Ban Ki-moon Ne restez pas silencieux. Lorsque vous êtes témoin de violence à l'égard de femme ou de fille, ne restez pas sans rien faire, agissez."
Ban Ki-moon, Secrétaire général
Charlize Theron, Messagère de la paix des Nations Unies
Je pense que nous vivons à une époque où les gens veulent agir ensemble et apporter du changement. Ils ne veulent plus vivre comme ça.

Mme Charlize Theron, Messagère de la paix des Nations Unies

La campagne dans le monde

Une promesse est une promesse

Une promesse est une promesse Crédit photo : ONU Femmes/Eric Gourlan

La 57e session de la Commission de la condition de la femme (CSW) se tient à New York du 4 au 15 mars 2013. Au cours de ces deux semaines de discussions, les gouvernements se concentreront sur la prévention et l'élimination de la violence envers les femmes et les filles. On attend beaucoup de cette session, et à juste titre. Les raisons tiennent à la conviction que les droits de l'homme sont l'affaire de toutes et de tous, et à la vision partagée d'un monde exempt de violence envers les femmes et les filles. Les attentes sont guidées par les promesses collectives et par la voix des victimes et des rescapées.

Ce sont bien les promesses faites sur la scène internationale qui donneront une structure et un cadre spécifique à toutes les discussions de la CSW. Mais ce sont les voix des victimes et des rescapées du monde entier, les espoirs de femmes et de filles bien réelles que cachent les statistiques et les chiffres, qui viendront rappeler qu’il faut orienter les discussions au-delà de l'encre et du papier, en vue d'un changement concret.

Au cours de mon travail en tant qu’experte des droits de la personne, j’ai le grand privilège de rencontrer des personnes dont la vie, le travail ou les connaissances guident d’une manière ou d’une autre mes efforts pour mettre fin à la violence envers les femmes et les filles. Ce sont ces gens-là qui m’apprennent des choses, qui me motivent à aller de l’avant, à faire un pas supplémentaire ou à « repousser les limites ». Il y a parmi eux deux femmes extraordinaires qui m’inspireront sans aucun doute à l’avenir, Enisa de Bosnie et Lingya Chea du Cambodge.

J’ai eu l’honneur de rencontrer Enisa alors qu’elle prenait la parole lors d’un événement organisé dans le cadre de la campagne Tous UNiS au cours de la 55e session de la Commission de la condition de la femme, en 2011. Elle y avait été invitée pour raconter son histoire. Au cours de la guerre en Bosnie, Enisa a été emmenée dans un « camp de viol » où elle a été détenue pendant plusieurs mois, et où elle a été violée de nombreuses fois par des soldats. Voulant faire connaître son histoire, Enisa a par la suite participé à un documentaire produit par les Nations Unies intitulé Healing The Wounds Of War EN (Panser les plaies occasionnées par la guerre), et elle a eu le courage de revenir là où elle avait été détenue. Cette expérience était chargée d’émotions et, comme elle le dit elle-même, elle l’a fait pour « toutes les femmes qui ont souffert comme elle mais qui n’ont pas pu s’exprimer ».

J’ai rencontré Lingya Chea, une résidente et dirigeante de 19 ans du centre Somaly House de l’AFESIP EN dans la province de Kampong Cham, au Cambodge, lors du Forum mondial des jeunes de la campagne Tous UNiS, l’année dernière. Elle est l’une des 40 jeunes, hommes et femmes confondus, qui sont venus des quatre coins du monde pour nous faire part de leurs connaissances, de leur expérience, de leurs réussites et des défis qu’ils ont dû relever au cours de leurs activités visant à mettre fin à la violence envers les femmes et les filles. L’histoire de Lingya Chea, son courage et sa détermination à bâtir un avenir plus sûr pour les jeunes femmes au Cambodge nous ont tous touchés.

« Mon père avait la passion du jeu, et j’ignorais de quoi ces deux hommes parlaient avec lui. Mon père m’a dit vouloir que je travaille en Thaïlande avec eux. Je ne pouvais refuser. Il m’a dit de faire ce qu’on me demanderait. Je ne savais que faire, si ce n’était les suivre. Je n’avais pas le choix, et je partis donc en Thaïlande avec ces deux hommes. Mais lorsque je fus amenée à la frontière thaïlandaise, je n’eus pas l’emploi qui m’avait été promis. Je fus vendue à une maison close, alors que j’avais à peine dix ans. »

La violence envers les femmes et les filles n’est pas une chose abstraite, elle est personnelle et intime. Que ce soit en temps de paix ou en temps de guerre, les femmes et les filles y sont sujettes tout simplement parce qu’elles sont des femmes et des filles. Elles sont tous les jours battues, violées, agressées et assassinées. Les histoires d’Enisa et de Lingya Chea sont leurs histoires à toutes, les histoires de millions de femmes et de filles, victimes d’une violence brutale, masquée, généralisée, qui se rencontre sous de nombreux aspects et de nombreuses formes différentes.

Alors, oui, en effet, nous avons beaucoup d’espoir.

Aldijana Sisic, Directrice de la campagne Tous UNiS