Sermon du Président de la 65e session de l’Assemblée générale -
Cathédrale St-Jean le Divin

New York, le 26 septembre 2010

Très Révérend Doyen Kowalski,
Estimés membres du clergé,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

C’est désormais une tradition bien établie pour le Président de l’Assemblée générale de prendre la parole en cette magnifique Cathédrale de St-Jean le Divin. Je remercie le Très Révérend Doyen Kowalski, le clergé et la communauté de m’offrir cette occasion d’être aujourd’hui avec vous. Je salue également votre engagement à promouvoir la paix dans le monde.

J’ai étudié les sciences économiques dans une université catholique, l’Université de Fribourg, ma ville d’origine en Suisse; on m’y a appris à voir en l’économie plus qu’une simple abstraction; j’en suis venu à comprendre et  avoir en estime la dimension sociale de l’économie : la production et la consommation des biens doivent se faire au service de l’être humain et non le contraire. Je me souviens particulièrement des cours sur la doctrine sociale de l’Église catholique : j’étais frappé par la clarté et la modernité de l’encyclique Rerum Novarum, dans laquelle le pape Léon XIII formulait la position de l’Église face à la misère de la classe ouvrière qui prévalait à la fin du 19ème siècle. Le texte mettait en avant les droits des faibles, la diginité des pauvres et les obligations des riches.

La lecture d’aujourd’hui, Le riche et Lazare, nous interroge elle aussi sur notre rapport à la richesse. Elle nous invite à faire preuve d’empathie et de compassion vis-à-vis de ceux qui sont pauvres comme de ceux qui souffrent. Ne soyons pas indifférents à l’injustice et aux iniquités dont sont victimes des millions de gens dans le monde.

L’éradication de la pauvreté et l’amélioration du bien-être des plus vulnérables est précisément la tâche que s’est donnée la communauté internationale  avec les objectifs du Millénaire pour le développement.

Cette semaine, un grand nombre de chefs d’État et de gouvernement se sont réunis à New York et ont réaffirmé leur engagement fort à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement en 2015. J’ai bon espoir que la communauté internationale y parviendra. C’est un devoir moral que nous avons de tenir notre promesse et nous la tiendrons. Nous en avons les ressources et nous savons comment y parvenir.

Mais pour ce faire il est nécessaire que tous nous joignions nos forces et visions à un authentique partenariat. Ce partenariat doit s’étendre au secteur privé et à la société civile, ainsi qu’aux Églises et à leur clergé.

Je désire vous remercier, Très Révérend Doyen Kowalski , vous et la communauté de Saint-Jean le Divin, pour le grand intérêt que vous portez à la mission des Nations Unies et pour l’exemple inestimable que vous donnez aux autres parties.

Dans son Epître à Timothée, Paul parle lui aussi de la pauvreté et souligne le devoir que nous avons de rester humbles. Lorsqu’il dit : Car nous n'avons rien apporté en ce monde, comme nous n'en pouvons rien emporter, je ne puis m’empêcher de faire un rapprochement avec notre rapport à la nature. Nous devons tout à la terre, mais elle ne nous doit rien. Le respect de la nature devrait être au cœur de nos efforts pour protéger les ressources environnementales. 2010 a bien été déclarée Année internationale de la biodiversité par l’Assemblée générale des Nations Unies. Mais nos efforts pour préserver l’environnement doivent durer au-delà de 2010. Je suis en effet convaincu que si nous voulons nous attaquer à la pauvreté et améliorer la santé, la prospérité et la sécurité des générations présentes et futures, nous devons promouvoir un développement qui soit durable. Ce n’est qu’en adoptant des structures économiques plus respectueuses de notre environnement que nous remplirons notre devoir vis-à-vis de nos enfants et de nos petits-enfants.

J’espère que durant sa 65ème session, l’Assemblée générale cherchera avec énergie et passion à parvenir à une réduction significative de la pauvreté et à promouvoir le développement durable, deux conditions essentielles au bien de l’humanité.

Rien de ce qui concerne l’homme et notre planète n’est à écarter de nos débats. Comme il est dit dans la Charte des Nations Unies, l’Assemblée générale est le lieu privilégié du débat entre les nations. Elle possède la légitimité et l’expertise pour jouer un rôle central dans la gouvernance globale et pour promouvoir la paix, la sécurité et la prospérité dans le monde. Pour ce faire, l’Organisation des Nations Unies se doit d’être forte, inclusive et ouverte. Nous devons écouter et interagir au-delà des murs de la salle de l’Assemblée.

Comme je l’ai mentionné il y a un instant, les organisations de la société civile, ainsi que les diverses entités religieuses et spirituelles, ont un rôle-clé à jouer dans l’accomplissement de notre mission. Elles sont porteuses des aspirations des peuples à plus de respect, plus d’équité et de justice. Elles ont le pouvoir de forcer les gouvernements à aller au-delà des simples paroles et de les faire agir.

Très Révérend Doyen Kowalski
Estimés membres du clergé,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Si les Nations Unies et les gouvernements peuvent promouvoir la paix en débattant de façon constructive et en parvenant au consensus, la paix, elle, commence sans aucun doute avant tout dans les cœurs. Les Églises ont le pouvoir unique de toucher ces cœurs, et d’y déposer les germes de la paix.

Dieu vous bénisse.