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L'Holocauste et les Nations Unies
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« L’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste : une nécessité », Dr Mario Silva, Président (2013) de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA)

L’Holocauste est un crime sans précédent contre l’humanité et un tournant historique décisif, qui modifia fondamentalement la façon dont le monde perçoit et traite les actes de génocide. À ce titre, il nous livre d’importants enseignements permettant d’éviter que ce genre d’événement ne se reproduise à l’avenir. Le défi est de faire en sorte que ces enseignements demeurent dans la mémoire collective et qu’ils soient partagés et appliqués. De cette manière, le monde pourra honorer la mémoire de ceux que nous avons été incapables de protéger.

C’est dans ce but, qu’en 1988, Göran Persson, le premier Ministre suédois de l’époque, a créé le Groupe de coopération internationale pour la recherche sur l’Holocauste, l’enseignement de ses réalités et la perpétuation de sa mémoire, désormais appelé l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA).

L’IHRA est un organisme international unique en son genre, dans la mesure où les délégations nationales sont composées de représentants gouvernementaux et de spécialistes non gouvernementaux de l’Holocauste (universitaires, responsables de musées, professeurs et chercheurs). Les États membres assurent la présidence de l’IHRA à tour de rôle, pendant un an, et le Canada est honoré d’assumer la présidence de mars 2013 à mars 2014.

Origines

Plusieurs facteurs motivèrent l’action du premier Ministre Persson. L’un d’eux fut consécutif à la visite qu’il entreprit dans l’ancien camp de concentration nazi de Neuengamme, près de Hambourg, et à ses lectures sur les enfants juifs exterminés dans ce camp. L’autre fut un sondage révélant d’importantes lacunes au sein de la jeunesse suédoise concernant l’Holocauste.

Le premier Ministre Persson invita donc le Président Bill Clinton et le premier Ministre Tony Blair à se joindre à lui dans cette aventure. À Stockholm, entre le 27 et le 29 janvier 2000, 46 gouvernements représentés par des chefs d’État, premiers ministres, vice-premiers ministres et ministres, adoptèrent à l’unanimité la Déclaration du Forum international de Stockholm sur l’Holocauste.

L’engagement de la communauté internationale vis-à-vis des principes de la Déclaration de Stockholm a été l’occasion, pour plusieurs pays, d’amorcer un débat public sur leur histoire nationale et de reconnaître le rôle qu’ils ont joué pendant la Seconde Guerre mondiale par rapport à l’Holocauste. Qu’est-il arrivé pendant la guerre ? Qu’a fait notre pays? Que n’a-t-il pas fait ? Et quelles leçons devons-nous en tirer pour que cela ne se reproduise jamais ?
En plus de ses trois membres fondateurs, l’IHRA s’appuie aujourd’hui sur un large réseau international d’experts de l’Holocauste et des thèmes connexes, et renforce la coopération politique entre ses 31 pays membres qui travaillent ensemble dans un cadre consensuel.

Les États Membres qui rejoignent l’IHRA s’engagent à respecter les principes de la Déclaration de Stockholm, qui stipule que "le caractère unique de l’Holocauste gardera une signification universelle à tout jamais", et que dans un monde "encore terrifié par le génocide, le nettoyage ethnique, le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, la communauté internationale partage la responsabilité solennelle de combattre ces maux". Les gouvernements doivent s’engager à renforcer les efforts de promotion de l’éducation, du souvenir et de la recherche à propos de l’Holocauste.

Partenariats

Depuis la Déclaration de Stockholm, des organisations internationales telles que les Nations Unies, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), le Conseil de l’Europe, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont fait de la commémoration de l’Holocauste un élément fondamental de leur mission. L’IHRA collabore avec ces organisations, qui ont obtenu le statut d’observateurs permanents.

Cet effort collectif remonte à soixante-cinq ans en arrière lorsque, le 9 décembre 1948, l’Assemblée générale des Nations Unies adopta, dans sa résolution 260, la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. En outre, en novembre 2005, pour célébrer la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, les Nations Unies ont retenu la date du 27 janvier, jour où les forces russes libérèrent Auschwitz en 1945. La résolution 60/7 de l’Assemblée générale des Nations Unies intitulée "mémoire de l’Holocauste" rappelle la Déclaration universelle des droits de l’homme et réaffirme que "l’Holocauste, qui s’est traduit par l’extermination d’un tiers du peuple juif et d’innombrables membres d’autres minorités, demeurera à jamais pour tous les peuples un rappel des dangers de la haine, de l’intolérance, du racisme et des préjugés."

Il est essentiel de connaître le contexte, la finalité et la signification de l’Holocauste pour sensibiliser le public et mobiliser les forces afin de lutter contre les préjugés et les stéréotypes qui y ont conduit. Les crimes haineux, qu’ils soient fondés sur la xénophobie, l’antisémitisme ou la négation de l’Holocauste, constituent un phénomène international. Individuellement et collectivement, nous avons l’obligation de lutter contre la discrimination qui conduit à l’exclusion de certains groupes de personnes et répand la haine.

Comme le premier Ministre canadien Stephen Harper l’a déclaré en 2010, "les commémorations de la Shoah ne sont pas seulement un acte de reconnaissance historique. Elles doivent également être comprises et créer un engagement. Il faut comprendre que ces mêmes menaces existent aujourd’hui. Et s’engager à ce que la responsabilité de tous soit éveillée pour lutter contre ces menaces".

Inciter les jeunes à s’engager

Ces dernières années, les jeunes ont été particulièrement exposés à des idées discriminatoires sur Internet et les réseaux sociaux. Néanmoins, la réponse ne consiste pas à censurer mais à éduquer, tâche qui occupe une partie importante du mandat de l’IHRA. Le réseau international d’experts en éducation de l’IHRA a mis au point une série de documents pour aider les professeurs à enseigner à la fois l’Holocauste et ses liens avec d’autres génocides.

L’étude de l’Holocauste aide les élèves à réfléchir à l’exercice du pouvoir et aux abus de pouvoir, ainsi qu’aux rôles et responsabilités des individus, des organisations et des nations lorsqu’ils sont confrontés à des violations des droits de l’homme. Cet enseignement peut sensibiliser le public au risque de génocide dans le monde contemporain. En outre, l’étude de l’Holocauste peut aider les élèves à mieux comprendre les conséquences des préjugés, du racisme, de l’antisémitisme et des stéréotypes dans n’importe quelle société. Elle permet aux élèves de prendre conscience de la valeur de la diversité dans une société pluraliste et les encourage à être plus sensibles aux positions des minorités.

Au fur et à mesure que les élèves découvrent les nombreux facteurs historiques, sociaux, religieux et politiques qui déclenchèrent l’Holocauste, ils se rendent compte de la complexité du processus historique. Ils voient comment une convergence de facteurs peut contribuer à la désintégration des valeurs démocratiques. Les élèves en viennent à comprendre que, dans une démocratie, il incombe aux citoyens de savoir identifier les signaux alarmants et de réagir au bon moment. Grâce aux établissements d’enseignement ou à l’engagement de la société civile, les élèves ont la possibilité d’améliorer leurs connaissances et de sensibiliser leurs semblables.

La société civile

Au cours des dix dernières années, l’IHRA a entrepris d’importants efforts pour promouvoir le développement de la société civile par le biais d’un programme de subventions annuelles d’environ 500 000 €. Les objectifs du programme de subventions de l’IHRA sont les suivants :

Les projets financés dans le cadre du Programme de subventions comportent divers objectifs, dont notamment :

Ces travaux se déroulent à la fois dans les États membres de l’IHRA et dans des pays non membres qui ont été touchés par l’Holocauste, comme l’Ukraine, le Belarus et la Fédération de Russie.

Les priorités actuelles

Aujourd’hui, l’IHRA continue d’exécuter un plan de travail pluriannuel défini par des experts et lancé sous la direction des anciens présidents hollandais et belges, et dont les priorités concernent les domaines suivants :

Des comités spéciaux d’experts travaillent également sur d’autres questions, comme l’Holocauste et les autres génocides, le Génocide des Roms, l’Antisémitisme et la négation de l’Holocauste, et les Difficultés particulières en matière d’enseignement, tandis que trois groupes de travail plus importants sur l’éducation, la commémoration et la recherche échangent des idées sur la façon de soutenir de manière plus générale les activités liées à l’Holocauste dans les pays membres et ailleurs.

Avec son nouveau nom, adopté en décembre 2012, l’IHRA s’efforce également d’améliorer la disponibilité des informations sur l’Holocauste par le biais d’un site Web réactualisé et de médias sociaux. Ceci reflète l’évolution de l’organisation, qui est passée du statut de forum d’échanges à celui de réseau d’experts mettant au point des ressources destinées aux dirigeants politiques et sociaux du monde entier.

L’année de la présidence canadienne

Les activités internationales
En plus d’appuyer les activités courantes, le Canada, qui assume la présidence de l’IHRA, s’efforcera d’améliorer la coopération avec les organisations internationales, afin de coordonner les efforts visant à prévenir les génocides et à lutter contre l’antisémitisme, la xénophobie, les crimes haineux et autres formes d’extrémisme. Nous travaillerons avec les Observateurs permanents et nous explorerons également d’autres partenariats éventuels.

Je me rendrai dans les pays observateurs de l’IHRA, notamment au Portugal, dans l’ancienne République yougoslave de Macédoine, en Bulgarie et en Turquie, pour les encourager à devenir membres à part entière de l’Alliance, et je continuerai à faire de la sensibilisation dans les États qui ne sont pas membres, comme l’Ukraine. Le Canada est convaincu qu’il incombe à la communauté internationale de tirer les leçons de l’Holocauste et que l’IHRA constitue une plateforme importante pour empêcher, qu’à l’avenir, des violations des droits de l’homme soient commisses.

J’inciterai également à plus de transparence et à mieux communiquer les priorités et les progrès de l’IHRA, par le biais d’un rapport annuel qui soulignera les initiatives dans les États membres, les projets financés par l’IHRA et les efforts entrepris par les groupes d’experts.

Les activités nationales
Appuyé par des partenaires communautaires actifs, le Gouvernement canadien a considérablement investi dans l’enseignement, la commémoration et la recherche sur l’Holocauste, notamment dans de grands projets comme celui de la construction d’un monument national consacré à la mémoire de l’Holocauste à Ottawa et d’un musée canadien des droits de l’homme à Winnipeg. Pendant son année de présidence, le Canada soutiendra un certain nombre de nouvelles initiatives visant à mieux faire comprendre l’Holocauste dans le pays.

Le Gouvernement canadien versera des fonds pour aider à préserver les témoignages des survivants. Notre pays a été profondément marqué par les 40 000 survivants de l’Holocauste qui s’y sont installés après la guerre. Ils jouent un rôle vital dans l’enseignement sur l’Holocauste au Canada et il est essentiel de préserver leur témoignage car il n’y aura bientôt plus de survivants.

En reconnaissance du rôle capital que jouent les professeurs, le Gouvernement canadien présentera un prix national à un éducateur qui utilise des pratiques exemplaires pour enseigner l’Holocauste.

Le Canada participe également à un concours international d’affiches sur le thème "Keeping Alive- Journeys through the Holocaust", qui invite les étudiants en graphisme, en art et en design du monde entier à participer. Dans le cadre de cet événement organisé par le Programme de communication de l’Holocauste et des Nations Unies en partenariat avec d’autres institutions, des centres d’informations de l’ONU dans plusieurs pays se chargent de relayer l’information pour encourager la participation au niveau régional. Les affiches gagnantes seront dévoilées le 27 janvier 2014 lors de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste et seront exposées au siège des Nations Unies à Vienne.

En outre, le Canada maintiendra les efforts qu’il déploie pour commémorer les expériences vécues par les Juifs canadiens en raison des politiques restrictives d’immigration. Tout au long de l’année 2013, des expositions itinérantes informeront le public sur l’internement des réfugiés juifs au Canada pendant la Seconde Guerre mondiale et l’histoire tragique du paquebot MS St. Louis.

L’Université de Toronto accueillera une conférence universitaire internationale qui ciblera les jeunes chercheurs et les nouveaux travaux de doctorat. Et l’organisme national Bibliothèques et Archives Canada produira un guide de recherches concernant ses dossiers de l’époque de l’Holocauste et la manière d’y accéder.

Ces initiatives sont mises au point avec le soutien du gouvernement et de partenaires communautaires, notamment un conseil consultatif national, coprésidé par la sénatrice canadienne Linda Frum, et composé d’universitaires, de directeurs de musées, de chefs d’entreprise et de chefs de file des communautés juive, ukrainienne et polonaise.

Conclusion

En tant que président pour l’année 2013, je m’efforcerai d’accroître la sensibilisation à l’Holocauste au Canada et dans le monde, et de démontrer la pertinence de l’IHRA. Tant que la discrimination fondée sur des motifs ethniques, religieux et autres existe dans le monde, l’éducation, la recherche et la commémoration ont un rôle à jouer. À cette fin, l’IHRA continuera de jouer un rôle majeur en tant qu’organisme intergouvernemental chargé de tirer les enseignements de l’Holocauste et de les partager avec les dirigeants politiques et sociaux du monde entier.

Questions pour la discussion

  1. Comment est née l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) et quel est son principal objectif ?
  2. Quel type de soutien l’IHRA apporte-t-elle aux élèves et aux éducateurs ?
  3. Quelles sont les priorités dans le plan de travail actuel de l’IHRA ?
  4. Quel est le principal objectif du Canada en tant que président de l’IHRA ?
  5. Quel rôle peut jouer l’IHRA pour contribuer à promouvoir les droits de l’homme dans le monde ?