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« Hitler, Pol Pot et le Pouvoir hutu : Thèmes distinctifs de l’idéologie génocidaire », par le Professeur Ben Kiernan

L’extermination des Juifs par les nazis représente le cas le plus extrême de génocide dans l’histoire. Cette tentative par un État national d’exterminer totalement des millions de personnes désarmées, en moins de cinq ans, grâce à une industrialisation de l’assassinat, n’a guère de parallèles. La destruction massive de cinq à six millions de Juifs et les invasions cataclysmiques de l’Europe et de l’Union soviétique qui ont rendu celle-ci possible ne pouvaient être le fait que d’une économie avancée et d’un État moderne lourdement armé. Pourtant, la machine à tuer nazie se nourrissait aussi à une source plus ancienne. Elle fonctionnait grâce à des leviers idéologiques croisés qui vantaient la race, l’histoire, le territoire et l’agriculture – des notions qui peuvent toutes surgir dans une variété de contextes technologiques.
Ces puissantes préoccupations qui agitaient les Nazis sont aussi caractéristiques d’autres génocides. On retrouve les traits communs de la pensée génocidaire même dans des cas qui n’ont pas eu la puissance destructrice de l’Holocauste. Les préoccupations idéologiques des génocidaires sont souvent apparentes dès le début de leur carrière, avant même qu’ils n’arrivent au pouvoir ou ne créent l’appareil militaire et administratif nécessaire pour perpétrer le génocide.  La description d’éléments communs à de nombreux massacres de masse peut aider à prédire et à prévenir de futurs génocides.

Je mettrai en parallèle l’idéologie nazie et celle de deux autres groupes coupables de génocide : les dirigeants khmers rouges au Cambodge entre 1975 et 1979 et le régime du Pouvoir hutu au Rwanda en 1994. La vision de l’avenir prônée par les dirigeants de ces trois régimes s’inspirait dans chacun des cas d’un passé ancien – mythique et immaculé – peuplé, selon eux, des membres d’une race agraire d’une pureté originelle cultivant des territoires jadis plus étendus et où ne vivaient ni Juifs, ni Vietnamiens, ni Tutsis. Les auteurs des génocides commis contre ces trois groupes partageaient tous les mêmes fantasmes, non seulement de pureté ethnique mais aussi d’antiquité, d’agriculture et d’expansionnisme.  La pensée génocidaire est souvent racialiste, réactionnaire, rurale et irrédentiste.

Hitler louait Arminius (« Hermann »), qui avait annihilé les légions romaines et qu’il considérait comme « le premier architecte de notre liberté », ainsi que le belliqueux monarque médiéval Charlemagne qu’il appelait « l’un des plus grands hommes de l’histoire du monde ». En 1924, il déclarait que « le nouveau Reich doit une fois de plus se lancer sur la longue route qu’ont empruntée jadis les chevaliers teutoniques, afin que le glaive allemand obtienne des terres pour la charrue allemande. »

Son second modèle était l’histoire de Rome, qu’il considérait comme « le meilleur exemple, non seulement aujourd’hui mais à jamais. » Pour lui, le génocide des Carthaginois par Rome en 146 av. J.-C. représentait « la lente exécution d’un peuple en se servant de son propre désert. » La Sparte de l’époque classique était le troisième modèle dont s’inspiraient les nazis. En 1928, Hitler estimait qu’un État doit « limiter le nombre de ceux qui ont le droit de vivre » et ajoutait : « Les Spartiates se sont jadis montrés capables de prendre une mesure aussi sage… Si 6 000 Spartiates ont été en mesure de soumettre 350 000 hilotes, ce fut uniquement à cause de leur supériorité raciale. » Ils avaient créé « le premier État racialiste. » Lorsqu’il envahit l’URSS en 1941, Hitler compara les citoyens soviétiques aux hilotes, et ses troupes aux Spartiates : « Ils vinrent en conquérants et s’emparèrent de tout. » Un officier nazi précisa que « les Allemands devraient assumer la position des Spartiates alors que… les Russes représenteraient les hilotes. »

« Je viens d’apprendre que les armées romaines se nourrissaient presque exclusivement de céréales », notait Hitler un peu plus tard. Et il ajoutait que l’Ukraine et la Russie « seraient un jour les greniers à blé de l’Europe », mais cette responsabilité ne leur serait dévolue qu’une fois que des Allemands y auraient fondé des colonies agraires. « Les Slaves sont une masse d’esclaves nés », proclamait-il, mais le paysan allemand, « exploite chaque centimètre de terre avec zèle ». Par conséquent, « pendant tout l’hiver, nos villes reçoivent des fruits et des légumes frais. Il n’y a rien de plus merveilleux que l’horticulture. » Les Allemands étaient un peuple plus avancé parce que « nos ancêtres étaient tous paysans. » Mais le pays souffrait d’une industrialisation excessive et « nuisible », provoquant « l’affaiblissement de la paysannerie ». Pour Hitler, « une classe paysanne saine est le fondement de la nation… Une lignée solide de petits paysans a été de tous temps la meilleure protection contre tous les maux de la société. » Le futur de l’Allemagne, proclamait-il en 1933, « dépend exclusivement de la conservation de la paysannerie. »

Pour les Nazis, le Juif était le citadin par excellence. Une pensée anti-urbaine renforçait la virulence de leur antisémitisme. À l’apogée de la Shoah, les idéologues nazis continuaient à s’intéresser non seulement aux théories raciales, au génocide et à la guerre d’expansion mais aussi à l’antiquité et à l’agrarianisme.

Le guide des anciens temples du Cambodge publié par le régime de Pol Pot révèle l’intérêt officiel que portait celui-ci à l’antiquité. Il commence ainsi : « Angkor Vat a été construit entre 1113 et 1152. » Des ennemis comme la minorité Cham, victime de génocide sous Pol Pot, ne désarmaient jamais. Le temple d’Angkor Thom, continuait le guide, a été construit « après l’invasion des troupes Cham, qui, en 1177, détruisirent complètement la capitale. » Dans une autre publication, on peut lire : « Les merveilleux monuments d’Angkor sont considérés par l’humanité tout entière comme les pièces maîtresses d’une civilisation brillante et de l’esprit créateur des travailleurs du Kampuchea. » Comme l’expliquait Pol Pot lui-même, « si notre peuple peut construire Angkor, rien ne peut nous arrêter. » Sa victoire en 1975 était « d’une signification bien plus grande que la période d’Angkor. » Le stalinisme et le maoïsme offraient au parti communiste du Kampuchea (PCK) les moyens politiques de rivaliser avec son modèle médiéval et de restaurer la tradition rurale d’une ère imaginaire pendant laquelle, toujours selon Pol Pot, « notre société était bonne et saine. »

Le maoïsme renforça le culte des khmers rouges pour la vie rurale. Dans les années soixante, le régime du prince Sihanouk les dénonça parce qu’ils « incitaient la population à boycotter les écoles et les hôpitaux et à quitter les villes. » Les rebelles, quant à eux, disaient de Sihanouk : « Qu’il laboure la terre comme nous, pour une fois. » Dans ses mémoires, l’ancien chef d’État du CPK, Khieu Samphan, narre sa rencontre avec Mok, le commandant de la guérilla dans la jungle. Son compte-rendu donne à penser qu’il était fasciné par le côté romantique de la ruralité. Mok était habillé « comme tous les paysans » de shorts noirs et d’une chemise ouverte à manches courtes. « La lumière diffuse de la lampe n’en révélait pas moins des yeux profonds et perçants qui brillaient dans son visage barbu. » Mok « se déplaçait avec aisance,… la poitrine parfois nue, révélant une peau et des bras velus… En fait, je devins parfaitement conscient de mes propres limites, au milieu de toute cette activité. Mais surtout, je ressentais de la fierté à voir cet homme, que je considérais comme un paysan, devenir l’un des grands dirigeants d’un mouvement de résistance nationale. »

Au fur et à mesure de sa progression dans les campagnes, le PCK divisait la société khmère en « classes ». En théorie, la classe des travailleurs était « dirigeante », mais en pratique, « les trois couches les plus basses de la paysannerie » formaient « la base » de la révolution rurale du parti. Après sa victoire en 1975, le PCK vida les villes cambodgiennes de force tout en reconnaissant que : « Nous ne nous appuyions pas de façon concrète sur les forces des travailleurs… Ils n’étaient pas à la pointe du combat. Concrètement, il n’y avait que les paysans. » La vision du PCK restait rurale. « L’eau coule librement, s’extasiait Samphan, et quand il y a de l’eau, le paysage est frais, les plantes sont fraîches, la vie est fraîche et les gens sourient… Les paysans pauvres ou de basse classe sont contents. La paysannerie de classe moyenne aussi. »

« Ceux qui sont issus des anciennes couches de paysans pauvres ou de basse classe sont contents, en très grande majorité… parce que maintenant, ils peuvent manger toute l’année et rejoindre la classe paysanne moyenne. » Cela semblait être la vision d’avenir du parti. Celui-ci alla même plus loin que le maoïsme lorsqu’il annonça que la campagne elle-même, et non le prolétariat urbain, était à la pointe de la révolution : «  Nous avons évacué les gens des villes, c’est cela notre lutte des classes. » Pour écraser leurs « ennemis », les cadres du PCK faisaient appel à des métaphores agricoles comme « arracher l’herbe,  déterrer les racines » et proclamaient que les cadavres de leurs victimes serviraient « d’engrais ».

Le culte agraire se doublait d’un expansionnisme territorial. Le régime lança des attaques contre tous ses voisins : le Vietnam, la Thaïlande et le Laos. On ne connaît pas le coût en vies cambodgiennes, mais d’après Hanoi, les Khmers rouges ont tué environ 30 000 civils et soldats vietnamiens au cours de près de deux années de raids transfrontaliers. Pol Pot voulait « fouetter la haine nationale et la haine de classe à l’égard de l’agresseur vietnamien. » Les raids à l’intérieur du Vietnam permettraient de « tuer l’ennemi à volonté et les méprisables Vietnamiens hurleront sûrement comme des singes dans toute la forêt. » Le Cambodge déclara qu’il étendait sa frontière maritime et projetait des changements territoriaux dans le « Bas-Cambodge » (Kampuchea Krom ), une région qui faisait partie du Vietnam depuis le début du dix-neuvième siècle. Beaucoup de dirigeants du PCK avaient pour objectif déclaré de « reconquérir le Kampuchea Krom ». Pol Pot ordonna à ses troupes « d’y aller et de mener une guérilla pour prendre l’ennemi à la gorge ». Un rapport du PCK affirmait que la majorité de la population de la région aspirait à « rejoindre l’armée kampuchéenne pour tuer tous les Vietnamiens [komtech yuon aoy os]. » Au Cambodge même, le parti accusait la plupart de ses victimes khmères d’avoir « un cœur vietnamien dans un corps khmer ». Le régime lança l’un des pires massacres de Cambodgiens en appelant à « purifier… les masses populaires. » De 1975 à 1979, le régime communiste causa la mort d’environ 1 700 000 personnes,  suite au travail forcé, aux maladies, à la faim ou aux assassinats « d’ennemis » politiques ou ethniques, y compris les minorités vietnamiennes et Cham. La race, l’histoire, l’agriculture et le territoire, toutes ces obsessions ont joué un rôle dans le génocide cambodgien.

Jadis, le Rwanda était un paisible royaume hutu, « avant l’arrivée des Tutsis », écrivait l’un des principaux auteurs du génocide de 1994. Il affirmait que « les Hutus de la grande famille bantoue et les Twa, ou pygmées, d’un groupe ethnique moins important, vivaient en harmonie depuis au moins le neuvième siècle. » Puis, au seizième siècle arriva du Nord une race d’intrus, les « Tutsis d’Abyssinie ».

En 2003, le Tribunal pénal international pour le Rwanda a condamné le plus important historien chauviniste hutu, Ferdinand Nahimana, pour faits de génocide. Celui-ci avait commencé ses recherches en 1978 dans le nord-ouest du Rwanda, pays d’origine du président Juvénal Habyarimana et de sa femme, Agathe Kanziga, une princesse de la cour hutue locale de Bushiru. Nahimana écrivit que bien avant « l’arrivée et l’installation du pouvoir tutsi » dans tout le Rwanda, les Hutus du nord s’étaient organisés en « États », dont chacun avait une longue histoire. S’inspirant de compte-rendus oraux par « des descendants directs des derniers princes hutus », Nahimana établit une liste de neuf royaumes, avec leurs dirigeants. Il fit remonter ces royaumes hutus très loin dans le temps en comptant trente-trois ans par règne et calcula qu’ils avaient tous « émergés au seizième siècle (six monarchies) et au dix-septième siècle (trois monarchies). » Le premier roi de Bushiru aurait ainsi régné de 1600 à 1633 ; le fondateur de Buhoma « a régné de 1499 à 1532 ». Ce n’est qu’après « 429 années (1499-1928) » que Buhoma est tombée sous « l’occupation tutsi. » Le génocide des Tutsis était donc en partie une tentative de redresser cette erreur historique. 
Comme pour les nazis et les khmers rouges, l’idéologie génocidaire du Pouvoir hutu mélangeaient des idées de race et d’histoire avec des notions d’agriculture et de territoire. Nahimana concluait, par exemple, que le terme umuhinza, qui désignait les dirigeants hutus du Nord soumis à la monarchie tutsie, dérivait d’un mot qui voulait dire à la fois « prospérité agricole » et « sécurité territoriale ». Les princes hutus du nord-ouest avaient gardé un certain prestige rituel grâce à ce titre, qui signifiait en partie « fermier par excellence dirigeant un peuple de cultivateurs », ou « président des récoltes ». Les régimes hutus voyaient dans la minorité tutsie du Rwanda non seulement des oppresseurs historiques mais aussi des citadins ou des pasteurs, et non de rudes cultivateurs comme les Hutus. La vie et le travail à la campagne devinrent les symboles fétiches du Pouvoir hutu. Nahimana chantait les intellectuels qui « ont pris la houe, le sécateur ou tout autre outil manuel et ont rejoint les masses paysannes pour remuer la terre de leurs mains et vivre la réalité du travail manuel… Ensemble, ils ont redonné sa grandeur à la houe. » Nommé directeur du Bureau de l’information en 1990, Nahimana décida de permettre « enfin » à la “vérité rurale” de voir le jour ».

La radio du Pouvoir hutu, Radio Télévision Libre des Milles Collines (RTLM), combinait les thèmes agraires avec un racisme virulent. Elle proclamait en 1993 que « les Tutsis sont des nomades et des envahisseurs venus au Rwanda en quête de pâturages. » Le rédacteur en chef de RTLM déclarait, trois semaines avant le début du génocide en avril 1994 : « Nous avons une radio ici, même un paysan qui veut dire quelque chose peut venir et nous lui donnerons la parole. Ainsi, d’autres pourront entendre ce que pensent les paysans. » À la mi-mai, alors que les massacres atteignaient leur apogée, RTLM exhorte à continuer d’« exterminer les Tutsis partout dans le monde » et à « les faire disparaître une fois pour toutes ». Un auditeur, devenu tueur, a expliqué au chercheur Charles Mironko qu’il avait entendu diffuser des déclarations du genre : « quand les Hutus sont aux champs, ils ont une arme » et « si l’ennemi apparaît, vous vous tirez dessus. Quand il bat en retraite, tu reprends ta houe et ton travail aux champs ! » Pour encourager la chasse aux Tutsis, on utilisait des slogans comme « nettoyer les buissons », « séparer l’herbe du millet » et « arracher les orties jusqu’à la racine ». Radio Rwanda, la radio officielle, exhortait aussi la population à pourchasser les Tutsis, comme le 12 avril : « Travaillez en commun pour nettoyer les buissons, fouillez les maisons, en commençant par celles qui sont abandonnées, fouillez les marais de la région, pour être sûrs qu’aucun inyensi [cafards, c’est-à-dire les Tutsis] n’a pu s’y glisser. »

Plus tard, le préfet de Kigali devait déclarer que les tueries de 1994 étaient le résultat d’une provocation, à savoir l’attaque par l’ethnie tutsi du paradis agraire hutu. Il reportait la faute des massacres soi-disant « interethniques » sur « l’armée tutsie mono-ethnique » d’opposition, qui avait troublé « les douces années de la Seconde République, quand le lait et le miel coulaient à flot. »

La vision du monde du Pouvoir hutu était, elle aussi territoriale, avec un double expansionnisme aux visées à la fois internes et externes aux frontières du Rwanda. Non seulement le coup d’Etat d’Habyarimana en 1973 avait amené au pouvoir une princesse bushiru, écrit Gérard Prunier, mais il avait entraîné une vague de « vengeance nordiste », par une faction « férocement hutu », contre les communautés hutues du sud, plus libérales et plus tolérantes. Après la mort d’Habyarimana le 6 avril 1994, les chauvinistes du nord se lancèrent immédiatement dans le génocide des Tutsis. Prunier les appelle « les vrais gens du nord-ouest, les représentants du “petit Rwanda” qui avaient conquis le grand Rwanda. » Leur campagne laisse à penser qu’ils avaient l’intention d’étendre au Rwanda tout entier la pureté ethnique des Hutus de Bushiru, transformant une identité régionale en une forme racialisée d’irrédentisme intérieur.

Les ambitions ethno-territoriales du  Pouvoir hutu ne se limitaient pas au pays-même. Nahimana faisait valoir que le royaume précolonial tutsi du Rwanda avait aussi « étendu son influence » sur l’est du Congo et le sud de l’Ouganda, sans que « son influence n’entraîne une soumission politique et administrative » des entités politiques locales. Comme les royaumes hutus du nord-ouest, « les territoires s’étendant au-delà du Rwanda moderne n’ont jamais cessé d’être dirigés par leurs propres autorités. » Il existait donc une justification historique pour une alliance anti-tutsi dépassant les frontières du pays. Selon Nahimana, les puissances coloniales européennes avaient, elles aussi, « assassiné et mutilé » le Rwanda et l’avaient « amputé » en annexant des districts parlant le kinyarwanda à deux de leurs colonies, le Congo et l’Ouganda. Lors de la chute du Pouvoir hutu en 1994, les prétentions hutues traditionnellement limitées au nord-ouest englobaient le reste du Rwanda et débordaient même de ses frontières. La violence génocidaire du Pouvoir hutu contamina les pays voisins où il s’attaquait aux minorités tutsies. Comme l’a fait remarquer Rick Orth, « non seulement ils continuaient d’assassiner les Tutsis au Rwanda, mais ils visaient aussi les Tutsis Banyarwanda qui vivaient dans la partie orientale du Congo. » Là, les milices hutues se déployèrent dans les provinces du Kivu, massacrèrent les pasteurs tutsis locaux et s’engagèrent sur le plateau du Masisi dans l’espoir « d’éliminer les Tutsi Banyamasisi. » Prunier explique que de cette façon, ils pourraient créer « une sorte de “Hutuland” qui pourrait soit servir de base pour la reconquête du Rwanda, soit, en cas d’échec, permettre de créer un nouveau Rwanda en-dehors des frontières du premier. »

Une brève comparaison des trois génocides du XXème siècle montre que l’histoire de l’Holocauste nazi contient des signes précurseurs qui éclairent les génocides qui ont suivi, voire ceux qui sont à venir. En plus d’un racisme violent et de préjugés religieux, une obsession avec l’antiquité, l’agriculture et l’expansionnisme peuvent souvent devenir les signes annonciateurs d’un génocide.

Questions pour la discussion :

Les documents de réflexion fournissent un forum de discussion pour les spécialistes de l’Holocauste et de la lutte contre les génocides, afin de soulever des questions qui nourrissent le débat et la recherche. Il a été demandé à ces auteurs, provenant de cultures et de contextes très variés, de rédiger des articles basés sur leurs points de vue et expériences personnels.Les opinions exprimées par ces spécialistes ne reflètent pas nécessairement celles des Nations Unies.