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Journée internationale Nelson Mandela, 18 juillet
Pour la liberté, la justice et la démocratie

Combat pour la justice

« Je vous salue tous au nom de la paix, de la démocratie et de la liberté universelles »

Extraits de ses discours de 1961 à 2008

Sur la lutte pour la liberté et la protection des droits de l’homme...

On ne saurait attendre de ceux qui n’ont pas le droit de vote qu’ils continuent à payer des impôts à un gouvernement qui ne leur rend aucun compte. On ne saurait attendre des pauvres et des affamés qu’ils versent des loyers exorbitants au gouvernement et aux autorités locales. Nous fournissons l’argent nécessaire à l’agriculture et à l’industrie. Nous produisons le travail dans les mines d’or, de diamant et de charbon, nous travaillons dans les fermes et les usines en échange de salaires de misère. Pourquoi devrions-nous continuer à enrichir ceux qui volent le produit de notre sueur et de notre sang ? Ceux qui nous exploitent et nous refusent le droit de nous organiser en syndicats ?...

J’ai été informé que je fais l’objet d’un mandat d’arrêt, que je suis recherché par la police…Tout politicien sérieux sait bien que dans les circonstances actuelles qui règnent dans ce pays, il serait naïf et criminel de ma part de rechercher un martyre « facile » en me rendant à la police. Nous avons un programme important à exécuter sérieusement et sans plus attendre.

C’est la voie que j’ai choisie; elle est plus difficile et comporte plus de dangers et d’épreuves que la prison. J’ai dû me séparer de ma femme et de mes enfants que j’aime tant, de ma mère et de mes sœurs, et vivre comme un hors-la-loi dans mon propre pays. J’ai dû cesser mes affaires, renoncer à ma profession, et vivre dans la pauvreté et la misère, comme nombre de mes compatriotes…Je mènerai à vos côtés une lutte incessante jusqu’à la victoire contre le Gouvernement. Qu’est-ce que vous allez faire ? Vous joindrez-vous à notre combat ou allez-vous coopérer avec un Gouvernement qui cherche à réprimer vos revendications et à étouffer vos aspirations ? Ou allez-vous garder le silence et rester neutres alors que pour mon peuple, pour notre peuple, c'est une question de vie ou de mort ? En ce qui me concerne, j’ai fait mon choix. Je ne quitterai pas l’Afrique du Sud. Je ne me rendrai pas. La liberté se gagne au prix des épreuves, du sacrifice et de l'action militante. Le combat est ma vie. Je continuerai à me battre pour la liberté jusqu'à la fin de mes jours.

Déclaration à la presse, « Le combat est ma vie, » 26 juin 1961 EN

A proprement dire, l’égalité devant la loi, c’est le droit de participer à l’élaboration des lois qui nous gouvernent, d’une constitution qui garantit les droits démocratiques de tous les segments de la population, le droit de saisir la cour pour réclamer aide ou protection dans les cas de violation des droits garantis par la Constitution, et le droit de participer à l’administration de la justice en tant que juges, magistrats, procureurs, conseillers en droit, et autres positions similaires.

En l’absence de ces garanties, l’expression «égalité devant la loi », si elle est censée s’appliquer à nous, n’a aucun sens et est trompeuse. Tous les droits et privilèges que j’ai évoqués sont monopolisés par les blancs, et nous n’en avons aucun...

Je ne me considère ni moralement ni légalement tenu d'obéir à ces lois promulguées par un Parlement où je ne suis pas représenté.

La volonté du peuple est la base de l'autorité du gouvernement : c’est un principe universellement reconnu et sacré dans l’ensemble du monde civilisé et qui constitue les fondations mêmes de la liberté et de la justice. C’est pourquoi on peut bien comprendre que les citoyens qui ont le droit de vote et le droit à une représentation directe dans les organes gouvernementaux de leur pays sont tenus moralement et légalement de respecter les lois qui régissent le pays.

Et c’est pourquoi on peut tout aussi bien comprendre que nous, en tant qu’Africains, ne devons nous sentir tenus ni moralement ni légalement obligés d’obéir à des lois que nous n’avons pas promulguées, et comprendre aussi qu'on ne peut pas s’attendre à ce que nous fassions confiance aux tribunaux qui appliquent ces lois.

Je hais la pratique de discrimination raciale, et ce qui me soutient dans ma haine, c’est que la très grande majorité de l’humanité la hait tout autant que moi. Je hais le fait qu’on inculque systématiquement aux enfants des préjugés sur la couleur de la peau, et ce qui me soutient dans cette haine, c’est que la très grande majorité de l’humanité, ici et ailleurs, est de mon avis. Je hais l’arrogance raciale qui décrète que les bonnes choses de la vie relèveront du droit exclusif d’une minorité de la population, et qui réduit la majorité de la population à une position de servilité et d’infériorité, et à l’état de bétail sans droit de vote et contraint de travailler là où la minorité dirigeante lui dit de travailler. Ce qui me soutient dans cette haine, c’est que la très grande majorité de l’humanité, ici et ailleurs, est de mon avis.

Aucune des décisions que ce tribunal prendra à mon égard ne pourra changer cette haine, qui ne disparaîtra qu’avec la disparition de l’injustice et de l’inhumanité que j’ai cherché à éliminer de la vie politique et sociale de ce pays....

Déclaration faite au tribunal de Pretoria, Afrique du Sud, 15 octobre – 7 novembre 1962 EN

Ce dont les Africains se plaignent…ce n’est pas seulement qu’ils sont pauvres et que les blancs sont riches, mais que les lois faites par les blancs sont conçues pour perpétuer cette situation. Il existe deux façons de sortir de la pauvreté. La première, c’est par l’éducation, et la deuxième, c’est par l’acquisition par le travailleur de meilleures qualifications professionnelles qui lui permettront d’obtenir un salaire plus élevé. Mais en ce qui concerne les Africains, ces deux moyens d’avancer sont limités à dessein par la législation ...

Ce que nous voulons avant tout, ce sont des droits politiques, car sans cela, nos handicaps seront permanents. Je sais que pour les blancs de ce pays, cette idée est révolutionnaire, car la majorité des électeurs seront africains. C’est pourquoi le blanc a peur de la démocratie.

Mais on ne peut pas laisser cette peur empêcher la seule solution qui garantira l’harmonie raciale et la liberté de tous. Il n’est pas vrai que l’octroi du suffrage universel entraînera une domination raciale. Une division politique fondée sur la couleur de la peau est entièrement artificielle, et lorsqu’elle disparaîtra, il en ira de même de la domination d’un groupe racial par un autre. L’ANC lutte depuis 50 ans contre le racisme. Lorsqu’il remportera la victoire, il ne changera pas cette politique.

Voilà donc ce contre quoi lutte l’ANC. Son combat a une dimension vraiment nationale. C’est une lutte du peuple africain, motivée par ses propres souffrances et sa propre expérience. C’est une lutte pour le droit de vivre.

J’ai consacré toute ma vie à cette lutte du peuple africain. J’ai lutté contre la domination blanche et j’ai lutté contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dont tous les membres pourraient vivre ensemble, en harmonie et avec les mêmes chances. C’est, un idéal pour lequel j’espère vivre et que j’espère réaliser. Mais si nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir.

Déclaration faite au tribunal de Pretoria, Afrique du Sud, 20 avril 1964 EN

Notre lutte est arrivée à une étape décisive. Nous appelons notre peuple à saisir ce moment afin que le processus menant à la démocratie soit rapide et ininterrompu. Il y a trop longtemps que nous attendons notre liberté. Nous ne pouvons plus attendre. Le moment est venu d’intensifier le combat sur tous les fronts. Ne commettons pas l’erreur de relâcher nos efforts. Les générations futures ne nous le pardonneraient pas. La vision de la liberté se profilant à l’horizon devrait nous encourager à redoubler d’efforts.

Seule une action de masse disciplinée nous assurera la victoire. Nous appelons nos compatriotes blancs à se joindre à nous pour façonner une Afrique du Sud nouvelle. La liberté de circulation est un atout politique pour eux aussi. Nous appelons la communauté internationale à poursuivre la campagne d’isolement du régime d’apartheid. Lever les sanctions maintenant, ce serait risquer d’avorter le processus d’élimination complète de l’apartheid.

Notre marche vers la liberté est irréversible. Ne laissons pas la peur entraver notre avancée. Le suffrage universel sur le rôle commun des électeurs dans une Afrique du Sud unie, démocratique et non raciale est la seule voie qui mènera à la paix et à l’harmonie.

A sa libération de prison, Le Cap, Afrique du Sud, 11 février 1990 EN

Sur la discrimination raciale et l’apartheid…

L’existence même  du crime d’apartheid entachera à jamais  l’histoire de l’humanité.  Les générations futures demanderont certainement : par quelle aberration ce système a-t-il pu se mettre en place après l’adoption d’une déclaration universelle des droits de l’homme ? Il restera pour toujours cette accusation et ce défi lancés à tous les hommes et à toutes les femmes de conscience : pourquoi  a-t-il  fallu tant de temps avant que nous disions tous  ‘trop c'est trop‘ ?

Convaincus que le déni des droits d’une personne diminue la liberté de tous. La distance que nous avons encore à parcourir n’est pas longue. Faisons-la ensemble. Justifions, par notre action commune, les buts pour lesquels cette Organisation a été établie et créons une situation dans laquelle sa Charte et la Déclaration universelle des droits de l’homme feront partie des lois sur lesquelles reposera l’ordre politique et social d’une nouvelle Afrique du Sud. Notre victoire est assurée.

Allocution prononcée devant le Comité spécial des Nations Unies contre l’apartheid, 22 juin 1990 EN

C’est certainement l’un des grands paradoxes de notre temps qu’en 49 ans d’existence, l’Assemblée entende aujourd’hui pour la première fois un chef d’État sud-africain venu de la majorité africaine de ce qui est un pays africain.

Les générations futures trouveront extrêmement étrange qu’il ait fallu attendre si longtemps en ce XXe siècle pour que notre délégation puisse siéger à l’Assemblée, reconnue par notre peuple et par les nations du monde en tant que représentant légitime du peuple de notre pays.

L’ONU est née de la lutte titanesque contre le nazisme et le fascisme, avec leurs doctrines et pratiques odieuses de supériorité raciale et de génocide. Elle ne pouvait donc pas rester sans réaction alors qu’en Afrique du Sud un système analogue était mis en place par un gouvernement qui avait également la témérité de revendiquer sa représentation au sein de l’Organisation des Nations Unies.

Le chemin que nous aurons à parcourir pour parvenir à cette destination sera loin d’être aisé. Nous savons tous combien le racisme peut rester obstinément ancré dans l’esprit et comment il peut toucher l’âme humaine au plus profond. Et là où il est appuyé par l’organisation du monde matériel sur des bases raciales, comme dans le cas de notre pays, cette obstination peut se trouver multipliée au centuple

Pourtant, si dure que soit la bataille, nous ne renoncerons pas. Quel que soit le temps que cela prendra, nous ne nous lasserons pas. Le fait même que le racisme avilit aussi bien celui qui le pratique que sa victime exige que, si nous sommes fidèles à notre engagement de protéger la dignité humaine, nous combattions jusqu’à la victoire.

Allocution prononcée l’Assemblée générale des Nations Unies, 3 octobre 1994

Sur la réconciliation…

En Afrique du Sud, nous sommes convaincus qu’il est tout à la fois possible et réalisable d’atteindre notre objectif d’une vie meilleure pour tous dans les délais les plus court possibles. Cette certitude nous vient du fait de savoir que c’est une vision partagée par la très grande majorité des Sud-Africains, quelles que soient la couleur de leur peau ou leurs opinions politiques.

Et nous apprécions au plus haut point le rôle de la communauté internationale en la matière – et non seulement son aide matérielle. Si nous sommes capables aujourd’hui de parler d’une nation arc-en-ciel, unie dans la diversité de ses cultures, de ses religions, de ses races, de ses langues et de ses ethnicités, c’est en partie parce que le monde nous a montré un exemple moral que nous avons eu l’audace de suivre.

Cette réalisation est appelée à durer car elle repose sur la prise de conscience que la réconciliation et l’édification de la nation signifient, entre autres choses, que nous devons chercher à savoir la vérité sur le terrible passé et veiller à ce qu’il ne se reproduise pas. Notre réalisation ne doit donc pas constituer un simple répit avant que l’amertume du passé me remonte à la surface.

Nous reconnaissons que la réconciliation et l’édification de la nation resteraient des vœux pieux s’ils ne reposaient pas sur un effort concerté visant à éradiquer les vraies racines du conflit et de l’injustice du passé. Notre sécurité nationale et la survie de notre jeune démocratie dépendent essentiellement du programme que nous mettrons en place pour satisfaire les besoins de base du peuple. La reconstruction et le développement assureront que tous les Sud-Africains auront un enjeu dans la vie, qu’ils auront un intérêt commun dans le bien-être de tout le pays.

New Delhi, Inde, 25 janvier 1995 EN

Nombreux sont ceux qui doutent de notre capacité à réaliser l’idéal d’une nation arc-en-ciel. Il est vrai que l’Afrique du Sud a souvent été au bord de la destruction à cause de nos différences. Mais réaffirmons une chose ici aujourd’hui : ce n’est pas notre diversité qui nous divise, pas plus que notre ethnicité, notre religion ou notre culture. Depuis que nous avons obtenu notre liberté, il ne peut y avoir qu’une division entre nous, une division entre ceux qui chérissent la démocratie et les autres!

Peuple épris de liberté, nous souhaitons voir notre pays prospérer et assurer à tous des services de base, car notre liberté ne pourra jamais être complète ni notre démocratie n’es [pas stable et si nous ne satisfaisons pas les besoins de base de notre peuple. Nous avons vu la stabilité qu’apporte le développement. Et nous savons aussi que la paix est l’arme la plus puissante qu’une communauté ou une nation peut mettre au service du développement.

Alors que nous rebâtissons notre pays, nous devons rester vigilants contre les ennemis du développement et de la démocratie, même s’ils viennent de nos propres rangs. La violence ne nous rapprochera pas de nos objectifs.

Nous devons tous nous poser la question suivante : ai-je fait tout ce qui était en mon pouvoir pour assurer une paix et une prospérité durables à ma ville et à mon pays ?

Durban, Afrique du Sud, 16 avril 1999 EN

Sur les droits de l’homme universels ….

Comme il se doit, cette cinquante-troisième session de l’Assemblée générale sera gravée dans les mémoires comme coïncidant avec le cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Née dans le sillage de la défaite de l’offensive criminelle du nazisme et du fascisme contre l’humanité, cette Déclaration avait nourri l’espoir de toutes nos sociétés de construire leur avenir sur l’assise de la vision radieuse qu’annonce chacune de ses clauses.

Pour ceux qui ont dû lutter pour leur émancipation, comme nous qui, avec votre aide, avons dû nous libérer du système criminel de l’apartheid, la Déclaration universelle des droits de l’homme a confirmé la justice de notre cause. En même temps, elle a nous a lancé un défi : une fois notre liberté conquise, il nous fallait concrétiser la vision de la Déclaration.

Aujourd’hui, nous célébrons le cinquantenaire de ce document historique, qui a survécu à un demi-siècle de tourmentes, marqué par de profondes mutations de la société humaine.

On a vu l’effondrement du système colonial, la disparition du monde bipolaire, des progrès considérables de la science et des techniques et la naissance du processus complexe de mondialisation.

Et pourtant en fin de compte, les êtres humains qui sont les sujets de la Déclaration universelle des droits de l’homme, ont continué à être en proie à des guerres et des conflits meurtriers.

Ils ne sont toujours pas libérés de la menace des armes de destruction massive ou des armes classiques, qui peuvent d’un jour à l’autre se déchaîner et les tuer.

Né à la fin de la première guerre mondiale, me retirant de la vie publique alors que le monde célèbre le jubilé de la Déclaration universelle des droits de l’homme, je suis arrivé au terme de ma longue marche, au moment où je peux, comme toute femme et tout homme en a le droit, prendre un peu de repos en toute tranquillité dans mon village natal.

Quand je serai chez moi à Qunu, aussi vieux que les collines des alentours, je continuerai de nourrir l’espoir qu’un nouvelle race de dirigeants est apparue dans mon pays et dans ma région, sur mon continent et dans le monde, une race qui ne permettra pas que l’on prive quiconque de la liberté, comme nous en avons été privés si longtemps; que l’on fasse de personne un réfugié, comme nous l’avons été; que personne soit condamné à la famine, comme nous l’avons été; que personne soit privé de sa dignité humaine, comme nous l’avons été.

Je continuerai d’espérer que la renaissance de l’Afrique prendra de profondes racines et s’épanouira à jamais, en toutes saisons. Si tous ces rêves s’avèrent réalisables et ne se transforment pas en un cauchemar pour tourmenter l’âme des vieux, alors je connaîtrai paix et tranquillité. Alors l’histoire et les milliards d’êtres humains dans le monde proclameront que nous avions de rêver et que, grâce à nos efforts, nos rêves se sont concrétisés.

Allocution prononcée devant l’Assemblée générale, 21 septembre 1998

Sur l’édification de la paix….

La paix n’est pas simplement l’absence de conflit; la paix est la création d’un environnement propice à l’épanouissement de tous, indépendamment de la race, de la couleur de la peau, de la croyance, de la religion, du sexe, de la classe, de la caste, ou de toute autre marque de différences sociales. La religion, l’ethnicité, la langue, les pratiques sociales et culturelles sont des éléments qui enrichissent la civilisation humaine et notre diversité. Pourquoi laisser tout ceci donner naissance à la division et à la violence? Ce faisant, nous avilissons notre humanité commune.

New Delhi, Inde, 31 janvier 2004 EN

Il y a encore trop de discorde, de haine, de division, de conflits et de violence dans le monde en ce début de XXIe siècle. Une préoccupation fondamentale à l’égard de la vie des autres personnes et communautés favoriserait considérablement l’instauration du monde meilleur dont nous rêvons tant… Il est très facile de casser et de détruire. Les héros, ce sont ceux qui font la paix et qui bâtissent.

Soweto, Afrique du Sud, 12 juillet 2008 EN

Sur la lutte contre la pauvreté…

Les Sud-Africains ont montré qu’ils étaient très capables de s’unir face aux difficultés. Le système d’apartheid a fini pat s’effondrer en raison de l’unité de ceux dont les droits étaient niés, et parce que tous les secteurs de la société avaient pris conscience qu’ils avaient plus avantage à coopérer qu’à s’entretuer. C’est cette même qualité qui nous a aidés, si rapidement, à poser les fondations d’une vie meilleure.

Lorsque l’apartheid a pris fin, nous avons été confrontés à la tâche difficile de reconstruire une société ébranlée dans ses fondements mêmes et de fournir les services les plus élémentaires à notre peuple. Nous avons dû bâtir des écoles et des hôpitaux, fournir des logements et des emplois, relancer l’économie, protéger les droits du peuple par l’entremise de la Constitution et des tribunaux, aider l’Afrique du Sud à faire face aux divisions du passé et à entamer le processus de guérison, réparer les abus et les dommages qui avaient affligé la plupart de nos communautés.

Notre tâche consistait essentiellement à créer les conditions donnant à chaque Sud-Africain la possibilité d’améliorer sa vie. Mais un gouvernement ne peut pas relever seul tous ces défis. Nous devions tous conjuguer nos efforts afin d’effectuer les changements nécessaires.

Pour atteindre ces objectifs, il nous fallait également transformer le gouvernement d’un système au service des intérêts d’une communauté en un système qui réponde aux besoins de tous les Sud-Africains. Et tout ceci devait se faire dans un pays dont la plupart des habitants s’étaient vu refuser l’expérience du gouvernement et une éducation ou une formation adéquates. C’est pourquoi nous mettons un tel accent sur le renforcement des capacités gouvernementales…

Lorsque nous disons que nous trouverons les meilleures solutions à ces problèmes en travaillant ensemble, cela signifie que chacun d’entre nous doit s’engager personnellement. Nous devons aujourd’hui nous poser les questions suivantes : qu’ai-je fait pour améliorer l’environnement dans lequel je vis ? Est-ce que je pollue ou est-ce que je protège mon environnement ? Est-ce que je propage la haine raciale ou est-ce que je promeus la paix et la réconciliation ? Est-ce que j’achète des marchandises volées ou est-ce que j’aide à réduire la criminalité ? Est-ce que je paie ce que je dois ou est-ce que je triche sur les impôts, les redevances et les licences ? Est-ce que je m’attends à ce qu’on fasse tout pour moi ou est-ce que je travaille avec les conseillers municipaux pour améliorer ma vie et celle de ma communauté ?

Bothaville, Afrique du Sud, 14 octobre 1998 EN

Tant que la pauvreté, l’injustice et les inégalités flagrantes persisteront dans le monde, aucun de nous ne pourra vraiment se détendre. Nous n’oublierons jamais les millions d'hommes et de femmes du monde entier qui ont soutenu notre lutte contre l’injustice et l’oppression pendant que nous étions incarcérés. Ces efforts ont porté leurs fruits; c’est pourquoi aujourd’hui nous pouvons nous joindre aux millions d’hommes et de femmes dans le monde et soutenir leur combat pour la liberté et contre la pauvreté.

La pauvreté des masses et les inégalités criantes sont de terribles fléaux des temps modernes — une époque où le monde peut se targuer d’avoir réalisé des progrès époustouflants dans les sciences, la technologie, l’industrie et l’accumulation de la richesse. Nous vivons dans un monde où le savoir et l’information ont fait des avancées gigantesques, et où pourtant des millions d’enfants ne sont pas scolarisés. Nous vivons dans un monde où la pandémie du sida menace la trame même de nos vies. Et pourtant nous dépensons plus d’argent à l’acquisition d’armes que pour assurer des soins et des services d’accompagnement aux millions de personnes infectées par le VIH.

C’est un monde plein de promesse et d’espoir, mais c’est aussi un monde de désespoir, de maladies et de faim.

La lutte contre la pauvreté n’est pas un acte de charité. C’est un acte de justice. C’est la protection des droits fondamentaux de l’homme, de son droit à la dignité et à une vie décente. Tant que la pauvreté persiste, il n’y aura pas de vraie liberté. Les mesures que les pays développés doivent prendre sont claires.

La première consiste à assurer la justice des échanges commerciaux. J’ai déjà dit que la justice commerciale est le moyen pour les pays développés de montrer qu’ils sont sincèrement résolus à mettre fin à la pauvreté dans le monde. La deuxième consiste à mettre fin à l’endettement des pays pauvres. La troisième consiste à fournir une aide bien plus importante et à veiller à ce qu’elle soit de la meilleure qualité.

Concert Live 8 , Johannesburg, Afrique du Sud, 2 juillet 2005 EN