Voici le témoignage de Teddy, un survivant du génocide au Rwanda

Je m’appelle Teddy et j’ai 19 ans.  Notre famille vivait normalement avant le génocide. 

Peu après la mort du président,  des rumeurs disaient que l’on était en train de tuer des gens. Ce soir-là nous sommes restés à la maison. Mais le lendemain nous avons vu qu’on brûlait la maison d’un voisin et nous nous sommes enfuis dans la brousse pour nous cacher. Les assassins sont entrés dans notre maison, et, ne nous trouvant pas, ils ont volé tout ce qu’ils ont pu. Quand ils sont partis, nous sommes revenus, mais seulement pour ramasser ce qui restait et repartir ailleurs. Notre groupe se composait de maman, papa, mes frères et sœurs et quelques oncles et tantes avec leurs familles.

Les assassins nous ont retrouvés le lendemain et nous avons du fuir en courant une nouvelle fois, mais un de mes oncles était aveugle et n’a pas pu continuer à la même vitesse. Nous avions un voisin à qui mon père avait donné une vache. Il a dit à mon oncle qu’il pouvait se cacher chez lui, et qu’il le protègerait. Comme c’était un bon voisin, on ne le soupçonnait pas, alors mon oncle aveugle est resté. Nous avons appris par la suite que lorsque les assassins sont arrivés, le premier à attaquer mon oncle fut ce monsieur, et mon oncle est mort.

Au début, depuis l’endroit où nous étions, nous avons lancé des pierres aux assassins pour nous défendre et nous donner la possibilité de nous échapper. Pendant la journée nous courions et la nuit nous cherchions une maison pour nous cacher. Mais les assassins avaient des machettes et des revolvers. J’ai vu comment on tuait beaucoup de gens, ils leur coupaient le cou  ou alors ils les arrosaient de balles. Un parmi eux a été pendu dans l’école pour que les passants  le voient.

 Nous ne faisions que courir, nous battre, et nous cacher. Un des hommes qui était avec nous était un héros. Il allait vers l’avant pour se battre, et quand il voyait que l’on tuait des gens derrière, il retournait pour les aider. Après, ils ont envoyé d’autres interahamwe  au lieu où nous étions. Nous étions huit enfants quand ils sont arrivés. A la fin de la journée il n’en restait que trois. 

Un jour plus tard, les tueurs sont revenus. J’’ai dit à mon frère de se cacher dans le puits, mais il a pris une balle dans la mâchoire pendant qu’il remontait.

Nous nous sommes divisés en deux groupes et nous nous sommes enfuis pour sauver nos vies; les assassins nous tirant dessus pendant que nous nous dispersions. Les chemins étaient barrés et ils nous tiraient dessus quand nous essayions de passer, mais il fallait continuer parce qu’on avait les assassins sur nos talons. Certains sont morts, d’autres ont survécu. La nuit, nous entendions à la radio que l’armée patriotique du Rwanda était arrivée à un certain endroit. Ils demandaient aux tueurs par radio d’achever leur travail rapidement. Finalement, les soldats français sont arrivés, ils nous ont protégés et nous ont donné des habits et à manger.  

Quand les tueries se sont arrêtées, j’ai dit à mon frère que nous devions travailler dur, rester unis, et pardonner à ceux qui nous avaient fait du mal. Je suis retourné à l’école trois ans après le génocide. Mon frère et moi,  nous avons des problèmes de santé et j’éprouve de la difficulté à payer mes études et acheter le matériel scolaire. Maintenant, je veux terminer mes études pour pouvoir aider mon frère. Je veux travailler pour l’unité afin que tout ce qui est arrivé en 1994 ne se reproduise pas. Je veux être capable de construire ma propre maison sans avoir à demander la charité.

Les plus grands problèmes du Rwanda sont maintenant le SIDA et la pauvreté.  De plus, les assassins n’acceptent pas la responsabilité de ce qu’ils ont fait. Si les assassins demandent pardon et rendent ce qu’ils ont pris, je pourrai leur pardonner.

Je veux que le monde soit au courant de nos problèmes, se souvienne de ce qui est arrivé, et nous aide à atteindre une meilleure vie.