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Le biogaz séduit les populations du Pacifique

Histoire de Samisoni Pareti

Les familles du village se réjouissent des économies faites sur leurs dépenses énergétiques grâce à l’introduction de la technologie du biogaz.

Le bois de chauffage et les énergies fossiles ont longtemps été les principales sources d’énergie des 60 habitants d’Ovea, petit village des îles Fidji situé au nord de la capitale Suva. Ce n’est toutefois plus le cas aujourd’hui : l’arrivée dans le village du premier digesteur de biogaz, en juillet 2011, a mis fin à des années de ramassage éreintant de bois de chauffage.

Le biogaz est un gaz produit par décomposition biologique de déchets organiques tels que des plantes mortes, des matières animales et des déchets de cuisine. Le fait de valoriser des déchets ménagers en gaz méthane permet de faire d’importantes économies, tout comme l’utilisation des boues fermentées dans l’agriculture.

« Je suis très enthousiaste », confie Talica Matairavula, une habitante d’Ovea. « Nous ne devons plus acheter de bouteilles de gaz, et nous consommons deux fois moins de kérosène qu’avant ». Le passage du bois de chauffage ou de l’énergie fossile (kérosène) à une énergie renouvelable a permis à la famille de Talica d’économiser automatiquement quelque 40 dollars de Fidji (soit environ 28 dollars des États-Unis) par mois. Elle devrait en outre économiser davantage au fur et à mesure qu’elle maîtrisera la technologie du biogaz et diversifiera son utilisation.

L’adoption du biogaz en tant que source d’énergie renouvelable a non seulement permis de faire des économies directes, mais aussi de préserver l’environnement. Auparavant, quantité de déchets étaient présents dans les voies d’eau, mais aujourd’hui, les boues fermentées produites par le digesteur sont utilisées comme engrais et pesticide naturel sur les cultures de petits pois. Les habitants d’un village voisin intègrent également ces boues à leurs exploitations piscicoles.

Les déchets ménagers sont utilisés pour produire du méthane.

Autre avantage de la technologie du biogaz en matière d’environnement : la réduction nette des gaz à effet de serre. La production de méthane est un processus biologique qui se produit naturellement dans des organismes comme les vaches, les cochons et les hommes. Dans un digesteur de biogaz, le processus de production du méthane, qui est le principal composant du gaz naturel, est entièrement maîtrisé. La méthane étant un gaz à effet de serre dont les effets sont plus nocifs que le dioxyde de carbone, le fait de le piéger et de le brûler pour en faire un carburant réduit la quantité qui, autrement, s’échapperait dans l’atmosphère.

L’exploitation d’énergies renouvelables par piégeage du méthane issu des déchets produits par les hommes et les animaux est un projet de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique des Nations Unies (CESAP), en collaboration avec le Gouvernement coréen. Le projet a été mis en œuvre à Fidji et sur l’île toute proche de Samoa par « Youth With A Mission », une ONG religieuse qui est accréditée auprès de la Commission du développement durable des Nations Unies. Pour le projet de biogaz du village d’Ovea, l’organisation « Youth With A Mission » a envoyé ses représentants de Samoa pour participer à l’installation du digesteur de biogaz du village. Les Samoans ont participé à la formation de quelque 16 jeunes du village d’Ovea à la construction et à l’entretien du digesteur. L’objectif de cette formation est que les jeunes habitants du village d’Ovea acquièrent le savoir-faire et les compétences nécessaires pour construire seuls de nouveaux digesteurs et les entretenir.

Partage des connaissances

Les boues produites par le digesteur sont utilisées dans l’agriculture.

Des séances d’information et de formation ont été organisées dans le cadre du programme de lancement à l’intention des habitants, et un centre de formation et de démonstration a été créé dans le camp de l’organisation « Youth With A Mission ». Dans ce centre, les habitants peuvent suivre une formation de formateurs, qui inclut des leçons sur la fabrication de briques, des explications sur le stockage du biogaz et les méthodes de transmission, ainsi qu’un exposé des procédures de sécurité. Au moins 50 ménages bénéficient directement de ce projet, qui a permis d’engager six travailleurs au cours de ses phases initiales, et de former plus de 200 personnes aux technologies du biogaz.

Les séances de formation dispensées dans le cadre du projet de biogaz d’Ovea sont aussi l’occasion de mettre en évidence ce projet comme un exemple réussi de partage des nouvelles technologies entre villages voisins, en particulier en impliquant les jeunes générations. Le projet a donné aux jeunes d’Ovea un sentiment d’autonomisation et de maîtrise, mais il a également permis de révéler l’énorme potentiel qu’offre l’utilisation des énergies renouvelables pour les populations rurales.