Dossier de presse
Fiche d'information 1
DONNEES GENERALES
Selon les meilleures estimations, plus de 500 millions d'armes
légères sont en circulation dans le monde. Entre 40 % et 60 % de ces
armes sont illicites. Elles ont été l'arme de prédilection dans 46
des 49 grands conflits qui ont eu lieu dans les années 90. Elles ont
causé la mort de 4 millions de personnes, dont 90 % de civils et 80
% de femmes et d'enfants. Des dizaines de millions d'autres personnes
ont perdu leurs moyens d'existence, leurs habitations et leur famille
en raison de l'emploi aveugle et généralisé de ces armes.
La communauté internationale a fini par reconnaître que l'accumulation
excessive et déstabilisatrice de ces armes et leur trafic illicite
constituent une menace à la paix et à la sécurité mondiales. Les armes
légères attisent les conflits et posent des risques graves aux civils
innocents ainsi qu'au personnel humanitaire et aux soldats de la paix.
La communauté internationale doit prendre des mesures concertées pour
mettre fin à ce fléau.
Les Nations Unies et les armes légères
La tenue de la Conférence des Nations Unies sur le commerce illicite
des armes légères sous tous ses aspects au Siège de l'ONU en juillet
sera une occasion unique pour tous les gouvernements du monde de s'engager
à lutter contre le commerce illicite des armes légères.
Cette question occupe une place de choix dans le programme de l'Organisation
des Nations Unies depuis le milieu des années 90 car, à mesure que l'Organisation
mène de plus en plus d'activités de relèvement après les conflits et
d'opérations " vigoureuses " de maintien de la paix, le personnel humanitaire
et les soldats de la paix se rendent comptent que des quantités extraordinaires
d'armes circulent librement entre les combattants, les anciens combattants
et les civils. Il était devenu évident qu'il ne peut y avoir de paix
durable tant que les armes légères ne seraient pas sous contrôle.
Dans deux études approfondies effectuées en 1997 et en 1999 par des
groupes d'experts gouvernementaux, les problèmes ont été identifiés
et des plans d'actions éventuels proposés. L'ONU a également effectué
des études sur les munitions et les explosifs, la traçabilité des armes,
la destruction des armes ainsi que le contrôle de leur fabrication et
le courtage. En outre, de nombreux travaux de recherche réalisés par
des gouvernements, des universitaires et des organisations non gouvernementales
offrent diverses idées pour faire face au problème.
Le Conseil de sécurité s'est également penché sur la question lors
de l'examen des missions de maintien et de consolidation de la paix.
On notera à cet égard la déclaration du Président en date du 24 septembre
1999, dans laquelle le Conseil " reconnaît que le défi constitué par
les armes légères présente de nombreux aspects, qui touchent à la sécurité,
au secteur humanitaire et au développement ". Prenant la parole devant
le Conseil de sécurité en septembre 1999, le Secrétaire général de l'ONU,
Kofi Annan, a indiqué que la nécessité de freiner la prolifération des
armes légères était l'un des principaux défis à relever pour prévenir
les conflits au cours du prochain siècle.
Dans l'avant-propos au deuxième rapport d'experts de 1999, le Secrétaire
général écrivait : " Les armes légères sont largement employées dans
des conflits dont les victimes appartiennent surtout à la population
civile et qui sont marqués par des actes de violence commis en violation
flagrante du droit international humanitaire. Il en est résulté des
millions de morts et de blessés, des déplacements de populations, des
situations de détresse et un climat d'insécurité dans les diverses parties
du monde. Bien que l'accumulation de ces armes ne soit pas en soi la
cause des conflits, le fait qu'il est facile de s'en procurer tend à
exacerber ceux-ci, à en accroître le pouvoir meurtrier et à entraver
les efforts de développement. "
Dans la Déclaration du millénaire du 20 septembre 2000, les Etats Membres
des Nations Unies se sont résolus à prendre des mesures concertées pour
mettre fin au trafic illicite des armes légères, notamment en rendant
plus transparents les transferts d'armes et en appuyant les mesures
régionales de désarmement.
Le vif intérêt suscité par le problème et le nombre croissant de travaux
effectués en vue de trouver des solutions à la crise ont amené l'Assemblée
générale à se prononcer, à la suite d'un vote effectué en décembre 1998,
en faveur de la tenue d'une conférence internationale. Pour l'ambassadeur
Carlos dos Santos, représentant du Mozambique auprès de l'Organisation
des Nations Unies, qui a présidé les trois sessions du Comité préparatoire
de la Conférence, cette réunion sera l'occasion d'ouvrir les yeux de
l'opinion publique en vue de faire prendre conscience de la gravité
du fléau des armes légères.
Pas de solutions simples
Il n'y a pas de définition universellement acceptée des armes légères
et portatives. Une étude effectuée par l'ONU en 1997 a donné une définition
fonctionnelle largement acceptée. Grosso modo, une arme légère est une
arme qui peut être tirée, entretenue et transportée par une personne;
une arme portative est utilisée par une petite équipe et transportée
sur un véhicule léger ou à dos d'animal. Cette définition englobe des
armes aussi omniprésentes que les pistolets, les fusils d'assaut, les
mitrailleuses, les lance-grenades, les mortiers d'un calibre inférieur
à 100 mm et les lance-missiles antichars et antiaériens.
Il n'y a pas de solutions simples pour faire face au fléau que représente
la libre circulation de tant de types différents d'armes dans le monde.
Le titre de la conférence même traduit la complexité du problème. Elle
portera sur le " commerce illicite " des armes légères et ce, " sous
tous ses aspects ". Cette dernière expression sous-entend une gamme
plus large de préoccupations, la façon dont des armes licites sont devenues
illicites n'étant pas la moindre. L'ambassadeur Carlos dos Santos pense
que la Conférence s'efforcera de régler au moins l'aspect illicite de
ce commerce des armes légères et se penchera sur la corrélation éventuelle
entre les transferts licites et le commerce illicite.
Il n'y a pas une méthode unique pour faire face à l'impact des armes
légères et portatives. On ne peut les interdire car, à la différence
des mines antipersonnel ou des armes chimiques, que la communauté internationale
considère largement comme illégales, les Etats ont besoin de ces armes
pour exercer leur droit à la légitime défense. Néanmoins, il est également
évident que les millions d'armes qui circulent dans le monde dépassent
de loin la quantité nécessaire à la défense nationale. L'objectif est
de savoir comment établir un équilibre entre le droit à la défense nationale
et les autres droits, en particulier ceux des civils non armés.
L'issue de la Conférence dépendra des Etats Membres participants. Un
document de travail établi par l'ambassadeur dos Santos a servi de cadre
pour les discussions lors des troisième et dernière sessions du Comité
préparatoire en mars 2001 et sera le point de départ des travaux de
la Conférence. Ce document, un projet de programme, appelle à " renforcer
ou élaborer des normes propres à intensifier les efforts et à assurer
une meilleure coordination en vue de prévenir et de lutter contre le
commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects et à prendre
des mesures convenues à l'échelle internationale pour prévenir et lutter
contre le commerce et la fabrication illicites des armes légères et
pour réduire les accumulations et les transferts excessifs et déstabilisateurs
de ces armes dans le monde ".
La Conférence débouchera probablement sur une déclaration politiquement
contraignante, un programme d'action, qui permettra de poursuivre le
contrôle des armes légères. Deux domaines d'action ont été relevés dans
le projet de plan, à savoir la négociation d'un instrument international
visant à identifier et surveiller les circuits d'approvisionnement d'armes
légères et la négociation d'un instrument international visant à limiter
la production et le commerce des armes légères à des fabricants et à
des courtiers agréés par les Etats.
Initiatives au niveaux national, régional et
mondial
Tout comme toute solution à la crise des armes légères doit prendre
en compte la grande diversité des armes et les nombreux usages qui en
sont faits, légalement ou illégalement, les Etats ont compris dès le
départ qu'il ne peut y avoir de solution universelle. Il faut faire
face à la crise aux niveaux national, régional et mondial. Le projet
de programme d'action, entre autres études, présente les domaines potentiels
où des mesures peuvent être prises.
Au niveau national : Etant
donné que la plupart des armes légères sont au départ des armes licites,
on s'est beaucoup intéressé à la nécessité de contrôler les armes à
la source en mettant en place des lois pour exercer un contrôle effectif
sur la fabrication, le transfert et la possession des armes légères
dans des conditions légales et à sanctionner les contrevenants. Un autre
programme potentiel consisterait à mettre en place un système normalisé
de marquage qui permette de remonter la filière au cas où les armes
sont utilisées ou transférées illégalement. Les armes sans marquage
seraient détruites. Les pays pourraient aussi instituer des contrôles
plus rigoureux des exportations en renforçant l'emploi des certificats
d'utilisation finale pour s'assurer que les armes légères ne sont livrées
qu'aux destinataires légitimes; ces mesures peuvent être complétées
par des systèmes de réglementation des courtiers. On pourrait également
modifier les lois pour faire des violations des embargos de l'ONU sur
les armes une infraction. Un contrôle plus rigoureux de la possession
des armes légères et de l'accès à celles-ci par les organes gouvernementaux
agréés (police, forces armées, etc.) et par les civils contribuerait
également à réduire la circulation illicites des armes. Dans les pays
qui sortent d'une guerre, un désarmement volontaire efficace des combattants
et leur réinsertion dans la société civile permettrait de consolider
la paix.
Au niveau régional
: Les régions, qui ont des intérêts et des préoccupations communes,
peuvent conclure des accords juridiquement contraignants pour prévenir,
combattre et éliminer le commerce illicite des armes légères. Les moratoires
régionaux et sous-régionaux sur le transfert et la fabrication d'armes
légères peuvent être plus efficaces que tout contrôle national et plus
pratique que tout système mondial. Les pays d'une région peuvent créer
des mécanismes communs pour les contrôles aux frontières et à la douane
et harmoniser leurs législations sur ces questions afin de combler les
échappatoires. Une plus grande transparence en matière de transfert
d'armes légères permettrait de renforcer la confiance entre les pays
de la région.
Au niveau mondial
: Nombre des initiatives nationales et régionales pourraient
être étendues à l'ensemble des Etats Membres des Nations Unies. Des
systèmes de marquage et de suivi pourraient être institués à l'échelle
mondiale. La coopération internationale pour l'application des embargos
sur les armes décrétés par l'ONU devrait rendre plus difficile leur
violation. Les programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration
peuvent avoir un plus grand impact si des ressources sont mobilisées
à l'échelle mondiale pour financer un plan de consolidation de la paix
après les conflits. Le Département des affaires de désarmement pourrait
rassembler et diffuser des données fournies par les Etats sur les armes
légères, notamment des rapports nationaux sur l'application du programme
d'action.
Le début des contrôles
C'est grâce à des arrangements régionaux que les progrès les plus significatifs
ont pu être réalisés à ce jour en matière de réglementation des armes
légères. Les pays des différentes régions ont pu se pencher ensemble
sur les caractéristiques de leurs régions respectives et parvenir à
un accord qu'il était plus difficile de conclure à l'échelle mondiale.
L'Organisation des Etats américains (OEA) dispose du seul traité juridiquement
contraignant régissant les armes légères. L'Organisation pour la sécurité
et la coopération en Europe (OSCE), qui compte 54 membres, et l'Organisation
de l'unité africaine (OUA), qui en compte 53, ont défini des directives
politiquement contraignantes concernant les armes légères. En outre,
les organisations sous-régionales s'attaquent au problème dans leur
zone immédiate. Les Etats de l'Afrique de l'Ouest sont dans la dernière
année d'application d'un moratoire de trois ans sur l'importation, l'exportation
et la fabrication d'armes légères. Les Etats membres de la Communauté
de développement de l'Afrique australe (SADC) se sont engagés à renforcer
la législation nationale sur la propriété, l'enregistrement et le courtage
des armes légères. L'Union européenne a défini en 2000 une série de
principes régissant l'exportation d'armes.
En d'autres termes, environ trois quarts des Etats Membres des Nations
Unies ont déjà reconnu la gravité du problème et ont élaboré des cadres
pour y faire face.
En 1997, les Etats membres de l'OEA ont signé la Convention interaméricaine
contre la fabrication et le trafic illicites d'armes à feu, de munitions,
d'explosifs et d'autres matériels connexes. C'est le premier accord
international qui établit des mesures juridiques communes et concrètes
pour lutter contre la circulation internationale des armes à feu. Les
directives de l'OSCE, adoptées en novembre 2000, engagent les Etats
membres à exercer un contrôle plus rigoureux sur les courtiers en armes
opérant sur leurs territoires, à interdire les transferts d'armes légères
sans marquage et à publier les importations et exportations d'armes
légères.
Dans le cadre des préparatifs de la Conférence des Nations Unies, la
réunion ministérielle de l'OUA tenue à Bamako en décembre 2000 a adopté
la Déclaration de Bamako, qui comprend une " position commune africaine
sur la prolifération, la circulation et le trafic illicites d'armes
légères ". Ce document contient des solutions globales portant à la
fois sur le contrôle et la réduction des armes ainsi que sur les aspects
liés à l'offre et à la demande, la coordination et l'harmonisation des
efforts des Etats membres aux niveaux régional, continental et international
et la participation de la société civile.
Aspects humanitaires
Comme l'indiquent clairement les déclarations du Conseil de sécurité,
du Secrétaire général et des Etats Membres, il ne s'agit pas seulement
d'un problème de contrôle des armes mais d'une crise qui touche tous
les aspects de la vie politique et sociale. L'accumulation excessive
d'armes déstabilise les pays et rend le développement plus difficile,
avec comme conséquence une criminalité accrue qui ne laisse pas entrevoir
la distinction entre l'utilisation des armes à des fins criminelles
et leur utilisation à des fins militaires.
Etant donné que les armes légères sont faciles à utiliser et à entretenir,
elles ont rendu plus pratique et plus meurtrier l'emploi d'enfants soldats;
elles sont ainsi devenues plus intéressantes comme option militaire.
Les enfants soldats sont souvent utilisés pour commettre des crimes
contre leur propre communauté, voire leur propre famille, affaiblissant
ainsi le tissu social d'une communauté plus rapidement avec quelques
balles que ne l'auraient réussi les sièges d'antan pendant des mois
ou des années.
A la dernière session du Comité préparatoire en mars 2001, les bureaux
du Secrétariat de l'ONU et des institutions spécialisées, notamment
le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et le Haut Commissariat
pour les réfugiés (HCR), ont fait des déclarations devant les délégations.
L'objectif visé était de montrer comment la prolifération des armes
légères est intimement liée à divers problèmes humanitaires et de développement.
Déclarant que le contrôle des armes légères était une question de droits
de l'homme, un représentant du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR)
a dit qu'en favorisant le respect des droits civils, culturels, économiques,
politiques et sociaux, les Etats peuvent contribuer pour beaucoup à
réduire la demande qui attise le commerce illicite des armes légères.
Un représentant du Programme des Nations Unies pour le développement
a déclaré à la session que " la prolifération des armes, qu'elle entraîne
des conflits ou des germes de conflit, la criminalité ou la violence
en général, entravera la réalisation des objectifs de développement.
Par conséquent, la prolifération des armes légères illicites est notre
affaire. "
* * * *
La Conférence des Nations Unies sur le commerce illicite des armes
légères sous tous ses aspects ne sera ni la première ni la dernière
action entreprise face à cette question, mais elle offrira certainement
la meilleure occasion de porter à la connaissance des populations du
monde entier l'engagement pris par la communauté internationale d'éliminer
ce fléau.
Publié par le Département de l'information des Nations
Unies
DPI/2195 (2) - mai 2001
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