ONU Bienvenue aux Nations Unies. C'est votre monde.

L'Holocauste et les Nations Unies
Programme de communication

Haut de page

Documents de réflexion

« Le rabbin Leo Baeck et le Leo Baeck Institute : une réponse à la persécution nazie, au déplacement des Juifs et à la mémoire post-Holocauste »,

William H. Weitzer, directeur exécutif du Leo Baeck Institute

En décembre 1945, le rabbin Leo Baeck, qui a survécu deux années durant dans le camp de concentration de Theresienstadt (Terezin), déclarait que « l’histoire des Juifs allemands est résolument arrivée à son terme » après que plus d’un demi-million de Juifs d’Europe centrale ont été soit forcés à s’enfuir, soit tués dans les camps de concentration nazis1. Toutefois, en dépit de son jugement très sévère à la suite de l’Holocauste, le rabbin Leo Baeck n’a pas tourné le dos à l’histoire des Juifs allemands. Il a joué un rôle clé dans la création du Leo Baeck Institute, qui depuis 60 ans, perpétue le récit historique judéo-allemand.

L’histoire germano-juive n’a pas pris fin avec la Seconde Guerre mondiale. Un grand nombre de Juifs germanophones avaient quitté l’Europe avant la guerre et quelques autres avaient survécu aux horreurs des camps. Aujourd’hui, les Juifs germanophones vivent dans le monde entier, en particulier aux États-Unis, en Israël, au Royaume-Uni et en Australie. Après 1945, les Juifs et plusieurs autres personnes déplacées persécutés dans leurs anciens pays de résidence en Europe de l’Est ont trouvé refuge en Allemagne. À la suite de l’effondrement de l’Union soviétique et d’une autre migration massive vers l’ouest, plus de 200 000 Juifs vivent en Allemagne aujourd’hui. La plupart d’entre eux sont venus de Russie après 1989.

Le Leo Baeck Institute veille à ce que les acquis de centaines d’années d’histoire germano-juive restent dans la mémoire. L’Institut offre un espace et des ressources pour la recherche, le souvenir, et pour rendre pertinente aux yeux du monde entier une histoire importante d’assimilation, d’accomplissement, de destruction et de survie.

Présentation du Leo Baeck Institute

La première preuve de la présence de Juifs en Europe centrale remonte à l’Empire romain, 300 ans apr. J.-C., à Cologne. Après le Siècle des Lumières, les Juifs en Europe centrale et en Europe de l’Est ont été progressivement intégrés dans la société et ont finalement été en mesure de participer à la vie politique, économique, et intellectuelle. Cette croissance et assimilation a culminé dans les années 1920 et 1930 en Allemagne, en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Pologne, et en Europe centrale et de l’Est, jusqu’à ce que le parti national-socialiste arrive au pouvoir en 1933. Plus de 200 000 Juifs germanophones ont péri lors de l’Holocauste. Plus de 250 000 réfugiés et survivants ont trouvé de nouveaux foyers dans 97 pays à travers le monde. Les nazis ont également anéanti les acquis germano-juifs de six générations, en commençant par la génération de Moses Mendelssohn dans les années 1760, lorsqu’ils ont détruit non seulement la culture des Juifs en Europe centrale, mais aussi l’essentiel des réalisations culturelles de l’Allemagne dans son ensemble.

En 1955, dix ans seulement après la Seconde Guerre mondiale, un groupe d’intellectuels émigrés (parmi lesquels Ernst Simon, Robert Weltsch, Martin Buber, et Gershom Scholem) s’est réuni à Jérusalem en vue d’établir un institut visant à préserver l’histoire germano-juive. C’est ainsi que le Leo Baeck Institute a été créé dans le but de préserver l’histoire des Juifs germanophone après leur expulsion, leur meurtre et leur destruction dans leurs pays d’origine, et afin de documenter l’évolution extraordinaire de l’histoire juive et allemande. Le rabbin Leo Baeck a accepté d’en être le premier président, et des centres indépendants ont été établis à Londres, Jérusalem, et New York.

Aujourd’hui, le Leo Baeck Institute abrite des archives contenant plus de 3 millions de documents, 80 000 livres, 25 000 photographies et 8 000 œuvres d’art et autres vestiges. Ces collections documentent avec force détails la vie et les réalisations des Juifs allemands durant l’ère moderne. Le large éventail de documents appartenant à des individus et des familles donne un aperçu du vécu quotidien des Juifs au sein de la société allemande. Tous les aspects de cette société – de la campagne à la périphérie des grands centres urbains, du secteur de la distribution au niveau industriel, de la vie quotidienne aux postes les plus élevés de la vie politique et universitaire – sont documentés avec des articles et publications originaux afin de donner une image complète de l’expérience germano-juive.

Rabbin Leo Baeck – Chef de communauté juive libérale d’Allemagne

La vie et l’œuvre de Leo Baeck constituent un exemple type de la culture du judaïsme germanophone durant la période fertile entre l’unification de l’Allemagne en 1871 et la montée du nazisme en 1933. Le rabbin Baeck a été un ardent défenseur d’une théologie qui interprétait la tradition juive comme l’expression de valeurs universelles, qui rendait possible, voire impérative, la pleine participation à la vie civique allemande pour la minorité juive. Il est devenu le symbole d’une assimilation qui a toujours embrassé l’identité juive et, après 1933, le porte-flambeau de la réponse organisée des Juifs à la persécution nazie.

Comme théologien et figure de proue, Leo Baeck faisait l’objet de vives critiques. Les traditionalistes ont attaqué sa théologie libérale et son attitude culturelle à l’égard de la pratique de la religion et de l’identité culturelle. Après la guerre, sa réponse à l’effondrement de la société civile en Allemagne a fait l’objet d’accusations beaucoup plus graves, formulées particulièrement par Hannah Arendt dans son rapport sur le procès Eichmann au début des années 1960. Pourtant, la description de Baeck comme trop passif – au mieux, naïf au sujet du danger que représentait Auschwitz, et au pire, malhonnête – fait abstraction d’une décennie de plaidoyer courageux, durant laquelle Baeck a refusé de saisir les occasions qui lui étaient offertes de s’enfuir, et a choisi de rester en Allemagne pour aider son peuple.

L’essentiel du récit historique de la vie de Leo Baeck et la réponse germano-juive est conservé dans les archives et la bibliothèque du Leo Baeck Institute. Il révèle une réponse étonnamment vigoureuse et rationnelle des Juifs allemands. Tout comme celle de la communauté internationale, la réponse a été insuffisante, et n’a pas réussi à empêcher une destruction d’une ampleur sans précédent. Mais plutôt que de s’appesantir sur une incapacité à prédire l’avenir, il est intéressant d’examiner les décisions et les actions de Leo Baeck et la communauté qu’il a dirigée en tenant compte des possibilités liées au contexte de l’époque.

Jeunesse et principaux travaux du rabbin Leo Baeck

Leo Baeck est né à Lissa (aujourd’hui Leszno, en Pologne) dans la province allemande de Posen le 23 mai 1873. Fils de rabbin, il a fréquenté le Séminaire théologique juif conservateur à Breslau (aujourd’hui Wroclawson, en Pologne) avant de se rendre à Berlin pour poursuivre ses études au Lehranstalt für die Wissenschaft des Judentums (Académie d’études juives), qui était de tradition plus libérale. En 1897, il avait obtenu son premier poste de rabbin à Oppeln (aujourd’hui Opole, en Pologne).

À Oppeln, Baeck a imprimé sa marque en tant qu’intellectuel et théologien moderne à travers la publication de l’ouvrage Das Wesen des Judentums (L’Essence du judaïsme) en 1905. Écrit en réponse à l’ouvrage d’Adolf von Harnack, intitulé Das Wesen des Christentums (L’Essence du christianisme), le livre constitue une plaidoirie passionnée sur la pertinence du judaïsme. Pour Harnack, le judaïsme était un culte fondé sur des rituels et des lois dépassées. La réponse de Baeck situait l’essence de cette religion à l’intersection entre l’éthique rationnelle et une expérience personnelle du divin. Le commandement selon lequel il est nécessaire de rechercher dans les saintes Écritures des principes éthiques, fait-il valoir, fait du judaïsme une tradition évolutive, perpétuellement moderne de la pensée critique.

En 1912, Leo Baeck a été appelé à Berlin, où il a travaillé à la fois comme un rabbin à la grande synagogue de Fasanenstraße et comme chargé de cours à la Hochschule für die Wissenschaft des Judentums (Université pour l’étude du judaïsme ; le Lehranstalt a été rebaptisé en 1922).

Le service pendant la Première Guerre mondiale et l’antisémitisme

Le rabbin Leo Baeck a travaillé pour l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale en tant que figure de proue de l’Association of Field rabbis. Contrairement aux aumôniers de terrain des confessions chrétiennes, les rabbins n’avaient pas de salaire. Durant la guerre, les Juifs allemands faisaient valoir leur sens de patriotisme à travers des combats en nombre disproportionné. Un Juif sur cinq en Allemagne (100 000 au total) a servi dans l’armée allemande, et 12 000 soldats juifs ont perdu la vie dans le conflit. En dépit de la contribution des Juifs allemands, leur patriotisme n’a pas été honoré. En 1916, lorsque l’armée allemande cherchait des boucs émissaires pour porter la responsabilité de l’échec de l’effort de guerre, elle a procédé à un recensement dans l’espoir de montrer que les Juifs se dérobaient à leurs obligations. Cependant, l’enquête ayant montré qu’en réalité les Juifs combattaient et mouraient pour l’Allemagne, les résultats ont été étouffés.

En dépit du fait que bien des Juifs percevaient le service de guerre loyal comme une occasion de cimenter leur statut en tant que membres de la société allemande, les expériences amères du recensement des Juifs et des théories de la conspiration antisémites nées après la capitulation de l’Allemagne en 1918 ont semé le mal-être et la division au sein de la communauté juive d’Allemagne. Les camps sionistes et socialistes voyaient leur avenir dans l’émigration ou la révolution, tandis que les groupes d’anciens combattants tels que le Reichsbund Jüdischer Frontsoldaten (Association des anciens combattants juifs) ont embrassé le nationalisme allemand dans l’espoir d’être acceptés.

Leo Baeck, de concert avec le vaste courant de la société juive, a opté pour la démarche pragmatique de plaidoyer de la Jewish jüdischen Glaubens Centralverein deutscher Bürger (Association allemande des citoyens de confession juive), qui a combattu la discrimination devant les tribunaux et organisé une campagne de relations publiques visant à présenter les Juifs allemands comme des citoyens modèles contribuant à la richesse culturelle de l’Allemagne. En 1918, Baeck est retourné à Berlin travailler au Ministère de la culture de Prusse en tant qu’expert en hébreu. En plus de sa fonction de rabbin et chargé de cours à la Hochschule, Leo Baeck est également devenu président de Allgemeiner Deutscher Rabbinerverband (Union des rabbins allemands) en 1922. Il a été élu président de l’Ordre allemand B’nai B’rith en 1924.

Malgré la menace réelle et croissante qui pesait sur la sécurité des Juifs et des désaccords sur les moyens d’y faire face, les Juifs prospéraient dans la République de Weimar. Durant ces 15 années, cinq des neuf lauréats allemands du prix Nobel étaient des Juifs. La faculté de l’université juive a créé la Théorie critique, un mouvement dont l’écho devait résonner dans le discours universitaire pendant des générations. Alfred Döblin a transformé la littérature, donnant à la métropole moderne elle-même un personnage dans son roman Berlin Alexanderplatz. Max Reinhardt a porté le Deutsches Theater de Berlin à l’avant-garde du théâtre international. Billy Wilder, Max Ophuls, et Ernst Lubitsch ont fait du cinéma le moyen par excellence de raconter l’histoire du XXe siècle. Magnus Hirschfeld a introduit des méthodes scientifiques pour l’étude de la sexualité humaine et lancé un mouvement de défense des droits des homosexuels. Les Juifs sont devenus des médecins, des avocats et des fonctionnaires de premier plan. Des penseurs religieux juifs comme Leo Baeck, Martin Buber, et Franz Rosenzweig ont donné un nouvel élan à la vie religieuse juive.

Arrivée au pouvoir des nazis

En 1933, avec l’arrivée des nazis au pouvoir, les médecins, les avocats et fonctionnaires juifs ont tous perdu leur statut. Les artistes juifs et autres artistes modernes ont été déclarés « dégénérés » et les propriétaires d’entreprises juives ont fait l’objet de boycott et d’une vague de propagande offensive. Plusieurs ont cru que ces difficultés étaient passagères et que les mauvais gouvernements vont et viennent. Dans un essai écrit en octobre 1933, Leo Baeck a exprimé son scepticisme concernant les principes de base de l’existence juive en Allemagne. Il se posait la question de savoir si « les Juifs ont jamais été des sujets d’histoire » plutôt que « des objets pour d’autres nations et groupes de personnes2 ». Au cours des cinq années suivantes, les Juifs ont souffert d’une oppression croissante en Allemagne, et de nombreux jeunes gens ont émigré. Néanmoins, la communauté juive a continué à s’organiser par l’entremise de groupes comme le Jüdischer Kulturbund (la Ligue culturelle juive), qui donnait une chance aux artistes juifs qui n’étaient plus autorisés à se produire pour les non-Juifs. Même les plus pessimistes étaient loin de s’imaginer que l’étau n’allait cesser de se resserrer autour des Juifs jusqu’au génocide.

En 1933, Leo Baeck a été élu président de la Reichsvertretung der deutschen Juden (Représentation nationale des Juifs allemands), une organisation faîtière des groupes germano-juifs fondés en vue de défendre les intérêts des Juifs allemands face à la persécution nazie. En 1935, l’organisation a dû changer de nom pour obéir à la perception nazie selon laquelle il n’y avait pas de « Juifs allemands » mais seulement des « Juifs en Allemagne ». Elle est devenue le Reichsverband der Juden in Deutschland (Organisation nationale des Juifs en l’Allemagne). En sa qualité de chef de l’organisation, Baeck s’est employé à lutter contre la discrimination et la persécution et à aider les Juifs allemands à garder le moral. Certes, il n’a jamais été sioniste, mais Baeck a également aidé des Juifs à émigrer ailleurs, y compris en Palestine. Il se voyait comme un interlocuteur réticent de l’administration nazie mais avait la ferme conviction que sa place était en Allemagne, préconisant toutes les mesures possibles pour protéger les Juifs. Malgré les possibilités qui lui étaient offertes d’émigrer, il est resté à Berlin.

En mars 1938, en raison de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, 185 000 Juifs autrichiens, jusque-là épargnés des pires persécutions, se sont retrouvés dans la même situation que leurs frères allemands. Le problème nazi est donc devenu une crise européenne. L’espoir des Juifs allemands et autrichiens reposait désormais sur une solution internationale.

En juillet 1938, le président Roosevelt a organisé la conférence d’Évian, réunion des 32 principales nations, en vue de discuter de la crise et de trouver des pays de refuge pour les Juifs allemands et autrichiens. La réunion était porteuse d’espoir, mais n’a pas débouché sur des solutions concrètes. Les pays européens ont affiché une très sobre volonté d’accepter les réfugiés. En revanche, les pays d’Amérique latine ont proposé leur hospitalité au-delà de leurs quotas. Un article publié en première page du numéro d’Aufbau – la revue en langue allemande publiée par les réfugiés juifs à New York – du 1er août 1938 a exprimé le degré d’optimisme et salué le fait qu’il s’agissait là de la toute première conférence intergouvernementale consacrée aux réfugiés, par rapport aux comités de la Ligue des Nations. « Si nous sommes moins pessimistes cette fois-ci, nourrissant même al’espoir d’obtenir des résultats, nous devons être reconnaissants envers tout d’abord le président Roosevelt et ensuite le Secrétaire d’État Hull3. »

Peu de temps après l’annexion de l’Autriche, l’Allemagne a envahi la Tchécoslovaquie en début octobre pour occuper les territoires frontaliers (région des Sudètes) puis l’ensemble du pays l’année suivante. Fin octobre 1938, la Pologne n’admettait pas sur son territoire les Juifs polonais « apatrides » qui avaient été expulsés d’Allemagne. Le 1er novembre 1938, Aufbau a fermement condamné l’échec de la communauté internationale à passer le « grand test » et résoudre la crise des réfugiés. « Le démon de l’Accord de Munich frappe la terre tout entière », écrivaient les rédacteurs dans un article en première page, « après que les chefs de gouvernement de soi-disant démocraties ont jeté un peuple brave et humain dans la gueule de l’insatiable barbarie de la croix gammée... La conférence d’Évian n’est pratiquement plus qu’un lointain souvenir et le sourire arrogant sur le visage des Juifs américains se meurt… » 4.

C’était une semaine avant Kristallnacht. Durant la Nuit de cristal, des synagogues ont été incendiées, des biens ont été détruits et des personnes ont été tuées partout en Allemagne et dans les territoires sous contrôle nazi. Les Juifs étaient envoyés dans des camps de concentration et tués en masse. Le résultat a été une autre vague d’émigration massive de l’Allemagne vers les pays sous occupation nazie.

La communauté juive n’a néanmoins pas baissé les bras. En août 1939, peu avant le début de la guerre, Leo Baeck a adressé aux réfugiés juifs allemands du monde entier une lettre publiée dans Aufbau, intitulée « Un monde de confort du Dr Leo Baeck. » Il a fait état des difficultés auxquelles il était confronté dans son travail au nom des Juifs encore en Allemagne. « Le travail doit être fait. Je suis réconforté lorsque je m’informe sur les ressources dont dispose le peuple juif, des ressources énergétiques et des intelligences... En tant qu’individus, ces personnes sont souvent déprimées et colériques ; en tant que groupe, elles sont très respectables5. » Après six ans et demi de répression en plus d’une détérioration de plus en plus accélérée de la situation des Juifs en Allemagne, Leo Baeck a continué à maintenir le peu d’espoir qui pouvait encore exister.

Seconde Guerre mondiale

Le 1er septembre 1939, les armées nazies ont envahi la Pologne et déclenché la Seconde Guerre mondiale. Le 1er octobre 1939, Aufbau a publié l’article-vedette sous le titre « Schm’a Yisroel ! » Sous la pluie de bombes. Comment la mort ravage les Juifs de Pologne », dans lequel « à partir de la multitude des nouvelles et de la surabondance d’atrocités et de cruautés », il y avait un récit des tueries de masse et des bombardements massifs des synagogues et des écoles juives6. Malgré la conscience de l’intensification de la brutalité de l’agression nazie à partir de 1933, l’invasion de la Pologne et le début des tueries de masse étaient au-delà des prévisions les plus catastrophiques et ont dû dépasser tout entendement. Leo Baeck et son adjoint Otto Hirsch ont pris des mesures en tant que dirigeants de la Reichsverband. Ils ont conduit un important groupe de professionnels hautement qualifiés, dont certains plus tard ont constitué le groupe fondateur du Leo Baeck Institute, afin de favoriser l’émigration et d’atténuer la persécution en raison de l’aggravation de la situation.

Leo Baeck a refusé de quitter l’Allemagne ou sa communauté même après l’incendie et le pillage des entreprises juives et des synagogues (y compris sa congrégation locale à Fasanenstraße) en novembre 1938. Il aurait affirmé qu’il quitterait l’Allemagne seulement lorsque tous les autres Juifs seraient partis. Il est resté le président symbolique du Reichsverband lorsque le mouvement a été placé sous le contrôle des Nazis. Lorsque l’organisation a finalement été dissoute en 1943, Leo Baeck, alors âgé de 70 ans, a été envoyé au camp de concentration de Theresienstadt (Terezin) avec des membres de sa famille.

Pendant son séjour à Theresienstadt, Leo Baeck a continué à enseigner, organisant des conférences sur la philosophie et la religion. Il a refusé de participer à l’administration du camp en tant que membre du conseil des sages et a plutôt choisi d’effectuer des travaux pénibles. Il a également commencé la rédaction d’un manuscrit qui allait plus tard devenir Dieses Volk – Jüdische Existenz, (Ce Peuple Israël : la signification de l’existence juive)7, qui est une interprétation de l’histoire juive. Le camp a été libéré en mai 1945 par l’Armée rouge. Le rabbin Leo Baeck a survécu, tandis que ses quatre sœurs ont péri à Theresienstadt.

Préserver le passé après l’Holocauste

Après la libération du camp, Leo Baeck s’est rendu en Angleterre où vivait sa fille Ruth. Il a reçu de nombreuses mentions honorifiques et décorations en raison des efforts qu’il a déployés sous le régime nazi, et a passé l’essentiel des années qui ont suivi à voyager, à donner des conférences, à écrire et à contribuer à la création de plusieurs organismes de secours pour la communauté juive européenne.

Lorsque le Leo Baeck Institute a été créé dans les années 1950, il n’était guère le résultat d’un désir populaire d’évoquer les jours de symbiose judéo-allemande. Peu de gens s’intéressaient à remuer les souvenirs douloureux de l’Holocauste, et bien peu encore voulaient se souvenir de que ce certains considéraient comme l’expérience ratée de l’assimilation judéo-allemande. Le miracle économique de la République fédérale d’Allemagne battait son plein, le nouvel État d’Israël constituait un point de ralliement pour la diaspora juive, et les États-Unis étaient enfermés dans un nouveau conflit terrifiant avec l’Union soviétique. Toutefois, les fondateurs du Leo Baeck Institute affichaient le courage et la clairvoyance de jeter un regard dans le passé lorsque la plupart ne se préoccupaient plus que de regarder vers l’avenir. Pour ces anciens combattants de la cause de la protection de la communauté juive d’Allemagne, c’était leurs précieuses culture, valeurs et traditions qui avaient doté un peuple affligé des ressources nécessaires pour s’organiser et lutter contre le plus funeste des sorts.

Biographie

Titulaire d’un PhD, William H. Weitzer, est le Directeur exécutif du Leo Baeck Institute (LBI). Fondé en 1955, le LBI a mis sur pied des archives et une bibliothèque de recherche de classe mondiale qui sont devenues le plus important dépôt de documents de source primaire sur l’histoire du peuple juif en Europe centrale depuis cinq siècles. Depuis l’obtention de son doctorat en psychologie de l’environnement, le Dr Weitzer a servi en tant qu’administrateur et consultant dans plusieurs domaines, notamment la planification stratégique, le développement, la recherche institutionnelle, et l’évaluation. Il justifie de plus de trente années d’expérience dans l’administration universitaire et les affaires scientifiques et estudiantines, les questions budgétaires et financières, la collecte de fonds, les relations communautaires, la recherche et l’évaluation institutionnelles. William a occupé des postes dans trois institutions d’enseignement supérieur : Vice-chancelier adjoint chargé des affaires estudiantines à l’Université de Massachusetts-Amherst ; Vice-recteur adjoint et Doyen de la formation continue à la Wesleyan University ; et Vice-président exécutif de la Fairfield University.