Les mégadonnées au service des Objectifs de développement durable

Photo : Global Pulse
Une femme à Kampala, en Ouganda, écoute la radio. « UN Pulse Lab Kampala » a développé un prototype d'outil qui permet d'analyser les discussions publiques sur les ondes radiophoniques afin d'aider les décideurs à aligner leurs stratégies sur les priorités des communautés du pays.

La révolution des données au service du développement

Le volume de données à travers le monde augmente de façon exponentielle.  Selon certaines estimations, 90% des données actuelles dans le monde ont été créées au cours des deux dernières années, et devraient augmenter de 40% par an.  Les « données épuisées » constituent une grande partie de cette production ; il s’agit de données collectées de manière passive provenant d’interactions quotidiennes avec des produits ou services numériques, y compris les téléphones mobiles, les cartes de crédit et les réseaux sociaux. Ce déluge de données numériques est connu sous le nom de mégadonnées.  Pourquoi leur volume augmente-t-il ? Deux raisons peuvent être avancées :

  • Les appareils mobiles qui détectent et recueillent ces données sont toujours plus nombreux et deviennent moins onéreux ; et
  • La capacité mondiale de stockage de l'information a pratiquement doublé tous les 3 ans depuis les années 1980.

La révolution des données

La révolution des données - qui englobe le mouvement en faveur de l’ouverture des données, la montée du crowdsourcing, les nouvelles technologies de l'information et de la communication (TIC) pour la collecte de données et l'explosion de la disponibilité des mégadonnées, ainsi que l'émergence de l'intelligence artificielle et de l'Internet des objets - est déjà en train de transformer notre société. Les avancées en informatique et en science des données permettent désormais de traiter et d'analyser les mégadonnées en temps réel. Les nouvelles connaissances tirées de cette exploration de données peuvent compléter les statistiques officielles et les données d'enquête, offrant ainsi une profondeur et une nuance de l’'information sur les comportements et les expériences humaines.  L'intégration de ces nouvelles données avec les données traditionnelles devrait permettre de produire une information de qualité plus détaillée, opportune et pertinente.

Opportunités

Les données sont essentielles à la prise de décision et constituent la matière première de la responsabilité effective. Aujourd'hui, dans le secteur privé, l'analyse des mégadonnées est monnaie courante, tout comme le profilage des consommateurs, des services personnalisés et l'analyse prédictive utilisés pour le marketing, la publicité et la gestion. Des techniques similaires pourraient être utilisées pour obtenir des informations en temps réel sur le bien-être des populations et cibler les interventions de secours auprès des groupes vulnérables.   De nouvelles sources de données, de nouvelles technologies et de nouvelles approches analytiques, appliquées de manière responsable, peuvent permettre une prise de décisions plus efficaces et orientées sur des données factuelles afin de suivre les progrès accomplis dans la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) d'une manière à la fois inclusive et équitable.

Risques

Les éléments fondamentaux des droits de l'homme doivent être préservés afin de tirer le meilleur parti des volumes de données : la vie privée, l'éthique et le respect de la souveraineté des données nous obligent à évaluer les droits individuels face aux bénéfices collectifs. Les nouvelles données sont en partie collectée de manière passive, à partir des « empreintes numériques » laissées par des objets activés par les capteurs ou des algorithmes. Étant donné que les méga données sont le produit de modèles uniques de comportement des individus, la suppression des informations personnelles explicites peut ne pas protéger totalement la vie privée. Combiner toutes ces données peut conduire à l’identification formelle d'individus ou de groupes d'individus, les soumettant à des préjudices potentiels. Des mesures appropriées de protection des données doivent être mises en place pour éviter toute mauvaise utilisation ou mauvaise manipulation des données.

Il existe également un risque d'inégalité et de partialité croissantes. Des fossés importants existent déjà entre les nantis et les démunis. Sans mesures concrètes, une nouvelle frontière d'inégalité divisera le monde entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Beaucoup de personnes sont actuellement exclues du monde des données et de l'information en raison de :

  • La langue ;
  • La pauvreté ;
  • Le manque d'éducation ;
  • Le manque d'infrastructure technologique ;
  • L'éloignement ; et
  • Les préjugés et la discrimination.

Une vaste série d'actions est nécessaire, notamment le renforcement des capacités de tous les pays, en particulier des pays les moins avancés, des pays en développement sans littoral et des petits États insulaires en développement.

Mégadonnées pour le développement et l'action humanitaire
 

Les mégadonnées et les ODDEn 2015, le monde a adopté un nouveau programme de développement fondé sur les objectifs de développement durable (ODD). Atteindre ces objectifs exige une action coordonnée afin de relever les défis sociaux, environnementaux et économiques, sans oublier l'accent sur un développement inclusif et participatif qui ne laisse personne de côté. 

Les données nécessaires à l'élaboration de politiques de développement mondiales, régionales et nationales font toujours défaut. De nombreux gouvernements n'ont toujours pas accès à des données adéquates relatives à l'ensemble de leur population. C’est plus particulièrement le cas des plus pauvres et plus marginalisés, ceux-là même sur lesquels les dirigeants devront se focaliser pour atteindre les objectifs d’élimination de l’extrême pauvreté  et des émissions polluantes d’ici à 2030, en veillant à ne « laisser personne de côté ».

Les mégadonnées recueillies peuvent mettre en évidence des disparités dans la société. Par exemple, les femmes et les filles, qui souvent travaillent dans le secteur informel ou à domicile, subissent souvent des contraintes sociales liées à leur mobilité et sont marginalisées dans la prise de décision tant publique que privée.

Une grande partie des mégadonnées les plus susceptibles d'être utilisées pour l’intérêt public est recueillie par le secteur privé. Par conséquent, les partenariats public-privé vont probablement se généraliser. Le défi sera de s'assurer qu'ils sont viables et que des cadres clairs de réglementation seront en place pour définir les rôles et les attentes de toutes les parties.

Le rôle de l'ONU

L'un des rôles clés de l'ONU et des organisations internationales ou régionales consiste à définir des principes et des normes afin d’orienter une utilisation collective sûre des mégadonnées pour le développement et l'action humanitaire au sein de la communauté internationale et selon des normes communes. Ces normes auront pour objectif d’accroître l'utilité des données grâce à un degré d'ouverture et de transparence beaucoup plus grand, en évitant toute atteinte à la vie privée et aux droits de l'homme, et en minimisant les inégalités dans la production, l'accès et l'utilisation des données.  La réalisation des ODD dans notre monde numérique nécessitera la reconnaissance de la nécessité non seulement de prévenir l'utilisation abusive des données, mais aussi de s'assurer que lorsque les données peuvent être utilisées de manière responsable pour le bien public, elles le sont.

Le Groupe consultatif d'experts indépendants du Secrétaire général sur la révolution des données pour le développement durable a formulé des recommandations spécifiques sur la manière de relever ces défis, appelant à un effort dirigé par l'ONU pour mobiliser la révolution des données en faveur du développement durable.

  1. Favoriser et promouvoir l'innovation pour combler les lacunes dans les données.
  2. Mobiliser des ressources pour surmonter les inégalités entre les pays développés et en développement et entre les personnes « bien » et « mal » documentées.
  3. Diriger et coordonner la révolution des données afin qu’elle soit pleinement prise en compte dans la réalisation du développement durable.

L'adoption de l'analyse des mégadonnées s'accélère dans l'ensemble du système des Nations Unies avec un nombre croissant d'agences, de fonds et de programmes des Nations Unies mettant en œuvre des applications opérationnelles pour le développement et l'utilisation humanitaire.

Le Groupe des Nations Unies pour le développement (GNUD) a publié des directives générales sur la confidentialité des données, leur protection et leur éthique pour l'utilisation des mégadonnées collectées en temps réel par des entités du secteur privé dans le cadre de leurs offres commerciales.  Ces directives ont été partagées avec les membres du GNUD afin de renforcer la mise en œuvre opérationnelle des programmes pour soutenir la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Le premier Forum mondial des Nations Unies sur les données s’est tenu en janvier 2017 et a rassemblé plus de 1 400 producteurs et utilisateurs de données des secteurs public et privé, décideurs, universitaires et représentants de la société civile.  L’objectif du Forum était d’identifier les moyens d'exploiter le pouvoir des données pour le développement durable.  Il a abouti à d’importants résultats, notamment le lancement du « Plan d'action mondial du Cap concernant les données du développement durable ».

L’initiative « UN Global Pulse »

L’initiative Global Pulse est un projet d’innovations lancé par le Secrétaire général des Nations Unies sur la science des données.  Elle vise à promouvoir les possibilités d’utiliser les mégadonnées en faveur du développement durable et de l’action humanitaire; développant des solutions analytiques à fort impact pour les partenaires des Nations Unies et des gouvernements par le biais de son réseau de laboratoires innovateurs en science des données à Jakarta (Indonésie), à Kampala (Ouganda) et à New York (Siège de l'ONU), afin de produire des informations de manière plus rapide ou moins coûteuse.

Afin de débloquer la valeur des données de manière fiable et responsable, l’initiative Global Pulse a mis en place un programme de protection des données, dont une partie implique des recherches constantes sur les utilisations des mégadonnées à des fins humanitaires et de développement. Elle a établi un « Groupe consultatif sur la confidentialité des données », composé d'experts de la réglementation provenant du secteur privé et du milieu universitaire, chargés d’engager un dialogue sur les enjeux cruciaux des mégadonnées. Afin de mieux comprendre les risques liés aux données volumineuses, Global Pulse a développé un outil d'évaluation en deux phases, intitulé « Risques, préjudices et avantages », qui inclut les lignes directrices pour aider les praticiens à évaluer la proportionnalité des risques, les inconvénients et l'utilité d’un projet axé sur les données.

Global Pulse a également participé à l'organisation de la série d'ateliers « UN Data Innovation Lab », une initiative menée par l'UNICEF et le Programme alimentaire mondial. Composée de cinq ateliers thématiques, cette série visait à comprendre les capacités et les besoins existants en matière d'innovation de données au sein du système des Nations Unies.

 

Partenariats public-privé

Pour s'assurer que l'accès aux insights provenant des mégadonnées de nombreuses industries est largement disponible, Global Pulse travaille avec le secteur privé sur un projet intitulé « Philanthropie des données », selon lequel les données du secteur privé peuvent être utilisées de manière sûre et responsable pour le développement durable et l'action humanitaire. Par exemple, en 2016, Global Pulse a formé un partenariat avec Twitter. Chaque jour à travers le monde, des individus envoient des centaines de millions de Tweets dans des dizaines de langues. Ces conversations sociales contiennent des informations en temps réel sur de nombreuses questions, notamment le coût de la nourriture, la disponibilité des emplois, l'accès aux soins de santé, la qualité de l'éducation et des informations relatives aux catastrophes naturelles. Ce partenariat permettra aux agences humanitaires et de développement des Nations Unies de transformer les données publiques en informations exploitables pour aider les communautés du monde entier.

D'autres partenariats ont été mis en place, tels que :

  • « Big Data for Social Good », une initiative de la GSMA, qui va permettre d’exploiter les capacités des opérateurs de données volumineuses pour faire face aux crises humanitaires, y compris les épidémies et les catastrophes naturelles ;
  • le concours « Données pour l’action climatique » (« Data for Climate Action ») qui met en relation des chercheurs du monde entier avec des outils d'entreprises de pointe pour développer des solutions climatiques basées sur des données ;
  • « Data Collaboratives », une nouvelle forme de collaboration au-delà du modèle de partenariat public-privé, qui permet aux acteurs de différents secteurs, en particulier le secteur privé, d’échanger leurs données à des fins d’utilité publique.

Pour en savoir plus :

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