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Journée maritime mondialeDernière semaine de septembre

Message du Secrétaire général de l'Organisation maritime mondiale, M. Efthimios E. Mitropoulos

Journée 2010 : Année des gens de mer

Dans l'économie mondialisée d'aujourd'hui, des centaines de millions de personnes de par le monde s'en remettent aux transports maritimes pour se procurer des biens, du combustible, des denrées alimentaires, des marchandises et d'autres produits indispensables. Pourtant, pour la plupart d'entre elles, les transports maritimes et toute la gamme d'activités voisines qui constituent ce que l'on appelle communément "le secteur maritime" n'évoquent rien de particulier. La nature même des transports maritimes en fait un secteur à l'écart. Le plus souvent, les navires sont tout simplement invisibles et oubliés.

Cette indifférence s'applique aussi aux gens de mer qui assurent l'exploitation des navires, alors même que l'économie mondiale est largement tributaire de leur travail. De fait, sans les gens de mer - ce rouage essentiel -, l'activité commerciale cesserait complètement.

Il est bien sûr toujours dommage de voir que le travail d'autrui n'est pas reconnu ou pas apprécié à sa juste valeur. Par exemple, lorsque nous allumons la lumière, avons-nous habituellement une pensée pour tous ceux qui ont permis cette action grâce au travail qu'ils ont fourni aux différents stades de l'exploration et de l'exploitation pétrolière, puis dans les secteurs de la production et du transport d'énergie ? Lorsque nous passons à table, avons-nous une pensée pour ceux qui ont transporté le grain grâce auquel le boulanger du quartier a pu faire cuire notre pain ? Lorsque l'hiver est rude, avons-nous une pensée pour ceux qui ont rapporté de loin le pétrole avec lequel nous chauffons nos maisons et produisons l'électricité dont nous sommes désormais si dépendants ? Il serait peut-être bon d'y penser. En tout cas, ce manque de curiosité ne doit certainement pas nous servir d'excuse pour tolérer davantage, au mieux l'indifférence, au pire la déconsidération dont sont l'objet les gens de mer, qui contribuent pourtant à notre confort quotidien.

Le métier de marin, difficile et exigeant, s'accompagne de tensions et de risques particuliers. À la fin d'une longue journée éprouvante, impossible de rentrer chez soi pour retrouver sa famille ou bien aller boire un verre avec des amis; impossible de changer de cadre, de se distraire, de se détendre ou de décompresser comme il faut. Juste le bourdonnement incessant des machines et le mouvement perpétuel du navire, lequel est à la fois lieu de travail et lieu de vie, 24 heures sur 24, sept jours sur sept, pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois d'affilée; et toujours présente dans un recoin de l'esprit, l'idée qu'un revers de la nature ou autre - une attaque de pirates, l'immobilisation injustifiée du navire ou l'abandon dans un port étranger - est possible.

En cette Année des gens de mer, nous avons donc tenté non seulement d'attirer l'attention sur les conditions particulières dans lesquelles ils travaillent pour nous rendre des services indispensables, mais aussi de contribuer concrètement à améliorer leur bien-être.

En choisissant le thème "2010 : année des gens de mer", nous avions aussi l'intention de profiter de cette occasion unique pour donner à ceux qui travaillent "en première ligne", à savoir les gens de mer, l'assurance que les autres acteurs de la communauté maritime, dont les décisions ont des répercussions directes sur leur vie quotidienne, sont conscients des pressions immenses qu'ils subissent et s'acquittent de leurs tâches en ayant véritablement à coeur leurs intérêts et ceux de leurs proches.

À cet égard, le plus grand succès de l'année a sans doute été l'adoption, par une conférence diplomatique réunie en juin dernier à Manille, du texte profondément remanié de la Convention internationale sur les normes de formation des gens de mer, de délivrance des brevets et de veille, la Convention STCW, et du Code qui y est associé. Ces instruments révisés, dont l'entrée en vigueur est prévue le 1er janvier 2012, garantiront pour les années à venir l'existence à l'échelle mondiale de normes de formation et de délivrance des brevets qui permettront aux gens de mer de servir à bord de navires à la pointe du progrès technologique.

La Conférence de Manille a également adopté plusieurs dispositions sur l'aptitude au service qui prévoient des périodes de repos suffisamment longues pour les personnes responsables de la veille à bord des navires. Grâce à ces importantes dispositions, les gens de mer verront leurs conditions de travail s'améliorer et ils devraient être suffisamment reposés avant de prendre leur service. Dans plusieurs cas d'accidents de mer, on a constaté que la fatigue avait joué un rôle. Ainsi, en faisant en sorte que les gens de mer se reposent suffisamment avant de prendre le quart, on contribuera certainement à la sécurité de la navigation et à la prévention des accidents. Je me réjouis tout particulièrement du fait que les nouvelles règles de la Convention STCW sur cette question primordiale rejoignent les dispositions de la Convention du travail maritime que l'Organisation internationale du Travail a adoptée en 2006 et qui, espérons-le, entrera bientôt en vigueur.

D'aucuns estimeront à juste titre que les amendements à la Convention et au Code STCW ainsi que les résolutions qui ont été adoptés à la Conférence de Manille constituent l'apogée des efforts déployés cette année en matière de réglementation afin de créer des conditions plus satisfaisantes et plus sûres pour les gens de mer. Mais les efforts se poursuivent aussi dans d'autres domaines, car dans ses activités de réglementation, l'OMI accorde toujours la plus grande attention à l'élément humain et aux intérêts des gens de mer s'agissant de leurs conditions de vie et de travail à bord.

Lorsque nous avons commencé, à l'OMI, à réfléchir à l'idée d'un thème axé sur les gens de mer pour 2010, notre objectif était double. Nous voulions premièrement attirer l'attention sur une catégorie professionnelle largement négligée et méconnue, souvent même au sein du secteur qui recourt à ses services. Deuxièmement, nous voulions exploiter le thème au-delà du cadre habituel des célébrations de la Journée mondiale de la mer et créer une dynamique qui s'étendrait d'un bout à l'autre de l'année et se poursuivrait même au-delà. Nous voulions que 2010 marque la naissance de cette dynamique. Nous ne voulions certainement pas que l'initiative prenne fin en même temps que l'année 2010.

C'est pourquoi j'ai accueilli et soutenu avec enthousiasme la décision prise à la Conférence de Manille, à savoir que la contribution exceptionnelle des gens de mer du monde entier au commerce maritime international, à l'économie mondiale et à la société civile dans son ensemble serait dorénavant fêtée chaque année, à l'occasion d'une ''Journée des gens de mer", dont la date a été fixée au 25 juin. Cette date est celle à laquelle la Conférence a clos ses travaux; elle témoigne de l'importance attachée aux amendements qui ont été apportés à la Convention et au Code STCW pour le bénéfice de la communauté maritime et de ceux qui servent à bord des navires. J'encourage donc vivement les gouvernements, les organisations et les compagnies maritimes, les propriétaires, les armateurs-gérants et les exploitants de navires ainsi que toutes les autres parties intéressées à promouvoir la Journée des gens de mer.

Au début de l'année, j'avais cité trois objectifs que je souhaitais voir atteints dans le cadre de l'Année des gens de mer:

Je pense pouvoir affirmer sans me tromper que nous avons jusqu'ici bien avancé dans la réalisation de chacun de ces trois objectifs. Je me réjouis donc de constater que le but recherché à travers le thème autour duquel la communauté maritime toute entière s'est mobilisée a été atteint et qu'il continue de l'être, à savoir : trouver des moyens de reconnaître la valeur des gens de mer et de leur rendre hommage pour la contribution unique qu'ils apportent à la société et pour le rôle vital qu'ils jouent dans la facilitation du commerce mondial. Cela est indéniable, comme en attestent les nombreux Évènements organisés de par le monde.

L'Année des gens de mer a permis également de recadrer l'attention sur la nécessité pressante de s'attaquer à la pénurie de main-d'oeuvre qui était prévue de longue date dans les transports maritimes. Pour y remédier, il est impératif que le secteur montre qu'il peut offrir des possibilités de carrière idéales pour des jeunes gens de grande valeur et de premier ordre. À cet égard, l'Année des gens de mer a dynamisé la campagne ''Go to Sea!'' ("Larguez les amarres !"), que nous avions lancée à l'OMI en novembre 2008, en association avec l'OIT, la Table ronde des organisations du secteur et la Fédération internationale des ouvriers du transport.

Pour conclure, je voudrais profiter de ce qu'il m'est donné de prononcer un message en cette Journée mondiale de la mer pour m'adresser directement à chacun des groupes qui forment la communauté maritime ou qui y sont liés. Voici ce que je souhaite leur dire: