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Brésil
M. Lampreia, Ministre brésilien des affaires étrangères (parle en anglais)
Extrait de S/PV.4048Je voudrais vous remercier, Monsieur le Président, de l'initiative que vous avez prise de convoquer cette séance sur la question des armes légères. Comme le Secrétaire général l'a dit au paragraphe 44 de son rapport sur l'activité de l'Organisation (A/54/1),
«Les armes légères ne sont pas la cause des guerres, mais elles peuvent considérablement accroître le nombre des victimes et la durée des hostilités.»
En outre, comme je l'ai déjà indiqué devant l'Assemblée générale, «les stocks et le commerce grandissants des armes légères sont étroitement liés au crime organisé et au trafic des drogues». (A/54/PV.4)
Tout en proposant des mesures pour traiter cette question fort complexe, nous devons garder à l'esprit les besoins légitimes des États en matière de sécurité et de défense, tels que prévu à l'Article 51 de la Charte des Nations Unies. En raison de ses dimensions multiples -- aspect humanitaire, criminalité, désarmement et sécurité --, cette question exige une démarche intégrée d'ensemble. Sa complexité ne devrait toutefois pas nous décourager. Le Brésil a participé activement aux débats sur les armes légères menées dans des instances mondiales et régionales. Nous espérons que ce débat public permettra d'enrichir les débats de l'Assemblée générale en la matière. Le Brésil a également pris toutes les mesures nécessaires pour garantir le plein respect de tous les embargos sur les armes imposés en vertu de résolutions du Conseil de sécurité.
Comment avancer vers la solution de cette question au niveau international? Le Brésil est convaincu que l'Organisation des Nations Unies joue un rôle de chef de file essentiel dans ce processus. Nous avons activement participé aux travaux du Groupe d'experts gouvernementaux sur les armes légères, créé par le Secrétaire général. Nous considérons ce groupe comme un centre modèle d'échange des diverses perceptions relativement à cette question complexe. Le Groupe a, par exemple, pris note du fait qu'il n'y a pas de définition internationalement acceptée de ce qu'est une approche proportionnelle et intégrée de la sécurité et du développement.
Je réaffirme que le Brésil attend avec intérêt que l'Assemblée générale décide de convoquer en 2001 une conférence internationale sur le commerce illicite des armes sous tous ses aspects. Cette conférence fournira, à notre avis, le cadre idéal pour l'examen des mesures visant à garantir la mise en oeuvre effective, généralement acceptée et continue des recommandations du Groupe d'experts gouvernementaux des Nations Unies.
À la Commission des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale, le Brésil et le Canada ont proposé ensemble de négocier un protocole sur la fabrication illicite et le trafic d'armes à feu, munitions et autres matériels connexes à la convention sur le crime organisé transnational qui verra bientôt le jour. Ces négociations sont déjà bien avancées.
Avec la Norvège, le Brésil a animé le débat sur la question du marquage des armes légères, qui est d'une importance vitale pour établir leur origine. En outre, il est essentiel que les initiatives au plan mondial soient accompagnées d'initiatives régionales. La Convention interaméricaine contre la fabrication illicite et le trafic d'armes à feu, munitions, explosifs et autres matériels connexes, dont le Brésil a été l'un des initiateurs, pourrait se révéler une expérience utile à prendre en considération par d'autres régions.
Région exempte de conflits internationaux, l'Amérique du Sud se félicite traditionnellement du faible niveau de ses dépenses militaires. Pour nous, la question des armes légères se pose principalement en liaison avec les agissements criminels. Dans d'autres régions, par contre, la question de la lutte contre la prolifération des armes légères est une préoccupation directement liée à la consolidation de la paix après les conflits, telle que reconnue dans les directives récemment adoptées par la Commission du désarmement des Nations Unies. À l'évidence, l'importance donnée à cette question varie de région en région et il faut répondre à ces diverses préoccupations. Ce n'est donc qu'en faisant soigneusement la synthèse de ces perspectives régionales différentes, quoique complémentaires, que l'on dégagera une vision d'ensemble et communément acceptable à la conférence de l'an 2001.
Il est bon que la société civile et l'opinion publique se soient ralliées, au niveau international, aux réalisations des gouvernements dans ce domaine. Les organisations non gouvernementales ont joué un rôle crucial en nous mettant en garde contre le fait que la diffusion des armes légères n'était pas exclusivement tributaire de la demande mais -- et cela est un effet pervers -- qu'elle était également alimentée par l'offre. Nous souscrivons à cette analyse.
Nous estimons que le Conseil de sécurité peut jouer un rôle important dans ce domaine, en coopération avec les autres instances. Tout d'abord, parce que dans nos activités quotidiennes portant sur les situations de conflit, nous sommes confrontés, plus que tout autre organe du système des Nations Unies, aux conséquences tragiques de la prolifération effrénée des armes légères. Deuxièmement, parce que le renforcement de l'embargo sur le commerce d'armes, tel que recommandé par le Groupe d'experts, aurait un effet tangible sur la diminution des conséquences des flux d'armes.
La déclaration présidentielle, que nous allons bientôt entendre, est l'expression claire et objective de la responsabilité que nous avons d'appuyer politiquement les aspirations louables de l'opinion publique internationale. Cela représente un aspect supplémentaire des efforts déployés par la communauté internationale en vue de mettre fin à la prolifération déstabilisatrice des armes légères. La déclaration présidentielle devrait donc être considérée comme une manifestation de la volonté du Conseil de sécurité de s'associer à d'autres instances multilatérales pour faire face à cette question pressante.