M. Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies

 

"PETITES ARMES, GRANDS PROBLEMES"
(par Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies)

Il y a quatre ans, la Campagne internationale contre les mines terrestres a pris le monde d'assaut et avec une rapidité remarquable et une logique irrésistible, elle a mobilisé le monde contre ces instruments de mort. Les petites armes telles que les revolvers et fusils, les mitrailleuses et les mortiers, les grenades, les canons antichars et les lanceurs de missiles portables sont tout aussi mortelles et se répandent même plus facilement. Elles devraient être le prochain objet urgent de l'attention globale. Ce sera le message principal d'une Conférence des Nations Unies qui s'ouvre aujourd'hui à New York.

Les petites armes sont faciles à acheter : dans certains endroits, il est possible de se procurer un fusil d'assaut AK-47 pour seulement 15 dollars, voir même pour un sac de céréales. Elles sont faciles à utiliser : avec peu de pratique, même un enfant peut en manier une. Elles sont faciles à dissimuler et à transporter. Et comme elles nécessitent peu d'entretien, elles peuvent durer des décennies. Elles causent de grosses pertes : la Banque interaméricaine de développement a estimé que les coûts directs et indirects de la violence engendrée par les petites armes sont de l'ordre de 140 à 170 milliards de dollars pour la seule Amérique latine. La plupart d'entre elles sont mortelles. Selon l'Etude indépendante sur les petites armes 2001, les petites armes sont présentes dans plus de 1 000 morts chaque jour, la vaste majorité des victimes étant des femmes et des enfants.

La Conférence ouverte cette semaine n'a pas pour but d'empiéter sur la souveraineté nationale, de limiter le droit des Etats à se défendre, d'interférer avec leur responsabilité en matière de sécurité ou de subvertir le droit des peuples à l'autodétermination. Elle n'est pas destinée non plus à déposséder de leurs revolvers leurs propriétaires légaux. Ses objectifs sont les marchands d'armes sans scrupules, les fonctionnaires corrompus, les organisations de trafiquants de drogues, les terroristes et ceux qui amènent la mort et la mutilation dans les rues, les écoles et les villes de par le monde.

Pour lutter contre elles, nous avons besoin de lois meilleures et de réglementations plus efficaces. Les Etats ont établi des normes internationales dans les secteurs de la non- prolifération nucléaire et ont banni les armes chimiques et biologiques et les mines terrestres antipersonnel. Il n'y a toutefois pas de cadre similaire de normes et de mesures contraignantes pour éliminer le commerce illicite des petites armes et des armes légères.

Nous avons aussi besoin de l'aide des fabricants qui peuvent faire en sorte que les armes soient plus faciles à suivre en les marquant clairement et en les vendant uniquement par le biais d'intermédiaires répertoriés.

Et nous devons réduire les vastes stocks d'armes existantes. Dans les sociétés émergeant de conflits, les anciens combattants doivent être désarmés, démobilisés et recevoir une assistance dans la recherche d'un emploi. Comme nous le découvrons en Albanie, au El Salvador, au Mozambique, au Panama et ailleurs, il est parfois très efficace d'offrir des incitations non monétaires - telles que des outils et des écoles, des matériaux de construction, des services de santé et des travaux routiers - pour la remise volontaire d'armes. Malheureusement, les Etats qui ont dépensé des milliards de dollars en intervenant pour imposer un cessez-le-feu sont souvent peu disposés à consacrer ne serait-ce même que quelques centaines de dollars à ces tâches moins spectaculaires, qui sont toutefois vitales pour que la paix dure.

Au cours des années récentes, les campagnes contre les mines terrestres, pour la remise de la dette et pour une Cour criminelle internationale ont démontré la capacité extraordinaire des gens ordinaires à s'unir en faveur d'une cause et à changer fondamentalement les politiques des gouvernements. Pour sûr, le commerce illicite des petites armes et des armes légères mérite une attention similaire.


Publié le 10 juillet 2001 dans le "International Herald Tribune"

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