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Écologie et économie devraient aller de pair. Après tout, ces deux mots partagent une même racine grecque, « éco », qui désigne la maison, et tant les écologistes que les économistes prétendent avoir pour but ultime le bien-être de l’humanité. Or cela n’empêche pas qu’ils se retrouvent souvent dans des camps opposés. Pour les économistes, le monde semble aller de mieux en mieux. Pour de nombreux écologistes, il semble aller de mal en pis. Ces écologistes ont réuni en une sorte de sainte trinité trois grandes peurs pour l’environnement : l’épuisement des richesses naturelles; l’accroissement sans fin de la population de la planète et la pénurie alimentaire qui s’ensuivrait; et la pollution croissante de l’air et de l’eau. Les activités humaines font violence à la Terre, dans un processus qui risque d’être suicidaire pour l’humanité. Le problème, c’est que cette trinité est démentie par les données dont nous disposons. La première génération du mouvement écologiste craignait que les ressources minérales dont dépend l’industrie ne s’épuisent. Certes, il y a une limite au volume de combustibles fossiles et de minerais métalliques que l’on pourra extraire de la Terre. La masse de la planète, après tout, n’est pas infinie. Mais cette limite est beaucoup plus lointaine que beaucoup d’écologistes ne voudraient le faire croire. Les réserves de richesses naturelles doivent être prospectées, et leur prospection coûte cher. C’est cela, et non leur rareté, qui constitue la principale limite à leur extraction. Cela dit, les réserves connues de tous les combustibles fossiles et de la plupart des principaux métaux du marché sont aujourd’hui plus importantes qu’on ne le croyait. Dans le cas du pétrole, par exemple, les réserves susceptibles d’être exploitées à un coût raisonnablement concurrentiel sont suffisantes pour alimenter l’économie mondiale pendant environ 150 ans aux taux de consommation actuels. Si vous ajoutez à cela que le prix de l’énergie solaire a diminué de moitié tous les dix ans depuis les trente dernières années et semble devoir maintenir ce rythme dans l’avenir, les pénuries d’énergie ne vous paraîtront plus présenter une menace sérieuse ni pour l’économie ni pour l’environnement. L’explosion démographique se révèle elle aussi un épouvantail. Dès la fin du XVIIIe siècle, Thomas Malthus prétendait que si l’on n’y mettait pas un frein, la population humaine connaîtrait une croissance exponentielle, alors que la production alimentaire ne pouvait croître que de façon linéaire par la mise en culture de nouvelles terres. Il se trompait. Il est apparu en effet que la croissance démographique a un frein interne : lorsque le niveau de vie et la santé générale d’une population s’améliorent, les familles deviennent moins nombreuses. En fait, le taux de croissance de la population de la planète a atteint son sommet – plus de 2% par an – au début des années 1960. Il a constamment baissé depuis. Il est aujourd’hui de 1,26% et devrait descendre à 0,46% en 2050. Les Nations Unies prévoient que la croissance démographique mondiale atteindra pour l’essentiel son terme en 2100 et que la population se stabilisera à un peu moins de 11 milliards de personnes. S’agissant de la menace que représente la pollution, elle est réelle, certes, mais on l’exagère. De nombreuses études ont fait apparaître que la pollution atmosphérique diminue lorsqu’une société devient suffisamment riche pour se préoccuper de l’environnement. À Londres – qui est la ville pour laquelle on dispose des données les plus sûres --, la pollution atmosphérique a atteint son maximum en 1890. L’air y est aujourd’hui moins pollué qu’il ne l’a été depuis 1585. Il existe de bonnes raisons de croire que cela vaut pour l’ensemble des pays développés. Et même si la pollution atmosphérique augmente dans de nombreux pays en développement, ces pays ne font que reproduire le développement par lequel sont déjà passés les pays industrialisés. Lorsqu’ils seront devenus suffisamment riches, ils commenceront eux aussi à réduire leur pollution atmosphérique. Tout cela va à l’encontre de notre trinité. Pourtant, les sondages d’opinion montrent que beaucoup de gens, au moins dans les pays riches, sont convaincus que les normes environnementales se dégradent. Les crédits pour la recherche sont attribués principalement aux secteurs les plus problématiques. C’est peut-être de bonne politique, mais cette politique crée l’impression qu’il y a beaucoup plus de problèmes potentiels qu’il n’y en a effectivement. L’attitude des médias est elle aussi un facteur de distorsion. Le public est manifestement plus avide de mauvaises nouvelles que de bonnes nouvelles, et les journaux, la radio et la télévision sont là pour répondre à cette demande. Mais cela risque d’entraîner des distorsions importantes dans la perception que le public a de la situation. Si l’on veut que l’humanité prenne les meilleures décisions possibles pour l’avenir, il faudra absolument remplacer la trinité par les faits.