Royaume-Uni

M. Robin Cook, Secrétaire d'État aux affaires étrangères et du Commonwealth du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord (parle en anglais)

Extrait de S/PV.4048

Je voudrais tout d'abord féliciter les Pays-Bas d'avoir pris l'initiative de ce débat. Il est inévitable que le Conseil de sécurité soit souvent préoccupé par des crises urgentes et immédiates. Mais si nous devons nous atteler à notre tâche qui est d'assurer la paix dans le monde, nous devons aussi trouver le temps nécessaire pour nous pencher sur les causes profondes des conflits. Le point de départ de notre discussion aujourd'hui est que l'une des causes principales des conflits est l'abondance des armes légères. L'accès facile aux armes légères fournit les moyens et suscite la tentation de déclencher un conflit en même temps qu'il alimente la tension et la suspicion qui l'entretient.

La menace dramatique que font peser les armes de destruction massive sur l'humanité a été à l'origine d'un vaste effort diplomatique et de l'organisation de grandes conférences internationales dans le but de les contrôler. Et c'est le moment de rendre hommage à ces efforts, si l'on sait que ces armes n'ont jamais été utilisées pendant un demi-siècle et que les armes chimiques ont été rarement utilisées.

Cependant, comme l'a souligné notre collègue français, pendant la même période, c'est le fusil d'assaut qui est devenu l'arme utilisée lors des massacres. Les armes légères ont vu leur utilisation croître rapidement. Au cours de la dernière décennie, les conflits où les parties se battent uniquement avec des armes légères ont coûté la vie a plus de 3 millions de personnes, en grande majorité des civils sans armes. Avec ces pertes humaines énormes, il nous faudrait trouver une autre expression qu'«armes légères». Il n'y a rien de «léger» dans le malheur qu'elles apportent aux familles ou dans le bouleversement qu'elles provoquent dans les sociétés.

Nous devons tous accepter notre responsabilité dans cette situation. la plupart des conflits ont eu lieu dans les pays en développement, mais la plupart des armes à feu sont fabriquées dans le monde industrialisé. Nous avons un problème commun et nous devons coopérer pour trouver la solution.

Je pense qu'il y a trois domaines essentiels dans lesquels nous devons concentrer nos efforts tous ensemble. Nous devons rechercher et détruire toutes les armes à feu qui circulent de façon illégale. Nous devons réglementer et rendre plus transparent le commerce des armes à feu. Nous devons également mettre fin au trafic des armes à feu.

La première de ces tâches est de réduire le nombre des armes à feu dans le monde. Pour donner une idée de l'ampleur du problème, personne dans cette salle ne sait combien d'armes sont aujourd'hui en circulation. J'ai posé la question à mes collaborateurs et ils m'ont donné des estimations allant de 100 millions à 500 millions d'armes à feu en circulation aujourd'hui. Il y a certainement plus d'armes à feu dans le monde que d'ordinateurs personnels. Et l'accès facile veut a ces armes veut tout simplement dire qu'elles sont peu coûteuses. Avec 5 millions de dollars, on peut acheter environ 20 000 fusils d'assaut -- de quoi équiper l'armée d'un pays de taille moyenne.

Nous avons trouvé de nouveaux moyens originaux d'assurer la restitution volontaire de ces armes à feu. Une idée pleine d'imagination a été lancée en Albanie par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Le PNUD construit des routes pour les communautés villageoises, en échange de la restitution volontaire d'armes à feu. Cela a un double avantage : plus de développement et moins d'insécurité. Nous devons veiller aussi à ce que le désarmement et l'amnistie accordée aux personnes en possession illégale d'armes à feu fassent partie des accords de paix. Nous devons mettre fin au recyclage des armes à feu d'un conflit à un autre.

Il ne sert à rien de détruire des armes à feu pour les voir remplacer par d'autres. C'est pourquoi notre seconde tâche consistera à réduire le nombre des armes à feu en circulation dans le monde. Je me félicite vivement des initiatives régionales comme le Moratoire décidé par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Mais les pays qui fabriquent des armes doivent prendre les mêmes responsabilités et prendre des initiatives similaires.

En Europe, nous avons adopté un code de conduite qui exige de tout État membre d'informer ses pairs de toute décision qu'il aurait prise de ne pas vendre des armes à un pays tiers, de crainte que cet État n'utilise ces armes pour violer les droits de l'homme ou pour attiser des foyers de tension. Ce code de conduite exige aussi de nos États qu'ils se concertent avant que l'un d'entre eux ne reprenne le contrat de vente d'armes qui a été refusé par un des États. L'Union européenne a depuis approuvé une action conjointe dans laquelle les États membres ont accepté le principe de ne pas fournir d'équipements militaires à des groupes non contrôlés par des gouvernements légitimes. L'arsenal militaire doit être à l'usage exclusif des gouvernements légitimes.

Si notre deuxième tâche est de réglementer le commerce légal des armes à feu, notre troisième tâche doit consister à mettre un terme au trafic illégal d'armes à feu. Le Royaume-Uni va appuyer fermement l'initiative en faveur de l'adoption d'un protocole sur les armes à feu. Nous devrions explorer les possibilités d'établir une base juridique internationale pour l'identification et le marquage des armes à feu, afin de connaître leur origine, créer une base de données sur celles-ci, pour mieux nous permettre de suivre leurs mouvements. Le trafic des armes à feu est aussi meurtrier que le trafic de drogue et exige une réaction internationale aussi vigoureuse.

Enfin, pour relever ce défi, il faudra une action concertée de toutes les parties intéressées : producteurs, acheteurs, hommes d'affaires, employés de l'administration, gardes-frontière. Pour parvenir à cette coopération, il faut un élément essentiel : envoyer un signal très clair de la communauté internationale indiquant notre détermination à agir et le caractère prioritaire que nous accordons à ce problème. Le débat qui a eu lieu aujourd'hui à ce Conseil est la preuve de l'urgence qu'il y a à envoyer ce message. C'est pourquoi je me félicite de cette initiative de la présidence des Pays-Bas et je lui donne le plein appui du Royaume-Uni.

Position des Etats