en
Iraq dans des domaines interdits depuis l'adoption de la résolution
687 (1991), en particulier en ce qui concerne les missiles, domaine dans
lequel, selon des indications récentes, il y a eu ou il y a encore
des activités qui vont au-delà de ce qu'autorisait la résolution.
3. Les nouvelles informations obtenues depuis août
1995 -- en particulier le fait que l'Iraq a finalement reconnu l'existence
de son programme d'armes biologiques offensives et les progrès réalisés
dans la production de l'agent chimique VX -- ont confirmé ce que
la Commission avait déduit, depuis très longtemps déjà,
de ses propres travaux analytiques et de ses activités d'inspection
et de surveillance. D'un côté, ces révélations
ont suscité une vive préoccupation chez les membres du Conseil
de sécurité et les États Membres en général,
quant à la portée et au degré de perfectionnement
des programmes interdits de l'Iraq et quant aux graves dangers qu'ils ont
posés pour les peuples de la région et pour la paix et la
sécurité internationales pendant la guerre du Golfe et depuis
lors. D'un autre côté, ces révélations vont
permettre de faire progresser considérablement les travaux menés
par la Commission et par l'AIEA, parce qu'elles ont mis à jour,
sous réserve de vérification encore, les éléments
manquants des programmes de l'Iraq.
4. Les nouvelles informations ont beaucoup accéléré
les travaux menés par la Commission en application de la résolution
687 (1991). En effet, sans les admissions de l'Iraq, il aurait fallu à
la Commission beaucoup de temps pour confirmer ses doutes, en menant des
inspections et en étudiant les achats faits par l'Iraq à
l'étranger ainsi que les informations provenant d'autres sources.
Les documents trouvés le 20 août 1995 à la ferme de
Haidar, près de Bagdad, à la fin du séjour du Président
exécutif en Iraq (S/1995/864, par. 23 à 27), permettront
de vérifier certains aspects des révélations faites
par l'Iraq et indiquent aussi d'autres pistes à vérifier.
5. Loin de retarder le rassemblement des données
concernant les programmes interdits de l'Iraq et la vérification
des déclarations faites par l'Iraq à leur sujet, la documentation
trouvée récemment a beaucoup fait progresser les travaux.
La Commission a fait l'inventaire des documents et a décidé
de l'ordre à suivre pour les examiner et elle poursuit des travaux
intensifs de traduction et d'analyse de ceux qui semblent les plus intéressants
et les plus importants dans l'immédiat. Elle complète ces
travaux d'analyse par des missions d'enquête entreprises pour s'entretenir
avec l'Iraq de ses nouvelles déclarations. L'objectif principal
à cet égard est de déterminer la véritable
ampleur des programmes de l'Iraq et de chercher à vérifier
que, comme l'affirme l'Iraq, il a bien détruit tous les armements
interdits, en particulier ses stocks d'agent VX et de précurseurs,
ses systèmes de missiles opérationnels, tous ses agents de
guerre biologique et toutes les bombes et tous les missiles qu'il dit avoir
remplis de divers agents chimiques et biologiques dans la période
précédant immédiatement la guerre du Golfe.
6. À la demande de la Commission, l'Iraq a récemment
présenté de nouvelles déclarations, contenant un "état
complet et récapitulatif de ses activités relatives à
ses programmes d'armement chimique et biologique et de construction de
missiles". On se souviendra que de telles déclarations sont exigées
par le Conseil dans sa résolution 687 (1991) et au paragraphe 3
i) de sa résolution 707 (1991). La Commission a déterminé
que de nouvelles déclarations étaient nécessaires
parce que le caractère radical des dernières informations
obtenues rendait caduques les déclarations précédentes.
Deux des nouvelles déclarations, portant sur les armes chimiques
et les armes biologiques, ont été soumises sous forme de
projet, invitant ainsi les commentaires de la Commission. Des experts de
la Commission dans ces deux domaines se sont rendus à Bagdad et
se sont entretenus de ces textes avec leurs homologues iraquiens.
7. Pendant ces entretiens, plusieurs lacunes ont été
portées à l'attention des experts iraquiens. L'Iraq s'est
engagé à remanier les déclarations assez sensiblement
de façon à tenir compte des commentaires de la Commission.
La déclaration relative aux missiles, quant à elle, a été
présentée sous forme définitive et non sous forme
de projet. Elle est actuellement en cours d'analyse à New York.
On trouvera ci-après d'autres observations sur ces trois déclarations
dans les sections consacrées respectivement aux missiles, aux armes
chimiques et aux armes biologiques. Il est quelque peu décevant
de constater que les nouvelles déclarations sont loin de correspondre
aux desiderata de la Commission, mais le fait que l'Iraq ait déclaré
qu'il était prêt à en tenir compte semblerait montrer
que, comme le Vice-Premier Ministre, M. Tariq Aziz, en avait donné
l'assurance au Président exécutif à Bagdad en août
1995, puis à New York en décembre 1995, l'Iraq semble vouloir
coopérer avec la Commission, sans fixer de limite de temps.
8. Depuis le rapport d'octobre 1995, le Président
exécutif s'est rendu une nouvelle fois à Bagdad du 27 au
29 novembre 1995. Immédiatement avant, des articles inquiétants
étaient parus dans la presse, selon lesquels le Ministre des affaires
étrangères de l'Iraq, M. Mohammed Saeed Al-Sahaf, aurait
dans une déclaration demandé que la Commission fixe une date
limite, assez rapprochée, pour l'achèvement de ses travaux.
Cette déclaration ressemblait dangereusement à l'ultimatum
que l'Iraq avait posé en juillet et août 1995, disant que
le Conseil devait commencer à lever les sanctions et l'embargo pétrolier
au 31 août 1995, faute de quoi l'Iraq cesserait de coopérer.
Si l'Iraq n'avait pas retiré cet ultimatum, une crise extrêmement
grave se serait produite. De plus, lorsque le Président exécutif
a rencontré le Vice-Premier Ministre le 28 novembre 1995, ce dernier
a affirmé que l'Iraq poursuivrait sa coopération sans demander
de date limite.
9. Immédiatement avant de rencontrer le Vice-Premier
Ministre, le Président exécutif a tenu deux réunions
avec les dirigeants des équipes techniques de l'Iraq, dont le général
Amer Mohammed Rashid al Ubeidi, actuellement Ministre du pétrole,
le général Ahmed Mutharda, actuellement Ministre des transports
et des communications, et le général Amer Saadi, actuellement
membre du Cabinet du Président. Les trois généraux
avaient tous joué un rôle majeur dans les programmes d'armement
maintenant interdits. Au cours de ces réunions, le Président
exécutif a parlé des questions qui continuaient de préoccuper
la Commission. Elles étaient probablement moins nombreuses, mais
il était essentiel de les éclaircir complètement.
Il restait à régler un certain nombre de problèmes,
tels que le nombre de missiles, d'armes biologiques et d'armes chimiques
qui avaient été produits, et la vérification de la
destruction unilatérale par l'Iraq de ses systèmes de missiles
opérationnels, de ses armes chimiques et biologiques, et de ses
stocks d'agent et de précurseurs. La Commission se préoccupait
aussi de la production par l'Iraq de moteurs de missiles de type Scud et
de leurs composants, et voulait que l'Iraq révise les chiffres qu'il
avait donnés précédemment concernant la destruction
de tous ses missiles à longue portée. En effet, les chiffres
précédents avaient trait aux 819 missiles Scud obtenus de
l'ex-Union soviétique, mais la Commission avait appris depuis lors
que l'Iraq avait réussi à produire et à mettre à
l'essai ses propres missiles.
10. Pendant les deux réunions techniques, la délégation
iraquienne a remis un journal personnel relatif à la destruction
de certaines des bombes chimiques et biologiques de l'Iraq, qui avait été
fourni par un jeune ingénieur militaire. Le général
Amer Rashid pensait que ce journal aiderait beaucoup la Commission à
vérifier que, comme l'Iraq le disait, il avait détruit ses
armes chimiques et biologiques.
11. Le Président a accueilli avec satisfaction
ce journal ainsi qu'un autre document, qui contenait un inventaire d'agents
chimiques et de précurseurs. Une fois que leur authenticité
aurait été établie, ces documents seraient utiles
pour le processus de vérification. Le Président s'est aussi
félicité que l'Iraq continue de fournir des documents. Toutefois,
la Commission était convaincue que certains des documents les plus
importants ne lui avaient toujours pas été remis, dont des
documents actuellement en la possession des autorités centrales,
y compris la Société d'industrialisation militaire et le
Ministère de la défense.
12. La Commission regrettait par ailleurs de constater
qu'à certains niveaux, les autorités iraquiennes avaient
encore des difficultés à coopérer pleinement, en fournissant
volontairement des informations. Il arrivait par exemple que des experts
iraquiens feignent l'ignorance, jusqu'à ce que les experts de la
Commission produisent des preuves contraires. Il fallait que cette attitude
cède la place à une attitude de transparence totale, à
la volonté de fournir tous les renseignements voulus, pour que l'on
puisse régler au plus vite les questions encore en suspens. Les
mesures que l'Iraq avaient commencé de prendre en ce sens étaient
positives.
13. Lorsqu'il a rencontré le Vice-Premier Ministre,
le Président exécutif a de nouveau abordé les questions
soulevées lors des réunions techniques et il a rappelé
les conditions énoncées dans la résolution 687 (1991),
concernant la nécessité de détruire, enlever ou neutraliser
toutes les armes chimiques et biologiques et tous les stocks d'agents,
ainsi que tous les sous-systèmes et composants et toutes les installations
de recherche-développement, d'appui et de production dans ces domaines.
La divulgation du programme d'armement biologique de l'Iraq et les informations
nouvelles relatives aux installations utilisées à cette fin
faisaient apparaître de nouveaux problèmes. La Commission
avait entrepris une évaluation de ces installations pour déterminer
ce qu'il fallait faire. Le Vice-Premier Ministre a admis qu'en principe,
il pourrait être nécessaire de détruire un certain
nombre d'éléments, mais il a demandé instamment que
l'on attende le plus longtemps possible pour ce faire. Il ne doutait pas
que serait instauré un environnement nouveau, dans lequel la Commission
et le Gouvernement iraquien pourraient travailler ensemble pour régler
tous les problèmes sans heurts, dans la coopération et le
professionnalisme, sans scepticisme ni exagération. Un tel environnement
permettrait d'examiner de façon approfondie et en détail
les questions en suspens, en tenant compte des observations de l'Iraq.
Le Président a fait savoir qu'il poursuivrait l'évaluation
dont il avait parlé, demandant l'avis d'experts internationaux.
Ensuite, des décisions seraient prises et exécutées.
La Commission devait s'acquitter intégralement de son mandat.
14. M. Aziz a fait valoir que les dirigeants iraquiens
n'avaient aucun intérêt à dissimuler des informations,
des armes ou des composants d'armes, et que l'objectif était de
régler toutes les questions liées aux armes interdites de
destruction massive de façon que "le paragraphe 22 de la résolution
687 (1991) du Conseil de sécurité soit appliqué".
Le Président s'est félicité de cette déclaration.
15. Après la visite du Président exécutif
à Bagdad, le Vice-Premier Ministre iraquien s'est rendu à
New York au mois de décembre. M. Aziz a rencontré le Président
le 12 décembre. La première rencontre a été
consacrée entièrement à une question qui venait de
surgir concernant l'admission en Iraq d'une mission de la Commission spéciale,
qui comprendrait des membres de la Bundestag allemande s'occupant de questions
liées au mandat de la Commission, et qui serait chargée d'examiner
tous les aspects de l'appui aérien fourni à la Commission
par l'Allemagne et de faire des recommandations à ce sujet, y compris
l'avenir de cet appui. La mission devait se rendre en Iraq du 13 au 16
décembre 1995. La Commission considérait que l'évaluation
de ses opérations aériennes et de l'avenir de celles-ci,
effectuée par des personnes invitées par elle, faisait partie
intégrante de ses activités.
16. Toutefois, le 11 décembre 1995, l'Iraq avait
fait savoir à la Commission que la mission ne serait admise dans
le pays que sur la base d'un arrangement bilatéral conclu entre
l'Allemagne et l'Iraq et non pas sous les auspices de la Commission. Le
Président exécutif a demandé à s'entretenir
de bonne heure le 12 décembre avec le Vice-Premier Ministre afin
de demander que la mission soit autorisée à se dérouler
comme prévu à l'origine. Une réponse négative
de la part de l'Iraq serait considérée comme un manque de
coopération, ce qui ne manquerait pas d'avoir des conséquences
regrettables. Le Vice-Premier Ministre a toutefois maintenu la position
prise par l'Iraq. De l'avis de celui-ci, les membres de la mission ne pouvaient
être considérés comme faisant partie des personnes
que l'Iraq était tenu d'admettre sur son territoire en application
des arrangements relatifs à la Commission. Dans ces conditions,
la mission n'est pas allée en Iraq, la Commission maintenant que
sa position d'origine concernant la mission était correcte.
17. Lors d'un deuxième entretien tenu plus tard
dans la journée du 12 décembre, le Vice-Premier Ministre
et le Président se sont entretenus de l'évolution récente
de la situation. Le Président a fait savoir que le rapport daté
de décembre ne pourrait pas contenir des conclusions définitives,
étant donné que la situation ne cessait d'évoluer,
des informations et révélations nouvelles venant constamment
modifier les choses. Il s'était produit de nombreux événements
depuis le rapport du mois d'octobre. Certains avaient été
positifs, par exemple la présentation de nouvelles déclarations
en ce qui concerne les armes chimiques, les armes biologiques et les missiles.
S'agissant des deux premières, les deux parties avaient convenu
qu'elles devaient être révisées par l'Iraq. Le Président
espérait que, grâce à cette révision, il serait
possible d'éclaircir la situation concernant le nombre des armes
biologiques et chimiques et ce qu'il fallait en faire. Outre ces éléments
positifs, toutefois, des informations récentes provenant de l'intérieur
de l'Iraq et d'ailleurs faisaient craindre qu'après l'adoption de
la résolution 687 (1995), l'Iraq n'ait continué à
acquérir à l'étranger des éléments pour
ses programmes de construction de missiles et n'ait exécuté
un programme clandestin de construction de missiles d'une portée
supérieure à 150 kilomètres, la limite imposée
par le Conseil de sécurité dans sa résolution 687
(1991). Or, aucune de ces questions n'était abordée dans
la nouvelle déclaration faite par l'Iraq sur son programme de missiles.
Cette déclaration, dont l'Iraq disait qu'elle était sous
forme définitive, devrait donc être corrigée.
18. Le Vice-Premier Ministre a dit que, depuis le mois
d'août 1995, l'Iraq faisait tout son possible pour préciser
toutes les questions et pour fournir les preuves documentaires nécessaires.
Il était convaincu que l'Iraq comblerait toute lacune qui pouvait
encore subsister. Même si la Commission ne pensait pas encore qu'elle
possédait un tableau complet de la situation, cela ne changeait
rien au fait que, comme le Vice-Premier Ministre l'avait déclaré
en août 1995, il était certain que toutes les armes avaient
été détruites. M. Aziz a, à plusieurs reprises,
affirmé que l'Iraq avait l'intention de coopérer pleinement
et de façon transparente avec la Commission, et ce, sans limite,
jusqu'à ce que toutes les questions soient réglées.
Il était, quant à lui, pleinement résolu à
faire le nécessaire. La Commission ne devait pas parvenir à
des conclusions hâtives sur les questions préoccupantes mentionnées
par le Président. À cet égard, il a invité
le Président à envoyer une équipe d'experts à
Bagdad, lorsqu'il serait lui-même retourné dans cette ville,
pour faire une enquête approfondie sur ces questions. L'Iraq avait
déjà commencé à faire une enquête sur
certaines d'entre elles et il était dans son intérêt
que toutes ces questions soient réglées le plus vite possible.
19. Le Président a accepté d'envoyer à
Bagdad une équipe de spécialistes des missiles dès
qu'il serait possible de rassembler les experts ainsi que les éléments
d'information nécessaires.
20. Immédiatement avant de se rendre à Badgag
à la fin du mois de novembre 1995, le Président exécutif
est allé dans les capitales des États membres du Conseil
de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats
arabes unis, Koweït, Oman et Qatar), afin d'exposer les activités
de la Commission et ses plans pour l'avenir. Les révélations
faites en août 1995 et par la suite concernant les armes biologiques
et chimiques de l'Iraq et ses activités en matière de missiles
avaient suscité un vif émoi dans la région. Le Président
souhaitait donner l'assurance que la Commission ferait le nécessaire
pour garantir que l'Iraq ne possédait pas d'armes interdites et
n'en reprendrait pas la production de façon à menacer ses
voisins. Il souhaitait aussi solliciter l'appui politique et financier
des États en question pour permettre à la Commission de s'acquitter
du mandat confié par le Conseil de sécurité. Il a
été reçu avec intérêt dans chacune des
capitales, où il a pu constater que les travaux de la Commission
étaient suivis avec la plus grande attention. Lors d'une réunion
tenue au niveau des chefs d'État à Mascate (Oman), au début
du mois de décembre 1995, le Conseil de coopération du Golfe
a adopté un communiqué dans lequel il a notamment exprimé
l'appui qu'il porte aux travaux de la Commission et promis un soutien politique
et financier à cette fin.
21. Au cours de la période considérée,
la Commission a dû consacrer beaucoup de temps à la question
des contributions en nature et des moyens financiers dont elle a besoin
pour effectuer ses activités. Si elle a pu s'acquitter de son mandat,
c'est uniquement grâce à la grande générosité
de nombreux gouvernements dont les apports sont venus s'ajouter aux contributions
obligatoires et aux ressources du budget ordinaire de l'ONU. Aux termes
de la résolution 699 (1991), les gouvernements pourront ultérieurement
demander, s'ils le veulent, à être remboursés de leurs
contributions lorsque sera levé l'embargo sur l'exportation de pétrole
iraquien; entre-temps, ils devront en assumer à eux seuls le financement.
En tout état de cause, il en coûtera infiniment moins à
la communauté internationale que si l'Iraq avait la possibilité
de remettre en route ses programmes interdits en raison d'un arrêt
des activités de la Commission dû au manque de ressources.
22. La Commission estime que les contributions en nature
de divers États Membres ont couvert environ les deux tiers du coût
total de son fonctionnement. Le dernier tiers a été assuré
par des apports financiers directs. Ses dépenses en numéraire
se sont élevées jusqu'à présent à un
montant situé entre 20 et 25 millions de dollars par an, soit au
total 100 millions de dollars entre 1991 et 1995. Ce budget, qui est faible
par rapport à l'appui en nature fourni par les gouvernements, lui
est essentiel pour assurer sa viabilité. Les fonds proviennent principalement
des avoirs iraquiens bloqués qui ont été virés
au compte séquestre créé par la résolution
778 (1992) du Conseil de sécurité, ainsi que des contributions
volontaires de l'Arabie Saoudite, du Koweït et du Qatar.
23. Au cours de la période considérée,
la Commission a recherché un moyen plus sûr de financer ses
activités. Le montant disponible des avoirs iraquiens bloqués
qui peut être utilisé en vertu de la résolution 778
(1992) est presque épuisé et la Commission doit chercher
ailleurs un appui financier pour ses opérations futures. Elle a
contacté un grand nombre de pays à cet effet.
24. Les contributions en nature ont été
fournies sous forme d'experts et autres personnels et de dons consistant
en véhicules, laboratoires, ordinateurs, caméras de contrôle
et matériel de détection et de communications. Tous les membres
de l'Union européenne ont assuré un appui à la Commission,
de même que l'Australie, les États-Unis d'Amérique,
la Fédération de Russie, la Nouvelle-Zélande et la
Suisse, ainsi qu'un certain nombre de pays d'Amérique latine. Par
exemple, la Nouvelle-Zélande n'a pas cessé, depuis 1991,
de soutenir la Commission ainsi que l'AIEA en détachant une équipe
médicale. Elle a également envoyé une équipe
spécialisée dans les communications.
25. Une aide particulièrement importante a été
assurée par l'Allemagne et par les États-Unis sous forme
de moyens aériens et par le Gouvernement bahreïnite qui appuie
le bureau de la Commission à Muharraq. Dès les premiers mois
d'activité de la Commission, l'Allemagne a fourni tous les avions
de transport entre l'Iraq et Bahreïn ainsi que les moyens et autres
services aériens à l'intérieur de l'Iraq.
26. Ce soutien aérien a été indispensable
pour la conduite des opérations de la Commission et de l'AIEA. Les
appareils sont exploités dans des conditions difficiles et potentiellement
dangereuses qui exigent le plus grand professionnalisme, tel qu'en ont
fait preuve les équipages allemands stationnés en Iraq et
à Bahreïn. La Commission et l'AIEA expriment leur gratitude
au Gouvernement allemand à cet égard.
27. Les trois hélicoptères CH-53 jouent
un rôle essentiel dans le système de contrôle continu
de la Commission et de l'AIEA. Ils effectuent des missions d'inspection
à basse altitude (pour la prise de photographies), de surveillance
de sites de grande dimension durant les inspections (afin de veiller à
ce que toutes les activités du site puissent être contrôlées
simultanément), de transport rapide d'équipes d'experts effectuant
des inspections sans préavis, et de transport de véhicules
et de matériel dans l'ensemble de l'Iraq. La liberté de manoeuvre
qu'assurent ces hélicoptères est essentielle pour la Commission
et pour l'AIEA. Sans ces appareils, le système de contrôle
tel qu'il est actuellement constitué ne fonctionnerait pas.
28. Les deux Transall sont les seuls moyens dont disposent
la Commission et l'AIEA pour assurer l'arrivée et le départ
de leurs experts et de leur matériel et pour soutenir toutes les
opérations en Iraq. De plus, les hélicoptères et les
Transall C-160 leur permettent d'effectuer les évacuations sanitaires
nécessaires.
29. Au bout de près de quatre ans d'appui continu,
le Gouvernement allemand a annoncé que le nombre d'aéronefs
qu'il mettait à la disposition de la Commission et de l'AIEA serait
réduit à compter du 1er janvier 1996. L'Allemagne a informé
la Commission qu'elle avait l'intention de ne plus fournir qu'un avion
de transport à Bahreïn et deux hélicoptères en
Iraq jusqu'au 30 juin 1996. La Commission estime que toute diminution du
nombre d'appareils dont elle dispose -- que ce soit des avions ou des hélicoptères
-- portera gravement préjudice à ses activités et
à celles de l'AIEA en Iraq.
30. La Commission estime qu'à la suite des réductions
et des retards éventuels dans la fourniture d'aéronefs de
soutien, elle ne pourra pas appliquer rigoureusement son plan d'opérations,
ce qui aurait de lourdes conséquences pour l'AIEA et pour elle.
Les activités devraient être limitées au point de remettre
en question la capacité de la Commission et de l'AIEA de s'acquitter
de leur mandat. Au cours des six derniers mois, la Commission s'est activement
employée à trouver d'autres moyens de soutien aérien.
Elle espère que le niveau d'appui actuel pourra être maintenu
dans l'intervalle. Dans le cas contraire, elle devra demander au Conseil
de sécurité d'examiner la question à bref délai.
31. L'appareil U-2 que les États--Unis mettent
à la disposition de la Commission constitue un autre élément
essentiel de la surveillance aérienne nécessaire pour identifier
de nouveaux sites d'inspection et pour suivre les activités qui
doivent faire l'objet d'une enquête afin de savoir si elles sont
légitimes ou non. Cet appareil continuera d'être l'un des
outils les plus importants pour veiller à ce que le système
de contrôle de la Commission soit complet et efficace.
32. Les moyens que le Gouvernement bahreïnite fournit
à ses frais pour le bureau de la Commission à Muharraq ont
été essentiels étant donné que c'est la seule
base dont dispose la Commission pour assurer ses déplacements en
direction et en provenance de l'Iraq. Les locaux, situés dans un
hangar de l'aéroport de Muharraq, ne sauraient être plus commodes
ni plus sûrs. Un accès immédiat est assuré aux
appareils de la Commission et son personnel est également sur pied
pour accueillir les experts et les autres personnes qui arrivent à
Bahreïn. Le matériel et les autres équipements peuvent
être emmagasinés en toute sécurité et être
acheminés avec efficacité. Les équipes d'experts sont
regroupées et reçoivent leurs instructions dans le bureau
de Muharraq.
33. La Commission se rend compte que le Gouvernement bahreïnite
pourrait consacrer à d'autres utilisations importantes les installations
qu'il fournit, et elle lui est donc doublement reconnaissante de la priorité
qu'il accorde à ses besoins. C'est là une preuve du grand
intérêt que porte Bahreïn à l'Organisation des
Nations Unies. Bahreïn continue ainsi d'apporter une contribution
extrêmement importante au maintien de la paix et de la sécurité
internationales non seulement dans le Golfe, mais aussi dans l'ensemble
du monde.
34. Le Bureau de la Commission fonctionne au titre d'un
accord conclu entre l'ONU et l'État de Bahreïn, qui est renouvelable
tous les six mois. Le Président de la Commission a assuré
au Gouvernement que la contribution et l'assistance qu'il apportait en
vue d'appliquer les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité
étaient reconnues et hautement appréciées.
35. La période sur laquelle porte le présent
rapport a été très importante pour les enquêtes
de la Commission sur les activités interdites dans le domaine des
missiles. La Commission a décrit certains des faits les plus importants
dans le rapport qu'elle a présenté au Conseil de sécurité
en octobre dernier. L'Iraq a admis qu'elle avait omis de divulguer des
informations importantes sur ses programmes balistiques. La Commission
lui a demandé de présenter un nouvel état définitif
et complet comme il est requis dans les résolutions 687 (1991) et
707 (1991).
36. Le 16 novembre 1995, l'Iraq a présenté
à la Commission une déclaration de plus de 2 500 pages qui
a éclairci un certain nombre de questions en suspens. L'Iraq y a
inclus, à la demande de la Commission, des pièces justificatives
telles que contrats, offres, commandes et comptes rendus de réunions
concernant ses transactions avec ses principaux fournisseurs étrangers
dans le domaine des missiles. La Commission se félicite de cette
nouvelle attitude de l'Iraq qui tranche nettement avec le passé,
l'Iraq ayant jusqu'ici prétendu que les documents relatifs aux activités
interdites avaient été détruits.
37. Ces nouveaux éléments confirment qu'il
a été fait appel pour des activités interdites au
grand radar dont la destruction, il y a un an, avait entraîné
des protestations de l'Iraq. Celui-ci avait prétendu que le radar
n'avait joué aucun rôle dans les activités interdites
et que la Commission agissait de façon incorrecte. Cette question
avait été portée à l'attention du Conseil dans
le rapport de la Commission en date du 15 décembre 1994 et dans
le cadre d'exposés oraux au Conseil décrivant le refus initial
de l'Iraq d'appliquer la décision de la Commission.
38. Dans un esprit de coopération, la Commission
avait suggéré que l'Iraq présente tout d'abord un
projet de déclaration de façon à pouvoir examiner
par la suite, avec efficacité et rapidité, un état
officiel définitif et complet. Toutefois, l'Iraq a déclaré
que le document du 16 novembre constituait une version définitive
de sa déclaration et qu'aucune modification ne serait apportée
au contenu du texte.
39. La Commission a commencé d'analyser la déclaration
de l'Iraq. L'élaboration d'un bilan-matières définitif
et vérifiable pour les armes interdites lui est essentiel pour pouvoir
évaluer si l'Iraq se conforme aux dispositions de la résolution
687 (1991) relatives aux missiles. Les informations fournies par l'Iraq
dans la déclaration de novembre ne paraissent pas constituer une
base suffisante à cet effet.
40. Tout en ayant fourni au titre de cette déclaration
certains documents pertinents, l'Iraq n'a pas divulgué de pièces
originales pour expliquer les dépenses consacrées à
l'ensemble des systèmes de missiles interdits qui ont été
importés. Rien ne confirme ce que dit l'Iraq au sujet de la fabrication
locale de moteurs de missiles ou de leur liquidation. Dans son dernier
rapport, la Commission a indiqué que l'Iraq avait reconnu avoir
fabriqué des pièces principales des moteurs interdits. La
déclaration récente fournit des renseignements supplémentaires
à cet égard. Suivant l'Iraq, quelque 80 sous-systèmes
importants de moteurs du type Scud avaient été produits.
Cinquante-trois avaient été rejetés comme inutilisables.
Dix-sept avaient été éliminés lors des essais.
L'Iraq prétend avoir détruit unilatéralement les 10
moteurs restants. Ces affirmations restent à vérifier.
41. À l'heure actuelle, les déclarations
de l'Iraq concernant les ogives de missiles, y compris celles qui devaient
servir de vecteurs d'armes de destruction massive, manquent de cohérence
et n'offrent pas les éléments de vérification nécessaires.
Par exemple, l'Iraq n'a présenté aucune information prouvant
qu'il n'avait été produit localement que 120 ogives de missiles.
D'importantes lacunes demeurent dans les relevés de l'Iraq concernant
des éléments importants pour des missiles opérationnels,
tels que les systèmes de guidage et de commande, le propergol liquide
et le matériel d'appui au sol. En octobre 1995, l'Iraq a remis à
la Commission 18 instruments gyroscopiques destinés aux missiles
interdits, sans expliquer de manière satisfaisante pourquoi il ne
l'avait pas fait avant. Il a toutefois admis qu'à la fin de 1993,
l'une de ses installations de missiles avait reçu pour instruction
de commencer à travailler sur les instruments gyroscopiques interdits.
La Commission continue d'étudier le bilan-matières présenté
par l'Iraq dans d'autres domaines, tels que les éléments
de missiles importés et fabriqués sur place ainsi que l'outillage
et le matériel destinés aux activités de production.
42. L'examen préliminaire de l'état définitif
et complet de l'Iraq a également fait ressortir plusieurs domaines
au sujet desquels la Commission possède des informations fiables
qui contredisent ce rapport ou qui indiquent que les déclarations
de l'Iraq sont incomplètes. Ainsi, il n'est pas fait état,
de manière complète et détaillée, d'un certain
nombre de projets dans le domaine des missiles. Les déclarations
actuelles de l'Iraq concernant le lien entre les programmes balistiques
et les autres activités interdites dans le domaine des armes chimiques,
biologiques et nucléaires ne satisfont pas aux exigences de la Commission.
Celle-ci estime que l'Iraq détient encore des documents importants
relatifs aux activités interdites et ne les a pas communiqués
dans sa nouvelle déclaration.
43. En raison des lacunes importantes de cette déclaration,
il sera plus difficile de vérifier que le document présenté
le 16 novembre constitue, comme l'Iraq le prétend, un état
définitif et officiel. La Commission regrette que l'Iraq ait décidé
de présenter sa déclaration sous forme définitive
et n'ait pas retenu la possibilité de discuter afin de résoudre
les principales contradictions. Elle s'attachera toutefois à vérifier
la déclaration de l'Iraq le plus rapidement et le plus soigneusement
possible.
44. Dans son rapport d'octobre (S/1995/864, par. 37),
la Commission a informé le Conseil de sécurité qu'elle
disposait d'informations indiquant que l'Iraq avait repris ses opérations
d'achats à l'étranger à l'appui de ses activités
dans le domaine des missiles. Elle a continué de suivre cette question
de près.
45. Le Gouvernement jordanien a récemment intercepté
un envoi important d'éléments de missiles de haute qualité
destinés à l'Iraq. Celui-ci a nié avoir cherché
à acheter ces éléments, bien qu'il ait récemment
reconnu que certains d'entre eux se trouvaient actuellement dans le pays.
La Commission a lancé une enquête dans ce domaine afin de
déterminer la nature exacte des éléments de missiles
en cause, leur origine, la filière d'achat employée et l'utilisateur
final en Iraq. Certaines informations indiquent que ce matériel
est destiné à des missiles à longue portée,
ce qui montre que l'Iraq poursuit des activités dans le domaine
des missiles interdits.
46. L'Iraq a récemment admis avoir entrepris, après
l'adoption de la résolution 687 (1991), un programme clandestin
en vue de mettre au point et de produire un missile surface-surface. Un
certain nombre d'essais ont été réalisés pour
ce projet à l'aide de missiles surface-air modifiés. Le missile
en question serait capable d'atteindre des portées interdites. L'Iraq
n'a pas divulgué ces activités dans son état définitif
et complet ni dans les déclarations qu'il est tenu de présenter
conformément au plan de contrôle et de vérification
continus. S'il apparaît à l'enquête que ces renseignements
sont exacts, l'Iraq aura manifestement manqué aux dispositions de
la résolution 687 (1991).
47. Depuis son rapport d'octobre, la Commission a continué
de contrôler les activités iraquiennes de recherche, de mise
au point, d'essai et de production de missiles non interdits et d'éléments
qui leur sont destinés. Du 9 au 15 décembre 1995, elle a
effectué sa mission d'inspection régulière pour mettre
à jour les renseignements concernant les activités de recherche-développement
(CSNU 130/MB 35). Les missions de ce genre ont pour but de réaliser
une analyse technique en profondeur des activités actuelles de l'Iraq
visant à mettre au point et à fabriquer des systèmes
de missiles non interdits, c'est-à-dire dont la portée est
inférieure à 150 kilomètres. L'équipe d'inspection
était également chargée d'étudier les dispositifs
de contrôle de manière à s'assurer qu'ils correspondent
aux besoins de la Commission, eu égard au niveau actuel des activités
iraquiennes dans le domaine des missiles.
48. Les nouvelles informations obtenues par la Commission
depuis août 1995 montrent clairement que le programme iraquien d'armes
chimiques était plus développé et plus étendu
qu'il n'avait été précédemment admis. Ainsi,
l'état définitif et complet de mars 1995 dans le domaine
chimique et ses amendements ultérieurs ont été invalidés
et la Commission a demandé à l'Iraq de présenter un
nouvel état, comme il est demandé dans les résolutions
687 (1991) et 707 (1991).
49. L'Iraq a fourni le 5 novembre 1995 un projet d'état
définitif et complet dans le domaine des armes chimiques. Les experts
de la Commission ont pu l'examiner et identifier les domaines dans lesquels
l'Iraq devrait apporter les changements nécessaires aux fins de
la version définitive du document.
50. Les experts de la Commission dans le domaine chimique
se sont entretenus avec des représentants de l'Iraq à Bagdad,
du 29 novembre au 2 décembre 1995. Ils ont expliqué que le
projet d'état définitif et complet comportait encore des
lacunes importantes et contenait des informations inexactes ainsi que des
contradictions. Ils ont également souligné que, tout en ayant
commencé à fournir certains documents à l'appui de
ses déclarations, l'Iraq devait communiquer d'autres informations
afin que la Commission puisse vérifier les déclarations de
manière définitive.
51. La partie iraquienne a accepté toutes les observations
et recommandations faites par les experts de la Commission en ce qui concerne
les informations complémentaires à inclure dans l'état
définitif et complet. D'une manière générale,
ces entretiens ont été productifs et la présence de
hauts fonctionnaires de la Société iraquienne d'industrialisation
militaire s'est révélée utile.
52. L'un des domaines qui a été longuement
examiné concerne la déclaration de l'Iraq sur ses activités
relatives aux agents de guerre chimique hautement toxiques de la classe
V. Dans le projet d'état définitif et complet, l'Iraq a reconnu
qu'il avait produit une quantité plus importante d'agent VX qu'il
ne l'avait précédemment indiqué -- à savoir
que seulement 260 kilogrammes auraient été produits en 1988.
Il a admis avoir produit 1,8 tonne de VX en 1988 et 1,5 tonne en 1990.
Il a déclaré que ce programme avait été abandonné
en 1990, en raison de problèmes de pureté et de stabilisation,
et qu'il avait été décidé de produire du sarin
et du cyclosarin.
53. Tout en prenant note des informations révisées
concernant les activités consacrées au VX, les experts de
la Commission ont réaffirmé l'importance qu'ils attachaient
à leur vérification, d'autant plus que l'Iraq possédait,
au début de 1989, les quantités nécessaires de précurseurs
pour fabriquer des agents V à grande échelle. Les informations
dont dispose actuellement la Commission en ce qui concerne l'élimination
de ces précurseurs par l'Iraq sont loin d'être concluantes.
Entre-temps, la Commission continuera à se pencher tout particulièrement
sur les activités concernant le VX, étant donné qu'elle
ne peut confirmer qu'il ne reste pas en Iraq des stocks de cet agent ainsi
que de grandes quantités de précurseurs et d'armes appropriées.
L'Iraq s'est engagé à fournir les renseignements nécessaires
afin d'étayer ses déclarations.
54. Les experts de la Commission ont également
souligné d'autres domaines dans lesquels le projet d'état
définitif et complet était insuffisant et contradictoire.
Il s'agit notamment du bilan-matières général qui
continue de présenter des contradictions majeures. L'Iraq a accepté
cette observation et est convenu de fournir un bilan-matières entièrement
nouveau. Ce bilan s'appuierait sur des documents et ne ferait pas simplement
appel à la mémoire des intéressés.
55. La question des munitions chimiques a été
également examinée. Les experts de la Commission ont noté
que les informations n'étaient pas complètes en ce qui concerne
les munitions achetées et celles qui avaient été produites
sur place, en particulier les ogives chimiques destinées aux missiles
balistiques. D'après les informations dont elle dispose, la Commission
estime que d'autres activités relatives à la mise au point
de munitions chimiques n'ont pas encore été divulguées,
y compris l'assistance de l'étranger. L'Iraq est convenu de fournir
des renseignements supplémentaires à cet égard ainsi
que les documents appropriés.
56. Les experts ont également souligné à
diverses reprises durant les réunions que l'état définitif
et complet devrait inclure toutes les institutions iraquiennes ayant effectué
des activités concernant les armes chimiques interdites, ainsi que
tous les contrats et les activités ayant fait appel à des
entités étrangères.
57. Plusieurs documents supplémentaires ont été
fournis à la Commission durant et après les entretiens de
novembre à Bagdad. L'Iraq s'est engagé à continuer
de rechercher les documents demandés par la Commission. Il s'agit
notamment des relevés de production, des documents d'achat, des
inventaires de stockage et des certificats de destruction des armes chimiques
et de leurs éléments. La Commission est convaincue que ces
documents existent toujours en Iraq.
58. Les activités de contrôle continu dans
le domaine chimique ont été expliquées en détail
dans le dernier rapport de la Commission. Plus particulièrement,
le fait que l'Iraq a récemment admis qu'il envisageait en 1988 de
transférer à des installations chimiques civiles la production
de précurseurs a confirmé que la Commission avait suivi la
bonne voie pour son système de contrôle. Son équipe
continue de découvrir en Iraq du matériel à double
usage non déclaré. Conformément au plan de contrôle,
l'Iraq est tenu de déclarer tout le matériel de fabrication
de produits chimiques à double fin. Il demeure pour le moment incapable
de fournir tous les six mois des déclarations complètes au
titre du plan de contrôle dans le domaine chimique.
59. Depuis son rapport d'octobre, la Commission a effectué
sa première inspection de nuit dans une installation chimique. De
nouvelles mesures ont été prises pour améliorer le
système de contrôle afin de tenir compte des tâches
et des besoins accrus eu égard aux informations divulguées
par l'Iraq en août 1995 et par la suite. Il s'agira par exemple de
renforcer sans tarder les moyens d'analyse chimique du Centre de vérification
et de contrôle de Bagdad. De plus, l'équipe permanente de
contrôle chimique se verra dotée de personnel supplémentaire.
Cette équipe effectue actuellement les premiers essais de caméras
de contrôle mobiles temporaires.
60. Les principales conclusions et opinions de la Commission
concernant les activités interdites menées par l'Iraq dans
le domaine des armes biologiques sont consignées dans son dernier
rapport au Conseil de sécurité (S/1995/864). Pour conclure,
la Commission a déclaré, en particulier, qu'elle n'était
pas convaincue que l'Iraq ait rendu compte pleinement et de façon
correcte de son programme d'armes biologiques. Elle a donc demandé
à l'Iraq de lui présenter à nouveau un état
définitif et complet, comme il est tenu de le faire en vertu des
résolution 687 (1991) et 707 (1991).
61. L'Iraq a présenté à la Commission
un projet de déclaration concernant son programme d'armes biologiques
le 5 novembre. Ce document a été présenté sous
forme de projet afin que la Commission puisse formuler ses observations
préliminaires concernant la structure et le contenu du document.
L'intention était de donner à l'Iraq l'occasion d'affiner
sa déclaration afin qu'elle réponde aux exigences de la Commission.
Ce processus a pour objet de faciliter la vérification ultérieure,
par la Commission, de l'exactitude de la déclaration iraquienne
une fois qu'un état définitif et complet officiel est fourni.
62. Le projet d'état définitif et complet
établi en novembre était la troisième déclaration
officielle de l'Iraq dans le domaine des armes biologiques présentée
cette année. Le document de novembre porte sur les activités
divulguées par l'Iraq depuis août 1995, et l'Iraq y admet
essentiellement qu'il exécutait un programme très avancé
d'armes biologiques offensives portant non seulement sur les activités
de recherche et de développement concernant divers agents biologiques,
virus et toxines mais également sur la production, les applications
militaires et le déploiement d'armes biologiques et de toxines.
Le projet décrivait également les activités d'un certain
nombre d'installations, notamment celles d'Al Hakam et de Dawrah. Dans
certains cas, l'Iraq a fourni, en réponse aux exigences de la Commission,
des documents étayant ses déclarations, qui ont été
utiles pour déterminer l'état d'avancement de son programme
d'armes biologiques et l'ampleur des activités connexes. L'Iraq
continue de trouver d'autres documents qu'il fournit à la Commission
pour étayer ses déclarations. Le Gouvernement iraquien a
chargé des hauts responsables de son programme d'armes biologiques
de diriger les entretiens avec les représentants de la Commission
et d'y participer.
63. Nonobstant les démarches positives susmentionnées
faites par l'Iraq, le projet de novembre est loin de répondre aux
attentes de la Commission quant à sa structure et à son contenu.
De graves lacunes et omissions existent dans la déclaration et dans
la documentation connexe, en particulier en ce qui concerne la production
d'agents et de munitions de guerre biologique, le remplissage des munitions
et la destruction des agents transformés en armes ou conservés
en vrac. Dans un certain nombre de cas, les déclarations de l'Iraq
semblent minimiser l'ampleur et les résultats des travaux de recherche,
de mise au point et de production concernant certains agents de guerre
biologique.
64. Dans le cadre des entretiens politiques de haut niveau
et des réunions d'experts tenus récemment, la Commission
a signalé les graves lacunes observées dans le projet de
novembre. Les renseignements disponibles ont permis à la Commission
de conclure que le programme d'armes biologiques était beaucoup
plus important que l'Iraq ne l'avait admis dans son document de novembre.
En outre, les informations qu'il contient ne concordent pas, à maints
égards importants, avec les conclusions auxquelles la Commission
est arrivée sur la base des inspections, des travaux analytiques
et des renseignements qui ont été fournis par d'autres gouvernements.
Les informations fournies par l'Iraq dans son projet, ainsi que les autres
documents que l'Iraq a communiqués à la Commission, ne constituent
qu'une fraction de la documentation produite dans le cadre du programme
d'armes biologiques. La Commission persiste à croire que d'importants
documents n'ont toujours pas été soumis par l'Iraq bien que
son Gouvernement ait donné l'assurance qu'il coopérait pleinement
avec la Commission.
65. La Commission est particulièrement préoccupée
par le fait que l'Iraq n'a toujours pas fourni de chiffres définitifs
concernant les quantités d'agents et de munitions de guerre biologique
produits, transformés en armes et détruits. En l'absence
de chiffres, étayés par des documents, il n'est pas possible
d'établir un bilan des matières utilisées pour les
articles interdits, ni, pour la Commission, de confirmer au Conseil de
sécurité que l'Iraq ne possède plus d'agents et de
munitions de guerre biologique.
66. Dans sa résolution 687 (1991), le Conseil de
sécurité a exigé que l'Iraq accepte inconditionnellement
que soient détruits, enlevés ou neutralisés sous la
supervision de la Commission toutes les armes biologiques et tous les stocks
d'agents et de substances et composants connexes et toutes les installations
de recherche-développement, d'appui et de production dans ces domaines.
La Commission doit déterminer quels sont les équipements,
matériel et installations régis par les dispositions de la
résolution. La première équipe (127/BW 29) envoyée
en Iraq à cette fin vient d'achever sa mission et rendra compte
de ses conclusions au Président exécutif, qui examinera les
renseignements communiqués et prendra une décision définitive.
Entre-temps, la Commission a demandé à l'Iraq de mettre fin
à toutes les activités dans les installations en question,
qui ont apporté une contribution importante au programme d'armes
biologiques et dans lesquelles se trouvent encore d'importants équipements.
L'Iraq a commencé à donner suite à cette demande.
67. La prochaine mesure importante à prendre pour
l'Iraq consistera à présenter son état définitif
et complet officiel des activités interdites en matière d'armes
biologiques. Cela permettra à la Commission de poursuivre le processus
de vérification. L'Iraq s'est engagé à le faire. La
Commission compte poursuivre ses activités d'inspection et d'analyse
afin de pouvoir procéder sans délai à une vérification
efficace. La Commission réaffirme que le plein concours et la totale
franchise de l'Iraq sont un élément essentiel de ce processus.
68. Le contrôle dans le domaine biologique continue
d'être assuré par des équipes d'inspection sur place,
la surveillance aérienne et la détection par caméra/capteur
et portent sur divers sites et activités en Iraq. À plusieurs
occasions, le groupe de contrôle biologique du Centre de contrôle
et de vérification de Bagdad a été chargé d'enquêter
sur des questions précises concernant les activités interdites
afin d'accélérer les activités d'établissement
des faits de la Commission.
69. Le Directeur général de l'AIEA rend
compte séparément des activités du Groupe d'action
établi en application des paragraphes 12 et 13 de la résolution
687 (1991) et du plan de contrôle et de vérification continus
de l'AIEA approuvé par la résolution 715 (1991) du Conseil
de sécurité (S/22872/Rev.1 et Corr.1).
70. Conformément aux résolutions pertinentes
du Conseil de sécurité, la Commission continue :
a) À fournir des informations, des services d'experts
et un appui opérationnel, notamment logistique, aux fins de la mise
en oeuvre du plan de contrôle et de vérification continus
de l'AIEA;
b) À désigner les sites qui doivent être
inspectés, à recevoir les demandes émanant de l'Iraq
tendant à déplacer ou à détruire tout matériel
ou équipement lié à son programme d'armes nucléaires
ou à d'autres activités nucléaires et à donner
des avis sur ces demandes;
c) À exercer, en coopération avec le Directeur
général de l'AIEA dans le domaine nucléaire, les autres
fonctions qui pourraient être nécessaires à la coordination
des activités au titre du plan de contrôle et de vérification
continus, notamment en tirant parti, dans toute la mesure du possible,
des services et de l'information couramment disponibles afin d'atteindre
l'efficacité maximum et d'utiliser au mieux les ressources.
71. Les experts nucléaires de la Commission ont
participé aux inspections 28/UNSCOM 131 et 29/UNSCOM 132 de l'AIEA,
effectuées entre septembre et octobre 1995. Les instructions ont
porté en particulier sur les liens entre le domaine de la production
de missiles et le domaine nucléaire. Le rapport sur la première
de ces inspections a été présenté au Conseil
de sécurité le 1er décembre 1995 (voir S/1995/1003,
annexe).
72. Les experts de la Commission continuent à participer
aux négociations de l'AIEA avec la Fédération de Russie
concernant la vente de matières nucléaires enlevées
en Iraq et retraitées en Russie. La partie russe est tenue d'aider
à éliminer les matières en vertu du contrat initial
d'enlèvement et de retraitement. Jusqu'ici, ces négociations
n'ont pas donné de résultats en raison de certaines conditions
sur lesquelles insiste la partie russe, notamment d'importants paiements
anticipés que la Commission et l'AIEA ne sont pas en mesure de remplir
et qui, à leur avis, vont bien au-delà de la pratique commerciale
normale à cet égard.
73. Au cours de la période considérée,
l'Iraq a reconnu l'existence d'un programme d'armes radiologiques. Le 29
août 1995, les autorités iraquiennes ont donné à
une équipe d'inspection biologique (UNSCOM 125) un bref aperçu
d'une expérience menée dans le domaine des armes radiologiques
à la fin de 1987 par l'Établissement d'État de Muthanna.
D'après les déclarations de l'Iraq, l'objet de cette expérience
était d'étudier l'intérêt, sur le plan militaire,
de l'utilisation de matières irradiées. On avait fait exploser
un certain nombre de conteneurs métalliques blindés de plomb,
qui contenaient de l'oxyde de zirconium irradié sur un site d'essai
d'armes chimiques. Chaque conteneur, qui pesait environ une tonne (en raison
du blindage), contenait 0,5 à 1 kilogramme d'oxyde de zirconium
irradié. Compte tenu des essais et des problèmes de sécurité
que posaient la manutention et le transport de matières irradiées,
il aurait été mis fin à ce projet à la fin
de 1987. Au total, quelques kilogrammes d'oxyde de zirconium seulement
avaient été irradiés dans le réacteur de recherche
de Tuwaitha aux fins de ce projet. L'équipe a été
informée qu'aucun système d'armes spécial n'avait
été créé.
74. Toutefois, dans son projet d'état définitif
et complet du programme d'armes chimiques, l'Iraq a mentionné que
100 enveloppes vides de bombes chimiques aériennes LD-250 (connues
sous le nom de "Muthanna-4") avaient été produites en 1987.
Ces enveloppes avaient été modifiées à la demande
de l'Établissement d'État d'Al-Qa'qa et de la Commission
iraquienne de l'énergie atomique. L'Iraq a déclaré
que 75 bombes avaient été livrées à l'Établissement
d'État d'Al-Qa'qa et que 25 bombes avaient été détruites
unilatéralement par l'Iraq au cours de l'été de 1991.
Le 2 décembre 1995, l'équipe d'experts chimiques de la Commission
a demandé aux autorités iraquiennes de préciser l'objet
de la production de ces munitions. Les représentants de l'Iraq ont
admis que ces bombes aériennes avaient été modifiées
pour en faire des armes chimiques. L'Iraq a promis de fournir des informations
complètes concernant ses activités dans le domaine des armes
radiologiques dans son prochain état définitif et complet
de son programme nucléaire. L'Iraq a également accepté
de fournir dans son nouvel état définitif et complet relatif
aux armes chimiques toutes les informations nécessaires concernant
les munitions modifiées et produites par l'Établissement
d'État de Muthanna et d'autres établissements aux fins de
la fabrication d'armes radiologiques. Il est important de disposer de ces
informations pour pouvoir vérifier le bilan des matières
utilisées pour les munitions dans d'autres domaines, par exemple
les armes chimiques.
75. Le 4 décembre 1995, l'Iraq a fourni des informations
complémentaires sur ce projet aux représentants des équipes
de contrôle nucléaire et chimique. Ceux-ci ont appris que,
vers la fin de 1987, la Société des industries militaires
avait chargé le Centre de recherche nucléaire de Tuwaitha
d'étudier la possibilité d'utiliser des armes radiologiques
comme moyen d'"interdiction de zone" au cours des dernières phases
de la guerre entre l'Iran et l'Iraq. Trois prototypes ont été
fabriqués sur la base de bombes aériennes "Nasser 28" modifiées.
Ces prototypes avaient un poids brut de 1 400 kilogrammes et une teneur
radioactive d'environ 2 curies, provenant essentiellement des impuretés
du hafnium présentes dans l'oxyde de zirconium qui avait été
irradié dans le réacteur de recherche IRT5000 de Tuwaitha.
On avait fait exploser les trois bombes sur des sites d'essais, l'une d'entre
elles dans le cadre d'un essai statique au ras du sol; les deux autres,
qui avaient été munies de détonateurs d'impact, avaient
été larguées d'un avion au-dessus d'un terrain d'essai.
76. La Commission et l'équipe de l'AIEA ont été
informées que les résultats de ces essais avaient été
décevants parce que le gros de la matière radioactive était
resté concentré dans le cratère, l'intensité
du rayonnement ayant diminué fortement à quelque distance
de là. En même temps que les essais "Nasser 28", l'Iraq avait
commencé à mettre au point un engin de conception différente
sur la base de l'enveloppe de la bombe chimique Muthanna-3, renumérotée
Muthanna-4 aux fins du projet. Cette version pesait environ 400 kilogrammes
et puisqu'elle pouvait être entreposée dans la soute à
bombes d'un avion, celui-ci pouvait transporter davantage d'armes. En prévision
d'une décision éventuelle de déployer des armes radiologiques,
80 enveloppes de bombe Muthanna-4 avaient été produites.
Ces enveloppes sont toutefois introuvables.
77. Selon l'Iraq, à ce stade de la mise au point,
c'est-à-dire au milieu de 1988, un rapport intérimaire avait
été présenté à la Société
des industries militaires. Ce rapport a été examiné
par la Société, qui a ensuite présenté un résumé
des arguments "pour et contre" aux dirigeants du pays. Ceux-ci ont décidé
de ne pas poursuivre l'option des armes radiologiques et il a été
mis fin au projet. La question de la documentation a été
soulevée et les homologues iraquiens ont été invités
à rechercher des plans et des rapports qui pourraient servir à
corroborer l'explication du projet de production d'armes radiologiques.
Les autorités iraquiennes se sont engagées à le faire,
mais ont déclaré que le rapport sur le projet se trouvait
à la Société des industries militaires au moment où
toute la documentation a été remise aux organismes spéciaux
de sécurité (voir S/1995/864, par. 26). Les autorités
iraquiennes ont confirmé que l'AIEA recevrait un compte rendu détaillé
du projet d'armes radiologiques dans l'état définitif et
complet du programme nucléaire actuellement en cours d'élaboration.
78. Les moyens d'inspection aérienne dont dispose
la Commission, à savoir l'avion de surveillance à haute altitude
(U-2) et l'équipe d'inspection établie à Bagdad, continuent
à jouer un rôle capital dans l'application du régime
de contrôle et l'inspection de nouveaux sites. À ce jour,
l'équipe d'inspection aérienne a plus de 600 missions à
son actif et l'avion U-2 a effectué 277 sorties.
79. Si la réduction du nombre d'hélicoptères
CH-53 dont il est question plus haut se concrétise, elle aura d'importantes
incidences sur l'efficacité opérationnelle de l'équipe
d'inspection aérienne. En réduisant le nombre de ses missions,
l'équipe ne sera pas en mesure de procéder aux inspections
aériennes héliportées qu'elle est censée effectuer
en vertu du régime de surveillance.
80. Le rapport que la Commission a présenté
en octobre 1995 contenait un compte rendu détaillé des travaux
du Comité des sanctions concernant le mécanisme de contrôle
des exportations et des importations. Ce mécanisme a été
approuvé par le Comité le 20 juillet 1995. Toutefois, la
présentation officielle du projet de mécanisme au Conseil
de sécurité, en tant que proposition tripartite du Comité
des sanctions, de la Commission spéciale et du Directeur général
de l'AIEA comme prévu au paragraphe 7 de la résolution 715
(1991), a été différée en attendant que les
gouvernements de tous les membres du Comité donnent leur accord.
Le 6 décembre 1995, le Comité des sanctions, ayant obtenu
cet accord, a autorisé son Président à adresser une
lettre au Président du Conseil de sécurité transmettant
le projet de mécanisme au Conseil pour approbation. Cette communication
était accompagnée, aux fins d'information, comme l'avait
approuvé le Comité des sanctions en juillet, d'une lettre
datée du 17 juillet 1995, émanant du Président exécutif
de la Commission spéciale, concernant les modalités de mise
en place du mécanisme en Iraq. Le rapport sur le mécanisme
et les lettres ont été distribués au Conseil le 8
décembre 1995 (S/1995/1017).
81. Dans le rapport qu'elle a présenté au
Conseil en octobre 1995, la Commission jugeait très inquiétant
que l'Iraq n'ait toujours pas adopté et appliqué les mesures
d'application nationales qu'elle était tenue de prendre en vertu
des plans de contrôle et de vérification continus. Comme la
Commission l'a signalé dans plusieurs rapports précédents,
chaque fois que la question était abordée, le représentant
de l'Iraq déclarait que la législation serait promulguée
sous peu. Cela n'a pas été le cas, malgré les assurances
de l'Iraq selon lesquelles il respecterait pleinement les résolutions
pertinentes du Conseil de sécurité et comptant renoncer entièrement
à toutes les activités interdites au titre du programme de
fabrication d'armes. La Commission ne peut qu'engager l'Iraq à agir
promptement et tenir le Conseil informé de l'évolution de
la situation en ce qui concerne les mesures que l'Iraq est encore tenu
de prendre en vertu des résolutions du Conseil. La question a été
soulevée le 12 décembre 1995 avec le Vice-Premier Ministre
et celui-ci a renouvelé les assurances selon lesquelles la législation
nécessaire serait bientôt votée.
82. Au cours de la période du 17 juin au 17 décembre
1995, il y a eu des événements très importants, notamment
en ce qui concerne la divulgation des programmes iraquiens interdits. L'attitude
de l'Iraq en ce qui concerne sa coopération avec la Commission du
Conseil de sécurité a également évolué
: alors qu'auparavant, il donnait des ultimatums assortis de délais,
depuis peu il promet de faire preuve de la plus grande coopération
et transparence sans fixer de délais. L'Iraq admet qu'il n'a pas
pris toutes les mesures requises en vertu du paragraphe 22 de la résolution
687 (1991) du Conseil de sécurité, mais insiste qu'il a maintenant
l'intention de faire le plus rapidement possible le nécessaire pour
donner suite à ce paragraphe. L'Iraq a également admis que,
pas plus tard qu'août 1995, il cachait encore des informations importantes
à la Commission, mais qu'il était maintenant disposé
à les divulguer. Après avoir maintenu pendant un certain
nombre d'années que toute la documentation relative au programme
interdit avait été détruite, l'Iraq a, au cours de
la période considérée, fourni à la Commission
et à l'AIEA d'importantes quantités de documents et continue
à en fournir. Ce sont là des faits nouveaux positifs.
83. La quantité d'informations nouvelles qui ont
été mises à la disposition de la Commission aussi
bien par l'Iraq que par des sources extérieures, ces derniers temps,
et qui nécessitent davantage d'enquêtes et de vérifications,
est telle qu'il n'est pas possible, pour l'instant, de déterminer
avec certitude dans quelle mesure tous les éléments des programmes
iraquiens interdits ont été intégralement divulgués.
Il y a eu d'importants progrès, mais, dans certains domaines, les
renseignements sont loin d'être complets et d'autres mesures sont
donc attendues de l'Iraq. La Commission est convaincue que, malgré
le volume important de la documentation mise à sa disposition, la
plupart des documents les plus importants ne lui ont pas encore été
remis. Une fois que cette documentation aura été mise à
sa disposition, elle permettra très certainement de régler
certaines questions vitales telles que les quantités d'armes interdites,
les articles ou matières produits ou acquis et leur destination.
Elle devrait également permettre de déterminer la mesure
dans laquelle l'Iraq a poursuivi ses activités, notamment dans le
domaine de la production de missiles, en violation des dispositions des
résolutions 687 (1991) et 715 (1991).
84. Certes, la Commission accueille avec satisfaction
les assurances répétées qu'elle a reçues du
Vice-Premier Ministre, M. Tariq Aziz, au nom des dirigeants iraquiens,
concernant la volonté de l'Iraq de coopérer pleinement avec
la Commission, mais il arrive encore, à tous les niveaux, que tous
les renseignements ne soient pas communiqués et que des déclarations
trompeuses soient faites. La question reste donc de savoir si l'Iraq applique
deux politiques, l'une préconisant la pleine coopération
avec la Commission et l'autre consistant à cacher aussi longtemps
que possible des activités interdites. La Commission ne peut qu'espérer
que c'est la première de ces politiques qui prévaudra et
que la seconde sera complètement abandonnée.
85. Si les problèmes mentionnés plus haut
peuvent être résolus rapidement par l'Iraq, la Commission
croit qu'il sera possible de régler les problèmes en suspens
dans un proche avenir. Ces questions doivent être réglées
de façon crédible pour que la Commission puisse s'acquitter
de son mandat.