Dossier de presse
Fiche d'information 16
DECLARATION DU SECRETAIRE GENERAL A LA REUNION
MINISTERIELLE DU CONSEIL DE SECURITE SUR LA QUESTION DES ARMES LEGERES
24 septembre 1999
" Je suis heureux de me joindre au Conseil, aujourd'hui, alors qu'il
cherche à régler l'un des principaux problèmes que pose la prévention
des conflits. Les armes légères sont en effet les principaux instruments
de violence utilisés dans la plupart des conflits que connaît le monde.
" La prolifération d'armes légères, de munitions et d'explosifs a aussi
entraîné l'intensification de la violence qui est liée au terrorisme
et à la criminalité organisée. Même dans les pays qui ne sont pas victimes
de guerres civiles, la facilité avec laquelle n'importe qui peut se
procurer des armes légères a, bien souvent, contribué à la violence
et à l'instabilité politique. Ces facteurs ont eu pour effet de compromettre
les perspectives de développement et de porter atteinte à la sécurité
des individus sous toutes ses formes. Il n'existe probablement pas d'instruments
de violence qui soient aussi largement répandus, aussi faciles à obtenir
et aussi difficiles à limiter que les armes légères.
" Ce sont ces armes qui sont le plus souvent utilisées pour massacrer
les civils, de plus en plus pris pour cibles dans les guerres civiles
modernes; de surcroît, contrairement à leurs victimes, les armes légères
survivent de conflit en conflit, perpétuant par leur simple présence
le cycle de la violence. Souvent, ces armes sont même recyclées, transférées
d'une région à une autre ou d'un conflit à un autre par des trafiquants
d'armes dénués de tous scrupules qui, dans bien des cas, tirent parti
des lacunes du système législatif ou exploitent les faiblesses des structures
nationales de contrôle et de répression.
" Maintenant que le monde ne veut plus rester silencieux lorsque des
violations flagrantes et systématiques des droits de l'homme sont commises,
l'Organisation des Nations Unies se doit de s'attaquer au commerce des
armes légères, tant du point de vue de l'offre que du point de vue de
la demande. Des Balkans à l'Asie de l'Est et à l'Afrique, les armes
légères sont devenues les instruments préférés des tueurs. Nous devons
faire le nécessaire pour leur retirer les moyens de tuer.
" C'est surtout grâce à l'Organisation des Nations Unies que la question
des armes légères a été portée à l'attention de la communauté internationale.
Le rapport sur la question, que j'ai soumis à l'Assemblée générale en
1997, a eu un effet catalyseur, déclenchant toute une série d'initiatives.
Je suis heureux de rappeler que, l'année dernière, l'Assemblée générale
a décidé d'organiser, au plus tard en 2001, une conférence internationale
sur le commerce illicite des armes sous tous ses aspects. Le Conseil
de sécurité a lui aussi été saisi de la question des armes légères,
au départ dans le contexte de la mise en oeuvre de mon rapport sur l'Afrique.
Depuis lors, dans le cadre de l'examen de la question de l'Angola, ainsi
que de celles des enfants dans les conflits armés et de la protection
des civils en période de conflit armé, le Conseil a, fort justement,
mis l'accent sur la nécessité de mettre fin à la prolifération des armes
légères comme condition indispensable au règlement de toutes ces questions.
" Dans le rapport que j'ai présenté au Conseil de sécurité sur la protection
des civils en période de conflit armé, j'ai souligné que contrôler la
prolifération des armes légères est une condition indispensable au succès
du processus de consolidation de la paix, de même qu'à la prévention
des conflits. J'ai demandé instamment que le Conseil consacre une plus
grande attention à la prévention des conflits et joue dans ce domaine
un véritable rôle directeur. Je tiens aussi à souligner combien il importe
que des mesures de désarmement et de démobilisation soient prévues dans
les accords de paix ainsi que dans les mandats de toutes les opérations
de maintien de la paix lancées par l'ONU.
" La tâche qui nous attend est lourde, certes, mais un certain nombre
d'éléments positifs sont d'ores et déjà à relever dans la lutte contre
la prolifération des armes légères, plus particulièrement le trafic
d'armes.
" En Afrique, donnant suite à une initiative lancée par le Mali, la
Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a déclaré
un moratoire sur la production et le commerce d'armes légères, et ce
dans 16 pays. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)
aide la CEDEAO à mettre en oeuvre le Moratoire.
" L'Organisation de l'unité africaine a elle aussi agi : elle a décidé
d'organiser une conférence régionale sur les armes légères pour préparer
la Conférence internationale sur le commerce illicite des armes.
" En Europe, l'action commune de l'Union européenne, qui vise à prévenir
et enrayer le trafic d'armes classiques, est un autre élément encourageant.
Plus précisément, en Albanie, le PNUD, agissant en collaboration étroite
avec le Département des affaires de désarmement, a lancé un projet intitulé
"Des armes pour le développement". Le succès de ce projet pilote a amené
le Gouvernement albanais à demander que des projets analogues soient
exécutés dans d'autres régions du pays.
" Enfin, en Amérique, l'Organisation des Etats américains a adopté
en novembre 1997 la Convention interaméricaine contre la fabrication
illicite et le trafic d'armes à feu, munitions, explosifs et autres
matériels connexes.
" Cette lutte contre la prolifération des armes légères a aussi profité
de la contribution de la société civile, dont l'engagement est de plus
en plus actif. La création, vers le début de l'année, du Réseau international
d'action contre les armes légères a contribué à appeler l'attention
de l'opinion publique sur la question, ce qui nous a aidé à acquérir
l'appui du grand public, si utile pour notre succès.
" La communauté internationale ne doit pas manquer de saisir l'occasion
qu'offrira en 2001 la conférence internationale : elle devra manifester
résolument la volonté politique de mettre fin à la prolifération des
armes légères dans le monde.
" Les efforts que nous entreprenons dans un contexte plus large pour
promouvoir la paix et la sécurité, quels que soient les moyens utilisés
- prévention des conflits, développement, diplomatie ou, lorsque cela
s'avère nécessaire, intervention - dépendent dans une grande mesure
de la façon dont nous nous attaquons au problème plus limité et plus
précis, qui consiste à réduire les instruments de guerre et de violence.
" Réduire les armes légères est un objectif réaliste, et réalisable,
que prévention, action et coopération peuvent nous permettre d'atteindre.
Sous la direction du Conseil de sécurité et grâce à l'effort et à l'action
de vos gouvernements, je suis persuadé que nous y parviendrons. "
Rédigé par le Département des affaires de désarmement
des Nations Unies
Publié par le Département de l'information des Nations Unies
DPI/2195 (2) - mai 2001
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