Voici le témoignage d'Alice, survivante du génocide au Rwanda

Quand le génocide a commencé j’étais au sud-ouest du Rwanda. Je venais d’arriver dans la région et je ne connaissais presque personne. La paix y régnait jusqu’au 11 avril lorsque la tuerie commença. 
Des groupes d’interahamwe ont rassemblé tous ceux qu’ils appelaient tutsis dans un seul endroit. Puis ils ont séparé les hommes des femmes. Des centaines d’assassins nous ont entourés, armés de machettes, de fusils et de matraques. Ils ont massacré tous les hommes. 

Jour après jour, ils amenaient de plus en plus de gens à cet endroit. Le chef des interahamwe sélectionnait les gens à tuer, ainsi que les femmes et les filles à violer. Je n’oublierai jamais la douleur et la peur sur les visages des enfants. Personne ne pouvait les sauver. Elles pleuraient et criaient jusqu’à leur dernier souffle. C’était une mort lente et douloureuse. Les plus chanceux mouraient abattus d’une balle, je fus témoin de l’assassinat de milliers de personnes.

Les survivants continuent d’habiter les parages où on a tué leurs familles. Il n’y a personne pour les aider. Les orphelins s’occupent de leurs petits frères et soeurs. Les enfants ont été traumatisés et en gardent les séquelles. Des veuves contaminées par le VIH à la suite des viols continuent à souffrir des conséquences du génocide. Elles s’accrochent à la vie en attendant la justice, avant de mourir du SIDA.
Dix ans après, on dirait que c’est arrivé hier. J’essaye de vivre normalement, mais je ne peux pas, à cause de la mort horrible des membres de ma famille. Je me souviens de mon frère qui fut brûlé vif à tel point qu’il n’était pas reconnaissable.  Nous avons enterré ses cendres.

Les assassins ont encore des familles, ils ont des parents, des enfants, et des foyers où ils peuvent aller. Les survivants ne peuvent retourner nulle part. Sans justice, les survivants ne pourront jamais guérir.

Nous devons tenter de refaire nos vies, et nous souvenir des victimes qui sont mortes, car si nous les oublions, les assassins gagneraient de nouveau. Il faut faire en sorte que la souffrance du Rwanda arrête le génocide et qu’il ne se répète pas.