Journée de la langue française

Être terminologue à l'ONU

Si l'on connait bien les métiers de traducteur et d'interprète, la profession de terminologue est assez méconnue. Danielle Henripin, terminologue, explique en quoi consiste son travail.

En quoi consiste votre métier?

À convenir, avec mes collaborateurs, des formes françaises des titres et des termes utilisés à l'ONU. C'est un travail de normalisation, dont le résultat est (nous l'espérons!) une terminologie cohérente et uniformisée, qui permet à tous les intervenants de mieux se comprendre. On pourrait dire que nous faisons un peu le dictionnaire de l'ONU. Il y a un terminologue chevronné pour chacune des six langues, plus une équipe d'assistants.

Au Québec, pendant des années, on a tenté de traduire hot dog par chien chaud et hamburger par hambourgeois -- sans succès! Pour qu'un terme survive, il doit être utilisé.

Le travail terminologique peut se faire avant que les traducteurs ne reçoivent un texte à traduire. Il s'agit alors, entre nous terminologues, de dépouiller les documents en cours de production pour décider des termes que nous voulons ajouter à la base de données UNTERM. Nous discutons, entre nous et avec nos collègues de la traduction, pour nous assurer que nous comprenons bien les concepts. Par exemple, s'il s'agit d'un nouveau comité: Que fait-il? De quel organe relève-t-il? A-t-il déjà existé sous un autre nom? Puis nous créons les équivalents dans nos langues respectives et nous les ajoutons à la base de données, qui compte environ 90 000 termes.

Je peux aussi faire ce travail « en temps réel » -- c'est-à-dire répondre en direct aux demandes des traducteurs francophones qui rencontrent un terme inconnu et se demandent s'il y a lieu d'en proposer un équivalent normalisé par l'ONU.

Comment êtes-vous devenu terminologue à l'ONU? Qu'est ce qui a motivé ce choix?

Je suis devenue terminologue comme mes collègues, c'est-en-dire en passant par la traduction. C'est normal, il faut absolument comprendre comment les traducteurs travaillent pour les aider de manière efficace. De plus, il faut comprendre la chaîne de production des documents. Il faut intervenir au bon moment pour que notre travail soit pertinent.

Ce qui m'a motivée, personnellement, c'était un besoin de changer légèrement de cap après une vingtaine d'années en traduction; j'avais envie de découvrir une autre facette du travail linguistique, en amont de la traduction. Je suis quelqu'un de curieux qui adore la recherche, alors je crois que ça me convient. Et puis ça me permet de garder le contact avec mes collègues de la traduction, à New York et ailleurs. C'est une collaboration que j'apprécie beaucoup. Disons que la traduction, ce sont des courses de fond, plus ou moins longues, selon les textes; alors que la terminologie, c'est une série de petits sprints dans des décors (des domaines) très différents.

Les choix de terminologie donnent-il parfois lieu à controverse?

Le terme est un peu fort! Mais effectivement, au-delà des règles et des normes, il y a une part de subjectivité dans le travail linguistique, et en principe, je pourrais proposer pour un terme donné (le nom de ce nouveau comité, par exemple) un équivalent très différent de celui que les traducteurs préconisent. Il faut parfois négocier. L'important, c'est d'avoir les meilleurs renseignements possibles sur les concepts. Au fond, tout le monde cherche la meilleure solution! Mais cette solution ne sera pas forcément la même pour tous: parce que nous ne comprenons pas les choses de la même façon, mais aussi parce que tout le monde ne s'exprime pas de la même façon.

Voici un exemple un peu cocasse qui illustre bien ce principe... Je suis québécoise et au Québec, on a fait beaucoup d'efforts pour donner des noms français à des concepts d'origine anglo-saxonne. L'exemple du mot e-mail, rebaptisé courriel au Québec, est bien connu. Mais pour chaque réussite, il y a aussi des trouvailles moins heureuses. Au Québec, pendant des années, on a tenté de traduire hot dog par chien chaud et hamburger par hambourgeois -- sans succès! Pour qu'un terme survive, il doit être utilisé. Notre travail consiste aussi à vérifier si nos termes ont été adoptés. C'est le côté très dynamique de la terminologie.