
Déclaration
faite par Benon V. Sevan, Directeur exécutif du Programme Iraq,
lors
des consultations officieuses du Conseil de sécurité
tenues
le 22 avril 2003
Monsieur
le Président,
Le
16 avril, la Vice-Secrétaire générale a rendu compte au
Conseil de sécurité de la situation humanitaire sur le terrain et
de l’application de la résolution 1472 (2003) du 28 mars
2003.
Ma
dernière déclaration devant le Conseil remonte au 8 avril.
Outre la mise à jour concernant l’application de la résolution
1472 (2003) qui a été transmise électroniquement aux membres du
Conseil hier soir (voir
copie ci-jointe), le Bureau chargé du Programme Iraq a présenté
des mises à jour au Comité du Conseil de sécurité créé par la
résolution 661 (1990) – le Comité 661 – les 2 et 14 avril.
Compte
tenu des mises à jour déjà présentées, je n’aurai pas à
fournir d’autres précisions sur ce sujet. Je voudrais plutôt me
concentrer sur certaines questions qui appellent une action
pressante et pragmatique de la part du Conseil, le but étant de
supprimer certains des goulets d’étranglement auxquels nous nous
heurtons pour la livraison de secours humanitaires d’urgence au
peuple iraquien, qui continue de connaître de sérieuses difficultés.
Un des principaux problèmes rencontrés est le retard pris pour
l’obtention des habilitations de sécurité nécessaires délivrées
par les puissances occupantes.
Période
de 45 jours du mandat établi en vertu de la résolution 1472 (2003)
Vous
vous souviendrez que la période – déjà limitée –
du mandat de 45 jours établi en vertu de la résolution 1472
(2003), et prenant fin le 12 mai 2003, n’était, à toutes
fins utiles, que de 34 jours, car le Comité 661 a eu besoin de 11
jours pour approuver les procédures arrêtées en application de
l’alinéa g) du paragraphe 4 de cette résolution. En outre, il
convient de noter que le Bureau chargé du Programme Iraq et les
organismes et programmes concernés des Nations Unies avaient été
autorisés pour la première fois, par la résolution 1472 (2003),
à contacter directement les fournisseurs. Cette tâche s’est avérée
très lourde.
Pendant
une période relativement limitée, nous avons dû examiner presque
11 000 contrats – dont 7 238 approuvés et
pleinement financés (quelque 10 milliards de dollars) et 3 613
non financés (plus de 7 milliards de dollars) – portant sur
plus de 525 000 articles, non seulement pour établir un rang
de priorité mais aussi pour déterminer avec les fournisseurs si
les articles dont la population iraquienne avait besoin d’urgence
en raison de la situation humanitaire pourraient effectivement être
livrés d’ici au 12 mai 2003. Au vu des réponses des
fournisseurs, il a été établi que, sur les 266 contrats jugés
prioritaires, seuls les articles visés par 160 contrats, représentant
une valeur totale de 454,6 millions de dollars, pourraient être
envoyés avant l’expiration du mandat, alors que la valeur des
articles qui attendent dans la filière s’élève à quelque 10
milliards de dollars. La plupart des articles en question concernent
le secteur de l’alimentation (236,4 millions de dollars), de l’électricité
(119,3 millions de dollars) et de la santé (53,1 millions de
dollars).
Le
délai de 45 jours reste la principale raison pour laquelle le
nombre de contrats pouvant être traités conformément à l’alinéa
b) du paragraphe 4 de la résolution 1472 (2003) est relativement
limité. D’autres précisions concernant les difficultés rencontrées
dans ce domaine figurent dans la dernière mise à jour que nous
avons remise au Conseil hier soir.
En
conséquence, le Conseil souhaitera peut-être étudier la
possibilité de prolonger le délai d’application des dispositions
de la résolution 1472 (2003) jusqu’au 3 juin 2003 – un
simple report technique – pour que le nouveau délai coïncide
avec la fin du mandat de l’actuelle phase XIII du programme
humanitaire en Iraq, mise en oeuvre conformément à la résolution
1447 (2002). Une prorogation de 21 jours, jusqu’au 3 juin,
permettrait non seulement de récupérer les 11 jours déjà perdus,
mais aussi d’utiliser les fournitures supplémentaires qui se
trouvent dans la filière. Cela dit, pour que nous puissions
pleinement tirer parti du délai supplémentaire, il est essentiel
que le Conseil prenne cette décision le plus rapidement possible.
Il
est entendu que nous continuerons de fournir régulièrement des
mises à jour au Comité 661. Par ailleurs, sous réserve de la décision
du Conseil concernant l’extension du délai d’application des
dispositions de la résolution 1472 (2003), une évaluation de la
mise en oeuvre de cette résolution figurera dans le rapport de 180
jours que le Secrétaire général présentera conformément à la résolution
1447 (2002).
S’agissant
des rapports, je voudrais également suggérer que le rapport d’évaluation
concernant l’application de la Liste d’articles sujets à examen
et des procédures y relatives conformément au paragraphe 5 de la résolution
1447 (2002) soit présenté au Comité 661 et non au Conseil.
Fournitures
approuvées présentes dans la filière de livraison
Le
Bureau chargé du Programme Iraq a été inondé de demandes émanant
de missions permanentes et de fournisseurs concernant la situation
de leurs contrats.
Aujourd’hui,
la valeur totale des fournitures financées qui se trouvent dans la
filière est de 9 milliards 958 millions de dollars. La
valeur totale des contrats pleinement traités mais non financés
est de 7 milliards 174 millions de dollars. En outre, le Bureau
chargé du Programme Iraq a enregistré des contrats d’une valeur
totale de plus de 7 milliards de dollars. Le montant total des
fonds inutilisés disponibles s’élève à 3 milliards 223
millions de dollars, dont 1 milliard 522 millions de dollars
dans le compte ESD (59 %) (870 millions pour les pièces de
rechange et l’équipement relatifs à l’industrie pétrolière
et 652 millions pour les allocations spéciales) et 1 milliard 701
millions de dollars dans le compte ESC (13 %).
Il
est trop tôt pour connaître le montant total des fonds inutilisés
qui peut être employé en application de la résolution 1472
(2003), notamment en raison des restrictions que cette résolution
impose pour l’utilisation de ces fonds. Nous ne connaîtrons ce
montant que lorsque nous recevrons les factures indiquant les frais
supplémentaires imputables, entre autres, au réacheminement des
chargements vers d’autres ports, au transport et aux autres frais
qui ont dû être acquittés afin de faciliter la livraison de
fournitures humanitaires essentielles.
On
se souviendra que, le 14 avril 2003, j’ai informé le Président
du Comité 661 que, compte tenu de la nette insuffisance des fonds
mis à la disposition du programme et des incertitudes financières
dues à l’arrêt total des exportations de pétrole, le Bureau
chargé du Programme Iraq avait été obligé, à titre temporaire
et exceptionnel, de suspendre immédiatement le traitement des
demandes supplémentaires se rapportant au compte ESB (59 %).
Cette mesure visait 1 950 contrats représentant un montant
total supérieur à 7 milliards de dollars. Nous estimons qu’il
s’agit là d’une mesure prudente compte tenu de la situation
actuelle.
Cela
dit, je voudrais demander au Conseil et à son Comité des sanctions
d’examiner d’urgence la question de la situation des contrats,
en particulier des contrats qui concernent des chargements qui sont
prêts à être envoyés ou qui l’ont déjà été, notamment ceux
qui se trouvent actuellement en haute mer ou qui sont prêts à être
livrés par voie terrestre mais ne font pas l’objet d’un contrat
qualifié de prioritaire en vertu des dispositions pertinentes de la
résolution 1472 (2003). Bien entendu, les fournisseurs se plaignent
et veulent connaître la situation de leurs contrats. En toute honnêteté,
nous leur devons une explication.
Le
Bureau chargé du Programme Iraq sollicite également l’avis du
Conseil en ce qui concerne le paiement du prix des marchandises qui
étaient en train d’être déchargées lorsque les inspecteurs indépendants
de l’ONU ont quitté l’Iraq, ou qui l’ont été après le départ
des inspecteurs.
Achats
locaux
L’Iraq
devrait connaître une récolte de blé exceptionnelle, comparable
à celle de l’année dernière. Malgré les efforts que nous avons
déployés l’année dernière, nous n’avons pas réussi à
obtenir l’accord de toutes les parties concernées en vue d’arrêter
les dispositions nécessaires à l’achat de blé sur place.
J’espère que des arrangements pourront être pris prochainement
afin d’acheter du blé localement, en application des dispositions
de l’alinéa i) du paragraphe 4 de la résolution 1472 (2003).
Nous rendrons compte au Conseil lorsque les dispositions seront arrêtées.
J’espère que nous pourrons également acheter d’autres biens
produits localement, ce qui nous permettrait de relancer l’économie
locale et de créer un grand nombre de possibilités d’emplois.
Phase
XIII du programme humanitaire
Depuis
le début du programme humanitaire en décembre 1996, le peuple
iraquien est devenu plus que jamais tributaire des fournitures mises
à sa disposition au titre du programme, notamment les fournitures médicales
et les produits alimentaires essentiels. Avant la guerre, 560 000
tonnes de rations alimentaires, d’une valeur de 212 millions
de dollars, étaient livrées tous les mois dans l’ensemble du
pays. Plus de 90 % de la population comptait sur le panier de
produits alimentaires mensuel. En fait, ces rations étaient la
principale source de revenus pour 60 % de la population. La dépendance
à l’égard de ces produits ne s’arrêtera pas le 3 juin
2003, lorsque l’actuelle phase XIII du programme touchera à sa
fin. Au contraire, avec les incertitudes et les difficultés
actuelles, le peuple iraquien en sera encore plus dépendant, à
moins que l’économie ne se redresse rapidement.
Quelles
que soient les décisions que le Conseil prendra au sujet du futur
statut du programme, il serait souhaitable que celui-ci soit modifié
progressivement pour éviter de perturber davantage la vie
quotidienne du peuple iraquien.
Je
prie toutes les parties concernées d’accorder la priorité
absolue aux intérêts du peuple iraquien, qui a souffert pendant
trop longtemps. Le peuple iraquien mérite mieux, et l’adoption de
mesures susceptibles d’alléger ses souffrances ne devrait pas être
reportée à plus tard.
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