Dossier de presse
Fiche d'information 10
DECLARATION DU HAUT COMMISSAIRE
DES NATIONS UNIES POUR LES REFUGIES A LA TROISIEME SESSION DU COMITE
PREPARATOIRE DE LA CONFERENCE DES NATIONS UNIES SUR LE COMMERCE ILLICITE
DES ARMES LEGERES SOUS TOUS SES ASPECTS
(prononcée par l'Attaché de liaison principal, Bureau de liaison du
HCR à New York le 19 mars 2001)
"Monsieur le Président,
"Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) se
félicite de l'occasion qui lui est offerte de s'adresser aujourd'hui
à la troisième session de votre Comité préparatoire. La prolifération
des armes légères porte atteinte à la vie de millions de réfugiés et
de personnes déplacées à travers le monde. Les collectivités, qui accueillent
des réfugiés et qui ont vécu dans l'ignorance des comportements traditionnels
face à des conflits, se retrouvent de plus en plus plongées dans un
environnement nouveau et plus menaçant.
"Aujourd'hui, nous voudrions indiquer brièvement certaines des conséquences
qui touchent les réfugiés en décrivant les activités entreprises par
le HCR sur le terrain dans le but d'améliorer la protection des réfugiés.
Certaines des conséquences que nous signalons ont un caractère général
et affectent les réfugiés comme toute autre personne. Toutefois, dans
les conditions de vie plus restreintes qui prévalent dans les camps
de réfugiés, les effets sont souvent amplifiés.
"Parmi les conséquences des armes légères, on peut citer par exemple
le problème des déplacements forcés qui sont actuellement appliqués
en Guinée. Lorsqu'il se produit des déplacements de civils, les agences
humanitaires sont fréquemment confrontées à la complexité d'une violence
privatisée qui comprend des milices et des individus armés et, dans
de telles situations il devient difficile de distinguer entre l'action
politique, le banditisme social et le crime organisé.
"La présence dans les camps d'éléments armés exige également que des
mesures soient prises pour démobiliser, séparer et occasionnellement
retirer des lieux les éléments armés; il s'agit là d'activités qui ne
relèvent ni du mandat ni des capacités de l'Organisation et qui, en
outre, risquent de porter atteinte au caractère non politique et humanitaire
des camps de réfugiés. En outre, la présence d'armes militaires et d'une
activité criminelle peut avoir pour conséquence une diminution de l'engagement
et de la participation des ONG et de la société civile dans des domaines
où leurs connaissances spécialisées et leurs avantages comparés sont
nécessaires.
"La prolifération des armes légères et la militarisation ultérieure
des camps portent également atteinte à la sécurité des réfugiés et du
personnel humanitaire tout en soulevant le problème de la sécurité et
de la protection du personnel humanitaire. On constate des niveaux accrus
de violence physique et de plus importantes menaces de stress psychologique
et de violence sexuelle à l'égard de groupes vulnérables, y compris
les femmes, les enfants, les adolescents et les personnes âgées qui
se trouvent parmi les réfugiés. Les jeunes réfugiés sont particulièrement
vulnérables à un recrutement comme enfants soldats.
"On constate également un effondrement des conditions économiques et
sociales dans les camps qui affectent les soins de santé, la distribution
alimentaire, les initiatives économiques et les programmes d'enseignement.
Cette désagrégation s'accompagne fréquemment d'un niveau accru de criminalité
qui exige de plus grands efforts pour assurer le maintien de l'ordre
et qui peut susciter une attitude moins accueillante de la part des
populations locales. La nécessité d'assurer des ressources plus importantes
au titre de la sécurité exige également un engagement plus important
de la part du pays hôte et un transfert de ressources qui pourraient
être mieux utilisées dans d'autres secteurs.
"La présence d'armes légères à l'intérieur des camps et les attaques
transfrontalières au moyen de ces armes, comme on a pu le constater
récemment en Afrique occidentale, non seulement menacent la sécurité
à l'intérieur des camps mais elles font obstacle au processus de rapatriement
volontaire en créant un environnement incertain pour les réfugiés qui
essaient de décider s'ils doivent quitter les camps ou y demeurer.
"Par la même occasion, la disponibilité d'armes légères dans le pays
d'origine peut compromettre la réinsertion des réfugiés. L'utilisation
largement répandue de ces armes encourage la délinquance et développe
l'insécurité dans les zones de retour tout en contrariant les efforts
des Nations Unies dans les pays qui ont été témoins de conflits.
"La régionalisation des conflits est aussi le résultat de la prolifération
des armes. Lorsqu'un pays accède à une phase de transition à la suite
de la signature d'un accord de paix, les armes deviennent plus disponibles
et sont vendues aux rebelles voisins ou aux groupes criminels. Ceci
mène fréquemment à un régionalisation de la violence et à de nouveaux
déplacements de population.
"Monsieur le Président, permettez-moi maintenant de vous dire quelques
mots concernant les activités du HCR.
"Une insécurité accrue dans des zones où se trouvent des réfugiés qui
est ensuite attisée par la prolifération et la disponibilité d'armes
légères a obligé le HCR, au cours des dernières années, à entreprendre
un certain nombre de nouvelles activités qui s'attaquent indirectement
au problème que nous discutons aujourd'hui. La plupart de ces activités
étaient impensables il y a dix ans et reflètent la gravité de la situation
à laquelle les agences humanitaires sont aujourd'hui confrontées.
"Dans plusieurs Etats qui accueillent des réfugiés, le HCR assure aux
gouvernements des conseils, une formation et une assistance technique
de manière à renforcer leur capacité à maintenir la primauté du droit
dans les régions habitées par des réfugiés. Ceci ne décharge aucunement
les États de leur responsabilité fondamentale d'assurer la protection
des réfugiés. Au contraire, ces activités les aident à protéger efficacement
les réfugiés qui sont sur leurs territoires.
"La première activité de cette nature a été engagée au Zaïre oriental
en 1995 à l'occasion du déploiement d'un contingent zaïrois dans l'ex-Zaïre
oriental dans le but d'assurer la sécurité des camps de réfugiés lors
de la crise des réfugiés rwandais. Des expériences similaires se sont
par la suite répétées en République-Unie de Tanzanie au moyen d'un soutien
matériel et d'une formation assurés aux services locaux de sécurité
dans les régions où les réfugiés étaient installés. Plus récemment,
en Guinée le HCR aide les réfugiés de la Sierra Leone à s'installer
dans des zones plus sécuritaires à l'intérieur de la Guinée et qui sont
éloignées des frontières internationales.
"La coopération qui s'est instituée entre le Département des opérations
de maintien de la paix et le HCR constitue un fait nouveau à la fois
intéressant et plein de promesses. Il s'agit de répondre à des situations
où des zones d'hébergement des réfugiés sont devenues des zones militarisées
ou encore où la population réfugiée qui est de bonne foi est à risque
de tomber sous le contrôle d'éléments soupçonnés d'avoir commis de sérieuses
violations du droit humanitaire international. Le Département et le
HCR sont convenus de déployer, sous réserve du consentement du pays
hôte, des équipes multidisciplinaires d'évaluation dans des zones de
crise dans le but de clarifier la situation sur le terrain, d'évaluer
les menaces à la sécurité des populations de réfugiés et de considérer
la réponse appropriée et pratique.
"Une initiative encore plus récente a été la décision du HCR de conclure
des accords stand-by d'abord avec un nombre restreint de gouvernements,
en vue de l'affectation d'experts de l'ordre public et de la sécurité
qui seront désignés comme spécialistes de la sécurité humanitaire (SSH).
Ceux-ci seront déployés comme partie intégrante des équipes d'intervention
d'urgence du HCR dès le début d'une crise concernant des réfugiés et
ils travailleront en collaboration avec les institutions de sécurité
publique nationales et internationales intéressées.
"Parallèlement aux activités qui visent au renforcement de la sécurité
des zones où séjournent les réfugiés, le HCR renforce également sa capacité
de réagir face aux menaces à l'égard de son propre personnel et de ses
partenaires. Ces activités comportent un renforcement du personnel,
une formation, un financement additionnel et de nouvelles procédures
portant sur la poursuite d'activités dans des milieux à haut risque.
"Monsieur le Président,
"Les activités que nous venons de décrire ont été incontestablement
utiles pour nous permettre de faire face aux problèmes qui font l'objet
de nos discussions. Toutefois, nous devons reconnaître que de tels efforts
demeureront minimes si les causes des conflits ne sont pas traitées
correctement. Nous reconnaissons que la prolifération et la disponibilité
des armes légères ne constituent pas la cause des conflits, toutefois
leur présence amplifie l'état de violence dans les zones qui abritent
les réfugiés.
"C'est pour cette raison que le HCR considère vos délibérations comme
étant une occasion de traiter ce problème et de trouver les remèdes
que les Etats pourront utiliser pour combattre le commerce illicite
des armes. Le coût humain des flux incontrôlés d'armes légères vers
les collectivités qui abritent les réfugiés dépasse largement ce qui
est acceptable. Nous devons tous ensemble trouver les moyens de protéger
les collectivités vulnérables à travers le monde.
"Nous du HCR sommes convaincus que la Conférence du mois de juillet
sera en mesure de trouver les moyens qui pourront améliorer de façon
importante la sécurité des zones qui abritent des réfugiés à travers
le monde. Ainsi, vos propositions qui figurent au projet de Programme
d'action et qui avancent des mesures propres à contrôler, à marquer
et à relever les armes légères vont dans le sens souhaité. De même,
nous accueillons la réglementation des activités de ceux qui se consacrent
à l'échange d'armes.
"Le HCR est conscient du fait que notre défi va au-delà de la prolifération
des armes mais qu'il touche aux problèmes fondamentaux tels que la pauvreté
et l'absence de développement qui sont en fait les raisons profondes
pour lesquelles des individus ont recours à l'utilisation des armes.
Les deux problèmes devraient être abordés sur un pied d'égalité car,
en fin de compte, c'est à nous qu'il appartient d'introduire des changements
tangibles dans la vie quotidienne des collectivités affectées par la
prolifération des armes légères et c'est à cette aune que notre succès
sera jugé.
"Le HCR demeure prêt à œuvrer à vos côtés dans cette difficile mais
digne entreprise.
"Je vous remercie."
Publié par le Département de l'information des Nations
Unies
DPI/2195 (2) - mai 2001
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