Dossier de presse
Fiche d'information 6
DROITS DE L'HOMME ET ARMES LÉGÈRES
Les incidences des armes légères sur les droits de l'homme
Le contrôle de la circulation des armes légères ne peut plus être considéré
comme étant avant tout une question relevant du désarmement ou de la
sécurité. La disponibilité endémique de ces armes continue à faire obstacle
à une pleine réalisation des droits de l'homme, aussi bien en temps
de guerre qu'en temps de paix.
Les armes légères sont devenues les principaux instruments de la violence
dans des situations de conflit. Leur disponibilité endémique a pour
effet d'aviver les tensions, d'accroître les souffrances des victimes
civiles et de faire obstacle à la résolution pacifique des conflits.
En temps de paix, et surtout à la suite de conflits, alors que les autorités
manquent de ressources ou de la volonté politique nécessaire à l'instauration
du respect de la primauté du droit et des droits de l'homme, la disponibilité
généralisée des armes légères contribue à maintenir un climat dans lequel
la violence est tolérée. En faisant obstacle à l'instauration d'une
paix et d'une sécurité durable, la circulation non réglementée de ces
armes empêche également la réalisation du droit au développement.
La disponibilité d'armes légères a eu des conséquences dévastatrices
sur les droits de l'homme notamment en ce qui concerne les groupes vulnérables.
Ainsi :
- Dans le cas de réfugiés et de personnes déplacées à l'intérieur
de leur pays, en raison de leur coût peu élevé, de leur légèreté,
de leur maniement facile et de leur dissimulation aisée, ces armes
sont facilement passées en fraude dans les camps où elles contribuent
à créer un climat de crainte et à exacerber les circonstances dans
lesquelles se trouvent ces personnes;
- Dans le cas des femmes et des enfants, la disponibilité des armes
légères est directement liée à l'augmentation dramatique des persécutions
dont ils sont l'objet. Les enfants sont de plus en plus vulnérables
au recrutement comme soldats et comme passeurs d'armes lorsque celles-ci
sont peu lourdes, petites et faciles à transporter;
- S'agissant de la prestation de l'aide humanitaire, les armes légères
sont utilisées pour faire obstacle aux efforts de secours prolongeant
ainsi les souffrances de ceux qui ont déjà le plus grand besoin d'aide;
- Et s'agissant des travailleurs humanitaires, les armes légères sont
souvent utilisées pour menacer leur vie comme on a pu le constater
au cours de ces dernières années à la suite du nombre sans précédent
des attaques contre des membres du personnel des Nations Unies.
La disponibilité endémique des armes légères
En ayant recours à de multiples moyens de transport et de déplacement,
les armes légères sont devenues de plus en plus disponibles, au moyen
de leur diffusion au sein des sociétés, aux gouvernements et aux armées
privées, aux groupes d'insurgés, aux éléments criminels et à d'autres
entités non étatiques. La prolifération et la circulation non réglementées
de telles armes contribuent à la violation des droits de l'homme et
des principes humanitaires internationaux en rendant des armes disponibles
à un nombre croissant d'acteurs, y compris des civils, qui n'ont aucune
formation ou très peu et qui ne sont comptables à personne.
La Conférence des Nations Unies sera axée sur le commerce illicite
des armes légères. Mais on doit cependant reconnaître que la plupart
des armes illégales qui sont en circulation ont été à un moment donné
transférées par un gouvernement ou avec le consentement d'un gouvernement.
Les gouvernements, qui négligent de réglementer efficacement le commerce
des armes légères et qui permettent que ces armes se retrouvent entre
les mains d'individus n'ayant aucun respect pour les droits de l'homme,
manquent à leurs obligations de respecter et d'assurer le respect du
droit humanitaire international. Pour s'attaquer au problème du commerce
illicite de ces armes, il faut avant tout que les Etats acceptent la
responsabilité qui est la leur de réglementer le commerce des armes
légères.
Intégration des droits de l'homme à toute réponse
internationale
Une réponse efficace à la disponibilité généralisée des armes légères
exigera une démarche d'ensemble multiforme qui s'attaquera à la fois
à l'offre et à la demande. Il est surtout important que la réponse internationale
puisse s'attaquer aux causes profondes qui façonnent la demande pour
ces armes, y compris le sentiment général d'insécurité alimenté par
la pauvreté, l'absence de possibilités d'emploi et d'éducation, le manque
de mécanismes efficaces permettant de résoudre paisiblement les conflits,
l'absence d'institutions nationales efficaces et indépendantes dans
le domaine des droits de l'homme et enfin, l'existence d'une mentalité
qui accepte l'impunité. Une réponse fondée sur les droits de l'homme
ne peut que contribuer à une solution effective et durable du problème
des armes individuelles et légères.
Le Haut Commissariat aux droits de l'homme préconise que les initiatives
visant à combattre le commerce illicite d'armes légères soient entreprises
en tenant compte des normes du droit international relatif aux droits
de l'homme et en s'y conformant pleinement. Ces initiatives comprennent
:
- L'adoption et l'application des codes de conduite nationaux et régionaux
qui interdisent le transfert d'armes légères à des parties qui sont
connues pour violer constamment les droits de l'homme ou le droit
humanitaire international ou qui négligent de faire traduire en justice
les responsables de telles violations. Les sociétés qui sont engagées
dans le commerce des armes doivent élaborer des codes de conduite
appropriés pour empêcher que ces armes ne fassent l'objet d'un usage
impropre pour commettre des violations aux droits de l'homme ou aux
droits humanitaires;
- L'application effective des embargos sur les armes imposés à ceux
qui ne respectent pas les droits de l'homme, y compris en insérant
lesdits embargos à la législation nationale de même que la poursuite
des fauteurs;
- Des mesures propres à améliorer la transparence en ce qui concerne
la production, le stockage et le transfert des armes aussi bien entre
les gouvernements eux-mêmes qu'entre les gouvernements et leurs citoyens
dans le but de documenter et de contrôler le commerce illicite;
- L'inclusion dans les accords de paix de dispositions relatives au
désarmement, à la démobilisation et à la réinsertion des ex-combattants,
fondées sur les critères des droits de l'homme; et
- La ratification et l'application par les Etats des instruments portant
sur les droits de l'homme et sur le droit humanitaire international,
y compris le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits
de l'enfant concernant la participation des enfants à des conflits
armés.
Bien que la réglementation des transferts d'armes sera appliquée plus
efficacement au niveau national, le système des droits de l'homme des
Nations Unies, y compris les organes créés par traité, les rapporteurs
spéciaux et les experts indépendants, offrent de précieuses possibilités
pour le contrôle du respect des critères relatifs aux droits de l'homme
et qui peuvent permettre de déterminer si un transfert d'armes est légal
ou illicite, de même que pour attirer l'attention sur des situations
susceptibles de faciliter le commerce illicite des armes. Les capacités
des mécanismes des droits de l'homme des Nations Unies devraient être
pleinement utilisées comme moyen d'assurer le respect des critères relatifs
aux droits de l'homme à l'occasion du transfert d'armes légères de même
que pour favoriser une plus grande conscience des conséquences que peut
avoir leur disponibilité généralisée sur les droits de l'homme.
La Conférence des Nations Unies sur le commerce illicite des armes
légères sous tous ses aspects offre à la communauté internationale une
excellente occasion de souligner les incidences humanitaires de la prolifération
des armes légères. Le Haut Commissariat aux droits de l'homme engage
instamment les Etats à profiter de cette occasion pour faire savoir
de façon claire et vigoureuse que l'utilisation des armes légères pour
commettre des abus des droits de l'homme, et l'incapacité à empêcher
de tels abus, ne seront plus tolérées.
Rédigé par le Haut Commissariat des Nations Unies aux
droits de l'homme
Publié par le Département de l'information des Nations Unies
DPI/2195 (2) - mai 2001
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