Voici le témoignage de Gratia, survivante du génocide au Rwanda 

On m’a violée quand j’avais seulement 14 ans. Mon cauchemar a commencé lorsqu’un ancien soldat des Forces Armées du Rwanda (FAR) m’a forcée à quitter la maison où j’étais cachée avec d’autres femmes à Cyangugu. Il m’a obligée à avoir des relations sexuelles. A partir de ce jour, j’étais violée souvent  par les hommes qui passaient par la maison chaque jour, ils étaient si nombreux que le nombre exact n’est qu’un nuage de douleur dans ma mémoire.

Parfois ils se déguisaient, ils couvraient leurs corps avec des feuilles de banane et ils avaient des masques. Je suis sûre que j’en connaissais certains parmi eux, mais je ne pouvais pas les identifier.

Alors que le génocide touchait à sa fin, les hommes célibataires ont choisi des femmes du groupe pour en faire des  « épouses ». Les autres ont été assassinées ou emmenées jusqu’au stade de Kamarampaka.  J’ai été choisie par un veuf qui m’a emmenée en exil avec lui au Congo, où je me suis retrouvée affaiblie à cause de mon expérience et des terribles conditions de vie.

J’étais enceinte de deux mois lorsqu’il a été tué. Mon fils est né au Congo dans un camp de réfugiés. Les conditions de vie étaient intolérables dans le camp avec le bébé, et  le remords de me trouver avec une milice pesait sur mon cœur. C’est pour cela que je me suis échappée et je suis rentrée au Rwanda.

Depuis que le génocide s’est terminé  je ne suis  pas bien. J’ai suivi un traitement, mais à aucun moment je n’ai soupçonné que j’avais attrapé le SIDA.  A mon retour à Cyangugu, je me suis fiancée et pendant que je préparais le mariage civil, j’ai dû présenter plusieurs certificats, parmi lesquels une déclaration comme quoi je n’étais pas infectée avec le VIH.  

Nous sommes allés à Kigali pour faire les tests et mon résultat s’est révélé positif. Je n’avais pas dit à mon fiancé que j’avais été violée pendant le génocide, mais je lui ai tout dit quand le résultat du test est arrivé. Il était en état de choc. Tous les souvenirs du génocide sont revenus. J’ai eu un mal énorme à m’adapter à la situation. Aujourd’hui, j’ai encore du mal à reconnaître ce qui m’est arrivé. Je ne veux pas penser à cela, mais il m’est impossible de l’oublier car je me sens mal tout le temps.  

Nous habitons maintenant une maison mais celle-ci n’est pas  très solide. Nous vivons de ce que produit la terre, mais nous n’avons aucune autre source de revenu. Je me sens très faible. Je n’ai pas pris de médicaments pour prévenir la maladie que cause le VIH. Je ne sais même pas où ils sont distribués. Si je pouvais recevoir de l’aide, j’aimerais que ce soit en premier lieu pour mes besoins médicaux et après pour renforcer un peu notre logement.