Secrétaire général, Ban Ki-moon

L’avenir que nous voulons

Éditorial publié dans Libération (29 mai 2012)

Il y a de cela 20 ans se tenait le Sommet « Planète Terre ». Les dirigeants du monde, réunis à Rio de Janeiro, se sont entendus sur un plan ambitieux pour un avenir plus sûr. Ils ont tenté de parvenir à un équilibre entre une croissance économique robuste et les besoins d’une population en augmentation, d’une part, et la nécessité de préserver les ressources les plus précieuses de la planète – la terre, l’air et l’eau, d’autre part. Ils ont conclu que le seul moyen d’y parvenir était de s’affranchir du vieux modèle économique et d’en inventer un nouveau, qu’ils ont appelé « développement durable ».

Vingt ans plus tard, nous en sommes au même point. Les problèmes auxquels l’humanité doit faire face aujourd’hui sont les mêmes que ceux d’hier, mais à une échelle encore plus vaste. Petit à petit, nous avons compris que nous étions entrés dans une nouvelle ère. Certains considèrent même qu’il s’agit d’une nouvelle époque géologique où l’activité humaine altère la dynamique de la planète de façon fondamentale.

La croissance économique mondiale et l’augmentation de la population – celle-ci a dépassé les 7 milliards de personnes l’année dernière – mettent à mal des écosystèmes fragiles. Nous savons que nous ne pouvons pas continuer à pratiquer la politique de la terre brûlée pour parvenir à la prospérité, mais nous n’avons pas mis en œuvre la solution qui s’impose, la seule solution, celle que nous avions déjà retenue il y a 20 ans : le développement durable.

Une deuxième chance nous a cependant été donnée. Dans moins d’un mois, les dirigeants du monde se réuniront de nouveau à Rio – cette fois-ci dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable, la Conférence Rio +20. Une fois de plus, Rio nous donnera l’occasion de recommencer à zéro, de mettre le cap sur un avenir dans lequel les dimensions économiques, sociales et environnementales de la prospérité et le bien-être de l’humanité s’équilibrent.

Plus de 130 chefs d’État et de gouvernement seront à Rio, en compagnie de quelque 50 000 chefs d’entreprise, maires, militants et investisseurs, constituant ainsi une coalition mondiale pour le changement. Le succès de la Conférence n’est cependant pas garanti. Pour assurer la viabilité de la planète pour les générations futures, car c’est bien de cela qu’il s’agit, nous devons nouer un partenariat avec les dirigeants du monde et obtenir la pleine participation des nations riches et pauvres, des petits pays comme des grands. Le but fondamental est de mobiliser un appui mondial en faveur d’un programme pour le changement, de révolutionner la façon dont nous pensons afin de créer une croissance dynamique et durable au XXIe siècle et au-delà.

Il appartient aux dirigeants du monde de se prononcer sur le programme à suivre, en tenant compte des aspirations des peuples. Si je pouvais donner un conseil en ma qualité de Secrétaire général de l’ONU, ce serait de donner la priorité à trois grands axes afin que la Conférence Rio +20 sonne le début d’une nouvelle ère.

Tout d’abord, la Conférence Rio +20 doit inspirer un nouveau courant de pensée et de nouvelles mesures. Manifestement, l’ancien modèle économique a trouvé ses limites. La croissance s’enlise en trop d’endroits, les emplois se raréfient, l’écart entre riches et pauvres ne cesse de se creuser et notre civilisation est mise à mal par d’inquiétantes pénuries de nourriture, d’énergie et de ressources naturelles.

À Rio, les négociateurs s’attacheront à faire fond sur les progrès accomplis au regard des objectifs du Millénaire pour le développement, qui ont permis de mettre des millions de personnes à l’abri de la pauvreté. Remettre l’accent sur le développement durable offre un triple avantage : une croissance économique créatrice d’emplois, la protection de l’environnement et l’inclusion sociale.

Deuxièmement, la Conférence Rio +20 doit être axée sur les populations et offrir un espoir concret de voir les conditions de vie s’améliorer véritablement. Plusieurs choix s’offrent aux négociateurs, notamment la possibilité de tendre vers un avenir où la faim n’existe plus, où plus aucun enfant ne souffre d’un retard de croissance faute d’une nutrition adaptée et où l’on ne gaspille plus les aliments et les moyens de production agricoles dans des sociétés où les gens ne mangent pas à leur faim.

La Conférence Rio +20 doit être l’occasion de donner la parole à ceux que l’on entend le moins : les femmes et les jeunes. Les femmes représentent 50 % de la population et méritent une place égale à celles des hommes dans la société. Nous devons leur donner les moyens d’agir et de jouer un rôle moteur dans la vie économique et le développement social. Quant aux jeunes, ils sont les forces vives de l’avenir et nous devons créer des débouchés pour eux, d’autant que près de 80 millions d’entre eux arrivent sur le marché de l’emploi chaque année.

Troisièmement, la Conférence Rio +20 doit donner le signal de l’action pour que nous cessions de gaspiller. La planète Terre se montre accueillante à l’égard de l’humanité, mais l’humanité doit aussi en respecter les limites naturelles. À Rio, les gouvernements devraient lancer un appel en faveur d’une utilisation plus rationnelle des ressources. Nous devons protéger les océans, l’eau, l’air et les forêts. Nous devons rendre les villes plus accueillantes afin que nous puissions y vivre en meilleure harmonie avec la nature.

À la Conférence Rio +20, j’engagerai les gouvernements, les entreprises et les autres groupes à œuvrer en faveur de l’initiative intitulée Énergie durable pour tous. Il s’agit de donner à tous un accès à l’énergie durable, de doubler le rendement énergétique et de multiplier par deux le recours à des formes d’énergie renouvelable d’ici à 2030.

Nombre des problèmes qui existent aujourd’hui se posent à l’échelle mondiale et exigent une réponse mondiale : nous devons exercer notre pouvoir d’action collectif dans le cadre d’un partenariat fort.

L’heure n’est pas aux querelles de clocher. Le moment est venu pour les dirigeants et les peuples du monde de s’unir autour d’un objectif commun afin de façonner l’avenir que nous voulons.