Dossier de presse
Fiche d'information 11
"ALLONS DE PAR LE MONDE
RECUEILLIR LES ARMES LÉGÈRES"
Article de M.
Mark Malloch Brown, administrateur du Programme des Nations Unies pour
le développement et de M. Jayantha Dhanapala, secrétaire général adjoint
aux affaires de désarmement Publié par l'International Herald Tribune
le 26 janvier 2000*
"Les fermiers et les villageois du district fort pauvre de Gramsh en
Albanie profitent des bénéfices d'une récolte inusitée. Attirés par
les promesses de nouvelles écoles, de soins de santé, de téléphones,
de l'éclairage des rues et d'une restauration des ponts et des routes,
ils nettoient et vident leurs greniers, leurs caves et d'autres caches
plus secrètes et en amènent des charretées d'armes à feu et de munitions
aux postes de police locaux.
"En septembre dernier, le président Rexhep Meidani a dévoilé une plaque
sur la place centrale de Gramsh que des collectivités de nombreux pays
agités de troubles ne peuvent qu'envier. La plaque commémore la collecte
de 5 700 armes et de 100 tonnes de munitions et d'explosifs qui avaient
été amassés au cours des émeutes de 1997.
"Au mois de mars de cette année-là, l'effondrement de plans d'investissements
pyramidaux avait fauché des milliers d'Albanais qui se sont alors empressés
d'attaquer et de dévaliser les magasins de l'armée à travers le pays.
Gramsh qui possédait quatre magasins de l'armée et une usine de munitions
devint elle-même un marché de munitions.
"A la suite d'un flot de meurtres, de blessures et d'accidents résultant
de l'usage de ces armes, des représentants du Programme des Nations
Unies pour le développement et du Département des Nations Unies chargé
des affaires de désarmement se sont rendus à Gramsh à l'invitation des
autorités locales, dans le but de négocier un accord en vertu duquel
les services communautaires seraient assurés dans la mesure où les armes
et les munitions seraient rendues.
"A ce jour, environ 80 % des armes qui se trouvaient entre les mains
des habitants de Gramsh ont été rendues. D'autres districts, actuellement
paralysés par l'hiver, ont aussi exprimé le désir d'échanger leurs fusils
pour des services sociaux.
"Gramsh est emblématique des possibilités qui existent d'un désarmement
paisible en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Dans
certaines parties de l'Afrique, un fusil AK-47 peut être obtenu pour
le prix d'un poulet.
"Depuis 1990, 45 des 49 conflits majeurs à travers le monde ont été
causés par des luttes internes avec recours aux armes légères souvent
utilisées par des civils, y compris des enfants soldats. Environ 4 millions
d'individus ont perdu la vie au cours de ces conflits. La moitié des
victimes ont été des civils, la plupart étant des femmes et des enfants.
Il existe un ardent désir de paix au sein de ces collectivités.
"Le Mali a donné l'exemple en parvenant à un accord avec des nomades
rebelles dans les régions septentrionales clairsemées du pays. Environ
13 000 anciens combattants ont échangé leurs armes contre des investissements
gouvernementaux dans le secteur des services sociaux.
"Depuis 1990, plus de 2 millions d'individus ont perdu la vie par armes
légères en Afrique occidentale et 16 pays de la région sont récemment
convenus d'interdire la production, l'implantation et l'exportation
d'armes légères pendant une période d'essai de trois ans.
"Qu'il existe encore 500 millions d'armes légères en circulation, soit
une arme pour 12 personnes sur la planète, constitue une étonnante réalité
mondiale.
"In 1994, some 300 companies in 52 countries were reportedly manufacturing
small arms and light weapons--a 25 percent increase since the mid-1980s.
The world's wealthy nations are the main suppliers, but 22 developing
countries also produce small arms, and 16 of these are exporters.
"Selon les rapports disponibles, en 1994 quelque 300 entreprises dans
52 pays fabriquaient encore des armes légères - une augmentation de
25 % par rapport au milieu des années 80. Les pays riches sont les principaux
fournisseurs, mais 22 pays en développement produisent également ces
armes et 16 d'entre eux les exportent.
"Les programmes de collecte d'armes devraient constituer une partie
intégrante des accords de paix et de démobilisation des armées. La prolifération
généralisée d'armes que l'on peut aisément cacher à la suite de conflits
ne fait que prolonger l'instabilité. Cette situation entraîne de grands
risques pour les forces de maintien de la paix des Nations Unies et
elle entrave les efforts de réinsertion des populations déplacées et
des ex-combattants. La réconciliation entre collectivités devient pratiquement
impossible lorsque les deux sont armés jusqu'aux dents.
"Les gouvernements doivent donner l'exemple en détruisant les armes
légères en surplus, confisquées ou rassemblées, ainsi qu'en veillant
à la sécurité des armes de l'Etat qui sont entreposées. Des contrôles
internationaux et régionaux s'avèrent nécessaires pour prévenir que
les transferts légaux ne soient détournés vers des marchés illicites.
"Les pays exportateurs et importateurs doivent se donner des institutions
et une législation plus efficaces s'agissant du contrôle, du suivi et
de la surveillance policière des transferts d'armes légaux. Il existe
un besoin urgent de directives internationales capables de retracer
les armes et les munitions au moyen de numéros de série et de dossiers
de transit.
"L'Organisation des Etats américains a adopté une convention qui vise
à renforcer les contrôles aux frontières et à assurer l'échange d'informations
concernant les producteurs et les marchands d'armes. L'Union européenne
a opté pour une initiative commune légalement contraignante concernant
les armes légères dans le but de mettre un frein à leur accumulation
et à leur prolifération.
"Plus de 200 organisations ont créé un réseau d'action sur les armes
légères afin d'indiquer la fourniture d'armes et de réduire les stocks
en circulation. L'Assemblée générale des Nations Unies convoquera sa
première Conférence internationale sur le commerce illicite des armes
légères en 2001.
"Mais l'expérience acquise dans des endroits comme Gramsh démontre
que rien ne vaut l'engagement et le geste individuel."
*Reproduction interdite à défaut de l'autorisation des
auteurs.
Publié par le Département de l'information des Nations
Unies
DPI/2195 (2) - mai 2001
Retour au sommaire
du dossier de presse
Préparé pour Internet par le Département
des affaires de désarmement