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Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale
21 mars

Message de la Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay

21 mars 2011

« Entretenir le feu des préjugés et du racisme crée un risque réel de voir éclater de nouveaux conflits »

La relation entre racisme et conflit est bien établie et possède des racines profondes. Un certain nombre d’études a montré qu’un des premiers indicateurs de violence potentielle est le non respect chronique des droits des minorités. Un sondage mené par une organisation non gouvernementale internationale a révélé qu’entre 2007 et 2009, plus de 55 pour cent des conflits violents et de forte intensité avaient à leur source des violations des droits des minorités ou des tensions entre communautés.

Rien que l’année dernière, de nombreux exemples effroyables de violence ethnique sont apparus lors de plusieurs conflits dans plusieurs pays à travers le monde. La semaine dernière, au cours d’une visite au Guatemala, j’ai pu voir les conséquences tragiques et durables des pratiques historiques du racisme contre les peuples autochtones et les personnes d’ascendance africaine. Le Guatemala est encore confronté à l’héritage de 36 années de conflit armé.

Il est nettement préférable de prévenir de tels conflits plutôt que de tenter, plus tard, d’éteindre les flammes et d’entreprendre des processus laborieux de reconstruction, de réconciliation et de justice, sans parler du coût humain et social. Mais le problème réside dans le fait que les signes avant-coureurs de préjugés et de discorde sont trop souvent ignorés, et ce n’est que lorsque les signes plus tardifs, plus sinistres émergent que les Etats et la communauté internationale réagissent.

Il y a 20 ans, la Déclaration des droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques a clairement identifié le lien entre la stabilité politique et sociale et la promotion et la protection des droits des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques. Les États ont aussi reconnu dans la Déclaration et le Programme d’action de Durban que le racisme et la discrimination raciale sont parmi les causes profondes de nombreux conflits internes et internationaux. Un regard sur les dossiers d’alerte rapide et les rapports du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale offre une lecture tragique de tous les conflits qui auraient pu être évités si ces premiers avertissements avaient été entendus.

En cette Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, j’appelle tous les Etats à prêter attention aux signes avant-coureurs de préjugés, de stéréotypes, d’ignorance ou de xénophobie. Je les appelle à venir à bout, de toute urgence, de la marginalisation et de l’exclusion d’individus appartenant à certaines communautés dans la prise de décisions politiques et économiques. J’appelle à un processus de consultation, à un dialogue constant avec tous les secteurs de la société, à redoubler d’efforts pour assurer que l’accès à l’emploi, à la terre, aux droits politiques et économiques, ne dépende pas de la couleur de peau, de l’origine ethnique, nationale ou raciale et que les projets de développement ne désavantagent pas de manière disproportionnée une communauté en particulier.

Ceci ne correspond pas à de nouvelles obligations des gouvernements, mais fait partie depuis longtemps des engagements pris par les Etats et universellement reconnus en matière de droits de l’homme.

Laisser couver les problèmes dangereux de société liés aux préjugés et au racisme crée un risque réel de voir éclater, des années ou des décennies plus tard, des conflits explosifs. Le racisme et les préjugés peuvent fournir, encourager et perpétuer les récits qui créent et font durer les conflits, aussi bien dans le monde développé qu’en voie de développement. N’attendons pas pour agir que les griefs se transforment en violence ou que les préjugés se transforment en génocide.