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Journée maritime mondialeDernière semaine de septembre

Message du Secrétaire général de l'Organisation maritime internationale, M. Efthimios E. Mitropoulos

Journée 2011 : La piraterie

En témoignage de sa grande préoccupation pour la sauvegarde de la vie humaine en mer, l'Organisation a choisi, pour la Journée mondiale de la mer de 2011, d'attirer l'attention sur les efforts qu'elle déploie depuis plusieurs années pour relever les défis posés par la piraterie moderne, en vue de susciter une réaction mondiale de plus grande envergure pour y mettre fin. Ainsi, elle compte également poursuivre et compléter les travaux liés au thème de l'année dernière, qui concernait les gens de mer.

Du début des années quatre-vingts jusqu'à une date récente, l'OMI a axé sa campagne contre la piraterie sur les points chauds traditionnels que constituaient les détroits de Malacca et de Singapour et la mer de Chine méridionale. Grâce à une série de mesures, élaborées et mises en oeuvre avec l'étroite et très précieuse coopération des États côtiers, ainsi qu'avec le soutien sans faille du secteur des transports maritimes, le fléau de la piraterie dans ces eaux est aujourd'hui très affaibli.

Ces derniers temps, toutefois, cet épineux problème est apparu dans d'autres zones du monde, plus particulièrement, mais pas uniquement, dans les eaux au large de la côte somalienne, dans le golfe d'Aden, la mer d'Arabie et l'ensemble de l'océan Indien. Ce sont désormais les pétroliers provenant du golfe Persique et du golfe d'Oman qui sont devenus la cible des pirates, lesquels font preuve de plus d'assurance et d'audace, sont plus agressifs et plus violents et semblent mieux organisés que jamais.

Déconcertante et inquiétante, cette évolution nous a rendus peut-être plus déterminés encore à relever le défi, car nous croyons pouvoir mettre à profit dans le secteur affecté aujourd'hui l'expérience acquise et les succès obtenus dans le cadre de la prévention des actes de piraterie dans d'autres zones du monde. Pour ce faire, cependant, il faut une réponse bien conçue et coordonnée.

Dans le cas de la Somalie, le mode opératoire est l'enlèvement et la demande de rançon. La situation évolue en permanence, mais plusieurs centaines de marins sont actuellement gardés en otages à bord de navires détournés et resteront en captivité en moyenne six mois.

Des statistiques choquantes ressortent d'une étude récente : au cours de la seule année 2010, 4 185 marins ont été attaqués par des pirates utilisant des armes à feu, voire des lance-grenades; 1 090 d'entre eux ont été pris en otages et 516 utilisés comme boucliers humains. Il a été signalé que pas moins de 488 marins avaient fait l'objet de violences psychologiques ou physiques graves.

Qui plus est, si des gens de mer innocents sont les premières victimes de ces délits, l'économie mondiale en pâtit également : le coût annuel est aujourd'hui estimé à un chiffre situé entre 7 et 12 milliards de dollars des États-Unis. Le golfe d'Aden, par lequel passe plus de 12 pour cent du volume total de pétrole transporté par mer, pourrait perdre beaucoup de son importance stratégique, alors que les navires, choisissant de faire le détour par le cap de Bonne Espérance pour éviter les attaques de pirates, ont à entreprendre des traversées bien plus longues, dont les coûts sont plus élevés et qui ont des répercussions sur l'environnement.

C'est pour toutes ces raisons que l'OMI a décidé non seulement de faire de la lutte contre la piraterie le thème de la Journée mondiale de la mer, mais aussi de lui accorder une large place dans ses travaux cette année, pendant aussi longtemps que cela sera nécessaire. À cette fin, nous avons établi un plan d'action à plusieurs volets, conçu pour tenter de régler le problème à différents niveaux et nous sommes en train de procéder à sa mise en oeuvre d'une manière orchestrée, pour tenir compte du fait que le problème est devenu trop enraciné et profond pour pouvoir être résolu par une seule entité. Les Nations Unies, les alliances d'États (dans le domaine politique et dans celui de la défense), les gouvernements agissant de façon collective ou séparée, les forces militaires, les compagnies maritimes, les exploitants de navires et les équipages des navires, ont tous un rôle essentiel à jouer, pour débarrasser le monde du danger que constituent les actes de piraterie dans cette vaste étendue qu'est l'océan Indien.

Pour améliorer cette situation inacceptable, il ne faut épargner aucun effort. Les compagnies maritimes doivent s'assurer que leurs navires appliquent strictement et entièrement les directives de l'OMI et les meilleures pratiques de gestion élaborées par le secteur, de sorte que, lorsqu'ils se risquent dans la région de l'océan Indien occidental, ils satisfassent à toutes les mesures recommandées. En effet, aucun navire n'est invulnérable, surtout ceux qui ont des francs-bords assez faibles et des vitesses relativement peu élevées. En outre, les gouvernements doivent mettre leurs actes en conformité avec les préoccupations qu'ils ont souvent exprimées quant à la situation, en déployant des ressources militaires et autres qui soient à la mesure du problème, en nombre et du point de vue technique, et qui aient de bonnes chances d'y apporter une réponse efficace.

S'il est vrai que l'OMI s'est placée au coeur des efforts qui sont en train d'être déployés de concert, elle ne peut, à elle seule, apporter une solution immédiate à la question, d'autant que même si les actes de piraterie se manifestent en mer, l'origine du problème se situe à terre. Néanmoins, par le biais de notre plan d'action et d'autres initiatives et en collaboration avec d'autres parties intéressées, tout autant déterminées et résolues que nous le sommes, nous ne doutons pas que nous serons en mesure d'avoir des effets réels là où le problème se fait sentir avec le plus d'acuité, c'est-à-dire en mer.

Il est déjà possible de prétendre avoir dans une certaine mesure réussi à contrecarrer les attaques de pirates, ainsi que le montre la baisse du pourcentage des attaques réussies. Toutefois, comme l'indiquent si sombrement les statistiques, les actes de piraterie et les vols à main armée à l'encontre des navires restent des dangers réels et permanents pour tous ceux qui utilisent les mers à des fins pacifiques. Tant que les pirates continueront de harceler les transports maritimes, de détourner des navires et de s'emparer de gens de mer, nous ne serons ni fiers ni satisfaits des résultats obtenus.

Il faut faire davantage; il faut notamment appréhender, traduire en justice et punir tous ceux qui participent à des actes de piraterie, retrouver les sommes versées en rançon et confisquer les produits du crime provenant des navires détournés, si l'on veut pouvoir atteindre l'objectif ultime, qui est de reléguer la piraterie dans l'histoire. Nous espérons que le thème choisi pour 2011 constituera un point de ralliement approprié, sur lequel tous ceux qui peuvent avoir une influence sur le cours des Évènements centreront leurs efforts.

En attendant, nos pensées et prières accompagnent les gens de mer qui sont actuellement dans les mains des pirates. Puissent-ils tous être libérés sains et saufs et rendus prochainement à leurs familles.