Résumé

| Les leçons du passé |
| Implications pour l’action préventive et la consolidation de la paix : importance de la stratégie et de l’appui technique |
| Implications pour le maintien de la paix : nécessité d’une doctrine robuste et de mandats réalistes |
| Création d’une unité de gestion de l’information et d’analyse stratégique au Siège |
| Amélioration de l’orientation et de la direction des missions |
| Normes de déploiement rapide et personnel spécialisé sous astreinte |
| Renforcement des moyens dont dispose le Siège pour planifier et appuyer les opérations de paix |
| Création d’équipes spéciales intégrées pour la planification des missions et les services d’appui |
| Adapter les opérations de paix à l’âge de l’information |
| Application des recommandations : les défis à relever |

L’Organisation des Nations Unies a été fondée, selon sa Charte, pour « préserver les générations futures du fléau de la guerre ». Relever ce défi constitue la fonction la plus importante de l’Organisation et, dans une large mesure, le critère par rapport auquel elle est jugée par les peuples au service desquels elle se trouve. Au cours des dix dernières années, l’ONU a connu plusieurs échecs face à ce défi, et elle n’est guère en mesure de faire mieux aujourd’hui. À moins d’un engagement renouvelé de la part de ses membres, de changements institutionnels importants et d’un appui financier plus solide, l’ONU n’aura pas les moyens, dans les mois et les années qui viennent, d’exécuter les tâches cruciales de maintien et de consolidation de la paix que les États Membres lui confient. Il est certes beaucoup de tâches que les forces de maintien de la paix de l’ONU ne devraient pas se voir demander d’accomplir, et beaucoup d’endroits où elles ne devraient pas être déployées. Mais une fois que l’ONU envoie ses forces quelque part pour y soutenir la paix, ces forces devraient être en mesure d’affronter sur place les forces rémanentes de la guerre et de la violence avec les moyens et la volonté de les vaincre.

Le Secrétaire général a demandé au Groupe d’étude sur les opérations de paix – dont les membres ont l’expérience de divers aspects de la prévention des conflits et du maintien et de la consolidation de la paix – d’évaluer les insuffisances du système actuel et de lui faire des recommandations franches, précises et réalistes en vue de le modifier. Nos recommandations ne sont pas seulement axées sur les aspects politiques ou stratégiques, mais aussi, et peut-être même plus, sur les déficiences opérationnelles et organisationnelles.

Pour que ses actions préventives réussissent à réduire les tensions et à prévenir les conflits, le Secrétaire général doit bénéficier d’un appui politique manifeste, solide et soutenu de la part des États Membres. Plus encore, si l’on veut que des opérations complexes de maintien de la paix atteignent leur objectif, les meilleures intentions du monde ne sauraient remplacer l’élément essentiel à leur succès : la crédibilité que donne la capacité d’agir. L’ONU en a fait l’amère expérience à plusieurs reprises au cours des dix dernières années. Mais la force à elle seule ne saurait engendrer la paix; elle ne peut qu’ouvrir un espace dans lequel la paix pourra être édifiée. Qui plus est, les changements recommandés par le Groupe n’auront un impact durable que si les États Membres mobilisent la volonté politique d’appuyer l’ONU sur les plans politique, financier et opérationnel afin de lui permettre de devenir une force de paix véritablement crédible.

Chacune des recommandations formulées dans le présent rapport vise à corriger un grave problème d’orientation stratégique, de prise de décisions, de rapidité de déploiement, de planification et de soutien des opérations et d’utilisation des moyens informatiques modernes. On trouvera ci-dessous une synthèse des principales constatations et recommandations, généralement présentées dans l’ordre où elles apparaissent dans le corps du rapport (les numéros des paragraphes correspondants du rapport sont indiqués entre parenthèses). Un résumé des recommandations est également donné en annexe.

Les leçons du passé (paragraphes 15 à 28)

Il n’y a rien d’étonnant à ce que certaines des missions des dix dernières années se soient révélées particulièrement difficiles : elles avaient tendance à être déployées dans des situations où la guerre n’avait apporté la victoire à aucun des protagonistes, où les hostilités avaient certes cessé soit à cause d’une impasse militaire, soit sous la pression internationale, ou pour ces deux raisons à la fois, mais où au moins quelques-unes des parties n’étaient pas vraiment prêtes à mettre un terme au conflit. Loin donc d’être déployées dans des situations d’après-conflit, les opérations de l’ONU s’efforçaient de les créer. Dans des opérations complexes de ce genre, les Casques bleus tentent de créer un environnement sûr sur le plan de la sécurité, tandis que leurs collègues civils s’efforcent de faire en sorte que cet environnement puisse se maintenir de lui-même. Seul un tel environnement offre en effet aux forces de maintien de la paix la possibilité d’un retrait dans de bonnes conditions, ce qui explique que les personnels militaires et civils chargés respectivement du maintien et de la consolidation de la paix soient des partenaires indissociables.

Implications pour l’action préventive et la consolidation de la paix : importance de la stratégie et de l’appui technique (paragraphes 29 à 47)

Il est nécessaire et urgent pour l’ONU et pour ses membres de mettre en place des stratégies plus efficaces de prévention des conflits, tant sur le moyen que sur le court terme. Dans ce contexte, le Groupe souscrit aux recommandations sur la prévention des conflits formulées par le Secrétaire général dans son Rapport du Millénaire (A/54/2000) et dans l’allocution qu’il a prononcée devant le Conseil de sécurité lors de la deuxième séance publique que celui-ci a consacrée à l’action préventive en juillet 2000. Il encourage également le Secrétaire général à dépêcher plus fréquemment des missions d’établissement des faits dans les zones de tension à titre de mesure immédiate de prévention des crises.

En outre, le Conseil de sécurité et le Comité spécial de l’Assemblée générale sur les opérations de maintien de la paix, conscients que l’ONU continuera de se voir demander d’aider des communautés et des nations à gérer leur transition de la guerre à la paix, ont l’un et l’autre reconnu le rôle essentiel de la consolidation de la paix dans les opérations complexes de maintien de la paix. Il faudra en conséquence que les organismes des Nations Unies corrigent ce qui a été jusqu’à maintenant une carence fondamentale dans la façon dont ils concevaient, finançaient et mettaient en oeuvre leurs activités et stratégies de consolidation de la paix. Le Groupe recommande donc que le Comité exécutif pour la paix et la sécurité soumette au Secrétaire général un plan de renforcement des moyens permanents dont dispose l’ONU pour élaborer des stratégies de consolidation de la paix et gérer des programmes destinés à appuyer ces stratégies.

Le Groupe préconise un certain nombre de changements, dont les suivants : la doctrine d’emploi de la police et des autres membres du personnel des opérations de paix chargés de restaurer l’état de droit devrait être modifiée de façon à favoriser le travail d’équipe chaque fois qu’il s’agit de promouvoir l’état de droit et le respect des droits de l’homme et d’aider les communautés à renoncer au conflit en faveur de la réconciliation nationale; les programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion devraient être inclus dans les budgets ordinaires des opérations de paix complexes dès leur phase initiale; les chefs des opérations de paix de l’ONU devraient se voir donner les moyens de financer des projets à impact rapide qui améliorent véritablement la vie des habitants de la zone où est déployée une mission; et l’assistance électorale devrait être mieux intégrée à une stratégie élargie d’appui aux institutions.

Implications pour le maintien de la paix : nécessité d’une doctrine robuste et de mandats réalistes (paragraphes 48 à 64)

Le Groupe convient que l’accord des parties locales, l’impartialité et la limitation de l’emploi de la force aux cas de légitime défense doivent rester les principes fondamentaux du maintien de la paix. L’expérience a montré, cependant, que dans le cas de conflits internes/transnationaux, l’accord peut être manipulé de plusieurs façons. Dans le cadre des opérations de l’ONU, l’impartialité doit par conséquent signifier l’adhésion aux principes de la Charte : lorsqu’une partie à un accord de paix en viole les clauses de façon claire et irréfragable, le fait pour l’ONU de continuer à accorder le même traitement à toutes les parties risque, au mieux, de compromettre l’efficacité de l’Organisation, et, au pire, de la rendre complice du crime. Rien n’a été plus préjudiciable à la réputation et à la crédibilité de l’ONU en matière de maintien de la paix au fil des années 1990 que sa réticence à distinguer entre la victime et son agresseur.

L’ONU s’est souvent par le passé trouvée incapable de répondre de façon efficace à ce genre de situation. Le présent rapport pose cependant comme une prémisse fondamentale qu’elle doit être capable de le faire. Une fois sur le terrain, les Casques bleus doivent être capables d’accomplir leur mission de façon professionnelle et efficace. Cela veut dire que les unités militaires de l’ONU doivent être capables de se défendre elles-mêmes, de défendre les autres composantes de la mission, et de défendre le mandat de celle-ci. Les règles d’engagement doivent être suffisamment fermes pour que les contingents de l’ONU ne soient pas contraints d’abandonner l’initiative à leurs agresseurs.

Cela veut dire, corollairement, que le Secrétariat ne doit pas appliquer des hypothèses de planification favorables à des situations dont les acteurs locaux ont largement fait la preuve que leur comportement serait défavorable. Cela veut dire que les mandats devraient préciser qu’une opération donnée est autorisée à employer la force. Cela veut dire des forces plus nombreuses, mieux équipées et plus coûteuses, mais aussi capables d’avoir un effet plus dissuasif. Les forces de l’ONU travaillant dans le cadre d’opérations complexes devraient, en particulier, se voir doter de moyens de renseignement sur le terrain et des ressources voulues pour opposer une défense efficace à des agressions violentes.

De plus, les soldats de la paix de l’ONU – militaires ou policiers – qui sont témoins de violences à l’égard de civils devraient jouir d’une autorisation implicite de faire cesser ces violences, dans la mesure de leurs moyens et au nom des principes fondamentaux de l’ONU. Les opérations dans le mandat desquelles la protection des civils est prévue de façon générale et explicite doivent être dotées des moyens requis pour s’acquitter de cette partie de leur mission.

Lorsque le Secrétariat formule des recommandations concernant les effectifs et autres moyens nécessités par une mission nouvelle, il doit dire au Conseil de sécurité ce que ce dernier doit savoir plutôt que ce qu’il veut entendre, et il doit estimer ces effectifs et autres moyens sur la base de scénarios réalistes qui tiennent compte des obstacles probables à l’accomplissement de la mission. De leur côté, les mandats donnés par le Conseil de sécurité devraient manifester la clarté indispensable à la

cohésion des efforts des opérations de maintien de la paix lorsqu’elles sont déployées dans des situations potentiellement dangereuses.

Selon la pratique actuelle, le Secrétaire général reçoit du Conseil de sécurité une résolution qui précise, sur le papier, le nombre de militaires requis, mais il ne sait pas si on lui donnera effectivement ces militaires et les autres personnels nécessaires au bon fonctionnement de la mission, ni s’ils seront correctement équipés. Le Groupe estime qu’il faut d’abord fixer d’un commun accord et de façon réaliste les besoins d’une mission, et que le Conseil devrait différer l’adoption de son projet de résolution jusqu’à ce que le Secrétaire général confirme qu’il a reçu des États Membres suffisamment de promesses de contribuer des troupes et autres moyens pour satisfaire ces besoins.

Les États Membres qui s’engagent à fournir à une opération des unités militaires constituées devraient être invités à des consultations avec les membres du Conseil de sécurité pendant la période de formulation du mandat de l’opération; ce genre de consultation pourrait être utilement institutionnalisé en créant des organes subsidiaires spéciaux du Conseil comme prévu à l’Article 29 de la Charte. Les pays qui fournissent des contingents à une opération devraient également être invités à assister aux exposés que le Secrétariat fait au Conseil en cas de crise menaçant la sécurité du personnel des missions ou de changement ou de réinterprétation des termes du mandat gouvernant l’emploi de la force.

Création d’une unité de gestion de l’information et d’analyse stratégique au Siège (paragraphes 65 à 75)

Le Groupe recommande la création d’une unité de gestion de l’information et d’analyse stratégique chargée de satisfaire les besoins du Secrétaire général et des membres du Conseil exécutif pour la paix et la sécurité en matière d’information et d’analyse. En l’absence d’une unité de ce genre, le Secrétariat restera une institution à la remorque des événements, incapable de les anticiper, et le Comité exécutif ne sera pas en état de remplir le rôle pour lequel il a été créé.

Le Groupe propose donc que soit mis sur pied un Secrétariat à l’information et à l’analyse stratégique (SIAS) du Comité exécutif pour la paix et la sécurité (CEPS) chargé de créer et de gérer des bases de données intégrées sur les questions relatives à la paix et à la sécurité, d’assurer une diffusion rationnelle de ces données au sein du système des Nations Unies, de produire des analyses axées sur les politiques, de formuler des stratégies à long terme à l’intention du CEPS et de porter les menaces de crises à son attention. Le SIAS pourrait aussi proposer et gérer l’ordre du jour du CEPS, contribuant ainsi à en faire l’organe décisionnel que prévoyaient les réformes initiales du Secrétaire général.

Le Groupe propose que le SIAS soit créé en regroupant le Centre de situation du Département des opérations de maintien de la paix et un certain nombre de bureaux de planification des politiques, épars et peu fournis en effectifs, et en leur adjoignant une petite équipe d’analystes militaires, de spécialistes des réseaux criminels internationaux et d’experts en systèmes d’information. Le SIAS devrait répondre aux besoins de tous les membres du CEPS.

Amélioration de l’orientation et de la direction des missions (paragraphes 92 à 101)

Le Groupe estime essentiel de rassembler les dirigeants d’une nouvelle mission au Siège des Nations Unies le plus tôt possible afin de les faire participer à l’élaboration du concept d’opérations, du plan d’appui administratif, du budget et des tableaux d’effectifs de la mission ainsi qu’à la formulation de ses grandes orientations. Pour cela, il recommande que le Secrétaire général compile de façon systématique, et avec le concours des États Membres, un vaste fichier de Représentants spéciaux, commandants de force, chefs de la police civile et adjoints potentiels, qui comprendrait également les noms de candidats potentiels à la direction des autres composantes organiques d’une mission, et qui justifierait d’une large représentation géographique et d’une répartition équitable entre les sexes.

Normes de déploiement rapide et personnel spécialisé sous astreinte (paragraphes 86 à 91 et 102 à 169)

Les six à 12 semaines qui suivent un cessez-le-feu ou la conclusion d’un accord de paix sont souvent la période la plus critique pour l’instauration d’une paix stable et la crédibilité d’une nouvelle opération. Les occasions perdues durant cette période se représentent rarement.

Le Groupe d’étude recommande que l’Organisation des Nations Unies revoie la définition de la « capacité de déploiement rapide et efficace » de façon à entendre par-là l’aptitude à déployer pleinement des opérations de maintien de la paix de type classique dans un délai de 30 jours à compter de l’adoption de la résolution du Conseil de sécurité créant une telle opération, ou dans un délai de 90 jours dans le cas d’une opération complexe.

Le Groupe d’étude recommande d’élargir le Système de forces et moyens en attente pour y inclure plusieurs forces multinationales homogènes de la taille d’une brigade, dotées des éléments précurseurs nécessaires, qui seraient établies par des États Membres en concertation, de façon à pouvoir disposer de forces solides pour le maintien de la paix, comme il l’a préconisé. Il recommande également que le Secrétariat envoie une équipe sur place pour déterminer, préalablement au déploiement, si les États susceptibles de fournir des contingents sont prêts à répondre aux exigences des opérations de maintien de la paix en matière de formation et d’équipement. Les unités qui ne remplissent pas les conditions requises ne doivent pas être déployées.

Pour faciliter un déploiement rapide et efficace, le Groupe d’étude recommande l’établissement, dans le cadre du Système de forces et moyens en attente, d’une liste régulièrement actualisée de personnels sous astreinte – une centaine d’officiers expérimentés et parfaitement qualifiés –, qui serait soigneusement examinée et approuvée par le Département des opérations de maintien de la paix. Des équipes constituées à partir de cette liste, pouvant être mises à disposition dans les sept jours, seraient chargées de traduire dans des plans d’opérations concrets et tactiques, avant le déploiement des contingents, les concepts stratégiques définis dans leurs grandes lignes au Siège pour les missions et viendraient renforcer un élément de base du Département des opérations de maintien de la paix pour faire partie d’une équipe de démarrage.

Des listes parallèles de personnels sous astreinte en nombre suffisant seraient établies pour le personnel de police civile, les spécialistes des questions judiciaires à l’échelle internationale, les experts en matière pénale et les spécialistes des droits de l’homme pour renforcer selon les besoins, les institutions chargées de faire respecter la loi, également dans le cadre du Système de forces et moyens en attente. Des équipes préalablement formées pourraient alors être constituées à partir de cette liste pour précéder l’élément principal de police civile et les spécialistes qui l’accompagnent dans la zone d’établissement d’une nouvelle mission, ce qui faciliterait le déploiement rapide et efficace de la composante de la mission ayant trait au maintien de l’ordre.

Le Groupe d’étude demande également aux États Membres de constituer des réserves nationales renforcées de personnel de police civile et d’experts apparentés désignés à l’avance en vue de leur déploiement pour des opérations de paix des Nations Unies, pour aider à satisfaire les besoins importants en services de personnel de police civile et en spécialistes dans des domaines apparentés (justice pénale/respect de la loi) dans le cas des opérations en rapport avec un conflit interne. Le Groupe d’étude exhorte en outre les États Membres à envisager de mettre en place des programmes et partenariats régionaux conjoints pour former les membres de leurs réserves nationales respectives à la doctrine et aux normes des Nations Unies applicables à la police civile.

En outre, le Secrétariat devrait prendre d’urgence des dispositions dans les domaines suivants : mise en place d’un mécanisme transparent et décentralisé de recrutement de personnel civil pour les missions, moyens de retenir au service des Nations Unies les spécialistes civils que requièrent les opérations de paix complexes et mise au point d’arrangements concernant le personnel en attente de sorte qu’il puisse être déployé rapidement.

Enfin, le Groupe d’étude recommande que le Secrétariat modifie radicalement les systèmes et pratiques existants concernant les achats afin de faciliter le déploiement rapide des missions. Il recommande en particulier que la responsabilité de la budgétisation et des achats pour les opérations de maintien de la paix soit confiée au Département des opérations de maintien de la paix et non plus au Département de la gestion. Il propose que soit élaboré un nouvel ensemble de règles et pratiques simplifiées dans ce domaine, d’accorder des pouvoirs accrus aux bureaux hors Siège en ce qui concerne les achats et de faire en sorte que les missions puissent gérer leur budget avec plus de souplesse. En outre, il demande instamment au Secrétaire général d’élaborer, pour la soumettre à l’Assemblée générale aux fins d’approbation, une stratégie mondiale d’appui logistique régissant la constitution des réserves d’équipement et la conclusion de contrats-cadres auprès du secteur privé pour la fourniture de biens et services courants. Entre-temps, il recommande que la Base de soutien logistique de l’Organisation des Nations Unies à Brindisi (Italie) ait à sa disposition un plus grand nombre de lots d’équipement de base pour les phases de démarrage.

Le Groupe recommande en outre que le Secrétaire général soit autorisé, avec l’approbation du Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires (CCQAB), à engager des dépenses à concurrence de 50 millions de dollars bien avant l’adoption par le Conseil de sécurité d’une résolution établissant une opération nouvelle lorsqu’il est évident que l’opération sera vraisemblablement créée.

Renforcement des moyens dont dispose le Siège pour planifier et appuyer les opérations de paix
(
paragraphes 170 à 197)

Le Groupe d’étude recommande que l’appui du Siège aux opérations de maintien de la paix soit considéré comme une activité de base de l’Organisation des Nations Unies et, par conséquent que la plus grande partie des ressources requises à cette fin soient inscrites au budget ordinaire de l’Organisation. À présent, le Département des opérations de maintien de la paix et les autres bureaux qui planifient et appuient ces opérations sont essentiellement financés à l’aide du compte d’appui, qui est reconstitué chaque année et qui ne permet de financer que des postes temporaires. Cette approche du financement et de la dotation en personnel semble refléter une confusion entre le caractère temporaire de telle ou telle opération et le fait évident que le maintien de la paix et autres activités au titre des opérations de paix ont un caractère permanent et constituent des fonctions de base de l’Organisation des Nations Unies. Il est certain que cet état de choses doit cesser.

Le montant total des dépenses du Département des opérations de maintien de la paix et des bureaux du Secrétariat fournissant des services d’appui connexes pour ces opérations ne dépasse pas 50 millions de dollars par an, soit à peu près 2 % du coût total des opérations de maintien de la paix. Il faut de toute urgence mettre des ressources supplémentaires à la disposition de ces bureaux pour faire en sorte que les fonds qui seront consacrés au maintien de la paix en 2001, soit plus de 2 milliards de dollars, soient utilisés rationnellement. Le Groupe d’étude recommande par conséquent que le Secrétaire général soumette à l’Assemblée générale une proposition indiquant l’intégralité des moyens dont l’Organisation a besoin.

Le Groupe d’étude estime qu’il faudrait procéder à un examen méthodique de la gestion du Département des opérations de maintien de la paix, mais il considère par ailleurs que l’insuffisance des effectifs dans certains domaines est flagrante. Signalons, à titre d’exemple, que l’on ne dispose que de 32 officiers pour assurer la planification militaire et donner des orientations aux 27 000 hommes qui se trouvent sur le terrain, de neuf membres de la police civile pour sélectionner, confirmer et orienter plus de 8 600 agents et de 15 spécialistes des affaires politiques pour s’occuper des 14 opérations en cours et de deux nouvelles; de même, il n’est alloué que 1,25 % du coût total des opérations de maintien de la paix aux services d’appui administratif et logistique du Siège.

Création d’équipes spéciales intégrées pour la planification des missions et les services d’appui
(
paragraphes 198 à 245)

Le Groupe d’étude recommande de créer des équipes spéciales intégrées, en leur adjoignant du personnel détaché de tout le système des Nations Unies, pour planifier les missions nouvelles et les aider à exécuter intégralement les plans de déploiement, ce qui renforcerait considérablement l’appui fourni aux missions. Il n’existe pas actuellement au Secrétariat de cellule intégrée de planification ou d’appui qui permettrait de réunir les responsables de l’analyse des politiques, des opérations militaires, de la police civile, de l’assistance électorale, des droits de l’homme, du développement, de l’assistance humanitaire, des réfugiés et personnes déplacées, de l’information, de la logistique, des finances et du recrutement.

Des ajustement structurels sont également requis dans d’autres secteurs du Département des opérations de maintien de la paix, en particulier à la Division du personnel militaire et de la police civile, qui devrait être scindée en deux divisions, et à

la Division de l’administration et de la logistique des missions, qui devrait elle aussi être scindée en deux. Le Groupe des enseignements tirés de l’expérience des missions devrait être renforcé et rattaché au Bureau des opérations du Département des opérations de maintien de la paix. Il faut aussi renforcer les services de planification et d’appui en matière d’information au Siège, ainsi que certaines unités du Département des affaires politiques, en particulier le Groupe électoral. À l’extérieur du Secrétariat, il faut renforcer les moyens dont dispose le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme pour planifier et appuyer les composantes des opérations de paix ayant trait aux droits de l’homme.

Il faudrait envisager de créer au Département des opérations de maintien de la paix un troisième poste de sous-secrétaire général, le titulaire de l’un des trois postes ayant le titre de sous-secrétaire général principal et exerçant les fonctions d’adjoint du Secrétaire général adjoint.

Adapter les opérations de paix à l’âge de l’information (paragraphes 246 à 264)

Le recours à des technologies d’information modernes judicieusement utilisées est l’un des instruments clefs de la réalisation d’un grand nombre des objectifs indiqués plus haut; toutefois, des insuffisances d’ordre stratégique, méthodologique et pratique font obstacle à leur utilisation efficace. En particulier, il n’a pas été établi au Siège de responsabilités centrales quant à la stratégie et la politique applicables pour l’application de ces technologies aux opérations de paix. Il faudrait confier cette fonction, dans le domaine de la paix et de la sécurité, à un haut fonctionnaire qui travaillerait dans le cadre du Système de forces et moyens en attente, des homologues étant désignés dans les bureaux des représentants spéciaux du Secrétaire général pour chaque opération de paix des Nations Unies.

Il faudrait aussi mettre en place, à l’intention du Siège et des missions sur le terrain, un réseau Extranet mondial pour les opérations de paix, qui permettrait aux missions d’avoir accès, entre autres, aux bases de données et analyses du Système de forces et moyens en attente ainsi qu’aux enseignements tirés de l’expérience des missions.

Application des recommandations : les défis à relever (paragraphes 265 à 280)

Le Groupe estime que ces recommandations entrent parfaitement dans le cadre de ce que l’on peut raisonnablement attendre des États Membres de l’Organisation. L’application de certaines d’entre elles exigera certes que l’Organisation soit dotée de ressources supplémentaires, mais cela ne veut nullement dire que le meilleur moyen de résoudre les problèmes de l’Organisation consiste simplement à y affecter davantage de ressources. En vérité, l’allocation de fonds ou de ressources ne peut en aucun cas se substituer aux modifications importantes qu’il est impératif d’apporter à la culture de l’Organisation.

Le Groupe d’étude exhorte le Secrétariat à s’inspirer des initiatives prises par le Secrétaire général pour tendre la main aux institutions de la société civile, en ayant constamment à l’esprit que l’Organisation des Nations Unies qu’ils servent est l’organisation universelle par excellence. Les peuples du monde entier sont parfaitement en droit de considérer l’ONU comme leur organisation et donc à porter un jugement sur ses activités et ceux qui les exécutent.

Par ailleurs, la qualité du personnel est extrêmement variable et les fonctionnaires eux-mêmes sont les premiers à le reconnaître : les meilleurs d’entre eux sont

confrontés à une charge de travail déraisonnable pour compenser les insuffisances de ceux qui sont moins compétents qu’eux. Tant que l’Organisation ne fera pas le nécessaire pour devenir une véritable méritocratie, elle ne pourra stopper l’hémorragie de personnel qualifié, parmi les jeunes en particulier. De plus, les personnes qualifiées ne trouveront aucun attrait à travailler pour elle. Si les responsables à tous les niveaux, à commencer par le Secrétaire général et ses collaborateurs, ne s’attaquent pas sérieusement à ce problème en toute priorité, pour récompenser le mérite et écarter le personnel incompétent, des ressources supplémentaires seront gaspillées et il sera impossible de mettre en place des réformes durables.

Les États Membres conviennent eux aussi qu’ils doivent s’interroger sur leur propre manière de procéder et leurs méthodes de travail. Il incombe aux membres du Conseil de sécurité, par exemple, et aux États Membres dans leur ensemble, de donner une expression concrète à leurs déclarations et résolutions, comme l’a fait par exemple la délégation du Conseil qui s’est rendue à Jakarta et Dili lorsqu’a éclaté la crise au Timor oriental l’an dernier. On ne saurait trouver de meilleur exemple de ce que peut être le Conseil de sécurité lorsqu’il décide de passer à l’action.

Les membres du Groupe d’étude exhortent les dirigeants du monde entier rassemblés à l’occasion du Sommet du Millénaire pour renouveler leur attachement aux idéaux des Nations Unies, à s’engager en même temps à doter l’Organisation des Nations Unies de moyens renforcés pour qu’elle puisse s’acquitter pleinement de la mission qui est en fait sa véritable raison d’être : aider les populations en butte à des conflits et maintenir ou rétablir la paix.

La recherche d’un consensus sur les recommandations à présenter dans ce rapport a amené les membres du Groupe d’étude à se forger une idée commune de l’Organisation des Nations Unies, tendant une main ferme et secourable pour aider réellement une population, un pays ou une région à éviter que n’éclate un conflit ou à faire cesser la violence, et d’un Représentant spécial du Secrétaire général qui a mené à bonne fin sa mission et donné au peuple d’un pays la possibilité d’accomplir lui-même ce qui auparavant, était hors de sa portée : instaurer et consolider la paix, trouver la voie de la réconciliation, renforcer la démocratie, garantir le respect des droits de l’homme. Ce à quoi nous aspirons, avant tout, c’est à une Organisation des Nations Unies qui ait non seulement la volonté mais aussi les moyens de répondre aux espérances qu’elle a fait naître et de justifier la confiance que place en elle l’immense majorité des hommes.

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