Gabon

M. Jean Ping, Ministre des affaires étrangères pour la coopération et la francophonie du Gabon

Extrait de S/PV.4048

Monsieur le Président, comme les orateurs qui m'ont précédé, je salue l'heureuse initiative de votre délégation d'inscrire à l'ordre du jour du Conseil la question qui nous réunit ici aujourd'hui : le problème que pose la circulation massive et illicite des armes légères et de petit calibre. Soyez-en remercié.

Le trafic illicite des armes légères et de petit calibre constitue aujourd'hui une réelle menace pour la paix et la sécurité internationales. C'est à juste titre que le Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies interpelle la conscience de la communauté internationale sur ce phénomène et sur les dangers qu'il pose à la stabilité des pays en développement, en particulier ceux d'Afrique.

Les informations que nous recevons de l'Organisation des Nations Unies et des autres organisations intergouvernementales et non gouvernementales indiquent que ce type d'armes est le plus utilisé dans les nombreux conflits que connaissent diverses parties du monde en ce moment.

Le recours à l'usage des armes paraît être motivé par leur maniement facile, leur coût peu élevé. De plus, elles sont facilement dissimulables et peuvent donc échapper à la vigilance des services des douanes et de sécurité chargés du contrôle de nos différentes frontières.

Quand on imagine le nombre incalculable de victimes qu'elles causent parmi les populations civiles, entre autres les femmes, les enfants et les personnes âgées, il est urgent d'adopter ou de renforcer, aux niveaux national, régional et international, les mesures permettant de réglementer la prolifération des armes légères et de petit calibre.

Il est clair que sans une coopération étroite entre les pays qui fabriquent ces armes et les pays qui les achètent ou les consomment, tous les efforts que nos gouvernements respectifs et l'ONU déploient pour endiguer le trafic et le commerce illicite de cette catégorie d'armes ne produiront pas les résultats escomptés.

Les gouvernements de la plupart des régions africaines ont pris des mesures pour combattre les mouvements illicites des armes de toutes catégories. Ils ont, à l'instar de l'ONU, créé au niveau sous-régional un registre pour rendre transparent l'armement dont ils disposent pour les besoins de légitime défense, conformément à la Charte des Nations Unies. D'autres, comme les États membres de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), ont adopté des moratoires sur les armes légères et de petit calibre.

Comme on peut le constater, l'Afrique est déterminée à apporter sa contribution à la lutte contre les trafiquants illicites des armes légères et de petit calibre. Elle attend que le reste de la communauté internationale fasse preuve de la même détermination.

Pour sa part, le Conseil de sécurité doit veiller à la pleine application de sa résolution 1209 (1998) du 19 novembre 1998 qui «demande notamment aux États Membres ayant les compétences voulues de coopérer avec les États africains en vue de renforcer leur capacité à combattre les mouvements illicites d'armes, y compris en identifiant et en interdisant les transferts illicites d'armes; prie le Secrétaire général d'envisager les moyens concrets de collaborer avec les États africains à la mise en oeuvre de programmes nationaux, régionaux ou sous-régionaux concernant la collecte, la neutralisation et la destruction volontaires d'armes, y compris la possibilité de créer un fonds afin d'appuyer ces programmes; encourage le Secrétaire général à promouvoir la coopération entre les États Membres, l'Organisation des Nations Unies, les organisations régionales et sous-régionales et les autres organisations pertinentes en vue de rassembler, d'examiner et d'échanger les informations sur la lutte contre les mouvements illicites d'armes, en particulier d'armes légères et de petit calibre, et de diffuser, s'il y a lieu, les informations sur la nature et la portée générale du commerce international illicite d'armes à destination et à l'intérieur de l'Afrique.»

Je voudrais me joindre aux délégations qui ont toujours suggéré que soient incluses dans les mandats des missions des Nations Unies chargées des opérations de maintien ou de rétablissement de la paix, des dispositions précises concernant non seulement le désarmement des ex-combattants, la collecte et la destruction de leurs armes, mais aussi la surveillance du trafic illicite des armes.

Avant de terminer, je lance un appel à tous les États Membres de notre organisation mondiale pour qu'ils prennent massivement part aux travaux préparatoires et à la conférence que l'Assemblée générale des Nations Unies a décidé de convoquer au plus tard en l'an 2001 pour examiner tous les aspects du commerce illicite des armes.

Position des Etats