Secrétaire général, Ban Ki-moon

Malala se rendra à l'ONU

Éditorial publié dans le Huffington Post (7 juillet 2013)

Malala Yousafzai est peut-être l'écolière la plus connue du monde, mais il lui arrive aussi d’enseigner. Ce mois-ci, elle fêtera son seizième anniversaire en se rendant à l’ONU pour y donner une importante leçon sur l’éducation, plus particulièrement celle des filles à travers le monde.

Malala est cette courageuse militante pakistanaise des droits des filles à l’éducation qui a été blessée par balle par des extrémistes, qui l’avaient prise pour cible, alors qu’elle se rendait à l’école. De retour après une longue convalescence, elle reste déterminée à faire entendre sa voix.

Des centaines d’élèves de plus de 80 pays se joindront à Malala le 12 juillet pour participer à une assemblée exceptionnelle, durant laquelle les diplomates céderont la place aux jeunes qui investiront l’Organisation pour y lancer un appel mondial en faveur d’une éducation de qualité pour tous.

L'éducation est un droit fondamental et un objectif du Millénaire pour le développement et elle est indispensable pour promouvoir la compréhension mutuelle et la citoyenneté mondiale. Pour beaucoup d’entre nous, c’est une leçon que la vie, et non pas les livres, nous a apprise.

J’ai grandi en Corée pendant la guerre et mon école a été détruite. La classe avait lieu à ciel ouvert sous un arbre. Il n’y avait pas grand-chose à manger, mais l’appétit d’apprendre ne nous manquait pas. Nos parents et les pouvoirs publics connaissaient la valeur de l’éducation, et c’est parce qu’ils en ont eu l’intelligence que ma vie et mon pays ont été transformés.

Dans la société du savoir où nous vivons aujourd’hui, l’éducation doit servir de base pour l’avenir que nous voulons construire : un monde qui ne connaîtra ni la violence, ni la pauvreté, ni la discrimination, ni la maladie. Or un nouvel effort concerté est indispensable pour construire cet avenir.

C’est la raison pour laquelle j’ai lancé l’initiative mondiale de « L’éducation avant tout », qui compte trois priorités : scolariser tous les enfants, améliorer la qualité de l’apprentissage et favoriser la citoyenneté mondiale.

Malgré des progrès importants, il reste beaucoup à faire pour atteindre les objectifs dont nous sommes convenus pour l’éducation.

Jamais les jeunes n’ont été si nombreux qu’ils le sont aujourd’hui. Nous ne pouvons pas ne pas chercher à tirer tout le parti possible de ce réservoir de talents, d’énergies et d’idées. Pourtant, 57 millions d’enfants ne sont toujours pas scolarisés dans le primaire. Beaucoup vivent dans des pays en proie à des conflits. Plus de 120 millions de jeunes de 15 à 24 ans, en majorité des filles et des femmes, savent à peine lire et compter. Alors que le marché de l’emploi évolue rapidement, trop de jeunes gens quittent l’école sans avoir les qualifications qui leur permettront de gagner leur vie.

Il existe encore beaucoup trop d’endroits où des élèves comme Malala et leurs enseignants sont menacés, agressés, voire tués. À travers leurs actes haineux, les extrémistes ont montré que ce dont ils avaient le plus peur c’était une fille tenant un livre.

Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour que les écoles soient des lieux où l’on peut apprendre en toute sécurité. Il faut qu’un adulte puisse enseigner ou qu’une fille aille à l’école sans que, nulle part au monde, cela ne constitue un acte de courage.

Quand elles sont éduquées, les femmes et les filles sont un catalyseur du développement, au sein de leur famille comme de la collectivité. Chaque année supplémentaire de scolarisation permet aux filles d’accroître de 20 % leurs futurs revenus.

De nombreux autres indicateurs statistiques – croissance économique, amélioration de la santé, essor des pays – montrent l’importance de l’éducation.

Pour ma part, j’écoute aussi les aspirations exprimées par les uns et les autres. Lors de mes déplacements, je demande aux femmes et aux hommes dans quel domaine l’Organisation peut agir pour les aider et très souvent leur réponse est la même : l’éducation.

Dans les camps de réfugiés, on me dit : « Faites que mes enfants puissent aller à l’école. » Dans les pays frappés par un séisme ou une autre catastrophe, on insiste : « Ne vous en faites pas pour moi : reconstruisez les écoles pour que mes enfants puissent apprendre. »

L’éducation ouvre la voie qui permettra de sauver des vies, de construire la paix et de donner aux jeunes les moyens d’agir.

C’est la leçon que Malala et des millions d’autres cherchent à enseigner au monde. C’est aussi celle que les partenaires internationaux et les gouvernements doivent entendre pour passer à l’action.

Alors que la communauté internationale hâte le pas pour parvenir aux objectifs du Millénaire et s’emploie à définir les objectifs de développement pour l’après-2015, nous devons faire en sorte que les rêves et les aspirations de nos enfants concernant l’avenir se réalisent.

À l’occasion de l’anniversaire de Malala, nous devrions nous engager à faire le plus beau don qui soit : celui d’une éducation de qualité pour tous les garçons et les filles du monde.