Discours d’investiture du Président de la 65e de l’Assemblée générale des Nations Unies

New York, le 11 juin 2010

Seul le discours prononcé fait foi

La mission des Nations Unies est de protéger la dignité, la sécurité et le bien-être de tous les humains.

L’honneur qui échoit à la Suisse me comble de joie et m’engage personnellement. Je remercie tous les membres de l’Assemblée générale et, tout particulièrement, les membres du Groupe des États d’Europe occidentale et autres États pour la confiance qu’ils ont ainsi exprimée à la fois à l’endroit de mon pays et de ma personne. Je m’engage envers tous à être digne du mandat de président de la soixante-cinquième session de l’Assemblée générale des Nations Unies qui vient de m’être confié.

J’exprime aussi ma gratitude au Président de la soixante-quatrième session, S. E. M. Ali Abdussalam Treki, pour l’action éclairée qu’il mène à la tête de notre Assemblée et l’esprit bienveillant avec lequel il m’a introduit dans ma nouvelle fonction. Enfin, je félicite le Secrétaire général, S. E. Ban Ki-moon, pour son engagement inlassable au service des idéaux de notre Organisation et l’assure de ma collaboration totale et de ma loyauté.

L’Organisation des Nations Unies est née, il y a presque deux tiers de siècle, de la volonté de pionniers d’éviter que les souffrances et la haine qui venaient de ravager le monde au travers de deux conflits terriblement meurtriers ne puissent se reproduire. La communauté des peuples qu’ils ont construite est aujourd’hui bien différente de ce qu’elle était à San Francisco. Elle est mondiale — on dira globale — d’abord parce que les représentants de ses 192 États Membres sont bien plus nombreux qu’à l’origine et témoignent de toute la diversité des États de la planète.

Elle est mondiale désormais aussi de par l’interdépendance qui la caractérise. Les progrès des techniques de l’information, que nous n’avions pas même imaginés il y a quelques décennies seulement, et les flux accrus des personnes, des marchandises, des services et des capitaux tissent une trame qui sous-tend cette interdépendance. Tout va plus vite, tout est plus proche. Dans ce contexte, de nouveaux défis globaux sont apparus — changement climatique, crise économique et financière, mais aussi terrorisme et crime global, extrémismes de tous bords —, qui sont venus s’ajouter à la guerre et à la pauvreté et qui appellent des réponses collectives et urgentes. Pour être efficace, aujourd’hui plus que jamais, il faut agir ensemble.

Pourtant, malgré ces changements, et c’est le message que je voudrais placer en exergue, les valeurs que l’ONU s’est données à ses origines gardent toute leur actualité pour relever les défis de l’humanité. J’invite donc les Membres à revenir aux fondements de notre grande Organisation et à revivifier les buts et principes définis à l’Article 1 de notre Charte : paix et sécurité, amitié entre les nations et coopération internationale. « Peace », « friendship », « cooperation » doivent rester les maîtres mots de notre travail et de notre action, des mots que votre, notre détermination emplira de sens.

Les Membres l’ont compris. Au sens de notre Charte, notre vocation ici n’est pas simplement la défense de nos intérêts nationaux particuliers. Nous sommes appelés — et la Charte ne laisse aucun doute là-dessus — à être des amis oeuvrant ensemble à la recherche de solutions constructives pour la dignité, la sécurité et le bien-être de tous, et c’est à ce titre que j’assumerai volontiers le leadership de l’Assemblée générale et que j’offre ma disponibilité à ses membres.

La Suisse, mon pays, auquel l’Assemblée vient de faire l’honneur de sa confiance, possède une expérience onusienne en soi paradoxale. Elle est à la fois l’un des piliers les plus anciens et fidèles de l’ONU — je pense notamment à Genève — alors qu’ici, à New York, elle est connue pour en être l’un des plus jeunes Membres. Nous sommes fiers et riches de l’une des démocraties les plus anciennes de la planète. Pays montagneux et pauvre au départ, dépourvu d’accès à la mer, la Confédération helvétique, aujourd’hui prospère, est le fruit de la solidarité de ses 26 États membres et de leur volonté affirmée d’assumer leurs diversités et de vivre ensemble.

C’est ainsi que ces États se sont dotés en 1848, au terme de plusieurs siècles de coopération, d’une constitution fédérale qui a résisté à toutes les épreuves jusqu’à maintenant et dont une mise à jour il y a quelques années a permis d’en renforcer encore les principes fondamentaux. Ainsi, le préambule de notre Constitution a été complété par une phrase que j’aimerais citer : « Sachant que [...] la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres. » Je souhaite que ce soit aussi notre devise au cours de la soixante-cinquième session de cette Assemblée générale et j’assure l’Assemblée de la fidélité et de l’engagement inlassable de la Suisse au service de l’idéal des Nations Unies. Il est de coutume que le Président élu annonce les thèmes et les accents qui seront ses priorités et qui ponctueront nos travaux. Ainsi, la soixantecinquième session va s’ouvrir sur un débat de fond, celui du progrès dans la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. Ces objectifs nous rappellent que la pauvreté est multidimensionnelle et requiert une action à large spectre.

L’ engagement de la communauté internationale prend aujourd’hui une signification particulière. Comment consolider les avancées réalisées jusqu’avant la crise économique et financière ? Comment accélérer la mise en oeuvre dans les domaines restés à la traîne, comme la santé maternelle et la mortalité infantile ? Mais en outre, comment éviter de nouvelles crises économiques et financières et assurer une croissance économique durable, où les plus vulnérables jouissent de conditions de vie décentes et où les ressources naturelles sont utilisées avec mesure ? Le changement climatique, la sécurité alimentaire, la reconstruction et le renforcement des États fragiles et dans une situation de postconflit sont d’autres thèmes majeurs qui s’imposent à nous. Mais la recherche de solutions durables à ces défis passe par une gouvernance qui reflète mieux les nouveaux équilibres mondiaux ainsi que par un fonctionnement des Nations Unies plus efficace et au service de chaque individu.

Enfin, droits de l’homme, idéaux de la Croix-Rouge, aide humanitaire et désarmement sont autant de valeurs chères à mon pays, mises en exergue à Genève, et dont nous traiterons durant la soixantecinquième session.

Je souhaite conclure sur quelques pensées plus personnelles, tout en confirmant mon engagement total et ma grande motivation. J’assure aussi l’Assemblée de ma volonté d’être disponible pour chaque membre, de veiller à l’efficacité de nos travaux dans le respect de l’honneur de tous les membres égaux en droits. Je m’attacherai à ce que le sérieux helvétique soit le garant de contacts fondés sur le concret, sur le positif et sur l’amitié.

Le monde a de grands défis à surmonter. Mais j’accepte mon mandat avec un grand espoir et une solide conviction. Les dernières décennies ont connu une croissance économique remarquable qui a sorti de la pauvreté des millions d’êtres humains. Par ailleurs, des élans inégalés de solidarité lors de récentes catastrophes naturelles témoignent de la générosité de chacun de nous. Mais pourquoi attendre les prochains tremblements de terre ou autres épreuves de la nature pour agir ? C’est dans cette enceinte, j’en suis persuadé, que nous pouvons trouver l’énergie nécessaire pour déclencher ces raz de marée de la paix, de l’altruisme et de l’amitié entre les peuples.

Nous avons pour mission de faire de notre mieux en coopérant pour le bien-être de notre planète et de l’humanité. Le monde entier nous regarde et espère, et nous n’avons pas le droit de le décevoir.