Gambie

M. Momodou Lamin Sadat Jobe, Secrétaire d'État aux affaires étrangères de la Gambie

Extrait de S/PV.4048

Qu'il me soit permis, d'emblée, d'exprimer toute la reconnaissance de ma délégation à celle des Pays-Bas qui a organisé ce débat important sur les armes légères. La tenue du débat pendant la présidence des Pays-Bas au Conseil montre bien l'importance que le gouvernement de ce royaume accorde à cette question. Nous vous félicitons d'avoir convoqué cette séance.

La grande disponibilité des armes légères est une vive source de préoccupation pour ma délégation. Les armes de petit calibre et les armes légères ont des effets déstabilisateurs considérables sur les sociétés. Sur le continent africain qui connaît aujourd'hui une multitude de conflits, la disponibilité d'armes de petit calibre et d'armes légères ne fait qu'aggraver et exacerber ces conflits. Dans des sociétés qui font face à des problèmes sociaux, où sévissent la pauvreté et la délinquance, la présence d'armes légères contribue aux problèmes par l'incidence négative qu'elles ont sur le plan psychologique et physique ainsi que par leurs conséquences sociales.

Le problème des armes légères et des armes de petit calibre représente un défi considérable qui se pose à tous les niveaux de la société et qui va au-delà des conflits entre États ou à l'intérieur des États, mais englobe également le banditisme et la délinquance. Les sociétés qui ont connu des conflits ou qui sortent de conflits connaissent des difficultés beaucoup plus considérables, en raison de la présence des armes légères.

Nous croyons que la guerre froide est bien finie. La fourniture d'armes comme un instrument de gestion des conflits n'est plus acceptable. Ma délégation reconnaît le lien étroit qui existe entre la prolifération d'armes légères et la paix et la sécurité internationales. Nous reconnaissons également la relation qui existe entre la paix et la sécurité internationales et le développement durable. En Afrique, nous avons besoin de développement durable. Nous avons donc besoin de paix et de sécurité et par conséquent, nous devons endiguer le flot des millions d'armes légères qui inondent notre continent.

Le défi posé par la prolifération d'armes légères ne peut être relevé que par l'action des seuls gouvernements, à plus forte raison celle des régions en conflit. Le problème de la prolifération dépasse le niveau de compétence national ou régional et nécessite une coopération aux niveaux international et mondial.

Cela ne veut pas dire que sur le plan local, on ne doive rien faire. Bien sûr, il faut faire quelque chose. Nous pensons que des efforts sur le plan local sont fondamentaux pour résoudre ce problème. Ces efforts peuvent se faire en lançant des programmes de rachat, de collecte, d'élimination des armes, de désarmement complet, de démobilisation et de réinsertion des ex-combattants dans les sociétés qui sortent d'un conflit. Récemment, une cérémonie de ce genre s'est tenue au Libéria, au cours de laquelle plus de 20 000 armes de petit calibre ont été brûlées publiquement. J'espère que cette expérience se poursuivra ailleurs et en plus qu'elle sera suivie par des observateurs pour que les résultats soient définitifs.

À cause de l'ampleur du problème, un -- ou des processus -- internationaux sont nécessaires pour renforcer les processus locaux, nationaux ou régionaux. Il faut donc des normes internationales pour faire face au problème. En Afrique de l'Ouest, nous sommes conscients du problème posé à notre sous-région par la prolifération des armes de petit calibre. Nous avons adopté lors de la conférence des chefs d'État et de gouvernement des pays membres de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), qui s'est tenue à Abuja, le 30 octobre 1998, un moratoire sur la production et la vente d'armes légères.

Depuis la fin de la guerre froide, des progrès remarquables ont été réalisés dans la mise au point d'un cadre mondial d'ensemble de mesures à prendre contre la prolifération des armes légères. Je voudrais en mentionner quelques-unes.

Au niveau de l'Organisation des Nations Unies, l'Assemblée générale a adopté des résolutions qui insistent sur les effets déstabilisateurs potentiels de l'accumulation et du transfert des armes, de leurs incidences éventuelles sur le développement socioéconomique et de leur trafic illicite. Le «Supplément à l'Agenda pour la paix» défend également la question du microdésarmement. Le Groupe d'experts gouvernementaux des Nations Unies sur les armes légères a apporté une contribution très importante aux efforts de l'Assemblée générale.

Il convient également de souligner le fait qu'un certain nombre d'instances des Nations Unies et d'autres organismes mondiaux ont mis au point des programmes pour faire face à ce problème. Le Conseil économique et social (ECOSOC) -- par le biais de la Commission pour la prévention du crime et la justice pénale --, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la Banque mondiale et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) s'occupent de cette question d'une manière ou d'une autre.

Au niveau régional, le Moratoire de la CEDEAO est un bon exemple. D'autres organisations régionales telles que l'Union européenne -- avec son Programme de prévention du trafic illicite des armes classiques et de lutte contre ce trafic et avec le Code de conduite de l'Union européenne concernant les exportations d'armes -- et l'Organisation des États américains -- avec la Convention interaméricaine contre la fabrication illicite et le trafic d'armes à feu, munitions, explosifs et autres matériels connexes -- trouvent des moyens de traiter ce problème.

Ma délégation se félicite de ces initiatives. Nous pensons qu'il convient d'encourager tout effort international conçu pour aborder le double problème des transferts illicites et de l'accumulation excessive. Toutefois, une approche cohérente et coordonnée est nécessaire, et nous nous félicitons de l'initiative du Secrétaire général concernant des mesures coordonnées sur les armes légères, initiative conçue pour répondre de façon cohérente et coordonnée à la question des armes légères dans le cadre du système des Nations Unies.

Nous nous félicitons de la priorité élevée accordée au rôle de l'ONU pour encourager une meilleure compréhension des effets directs et indirects de la prolifération des armes légères. Nous espérons qu'en fin de compte, un consensus international verra le jour pour que des mesures soient prises au plan mondial.

Pour s'attaquer efficacement au problème de la prolifération des armes légères, il est indispensable de prendre des mesures tendant à favoriser les conditions sociales, économiques et politiques qui assurent la sécurité des individus et de sociétés. Celles-ci doivent s'accompagner de politiques clairement définies conçues pour améliorer la réglementation nationale, les contrôles de la production et du transfert, des mesures de lutte contre le commerce illicite et d'autres concernant la récupération des armes dans des situations d'après conflit.

Dans ce contexte, le Conseil de sécurité a un rôle particulier à jouer dans les situations de conflit et d'après conflit. En de telles situations, le Conseil pourrait aborder la question de la prolifération dans ses interventions. Et les embargos sur les armes pourraient jouer un rôle essentiel s'agissant de réduire la prolifération. Toutefois, un grand nombre de ces embargos, imposés par le Conseil de sécurité, sont plus souvent violés que respectés. Le Conseil devrait déployer des efforts constructifs pour garantir l'efficacité de ces embargos. L'initiative du Canada pour rendre plus efficaces les sanctions contre l'UNITA est donc tout à fait louable et devrait servir d'exemple.

On pourrait dire à juste titre que tous les États ont le droit et la responsabilité d'acquérir des armes pour les nécessités de leur défense. Dans le cas de l'Afrique, je me hâte d'appuyer le point de vue du Secrétaire général, présenté dans son rapport sur l'Afrique, selon lequel nos intérêts impératifs en matière de développement exigent de ne consacrer à des fins militaires que le strict minimum de nos ressources. Les États africains peuvent aider à diminuer leurs dépenses militaires élevées en prenant des mesures de transparence et de confiance dans les domaines militaire et sécuritaire. Nous appuyons donc la proposition adressée aux États africains de participer au Registre des armes classiques des Nations Unies et nous nous félicitons également de la recommandation visant à instituer de tels registres au niveau régional.

Nous devons toutefois dire que la responsabilité, en ce qui concerne l'Afrique, est double. Si les États africains doivent d'abord mettre de l'ordre dans leurs priorités, les fabricants d'armes doivent aussi faire preuve de retenue dans la fourniture d'armes aux États africains, surtout dans les régions de conflit.

Pour terminer, s'il y a lieu de féliciter le Conseil de sécurité de ses efforts pour ajouter sa voix aux tentatives visant à mettre fin à l'accumulation excessive et au trafic des armes légères, nous voudrions dire que les causes sociologiques, économiques et politiques sous-jacentes des conflits doivent également être prises en compte afin de créer une situation stable et de réduire ainsi la nécessité de recourir aux armes, et donc de déclencher des conflits.

Dans ce contexte, nous nous félicitons de l'élan imprimé par le rapport du Secrétaire général sur les causes des conflits et sur la promotion d'une paix et d'un développement durables en Afrique. Nous espérons que cet élan ne sera pas amorti et que les recommandations figurant dans le rapport seront suivies d'effet. Nous estimons que c'est dans cet esprit de solidarité que vous, Monsieur le Président, avez décidé de mettre en relief cette question quand votre pays préside le Conseil et en ce moment historique où se tient la dernière session du millénaire. L'histoire jugera favorablement l'utilité de l'initiative que votre pays, les Pays-Bas, a prise, alors que vous avez toujours travaillé dans ce domaine, au cours des dernières décennies, à créer un asile pour l'humanité, victime de cruautés et de souffrances inventées par l'homme lui-même contre la race humaine.

Position des Etats