Dossier de presse
Fiche d'information 7
BUREAU DU REPRÉSENTANT SPÉCIAL DU SECRÉTAIRE
GÉNÉRAL POUR LA PROTECTION DES ENFANTS DANS LES CONFLITS ARMÉS
Le rôle du Représentant spécial du Secrétaire général pour la protection
des enfants dans les conflits armés, Olara A. Otunnu est avant tout
un rôle de sensibilisation à la protection des enfants touchés par la
guerre à leurs droits et à leur bien-être. Le Représentant spécial utilise
son rôle pour créer des coalitions entre les gouvernements, les organisations
internationales, les agences des Nations Unies, les ONG et la société
civile en ce qui concerne ce problème des enfants affectés par la guerre
et pour s'assurer qu'il en sera tenu compte à tous les niveaux décisionnels.
Au cours de son mandat, le Représentant spécial a mis l'accent sur les
rapports qui existent entre un ensemble de problèmes, d'une part, et
le sort des enfants touchés par la guerre, d'autre part.
Les enfants sont les premiers à subir les effets de ces armes. Ils
sont privés de leur enfance en raison de traumatismes, de déplacements
et de deuils; leur potentiel est limité à cause des difficultés qu'ils
ont à se nourrir, à recevoir des soins et une éducation. Plusieurs d'entre
eux doivent vivre dans la rue en proie aux maladies et aux parties en
guerre. Tous sont contraints de grandir au sein d'une culture de violence.
Et il est encore plus monstrueux de constater qu'ils sont forcés, sous
la menace, à participer comme combattants et à apprendre à utiliser
ces armes pour tuer.
Dans tous les forums auxquels il a participé, qu'il s'agisse du Conseil
de sécurité ou d'une réunion de collégiens, le Représentant spécial
a insisté sur le lien qui existe entre les armes légères et les enfants
touchés par la guerre. Il a pu constater par lui-même les terribles
conséquences de ce lien au Sierra Leone, au Soudan, au Timor oriental
et au Kosovo. Et, à l'occasion de ses activités de sensibilisation,
il n'a eu de cesse d'exhorter ses interlocuteurs à reconnaître l'existence
de ce lien et à agir en conséquence.
Le Représentant spécial a constamment insisté sur le caractère transfrontalier
du problème que pose la prolifération des armes légères. Il a fait appel
aux Etats pour qu'ils entreprennent des " Initiatives de voisinage "
pour combattre un ensemble d'activités transnationales qui ont pour
effet de perpétuer les abus faits aux enfants. Il s'agit notamment des
enlèvements, du commerce illicite des ressources naturelles et surtout
du commerce des armes légères. Il a également engagé des discussions
avec des organisations régionales pour s'assurer que le problème des
enfants affectés par la guerre soit mis en évidence et pris en compte
dans toutes leurs activités et à tous les niveaux. Plusieurs de ces
organisations telles que la Communauté économique des Etats de l'Afrique
de l'Ouest (CEDEAO), l'Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe (OSCE) et l'Union européenne (EU) ont adopté des documents
ou des codes de conduite concernant le problème du commerce des armes
légères.
Toutefois, ces activités de sensibilisation ont été gênées par l'absence
de données fiables concernant les enfants affectés par la guerre. Les
chiffres disponibles ne sont que des évaluations; les liens entre les
différents problèmes sont souvent circonstanciels et ne sont pas fondés
sur une recherche sérieuse. Ceci s'applique aussi bien à la question
du commerce des armes légères qu'à celle des enfants soldats. Le Bureau
du Représentant spécial du Secrétaire général pour la protection des
enfants dans les conflits armés, en partenariat avec l'UNICEF, des organismes
de recherche et des ONG, procède à la mise en place d'un réseau d'institutions
capables d'entreprendre la recherche nécessaire à la production des
données dont les avocats des enfants affectés par la guerre ont un si
grand besoin.
***
Le Représentant spécial considère que les enfants sont victimes à la
fois du commerce légal et du commerce illicite des armes légères. Il
est d'avis que l'Etat est le meilleur protecteur de la sécurité de ses
citoyens mais que la sécurité de l'individu est inséparable de la sécurité
de l'État lui-même. Il considère également qu'il est souvent impossible
de séparer les problèmes de la demande d'armes légères des problèmes
qui relèvent de leur disponibilité.
Le Représentant spécial est d'avis que les Etats doivent avoir le droit
d'assurer la sécurité de leurs citoyens. Toutefois, ce droit doit être
exercé de façon responsable en veillant à ce que les armes qu'ils produisent,
ou qui font l'objet d'un commerce sous leur juridiction, ne parviennent
pas à ceux qui exploitent les enfants. Les Etats doivent en outre toujours
tenir compte des incidences plus générales de la prolifération des armes
légères et de leur impact plus immédiat sur les enfants. Compte tenu
du fait qu'une proposition importante du commerce illicite trouve ses
origines dans des transactions entièrement légales, il estime que les
obligations de l'Etat ne peuvent se limiter à une lutte contre le seul
commerce illicite des armes. Les Etats doivent donc veiller à adhérer
aux 10 principes suivants et s'employer à ce que les sociétés privées
qui se trouvent sous leur juridiction fassent de même.
Les Etats doivent :
- Evaluer les incidences humanitaires probables de tout transfert
d'armes légères avant que le transfert n'ait lieu;
- Refuser de vendre des armes à des protagonistes, qu'il s'agisse
ou non d'un Etat, dont il est confirmé qu'il exploite ou vise les
enfants;
- Prévenir l'acquisition d'armes légères par ceux qui recrutent des
enfants en contravention du droit international;
- Promouvoir et soutenir les efforts locaux, nationaux et régionaux
visant à prévenir l'acquisition d'armes légères par ceux qui exploitent
ou visent les enfants;
- Retirer tout appui technique prévu aux termes de contrats actuels
ou futurs portant sur des armes lorsque l'utilisateur final a exploité
ou vise des enfants;
- De façon rapide et transparente, détruire toutes les armes en surplus,
quelle que soit leur provenance;
- Promouvoir à tous les niveaux l'élaboration et l'adoption de règles
volontaires de comportement par des personnes privées en matière de
transfert et d'utilisation d'armes légères, notamment par les personnes
qui exploitent ou visent les enfants;
- Promouvoir et soutenir les efforts locaux, nationaux et régionaux
qui ont pour but de surveiller la conduite des protagonistes privés
engagés dans le transfert d'armes légères et/ou la formation au maniement
de telles armes, notamment dans les zones de conflit;
- Adopter les mesures qui s'imposent pour retirer aux enfants les
armes légères qui pourraient se trouver entre leurs mains;
- Veiller à ce que les programmes de désarmement, de démobilisation
et de réinsertion reflètent les besoins des ex-enfants soldats, notamment
en ce qui concerne leur réintégration à la société civile.
Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la protection des
enfants dans les conflits armés considère qu'il s'agit là des objectifs
minimaux auxquels les enfants ont droit. Mais ces objectifs ne peuvent
se réaliser uniquement en ayant recours à l'Etat. Son expérience lui
démontre que seule une coalition largement représentative sera en mesure
d'assurer la masse critique nécessaire pour assurer la protection, les
droits et le bien-être des enfants touchés par la guerre. Seul un tel
groupe pourra évaluer l'impact humanitaire de la prolifération des armes
légères sans quoi tout processus de désarmement demeurera stérile.
Surtout, ces objectifs ne pourront être réalisés qu'en abolissant les
obstacles qui divisent le débat actuel. Le Représentant spécial estime
que les Etats doivent d'abord reconnaître et accepter les liens qui
existent entre ce qui est légal et ce qui est illicite, entre l'offre
et la demande et entre la prolifération et ses incidences humanitaires,
s'ils veulent vraiment réduire la misère dont ces armes sont la cause.
Rédigé par le Bureau du Représentant spécial du Secrétaire
général pour la protection des enfants dans les conflits armés
Publié par le Département de l'information des Nations Unies
DPI/2195 (2) - mai 2001
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