Journée de la langue française

Être traducteur à l'ONU

Anne Fassotte témoigne de son expérience de traductrice à l'ONU.

Comment êtes-vous devenu traductrice à l'ONU? Qu'est ce qui a motivé ce choix?

J'ai toujours su que je voulais étudier les langues. Après mes études secondaires, je suis directement entrée dans une école de traduction (en Belgique). J'ai étudié la traduction et l'interprétation avec l'anglais et le russe comme langues étrangères. Mes études ont duré quatre ans, après quoi j'ai passé un an dans une université anglophone, en Ecosse. J'ai ensuite travaillé comme professeur d'anglais pendant un an, et c'est durant cette année que j'ai passé le concours de recrutement de traducteurs de l'ONU. J'ai été reçue et suis arrivée à New York à l'âge de 25 ans. Je pensais bifurquer vers l'interprétation après avoir acquis un peu d'expérience à l'ONU, mais finalement ma carrière a évolué autrement!

Quels sont les défis pour un traducteur dans une organisation telle que l'ONU?

Il faut en savoir un peu sur tout, car on est amené à traduire des documents qui portent sur des questions aussi diverses que les droits de l'homme, le désarmement nucléaire, la comptabilité et le droit de la mer. Il est difficile de passer tout le temps d'un domaine à l'autre et de rendre correctement les propos d'un spécialiste sans en être un soi-même. Une autre difficulté tient au fait qu'à l'ONU, beaucoup de ceux qui rédigent les documents ne sont pas anglophones; il en résulte des textes parfois difficiles à déchiffrer. Enfin, les journées sont parfois très longues, et il faut accepter de se soumettre à diverses exigences telles que le travail de nuit.

Dans quelle mesure les nouvelles technologies ont-elles fait évoluer votre métier?

Depuis une dizaine d'années, les traducteurs tapent eux-mêmes leurs traductions, alors qu'auparavant ils dictaient à l'aide d'un dictaphone des textes que des dactylos transcrivaient ensuite. Sur le plan de la recherche, les bases de données informatisées et internet ont tout changé, au point que nous nous demandons souvent comment nous survivions sans ces outils avant qu'ils n'apparaissent. Evidemment, internet a aussi entraîné la prolifération d'écrits dont la qualité laisse beaucoup à désirer; le traducteur doit donc apprendre à faire le tri. Les logiciels de traduction assistée par ordinateur, en train de se généraliser à l'ONU, vont sans doute faire encore évoluer le métier.

Quels conseils avez-vous pour des jeunes qui souhaiteraient s'engager dans cette carrière?

Lisez beaucoup, dans toutes les langues. Lisez surtout de la bonne litérature. Le français employé à l'ONU n'est pas celui d'internet, ni même celui de la presse en général; nous utilisons un style soutenu dépourvu d'anglicismes et de néologismes, auquel il n'est plus très courant d'être exposé. C'est par la méconnaissance de leur propre langue que pêchent la plupart des candidats qui échouent au concours de recrutement de traducteurs.