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Malaisie
Mr. Syed Hamid Albar , Ministre des affaires étrangères de la Malaisie, (parle en anglais)
Extrait de S/PV.4048Monsieur le Président, je voudrais d'abord vous féliciter d'avoir convoqué cette réunion officielle du Conseil de sécurité sur la question des armes légères, qui constitue une préoccupation importante pour la communauté internationale. Cette réunion est des plus opportunes étant donné la gravité du problème et les situations de conflit que nous connaissons aujourd'hui dans le monde.
Dans de nombreux conflits régionaux et guerres civiles depuis la fin de la guerre froide, les armes légères ont beaucoup contribué à prolonger et intensifier ces conflits. Plus de personnes ont été victimes de ces armes légères que d'autres armes. Il est clair que longtemps après la fin d'un conflit, les stocks d'armes légères continuent de constituer une menace pour l'ordre public. Cela entrave souvent les efforts déployés après un conflit pour édifier une nation. L'utilisation pernicieuse des armes légères a causé de lourdes pertes parmi les civils innocents pris dans le piège des conflits, en particulier les femmes, les enfants et les personnes âgées.
L'accumulation des armes légères -- dont la quantité atteindrait 100 ou peut-être 500 millions -- est tout à fait préoccupante et illustre la gravité de la situation. La prolifération des armes légères aux mains des combattants freine souvent les efforts de rétablissement et de consolidation de la paix. De toute évidence, la circulation illicite des armes légères constitue une grave menace à la paix et à la sécurité internationales. Il appartient donc à la communauté internationale d'agir en vue d'exercer un contrôle accru et une meilleure gestion de ce problème fort complexe.
Ce dont nous avons besoin d'urgence, c'est d'une démarche pratique pour traiter cette question aux niveaux national, régional et international. La Malaisie estime qu'au vu de la prolifération des armes légères, il convient d'examiner le problème d'un point de vue global, en considérant le contrôle des armes et le désarmement, la consolidation de la paix après les conflits, la prévention des conflits et le développement socioéconomique. Dans les situations de conflit, le problème devrait être considéré dans son ensemble dans le contexte du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion des anciens combattants -- sujet que le Conseil de sécurité a examiné en juillet dernier.
Nous estimons que l'Organisation des Nations Unies, en particulier le Conseil de sécurité, devrait et pourrait jouer un rôle crucial pour endiguer la prolifération des armes légères. L'ONU devrait continuer d'être une instance centrale se prêtant à mieux sensibiliser l'opinion et à faire comprendre les effets directs et indirects de l'emploi des armes légères. Elle doit continuer d'être un centre d'information pour faciliter l'échange d'expériences nationales et en tirer les leçons, et pour parvenir aux arrangements et accords les mieux adaptés aux situations spécifiques des États Membres. À cet égard, la Malaisie se félicite de la décision prise par le Secrétaire général de mettre en oeuvre un mécanisme de coordination de l'action concernant les armes légères. J'ai la certitude que cette initiative jouira du plein appui de la communauté internationale et du Conseil.
La Malaisie félicite le Secrétaire général de son rapport sur les armes légères, qui constitue une contribution importante à notre compréhension du problème. Les nombreuses recommandations qui y figurent sont novatrices et ambitieuses et méritent un examen minutieux. Nous estimons qu'un certain nombre de recommandations pourraient être assez facilement mises en oeuvre, et que d'autres appelleraient un examen plus approfondi. Nous sommes reconnaissants au Groupe d'experts gouvernementaux qui a proposé diverses idées, lesquelles ont été intégrées au rapport du Secrétaire général.
Il y a plusieurs autres initiatives en cours, prises par plusieurs parties, tendant à mettre au point des options viables et pratiques. Nous sommes heureux de noter que plusieurs organisations régionales ont pris l'initiative de contrôler l'accumulation excessive et l'utilisation incontrôlée des armes légères. Ainsi, l'Organisation des États américains (OEA) a apporté une contribution importante à ce processus en adoptant la Convention interaméricaine contre la fabrication illicite et le trafic d'armes à feu, munitions, explosifs et autres matériels connexes. Ces mesures prévoient également le renforcement des contrôles frontaliers, le marquage des armes à feu et l'échange d'informations sur les producteurs, marchands, importateurs et exportateurs d'armes. L'appui de la communauté internationale est tout aussi important s'agissant d'assurer le succès d'une autre initiative régionale prise par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) sur un moratoire relatif aux ventes d'armes légères. La mise au point d'un Code de conduite de l'Union européenne sur les exportations d'armes constitue un autre fait positif. Ces approches régionales louables ont tracé la voie à une coordination et à une coopération accrues entre les États Membres, et devraient être imitées par d'autres régions, surtout dans les zones où des conflits sont en cours.
Au sein de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE), nous avons aussi commencé à examiner sérieusement la question des armes légères, notamment dans le contexte du Forum régional de l'ANASE.
Outre les arrangements gouvernementaux et intergouvernementaux, les organisations non gouvernementales et d'autres acteurs de la société internationale ont également un rôle important à jouer. Il est encourageant de noter que grâce à leur participation accrue, des ressources supplémentaires peuvent être mobilisées pour faire face à ce problème. Plusieurs domaines d'action ont été identifiés par les organisations non gouvernementales -- la lutte contre le trafic illicite des armes légères, un contrôle plus strict des transferts licites d'armes et la nécessité urgente de limiter les armes légères dans les sociétés ravagées par la guerre -- pour permettre à leurs gouvernements de prendre les mesures nécessaires. Les efforts des acteurs non gouvernementaux sont en effet très importants.
La Malaisie appuie toute initiative que prendraient l'Organisation des Nations Unies, les différents pays et les ONG pour faire face à ce problème. Il s'agit maintenant de cerner ce problème très complexe -- aux dimensions politiques, juridiques, techniques, économiques et sociales -- et d'élaborer des méthodes et des stratégies adéquates et efficaces afin de trouver les meilleurs moyens d'y remédier. Il y a lieu de souligner dans toute discussion sur cette question que plus d'une centaine d'États Membres de l'ONU ne fabriquent par ces armes et qu'ils doivent les importer pour répondre à leurs préoccupations légitimes. Il est de plus en plus manifeste que les mouvements d'armes légères à destination des pays en développement notamment, sont non seulement motivés par la demande, mais également par l'offre.
La Malaisie souscrit pleinement à la tenue d'une conférence internationale sur le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects. Nous estimons qu'une telle conférence offrirait la possibilité de procéder à une analyse approfondie de tous les aspects du commerce illicite des armes qui est par ailleurs fort lucratif. Pour assurer le succès d'une telle conférence, il convient bien sûr d'entreprendre les préparatifs nécessaires, en considérant tout particulièrement la question de la portée d'une telle conférence. Cette conférence devrait être ciblée et orientée vers l'action, et elle devrait en outre tirer parti de l'expérience acquise dans les régions qui se sont attaquées à ce problème. La Malaisie estime que dans la mesure où le problème du trafic illicite des armes touche un grand nombre de pays en développement, il serait approprié que la conférence soit présidée par un de ces pays uniquement.
Tout en appuyant les efforts qui sont menés au plan mondial pour remédier au problème des armes légères, nous espérons que cela ne devrait en aucun cas détourner l'attention de la communauté internationale de la question essentielle du désarmement nucléaire qui est loin d'être réglée et qui demeure la plus grave menace à la vie sur notre planète. Quoi qu'il en soit, je tiens néanmoins à souligner qu'il y a lieu de porter une attention égale à la question du désarmement nucléaire alors même que nous abordons le problème des armes légères.