Voici le témoignage d’Assumpta, survivante du génocide au Rwanda

Je m’appelle Assumpta. J’avais 18 ans au moment du génocide. J’ai perdu ma mère, mon père, mes frères et mes sœurs et trente autres membres de ma famille. Je fus victime de viol et on m’a battue régulièrement. Quand ma seule sœur qui a survécu a pu rentrer chez elle après le génocide, elle a été attaquée à nouveau, avec une machette, par ceux qui ont tué ma famille, parce qu’ils avaient peur qu’elle ne les dénonce auprès des autorités. Elle est restée dans le coma pendant des mois, puis elle a peu à peu repris conscience. Elle a perdu l’audition et elle vit aujourd’hui avec des maux de tête constants et des problèmes mentaux.

J’ai essayé de me suicider deux fois, mais je n'ai pas réussi à me tuer. Je vis en permanence dans l’ombre du génocide. Parfois j’imagine que je rencontre ma mère dans la rue. Parfois je vois des gens habillés de la même façon que les membres de ma famille qui sont morts. Je les suis et je leur tape sur l’épaule. Il me semble qu’un jour, j’aurai une surprise quand ils se retourneront. Ou quand finalement ils reviendront. Je n’ai jamais pu récupérer leurs corps, c’est pour cela que je pense qu’un jour ils reviendront.

Un Hutu que je connais m’a dit que tous les membres de ma famille sont morts. Il riait. Un jour je l’ai croisé dans la rue et il m’a dit: « Tu sais? Ils ont envoyé deux grands bus à ton village pour tuer tout le monde. »  Depuis ce jour, la vie ne m’intéresse plus. Avant la mort de ma famille, j’avais toujours peur, mais maintenant je ne ressens plus rien.

Un jour j’étais cachée avec une amie dans un égout ouvert. Elle est sortie en courant pour chercher quelque chose à manger et les soldats l’ont attrapée et lui ont tiré dessus. Quand j’ai vu cela, j'ai crié. Je suis sortie moi-même et je leur ai dit: « Tuez moi aussi je ne veux pas continuer à vivre. »  Je voulais que les soldats tirent sur moi plutôt que de mourir d’un coup de machette. L’un d’eux a braqué son contre ma tête, mais il n’a pas tiré. 

Au lieu de cela, ils m'ont violée, battue, ils ont pris mes vêtements et m’ont jetée dans une fosse commune. Un homme s'est approché de la fosse; il m’a sauvée, m’a emportée dans l’obscurité et il m’a violée. Il m’a donné à boire et à manger mais seulement pour continuer à me violer. Il m’a dit: « Cela n’a pas d’importance, tu vas mourir de toutes façons ».

J’ai réussi à me sauver alors que cet homme était parti poursuivre sa routine meurtrière quotidienne.

J’ai survécu au génocide, mais je voudrais parfois être morte. Je suis séropositive et j’ai du mal à accepter ma situation.

Avant le génocide j’étais une adolescente très belle et féminine. Je m’habillais bien, avec ma mère, et je me sentais jolie. Je m’aimais véritablement. Maintenant, les gens disent que je suis jolie mais je ça ne me fait rien. Je déteste les hommes. 

Parfois, je regarde les femmes qui passent et semblent heureuses, et je me demande pourquoi je ne peux pas être comme ça. Alors je me rappelle que je suis différente. Ça me rend triste. Ma mère et ma famille me manquent beaucoup. Je me réveille et je me demande qui les a tuées. Parfois je pleure et pleure, sans raison. Je me souviens de ceux qui m’ont violée et tué ma famille et mes amis. Je vois leurs visages dans mes cauchemars. Ils courent toujours après moi et quand je me réveille, c’est comme s’ils étaient toujours là. La vie ne sera plus jamais la même pour moi. Plus jamais, jamais.