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Réunion de haut niveau des Nations Unies sur la désertification, la dégradation des sols et la sécheresse dans le contexte du développement durable et de l'éradication de la pauvreté

Programme

Réunion plénière

M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER, Président de la soixante-sixième session de l’Assemblée générale, a souligné les conséquences économiques, sociales et politiques très lourdes de la désertification, le cadre de vie d’un milliard d’habitants dans plus de 100 pays étant directement menacé par ce phénomène.  Il a ensuite rappelé que l’Afrique de l’Est connaissait la pire sécheresse depuis 60 ans, directement responsable de la mort, ces trois derniers mois, de dizaines de milliers d’enfants somaliens âgés de moins de 5 ans.  La sécheresse est un tueur silencieux qui requiert une action concertée au plus haut niveau pour être désarmée, a-t-il poursuivi.  M. Al-Nasser a reconnu que les efforts menés jusqu’à présent pour lutter contre la désertification et la dégradation des sols avaient été insuffisants.  Les stratégies mises en place doivent viser l’objectif d’un taux de dégradation des sols qui soit égal à zéro, et elles doivent venir en appui aux initiatives locales, et ce dans un cadre financier prévisible et pérenne.

Le Président de la soixante-sixième session de l’Assemblée générale a ensuite exhorté les États Membres à faire en sorte que la prochaine Conférence de Rio +20 débouche sur des résultats tangibles qui réaffirment un équilibre entre tous les aspects du développement durable.  M. Al-Nasser a ensuite insisté sur le défi majeur que représente la sécurité alimentaire, tant que la malnutrition aura un impact durable sur le développement d’un pays.  Il a préconisé l’élaboration de stratégies nationales pour s’attaquer aux racines de l’insécurité alimentaire, stratégies qui viendraient en appui de coopérations triangulaires, Sud-Sud, et globales, afin de dégager les politiques les plus efficaces en la matière.  Il s’est réjoui de l’initiative de l’Union africaine « Un grand mur vert », qui vise à lutter contre la désertification dans la région du Sahel en plantant un véritable mur d’arbres du Sénégal, à l’Ouest, à Djibouti, à l’extrémité Est du continent.

M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies, a attiré l’attention sur les 13 millions de personnes qui nécessitent une aide humanitaire urgente à Djibouti, en Éthiopie, au Kenya et en Somalie.  La sécheresse ne doit pas se transformer en famine, a-t-il souligné, faisant remarquer que bien souvent la communauté internationale réagissait trop tard et que les décisions étaient souvent prises alors que les États veulent en même temps faire de fausses économies.  Nous comptabilisons les coûts non seulement en termes de vies humaines, mais sur la base des frais supplémentaires encourus pour répondre à des crises qui pourraient être évitées pour une fraction de ce montant, a-t-il déploré.  Les zones arides, a-t-il poursuivi, sont bien trop souvent un désert d’investissements, car elles sont perçues par les gouvernements et la communauté internationale comme une cause perdue.  Rien n’est plus éloigné de la vérité, a-t-il souligné.

Le Secrétaire général a rappelé que 40% des étendues de la surface totale du globe terrestre sont arides ou semi-arides et que deux milliards de personnes dépendent de ces zones pour leur subsistance.  Il a également attiré l’attention sur le fait que les zones arides ont le potentiel d’atténuer les effets des changements climatiques et que leur stock de carbone représentait plus d’un tiers du stock mondial.  Pour M. Ban, l’incitation à faire pour assurer la gestion durable des zones arides est évidente.  « Lutter contre la désertification, préserver les zones arides et appuyer les communautés qui en dépendent résident au cœur du développement durable », a dit le Secrétaire général, qui a notamment évoqué le fait que d’importantes cultures céréalières se faisaient dans des zones semi-arides.  Il a ajouté que le potentiel pratique des zones arides en matière d’énergie solaire et éolienne reste inexploité.  De son avis, le lancement d’une action en temps voulu est capable de libérer ces richesses et de fournir une solution à de nombreux défis mondiaux allant de l’insécurité alimentaire à la pauvreté rurale en passant par l’insécurité énergétique, la perte de la biodiversité, les changements climatiques, l’instabilité politique, les conflits géopolitiques et les migrations forcées.  Mais pour ce faire, a-t-il affirmé, nous devons augmenter les investissements pour combattre la désertification et reconquérir les sols dégradés.

S’agissant de la dégradation des sols, le Secrétaire général a signalé que les zones humides et tropicales étaient également victimes de ce phénomène.  Si celui-ci n’est pas inversé, a-t-il averti, il risque d’annihiler nos efforts de lutte contre la pauvreté ainsi que ceux en faveur de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et du développement durable.  Observant qu’avec les changements climatiques les sécheresses deviendront plus fréquentes et intenses, M. Ban a estimé que la question de la sécheresse et de la dégradation des sols devait figurer au cœur des politiques de développement.  Selon lui, en recentrant l’agenda du développement de manière à inclure le potentiel des zones arides, il sera possible de briser les liens existant entre la pauvreté et la désertification, la sécheresse et la dégradation des sols.  « Faisons de l’utilisation durable des sols la pierre angulaire de l’économie verte pour l’élimination de la pauvreté et pour le développement durable », a-t-il conclu.

M. LUC GNACADJA, Secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, a d’abord tenu à souligner les progrès enregistrés dans la lutte contre la désertification, notamment la meilleure connaissance scientifique des facteurs de la dégradation des sols et un engagement accru des États parties à la Convention dans la mise en œuvre de ladite Convention.  Il a ensuite déploré que la dégradation des sols demeure un « point aveugle » pour la communauté internationale, en dépit de la quête pour un développement durable.  Ainsi, chaque année, ce sont environ 24 milliards de tonnes de sol fertile qui sont perdus, et le pourcentage de la surface de la terre menacée par une sécheresse sévère a plus que doublé en 30 ans, a dit M. Gnacadja.  La sécheresse tragique en cours dans la corne de l’Afrique rappelle l’urgence de ce constat, a-t-il souligné.  Il a rappelé que la dégradation des sols touchait de manière prépondérante les zones non arides, et que la diminution des zones tampons entre zones arides et zones non arides était un facteur de dégradation accrue des sols.  Il a déploré que le coût de l’inaction dans la lutte contre la dégradation des sols soit très largement sous-estimé.  La lutte contre la désertification, bien loin d’être un fardeau pour les finances publiques, est un domaine essentiel du développement économique, a-t-il poursuivi.  Il a enfin souligné l’importance cruciale de l’édification d’un monde qui soit neutre du point de vue de la dégradation des sols.  À cette fin, la communauté internationale doit s’assigner un objectif exigeant et s’y tenir, afin de dégager un nouveau paradigme dans la gestion des sols, basé sur le partage des connaissances scientifiques et des investissements financiers conséquents.

M. ALBERTO D’ALOTTO, Ministre adjoint des affaires étrangères, du commerce international et du culte de l’Argentine et Président de la neuvième session de la Conférence des parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, a appelé à une plus grande coopération des États Membres au niveau technique et financier pour lutter contre la désertification.  Il a ensuite attiré l’attention sur le fait que la Convention était désormais reconnue comme un corps subsidiaire permanent ainsi que sur la base des retombées de la réforme du processus institutionnel du Fonds pour l’environnement mondial.  Il a engagé la communauté internationale et les États Membres à prendre de meilleures décisions, de manière à lutter contre la désertification, appelant à la création d’un cadre pour obtenir des conseils scientifiques sur les questions pertinentes pour la Conférence.  Ce cadre doit également être capable de donner l’alerte sur d’éventuelles situations de crise, a-t-il ajouté.  M. D’Alotto a ensuite fait part de l’engagement de l’Argentine envers la Convention-cadre.  De son avis, celle-ci est l’instrument international adéquat pour la mise au point d’outils plus pertinents en matière de lutte contre la désertification, la dégradation des sols, et la sécheresse.

Intervenant ensuite au nom du Groupe des 77 et de la Chine, M. D’Alotto a rappelé que les pays en développement étaient les principales victimes de la désertification et a fait part des préoccupations de sa délégation au sujet du sort des populations de la corne de l’Afrique.  Il importe de réaliser tous les engagements pris en vertu de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification et de son Plan stratégique décennal afin d’accorder une plus grande priorité à la désertification, à la dégradation des sols et à la sécheresse et de préparer au mieux la dixième Conférence des parties, a-t-il préconisé.  Il a mis l’accent sur les principes 2 et 7 de la Déclaration de Rio, lesquels soulignent le droit souverain des États à exploiter leurs propres ressources sur la base de leur propre politique de développement et de gestion de l’environnement ainsi que sur le principe de responsabilité différenciée.  Il a également souligné le rôle important des mécanismes régionaux de coordination dans le cadre de la mise en œuvre des annexes régionales de la Convention.

Le Ministre adjoint des affaires étrangères de l’Argentine a estimé que la Convention sur la lutte contre la désertification était à la traîne comparée aux deux autres Conventions de Rio, notamment la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la Convention sur la diversité biologique.  La Convention sur la lutte contre la désertification doit être mise sur un pied d’égalité avec les autres et jouir de la même importance que ces deux autres textes cités, a-t-il préconisé.  Il a réclamé une plus grande coopération entre les Conventions de Rio qui respectent leur mandat individuel tout en reconnaissant les bienfaits potentiels de la complémentarité.  M. D’Alotto a par ailleurs estimé qu’outre l’aspect environnemental, la question de la désertification, de la dégradation des sols et de la sécheresse devait être traitée sur la base de ses répercussions sociales et commerciales.

M. LEE DON KOO, Ministre des forêts de la République de Corée et Président de la dixième session de la Conférence des États parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, a rappelé que 12 millions d’hectares de terre sont perdus chaque année en raison de la dégradation des sols et de la désertification.  Trois milliards d’habitants vivent dans un état de sévère pauvreté, dont un milliard dans les zones arides, ces personnes sont le milliard oublié, a-t-il indiqué.  Pourtant, cette situation très inquiétante ne bénéficie pas de l’attention adéquate de la communauté internationale, qui semble oublier que les sols ne sont pas seulement la propriété des générations actuelles mais aussi des générations à venir.  En conséquence, il a plaidé pour un changement de paradigme en passant d’une économie de croissance pure à une économie de croissance verte.  C’est la voie dans laquelle s’est engagée la République de Corée, qui a réussi à briser le dilemme de la pauvreté et de la désertification, au moyen d’une gestion des terres soutenable et d’une approche du développement écosystémique, a dit M. Lee.  Il a plaidé pour un engagement politique renforcé des États dans la lutte contre la désertification et pour la promotion de partenariats globaux, à même de dessiner une communauté internationale durable, au sein de laquelle chacun pourrait mener une vie digne.

M. ANDRIS PIEBALGS, Commissaire au développement de l’Union européenne, a appelé à la mise sur pied de politiques cohérentes pour lutter contre les défis de la désertification quand celle-ci est encore au stade le plus précoce.  Il a observé que les pressions exercées par la population, la recherche de la sécurité alimentaire et les pénuries en eau provoquaient souvent une utilisation non durable des sols.  Il a expliqué que la politique étrangère de l’Union européenne et de ses États membres soulignait l’importance d’une gestion durable des sols de manière à contribuer sur le long terme à la lutte contre la pauvreté et à la promotion de la sécurité alimentaire.  L’investissement dans une gestion durable des sols est une partie intégrante de la réalisation d’une économie verte, a-t-il affirmé.  M. Piebalgs a ensuite expliqué que sa délégation s’efforçait de mieux comprendre les répercussions économiques de la dégradation des sols afin d’aider les décideurs à répondre à ce problème et d’inciter le secteur privé à investir dans des politiques de gestion durable des sols.  La gestion durable des sols, a-t-il affirmé, est le chaînon manquant pour répondre aux changements climatiques, à la perte de la biodiversité et à l’insécurité alimentaire.  Il importe donc de mettre l’accent sur les objectifs partagés des trois Conventions de Rio et sur la nécessité d’une action coordonnée.

M. JATO SILLAH, Ministre des forêts de la Gambie, s’exprimant au nom des États de l’Afrique, a rappelé que les pays africains étaient les plus touchés par la désertification et la dégradation des sols, ce qui avait pour effet d’y exacerber une pauvreté rurale déjà très forte.  La situation actuelle des terres arides, où vivent un milliard d’habitants, est très préoccupante, a-t-il poursuivi.  Il faut identifier les moyens spécifiques de lutte contre ce phénomène, dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le développement, a préconisé M. Sillah.  Il a rappelé la détermination des États de l’Afrique de conduire les politiques les plus efficaces, même si les résultats enregistrés restent pour l’instant minces.  Il a ensuite plaidé pour que le Groupe africain soit doté d’un panel scientifique, ainsi que pour une mise en œuvre accélérée de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.  Il a insisté sur l’importance d’un cadre financier pérenne et d’une synergie accrue entre les trois Conventions de Rio.  Il s’est dit préoccupé par les conséquences de la désertification sur les changements climatiques.  Il a enfin exhorté la communauté internationale à se montrer à la hauteur des engagements qu’elle a contractés vis à vis du continent africain, notamment en annulant la dette extérieure des pays les plus touchés par la désertification.  Enfin, il a souligné le rôle précieux joué par la Commission du développement durable dans la lutte contre la désertification.

M. RAJ SHAH, Administrateur de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), a observé que les « effets dévastateurs » de la désertification, de la dégradation des sols et de la sécheresse étaient particulièrement prononcés dans la corne de l’Afrique.  De son avis, l’aide d’urgence n’est pas une solution durable: il importe plutôt de  réhabiliter les sols et de développer de nouvelles technologies pour gérer les sols de manière durable, a-t-il préconisé.  Le représentant a ensuite évoqué l’initiative « Feed the Future » du Président Obama qui entend aider les États à mettre sur pied leur propre système agricole afin d’être capable d’assurer leur autonomie alimentaire sur le long terme.  Il a fait savoir que sa délégation appuyait fermement la Convention sur la lutte contre la désertification en matière de zones arides, pour ensuite s’attarder sur l’expérience des États-Unis en matière de gestion de leurs propres sols.  Il a mis l’accent sur l’importance d’investir sur des solutions portant sur le long terme, ainsi que sur les atouts des nouvelles technologies. 

La question n’est pas de savoir s’il faut mettre fin à la faim, mais plutôt si nous le ferons, a-t-il lancé.  M. Shah a par ailleurs observé qu’en permettant aux populations de se nourrir, on parvenait par ce biais à mettre un terme aux émeutes de la faim qui provoquent tant d’instabilité dans les pays et les régions.